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MARINE

La France a éprouvé, par les événements, des pertes très-grandes. Les meilleurs officiers de sa marine , l’élite des contre-maîtres et des équipages y ont péri.

Nos escadres, depuis cette époque, ont été montées par des équipages peu exercés. L’insuffisance de l’inscription maritime a été reconnue, et toutes les années, les moyens qu’elle offrait ont été décroissants, résultat inévitable de la constante supériorité de l’ennemi et de la destruction presque entière de notre commerce maritime.

. Il n’y a plus eu moyen de se dissimuler qu’il fallait ou désespérer de la restauration de notre marine en temps de guerre, ou avoir recours à des mesures nouvelles. En prenant le premier parti , on eût agi comme l’a fait l’administration sous Louis XIV et Louis XV. Découragé par la défaite de LaHogue et par les suites de la guerre de 1756, à l’une et à l’autre époque on renonça à la marine ; on cessa de construire; oft porta les ressources des finances sur l’armée de terre et sur les autres départements. Mais les résultats de cet abandon furent bien funestes à la gloire et à la prospérité de la France.

Presque rien n’est possible à Brest , ou du moins tout y est extrêmement difficile lorsque ce port est bloqué par une escadre supérieure.

La bonne administration des finances de l’empire nous met en état de faire face aux dépenses qu’entraîne l’établissement d’une grande marine , et de satisfaire aux frais de guerres continentales; enfin, l’énergie de notre gou-

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vernement, sa volonté ferme et constante étaient seules capables de lever de plus grands obstacles.

L’administration de la marine sentit pourtant la nécessité d’adopter un système fixe et calculé , qui fit marcher de front la création ouïe rétablissement des ports, la construction des vaisseaux , et l’instruction des matelots.

Dans la Manche , la nature a tout fait pour l’Angleterre : elle a tout fait contre nous. Dès le règne de Louis XVI on avait senti l’importance d’avoir un port sur cette mer. Le projet de Cherbourg avait été adopté , et les fondements des digues avaient été jetés. Mais , dans nos temps de troubles civils, tous ces ouvrages , interrompus, s’étaient détériorés. Tout avait été remis en problème , jusqu’à la convenance du choix du local ; et on demandait si l’on n'aurait pas mieux fait de préférer La Hogue à Cherbourg.

L’administration fixa ses regards sur ces importantes questions. La décision en faveur de Cherbourg fut confirmée , et on travailla sans délai à rehausser la digue pour abriter la rade.

Mais cette rade avait les inconvénients d’une rade foraine ; le carénage des vaisseaux y était impossible ou difficile. L’administration ne s’arrêta ni à la dépense ni à la difficulté des localités , et on entreprit un port creusé dans le roc , pouvant contenir cinquante vaisseaux de guerre et des chantiers suffisants pour la construction d’une escadre.

. Après dix ans de travaux , le succès a justifié toutes ces entreprises. Une escadre est sur le chantier de Cherbourg , et les bassins pourront recevoir cette année l’escadre la plus nombreuse. C’est beaucoup d'avoir satis-

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fait au besoin senti depuis le combat de La Hogue , d’avoir un port dans la Manche ; mais il n’était pas moins important d'avoir un port dans la mer du Nord , et de pouvoir profiter des rades nombreuses et sûres de l’Escaut.

Le bassin de Flessingue , celui d’Anvers ont coûté bien des millions. Vingt vaisseaux peuvent être construits à la fois dans les chantiers d’Anvers , et plus de soixante trouver un abri dans les ports d’Anvers et de Flessingue.

L’administration sentit qu’il n’y avait dans la Hollande qu’un seul port , un seul chantier , un seul remède à tous les inconvénients des localités , et elle porta les forces maritimes de la Hollande au Nieuw Dyp. Quoique ce projet n’ait été conçu que depuis deux ans , nous jouissons déjà de tous ses avantages, et, par ce moyen, un nouveau port se trouve être en notre pouvoir à l’extrémité de la mer du Nord.

Les ingénieurs de l’armée de terre ont poussé les travaux avec la plus grande et la plus louable activité. Le Helder, Flessingue, Anvers et Cherbourg sont dans une situation telle, que nos escadres y sont à l’abri de toute insulte et peuvent donner à nos armées de terre le temps d’arriver à leur secours , fussent-elles au fond de l’Italie ou de la Pologne. Ce que l’art pouvait ajouter aux avantages naturels de Brest et de Toulon avait été fait par l’ancienne administration.

11 n’en était pas de même de l’embouchure de la Charente. La rade de l'île d’Aix n’était pas propre à contenir un grand nombre de vaisseaux. L’administration a senti le besoin d’avoir un abri plus sûr dans la mer de Gascogne.

La rade de Saumouard a été reconnue et fortifiée. Les

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rades de la Gironde Font été également , et une communication intérieure pour les plus grands vaisseaux a été perfectionnée , de sorte que les rades de File d’Aix , du Saumouard , de ïalemont , et les rades de la Gironde forment , pour ainsi dire , un même port.

Après Toulon , la Spezzia est le plus beau port de la Méditerranée. Des fortifications du côté de terre et du côté de mer devenaient nécessaires pour y mettre nos escadres en sûreté. Ces fortifications offrent déjà une résistance convenable.

Ainsi , à peine six ans se sont écoulés depuis que le système permanent de guerre maritime a été arrêté , que les ports du Texel , de l'Escaut , de Cherbourg, de Brest, de Toulon et de la Spezzia sont assurés, et offrent sous le point de vue maritime et militaire toutes les propriétés désirables.

En même temps qu’on construisait et qu’on fortifiait les ports , on pensa à établir des chantiers pour construire des vaisseaux. Sous l’ancienne dynastie, nous étions réduits à moins de vingt-cinq.

Brest pouvait , tout au plus, offrir les moyens de radoub. On dut renoncer à tout projet de construction , ou établir sur l'Escaut un chantier où 20 vaisseaux à trois ponts de 80 et de 74 pussent se construire à la fois. Ce chantier, approvisionné par le Rhin et la Meuse, et par tous les affluents du continent de la France et de l’Allemagne, est constamment pourvu abondamment et à bon marché.

On reconnut la possibilité de construire , sur les chantiers d’Amsterdam et de Rotterdam , des frégates et des vaisseaux de 74 , de notre modèle, en attendant que les

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chantiers et les établissements fussent formés sur le Nieuw Dyp.

Sur les chantiers de Cherbourg on construit des vaisseaux à trois ponts de 80 et de 74.

On construit des vaisseaux à Gênes et à Venise, profitant ainsi de toutes les ressources de l’Albanie, del’Istrie, duFrioul, des Alpes-Juliennes et des Apennins.

Les chantiers de Lorient, de Rochefort et de Toulon continuent à avoir l’activité dont ils sont susceptibles , et d’employer tous les matériaux que leur offrent les bassins des rivières destinées à les alimenter.

En peu d’années , nous serons arrivés à voir 1 50 vaisseaux , dont J 2 à trois ponts, et un plus grand nombre de frégates.

La marine française, dans sa plus grande prospérité, n’a jamais eu plus de 5 vaisseaux à trois ponts.

Nous pouvons facilement construire et armer 15 à 20 vaisseaux de haut bord par an.

L’administration a donc réussi sous le point de vue des constructions ; mais le plus difficile restait à faire.

On se demandait où trouver les matelots pour monter ces escadres. Des camps, des exercices forment en peu d’années une armée de terre ; mais où trouver de quoi remplacer des camps et des exercices pour les troupes de mer ?

L’administration conçut l’idée de recruter les armées navales de la même manière que l’armée de terre ; d’avoir recours à la conscription , sans abandonner les ressources que pouvait produire l’inscription maritime.

Les départements littoraux furent en partie exemptés

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de la conscription de l'armée de terre , et toute leur jeunesse fut appelée à la conscriptidnjnaritime.

Les hommes de mer les plus mpérimentés voulaient qu'on appelât cette conscription dès l'àge de dix à douze ans , prétendant qu'il était impossible de faire un homme de mer d'un homme formé.

Mais comment concevoir la possibilité d'entasser dans des vaisseaux 60 ou 80 mille enfants ?

Les dépenses qu'il fallait faire pour leur instruction pendant dix ans , mais surtout la consommation d'hommes , devenaient effrayantes.

On prit un terme moyen ; on appela à la conscription maritime les jeunes gens de 16 et 17 ans. On pouvait espérer qu’après quatre ou cinq années de navigation , lorsqu'ils seraient parvenus à l'àge de 21 ou 22 ans, on aurait des matelots habiles.

Mais comment faire naviguer un si grand nombre de jeunes gens , lorsque la mer nous était presque partout interdite ?

On construisit des flottilles. Cinq ou six cents batiments , bricks , chaloupes canonnières , goélettes , naviguèrent sur le Zuyderzée , l'Escaut , les rades de Boulogne, de Brest et de Toulon, protégèrent et alimentèrent notre cabotage.

En même temps on arma nos escadres dans les ports de Toulon, de la Charente, de l'Escaut et du Zuyderzée. Les équipages , toujours consignés à bord, évoluant en présence de l’ennemi, ont rempli l’espérance qu'on en avait conçue. Les conscrits se sont formés. Les jeunes gens de 18 ans, après cinq années de navigation, ont

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aujourd'hui atteint leur vingt-troisième ou vingt -quatrième année, et servent dans les hautes manœuvres avec une agilité et TÈme adresse remarquables , et nos escadres évoluent avec autant de promptitude et de précision qu'à aucune époque de l'histoire de notre marine.

Depuis cinq ans que ce système a été adopté, 80 mille jeunes gens tirés de la conscription sont venus ainsi augmenter notre population maritime.

Il a fallu bien de la constance pour se résoudre à tous les sacrifices qu'un pareil système nous a coûté.

Sur nos 100 vaisseaux , nous en avons aujourd'hui 65 armés , équipés , approvisionnés pour six mois , constamment en partance , appareillant tous les jours, et dans une situation telle , qu’aucun ne sait , au moment où on' lève l'ancre , si c’est pour un exercice , ou pour une expédition lointaine.

. L'Angleterre peut avoir le nombre de vaisseaux et de troupes de terre qu’elle voudra ; elle peut donner à son commerce la direction qui lui convient ; mais nous prétendons rester dans les mêmes droits.

11 m’a paru , messieurs , que le simple exposé de notre situation intérieure, appuyé sur des états et sur des chiffres , l'exposé de notre situation maritime , étaient suffisants pour faire comprendre l'immensité de nos ressources , la solidité de notre système , et les grâces que nous avons à rendre au gouvernement vigilant , dont les travaux sont constamment consacrés à tout ce qui est grand et utile à la gloire de l'empire.

Tous ces travaux n'étaient rien auprès de ceux que

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luéditaîl l’empereur : il ne rêvait rien moins que l'association européenne, t Tant qu’on se battra en Europe , disaitil , ce sera une guerre civile. » Autant qu’il était en lui , il exécutait cette vaste pensée : il créait des prix européens pour récompenser les inventions utiles, les grandes découvertes de la science. En pleine guerre , l’Anglais Davy , le Prussien Hermann furent couronnés par l’Institut.

Je ne puis terminer ce chapitre sans citer l’apologie que Napoléon faisait lui-même de son gouvernement, dans un de ces mouvements sublimes qui furent la seule réponse du captif aux insultes et aux calomnies de ses geôliers.

« J’ai refermé le gouffre de l’anarchie et débrouillé le chaos. J’ai dessouillé la révolution , ennobli les peuples et raffermi les rois. J’ai excité toutes les émulations , récompensé tous les mérites , et reculé les limites de la gloire ! Tout cela est bien quelque chose. — Et puis, sur quoi pourrait-on m’attaquer qu’un historien ne puisse me défendre? Sur mon despotisme? Mais il démontrera que la dictature était de toute nécessité : il prouvera que la licence, l’anarchie , les grands désordres , étaient encore au seuil de la porte. M’accusera-t-on d’avoir trop aimé la guerre? Mais il montrera que j’ai toujours été attaqué.

D’avoir voulu la monarchie universelle? Mais il fera voir

qu’elle ne fut que l’œuvre fortuite des circonstances, que ce furent nos ennemis eux-mêmes qui m’y conduisirent pas à pas... De l’ambition? Ah ! sans doute , il m’en trouvera, et beaucoup ; mais de la plus grande et de la plus haute qui fut jamais ! celle d’établir , de consacrer enlin l’empire de l’intelligence, le plein exercice, l’entière jouissance de

GOUVERNEMENT DE NAPOLÉON

toutes les facultés humaines ! Ici, peut-être, l’historien se trouvera réduit à regretter qu’une telle ambition n’ait pas été pleinement satisfaite... i

Que dire encore ? Les Anglais avaient raison : celui qui avait fait, celui qui méditait de pareilles choses, n’avait pas besoin d’épitaphe.

TESTAMENT DE NAPOLÉON

Napoléon.

Cejourd’hul , 15 avril 1821 , à I.ongwood ,

• lie de Sainte-Hélène.

Ceci est mon testament , ou acte de ma dernière volonté .

1° Je meurs dans la religion apostolique et romaine, dans le sein de laquelle je suis né , il y a plus de cinquante ans.

2° Je désire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine , au milieu de ce peuple français que j'ai tant aimé.

TESTAMENT DE NAPOLÉON

5° J’ai toujours eu à me louer de ma très-chère épouse, Marie-Louise; je lui conserve jusqu’au dernier moment les plus tendres sentiments ; je la prie de veiller pour garantir mon fils des embûches qui environnent encore son enfance. •

4° Je recommande à mon fils de ne jamais oublier qu’il est né prince français , et de ne jamais se prêter à être un instrument entre les mains des triumvirs qui oppriment les peuples de l’Europe. Il ne doit jamais combattre, ni nuire en aucune autre manière à la France ; il doit adopter ma devise : Tout pour le peuple français.

5° Je meurs prématurément , assassiné par l’oligarchie anglaise et son sicaire ; le peuple anglais ne tardera pas à me venger.

6° Les deux issues si malheureuses des invasions de la France, lorsqu’elle avait encore tant de ressources, sont dues aux trahisons de Marmont , Augereau , Talleyrand et Lafayette. Je leur pardonne ; puisse la postérité française leur pardonner comme moi !

7° Je remercie ma bonne et très-excellente mère, le cardinal, mes frères Joseph, Lucien, Jérôme, Pauline, Caroline , Julie , Hortense, Catarine, Eugène , de l’intérêt qu’ils m’ont conservé ; je pardonne à Louis le libelle qu’il a publié en 1820 : il est plein d’assertions fausses et de pièces falsifiées.

8° Je désavoue le Manuscrit de Sainte-Hélène et autres

ouvrages sous le titre de Maximes , Sentences, etc., que l’on s’est plu à publier depuis six ans : ce ne sont pas là les règles qui ont dirigé ma vie. J’ai fait arrêter et juger le duc d’Enghien , parce que cela était nécessaire à la

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surelé, à l’inlérêt, et ù l’honneur du peuple français,

lorsque entretenait, de son aveu, soixante assassins

à Paris. Dans une semblable circonstance , j’agirais encore de même.

1° Je lègue à mon fds les boites, ordres, et autres objets tels qu’argenterie , lit de camp, armes, selles, éperons , vases de ma chapelle, livres , linge qui a servi à mon corps et à mon usage , conformément à l’étal annexé , coté (^4). Je désire que ce faible legs lui soit cher, comme lui retraçant le souvenir d’un père dont l’univers l’entretiendra.

2° Je lègue à lady Holland le camée antique que le pape Pie VI m’a donné à Tolentino.

5° Je lègue au comte Montholon deux millions de francs, comme une preuve de ma satisfaction des soins filiaux qu’il m’a rendus depuis six ans , et pour l’indemniser des pertes que son séjour à Sainte-Hélène lui a occasionnées.

4° Je lègue au comte Bertrand cinq cent mille francs.

5° Je lègue à Marchand, mon premier valet de chambre, quatre cent mille francs. Les services qu’il m’a rendus sont ceux d’un ami. Je désire qu’il épouse une veuve, sœur ou fille d’un officier ou soldat de ma vieille . garde.

0° Idem , à Saint-Denis , cent mille francs.

7° Idem , à Novarre (Noverraz) , cent mille francs.

8° Idem , à Piéron, cent mille francs.

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