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MORT A SAINTE-HÉLÈNE, LE 5 MAI

Mais , au moment où on allait la clouer sur la pierre , sir Hudson Lowe s’avança et déclara , au nom de son gouvernement, que l’on ne pouvait mettre sur la tombe d’autre inscription que celle-ci :

LE GÉNÉRAL BUONAPARTE

GOUVERNEMENT DE NAPOLÉON

Maintenant , détournons les yeux de cette tombe , où l’Angleterre ne permet pas que l’on cloue une inscription, et voyons ce que celui qu’elle renferme a fait , pendant un règne de dix ans, pour le bien-être présent des peuples, pour la grandeur et la paix à venir du monde. *

A. son retour d’Égypte, Bonaparte trouva la France dans un état déplorable. Dans l’Ouest, la guerre civile : à Paris , aux armées , l’incapacité , l’immoralité , le brigandage. Les dernières ressources du pays allaient se perdre dans les coffres des fournisseurs , des faiseurs d’affaires. Le trésor public était vide , le crédit anéanti. Ni religion , ni lois. Les gouvernements qui s’étaient succédé de- puis 1792, assez occupés, d’ailleurs, à la défense des

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frontières, aux proscriptions , aux grandes mesures politiques, avaient peu fait pour l’ordre civil. Enfin, par-dessus tout cela , notre gloire n’était pas moins chancelante au dehors que la paix et la prospérité au dedans.

Le premier soin de Bonaparte , en arrivant au pouvoir, est d’éteindre , autant que possible , les haines des partis, de tout concilier, de tout rapprocher. Le rappel des proscrits de fructidor, le retour des émigrés , la pacification de la Vendée , le concordat , c’est-à-dire la pacification de l’Église , sont les résultats de cette politique large et féconde. Elle se montre dans les moindres choses. A côté des statues de Hoche , de Joubert et de Marceau , il élève des mausolées à Condé , à Turenne , à Vauban : d’une main , il secourt la sœur de Robespierre et la mère du duc d’Orléans , de l’autre il soutient la veuve de Bailly et la dernière descendante des Duguesclin.

En même temps, il coordonne notre informe législation; pour mieux dire, il la crée. Il traite lui-même , au milieu de son conseil, ces matières ardues qu’il n’a point apprises, mais devinées; il éclaire, il étonne les Tronchet, les Portalis , les plus grands jurisconsultes. Un code tout entier est le fruit de ces admirables discussions : l’ordre civil est fondé en France. De même, l’administration sera remuée de fond en comble : à tout il portera la main , et l'ordre jaillira partout du chaos.

Quelle que soit la diversité des opinions sur l’organisation politique de l’empire, il n’y a qu’une voix sur la force et la grandeur de son administration. Au sommet de cette administration , Napoléon avait pl^cé le conseil d’État , comme la clef de tout l’édifice. Il le présidait lui-même

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deux fois par semaine. C’était là que , sous ses yeux, sous sa fécondante parole, s’élaboraient tous les grands travaux de l’empire, tous les arrêts, toutes les lois; le corps législatif et le sénat ne faisaient que confirmer les mesures déjà délibérées et résolues dans le conseil. Rien n’échappait à sa direction ou à son contrôle. Préfectures, communes, corps judiciaires, corps enseignants, les ministères même, tout relevait de lui par quelque côté : en lui était l’unité de l’empire. C’est cette unité*, c’est le mutisme de la représentation nationale, qui ont permis à l’empereur d’accomplir en dix ans de règne des travaux que les assemblées délibérantes n’eussent point achevés en cinquante ans. 11 y a là , peut- -être, de quoi compenser l’absence des libertés publiques.

Mais , pour ne point l’appeler sérieusement à l'exercice des droits politiques , l’empereur n’oubliait pas le peuple. Son bien-être le préoccupait sans cesse. Dans une lettre écrite au ministre de l’intérieur, le 2 novembre 1807, il attache la plus haute idée de gloire à la destruction de la mendicité par tout l'empire. Souvent, il provoqua les avis des publicistes sur les moyens d’améliorer le sort des classes pauvres. Il créa les dépôts de mendicité; il institua la société maternelle ; il rétablit les sœurs de charité ; il dota les hospices et leur fit rendre les biens qu’un décret de la convention avait aliénés. Il voulait que les cérémonies de l’Église fussent gratuites pour les pauvres, que l’inhumation du pauvre se fît décemment : « On ne doit pas priver les pauvres, parce qu’ils sont pauvres, disait-il, de ce qui les console de la pauvreté. > Et il ordonna que si l’église était tendue de noir pour un riche, on ne la détendrait qu’après le service du pauvre.

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Après cela, si l’on doutait encore de sa sollicitude et du bien-être qu’il avait procuré aux masses , en faudrait-il d’autre preuve que le parfait repos où demeurait l’empire, alors que les forces militaires étaient tout entières au dehors , et que toute répression eût été impossible au dedans? Dans les temps où nous vivons, ce n’est pas une chose sans gloire qu’un règne de dix années pur de guerres civiles et d’émeutes.

Quelque absolu qu’il fût, le. gouvernement impérial ne craignait pas la lumière. Napoléon voulait, au contraire, que l’on éclairât les masses : « Il n’y a , disait-il , que celui qui veut tromper les peuples et gouverner à son profit, qui puisse vouloir les retenir dans l’ignorance : car, plus les peuples seront éclairés, plus il y aura de gens convaincus de la nécessité des lois, du besoin de les défendre, et plus la société sera assise, heureuse et prospère. Et s’il peut arriver jamais que les lumières soient nuisibles à la multitude , ce ne sera que quand le gouvernement , en hostilité avec les intérêts du peuple, l’acculera dans une position forcée, ou réduira la dernière classe à mourir de misère. > De là, l’impulsion énorme qu’il donna à tous les degrés de l’instruction publique, surtout à l’enseignement des sciences physiques et mathématiques. Celles-ci jetèrent un vif éclat sur son règne. Laplace, Lagrange, Monge , Berthollet , Cuvier, Bichat , une foule de grands talents et de puissants génies placèrent la France à la tête du monde savant. Ce ne fut point non plus , quoi qu’on ait pu dire, une époque perdue pour les arts que celle où se rencontraient Bernardin de Saint-Pierre, Chateaubriand, madame de Staël, Béranger, Lcmercier, Talma,

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Méhul, Grétry, Gros , David , Canova , Prud’hon , où se formait Géricault. On a trop confondu , au point de vue artistique et littéraire, l'influence impériale avec l’influence agonisante du dix-huitième siècle ; on n'a point assez réfléchi qu'une littérature ne se crée pas , que les arts ne se relèvent point en un jour : il ne suffit pas pour cela d'avoir des millions et la volonté, il y faut aussi le temps. Ce que l'on peut dire avec raison , c’est que l’impulsion fut donnée par l'empereur ; c’est que les vastes idées qu'il a semées sur son passage , la gloire , la grandeur qu'il a versées à flots sur toute la nation, contribueront longtemps encore, même à notre insu , à la gloire et à la grandeur de nos arts et de notre littérature.

Un seul mot sur l’organisation financière du consulat et de l’empire. De 1802 à 1810, les dettes de l’État furent liquidées. A partir de 1803, chose unique, en Europe, les, recettes couvrirent les dépenses. Les armements extraordinaires et les désastres des trois dernières années do l'empire purent seuls interrompre cette prospérité : jusqu’en 1811, malgré l'état de guerre permanent, aucun budget n’avait atteint 800,000,000. Si l'on veut savoir à quels énormes travaux suffisaient ces ressources, les détails, encore incomplets, contenus dans l’exposé suivant, pourront en donner une idée.

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Extrait de V Exposé de la situation de l'empire , présenté au corps législatif , dans la séance du 25 février 1813, par le comte Montalivet, ministre de V intérieur.

Messieurs,

S. M. m’a ordonné de vous faire connaître la situation de l’intérieur de l’empire dans les années 1811 et 1812.

Vous verrez avec satisfaction que , malgré les grandes armées que l’état de guerre maritime et continentale oblige de tenir sur pied , la population a continué de s’accroître ; que notre industrie a fait de nouveaux progrès ; que jamais les terres n’ont été mieux cultivées , les manufactures plus florissantes ; qu’à aucune époque de notre histoire la richesse n’a été plus répandue dans les diverses classes de la société.

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