‹ Histoire de NapoleonChapitre 9 sur 33 · LES CENT- JOURS · texte numérisé non relu

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quer. Son étonnement avait donc été grand lorsqu’il avait vu que le corps sur lequel il comptait ne venait point à son secours, et que , repoussé par des forces supérieures , il ne retrouvait pas sa réserve en étendant la main du côté où elle devait être. Il avait, en conséquence, fait courir après elle , et lui avait donné l’ordre positif de revenir.

Mais, dans ce moment , il avait reçu lui-même l’avis de

Napoléon. Il était trop tard : le combat était engagé , il fallait le soutenir. Néanmoins, il avait de nouveau fait courir au-devant du comte. d’Erlon, pour l’autoriser à continuer sa route sur Bry , et s’était retourné sur l’ennemi avec une nouvelle rage. Dans cet instant , un nouveau renfort de 12,000 Anglais était arrivé , conduit par Wellington , et Ney avait été obligé de battre en retraite sur Fraisne , tandis que le corps d'armée du comte d’Erlon , lisant sa journée en marches et en contre-marches, s’était constamment promené entre deux canonnades sur un rayon de trois lieues, sans aucune utilité, ni pour Ney , ni pour ’ Napoléon.

Cependant, si la victoire était moins décisive qu’elle n’aurait pu l’être , ce n’en était pas moins une victoire. L’armée prussienne , en pleine retraite , avait , en se retirant par sa gauche, démasqué l’armée anglaise qui se prouvait alors la plus avancée. Napoléon, pour empêcher de se rallier, détache après elle Grouchy avec 35,000 hommes , lui ordonnant de la presser jusqu’à ce qu’elle fasse tête. Mais Grouchy va faire , à son tour, la même faute que Ney : seulement , les conséquences en seront terribles.

Si habitué que fût le général en chef anglais à la rapi-

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dite des coups de Napoléon , il avait cru arriver à temps aux Quatre-Bras pour faire sa jonction avec Blücher. En effet, le 15, à sept heures du soir, lord Wellington reçoit à Bruxelles un courrier du feld-maréchal , qui lui annonce que toute Tannée française est en mouvement et que les hostilités sont commencées : quatre heures après , au moment où il va monter à cheval, il apprend que les Français sont maîtres de Charleroy, et que leur armée, forte de 150,000 hommes, marche en front de bandière sur Bruxelles , couvrant tout l'espace qui s'étend entre Marchienne , Charleroy et le Châtelet. 11 se met aussitôt en route, ordonnant à toutes ses troupes de lever leurs cantonnements et de se concentrer sur les Quatre-Bras, où il arrive à six heures comme nous l'avons dit , pour apprendre que l'armée prussienne est battue. Si le maréchal Ney avait suivi les instructions reçues , il apprenait qu'elle était détruite (î).

Au reste, la mort a fait un échange terrible: le duc de Brunswick a été tué aux Quatre-Bras , et le général Letort à Fleurus.

(1) «Dans les autres campagnes, dit Napoléon dans ses Mémoires,. Ney eût occupé à six heures du matin la position en avant des Quatre-Bras , eût défait et pris toute la division belge, et il eût tourné l’armée prussienne, en faisant filer par la chaussée de Namur un détachement qui fût tombé sur les derrières de la ligne de bataille; ou, en se portant avec rapidité sur la chaussée de Jemmapes , il eût surpris en marche la division de Brunswick et la cinquième division anglaise, qui venaient de Bruxelles , et, de là, marché à la rencontre des première et troisième divisions anglaises qui arrivaient par la chaussée de Nivelles, l’une et l’autre sans cavalerie ni artillerie, et harassées de fatigue. »

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Voici la position respective des trois armées pendant la nuit du 16 au 17.

Napoléon campa sur le champ de bataille ; le troisième corps, en avant de Saint-Àmaiid; le quatrième, en avant de Ligny ; la cavalerie du maréchal Grouchy, à Sombref ; la garde , sur les hauteurs de Bry ; le sixième corps, derrière Ligny ; et la cavalerie légère , vers la chaussée de Namur, sur laquelle elle avait ses avant-postes.. .

Blücher, poussé mollement par Grouchy, qui , après une heure de poursuite , l’avait perdu de vue , avait fait sa retraite en deux colonnes et s’était arrêté derrière Gembloux, où l’avait rejoint le quatrième corps,. commandé par le général Bulow et arrivant de Liège.

Wellington s’était maintenu aux Quatre-Bras , où les

différentes divisions de son armée l’avaient successivement

rejoint , accablées de lassitude , ayant marché toute la nuit du 15 au 16 , toute la journée du 16 , et presque toute la nuit du 16 au 17.

Vers les deux heures du matin , Napoléon envoie un aide de camp au maréchal Ney : l’empereur suppose que l’armée anglo-hollandaise suivra le mouvement rétrograde de l’armée prusso-saxonne , et ordonne au maréchal de recommencer son attaque sur les Quatre-Bras : le général comte Lobau , qui s’est porté sur la chaussée de Namur avec deux divisions du sixième corps , sa cavalerie légère et les cuirassiers du général Milhaud , le soutiendra dans cette attaque , pour laquelle , secondé ainsi , il doit être assez fort , toutes les probabilités étant qu’il n’aura affaire qu’a l’arrière-garde de l’armée.

Au point du jour , l’armée française se remet en

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marche sur deux colonnes, l'une de 68,000 hommes, corn- * mandée par Napoléon , et qui suit les Anglais ; l’autre , de 54,000 hommes, commandée par Grouchy, et qui poursuit les Prussiens.

Ney est encore en retard , et c’est Napoléon qui arrive le premier en vue de la ferme des Quatre-Bras , où il aperçoit un corps de cavalerie anglaise : il lance pour la reconnaître un corps de cent hussards, qui revient vivement repoussé par le régiment ennemi. Alors l’armée française fait halte et prend sa position de bataille : les cuirassiers du général Milhaud s'étendent sur la droite , la cavalerie légère s’échelonne à la gauche , l’infanterie se place au centre et en deuxième ligne , l’artillerie profite des mouvements de terrain et se met en position.

Ney n’a point encore paru : Napoléon , qui craint de le perdre, comme la veille, ne veut rien commencer sans lui. Cinq cents hussards sont lancés vers Fraisne , où il doit être, pour se mettre en communication avec lui. Arrivé au bois Delhutte , qui est entre la chaussée de Namur et la chaussée de Charleroy, ce détachement prend un régiment de lanciers rouges, appartenant à la division de Lefèvre-Desnouettes , pour un corps d’Anglais , et engage la fusillade. Au bout d’un quart d’heure , on se reconnaît et on s’explique : Ney est à Fraisne , comme l’a pensé Napoléon : deux officiers se détachent et vont le presser de déboucher sur les Quatre-Bras. Les hussards reviennent prendre leur rang à la gauche de l’armée française ; les lanciers rouges restent à leur poste. Napoléon , pour ne pas perdre son temps, fait mettre en batterie douze pièces de canon qui engagent le feu : deux pièces seulement lui

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répondent : nouvelle preuve que^ l'ennemi a évacué les Quatre-Bras pendant la nuit , et n’y a laissé qu’une arrièregarde pour protéger sa retraite. Rien, au reste, ne peut se faire que par instinct ou par appréciation, la pluie qui tombe par torrents bornant la vue à un horizon très-étroit. Après une heure de canonnade, pendant laquelle il a les yeux sans cesse tournés du côté de Fraisne, Napoléon voyant que le maréchal tarde toujours , envoie ordres sur ordres. Alors , on vient lui dire que le comte d’Erlon paraît enfin avec son corps d’armée : comme il n’a encore donné ni aux Quatre-Bras , ni à Ligny, Napoléon le charge de la poursuite de l’ennemi. Il prend aussitôt la tête de la colonne

et marche au pas de charge sur les Quatre-Bras. Derrière

lui , le deuxième corps paraît : Napoléon met son cheval au galop , traverse , avec une trentaine d’hommes seulement , l’espace qui s’étend entre les deux chaussées , arrive au maréchal Ney, auquel il reproche non-seulement sa lenteur de la veille , mais encore celle de ce jour, qui lui a fait perdre deux heures précieuses pendant lesquelles , en la pressant vivement , il eût peut-être changé la retraite de l’armée ennemie en déroute ; puis , sans écouter les excuses du maréchal , il se porte à la tête de l’armée , où

il trouve les soldats qui marchent dans les terres ayant de

la boue jusqu’aux genoux , et ceux qui suivent la chaussée de l’eau jusqu’à mi-jambes: il juge que l’inconvénient est le même pour l’armée anglo-hollandaise, et qu’elle éprouve de plus tous les embarras d’une retraite. Il ordonne alors à l’artillerie volante de prendre les devants par la chaussée, où elle peut rouler en toute facilité , et de ne pas cesser un instant de faire feu , ne fût-ce que pour indiquer sa

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position et celle de l'ennemi ; et les deux armées continuent de marcher dans ce marais , au milieu de la brume , se tramant dans la vase, pareilles à deux immenses dragons antédiluviens, comme en ont rêvé Brongniart et Cuvier, se renvoyant l’un à l’autre la flamme et la fumée.

Vers les six heures du soir, la canonnade se fixe et augmente. En effet , l’ennemi a démasqué une batterie de quinze pièces. Napoléon devine que son arrière-garde s’est renforcée, et que, comme Wellington doit être arrivé près de la forêt de Soignes, il va prendre pour la nuit

position en avant de cette forêt. L’empereur veut s'en assurer : il fait déployer les cuirassiers du général Milhaud, qui font mine de charger, sous la protection de quatre batteries d’artillerie légère. L’ennemi démasque alors quarante pièces, qui tonnent à la fois. Il n’y a plus de doute*: toute l’armée est là ; c’est ce que Napoléon voulait savoir. Il rappelle ses cuirassiers, dont il a besoin pour le lendemain, prend position en avant de Planehenois, établit son quartier général à la ferme du Caillou , et ordonne que pendant la nuit un observatoire soit dressé, du haut duquel il puisse, le lendemain matin, découvrir toute la plaine. Selon toutes les probabilités , Wellington accepte la bataille.

. Pendant la soirée , on amène à Napoléon plusieurs officiers de cavalerie anglaise, faits prisonniers pendant la journée, mais desquels il ne peut tirer aucuo renseignement.

A dix heures, Napoléon, qui croit Grouchy devant Wavre , lui envoie un officier pour lui annoncer qu’il a

devant lui toute l’armée anglo-hollandaise , en position en

avant de la forêt de Soignes, ayant sa gauche appuyée au

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hameau de la Haie, et que, selon toute probabilité, il lui livrera bataille le lendemain : en conséquence , il lui ordonne de détacher de son camp , deux heures avant le jour, une division de sept mille hommes, avec seize pièces d’artillerie, et d’acheminer cette division sur Saint-Lambert, afin qu’elle puisse se mettre en communication avec la droite de la grande armée, et opérer sur la gauche de l’armée anglo-hollandaise : quant à lui, dès qu’il sera assuré que l'armée prusso-saxonne aura évacué Wavre, soit pour se porter sur Bruxelles, soit pour suivre toute autre direction , il marchera avec la plus grande partie de ses troupes dans la même direction que la division qui lui servira d’avant-garde, et tâchera d’arriver avec toute sa puissance vers les deux heures de l’après-midi, moment où sa présence sera décisive. Au reste , Napoléon , pour ne pas attirer les Prussiens par sa canonnade, n’engagera l’action qu’assez avant dans la matinée.

Cette dépêche est à peine expédiée qu’un aide de camp du maréchal Grouchy arrive avec un rapport , écrit à cinq heures du soir, et daté de Gembloux. Le maréchal a perdu la voie de l’ennemi ; il ignore s’il s’est porté sur Bruxelles ou sur Liège : en conséquence, il a établi des avant-gardes sur chacune de ces routes. Comme Napoléon visite les postes, il ne trouve la dépêche qu’en rentrant. Il expédie aussitôt un autre ordre pareil à celui qu’il a adressé à Wavre ; et ; derrière l’officier qui l’emporte , arrive un second aide de champ , porteur d’un second rapport écrit à deux heures du matin et daté également de Gembloux. Grouchy a appris , vers six heures du soir , que Blücher s’est dirigé sur W r avrc avec toutes ses forces : sa première

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intention était de l’y suivre à l’instant même , mais ses troupes avaient déjà pris leur bivouac et faisaient leur soupe; il ne partira donc que le lendemain matin. Napoléon ne comprend rien à cette paresse de ses généraux , qui cependant ont eu, en 1814 et 1815*, un an pour se reposer ; il expédie au maréchal un troisième ordre plus pressant encore que les premiers.

Ainsi, pendant la nuit du 17 au 18 , les positions des quatre armées sont celles-ci :

Napoléon , avec les premier, deuxième et sixième corps d’infanterie , la division de cavalerie légère du général Subervic , les cuirassiers et les dragons de Milhaud et de Kellermann, enfin, avec la garde impériale, c’esl-à-dire avec 68,000 hommes et deux cent quarante pièces de canon, bivouaque en arrière et en avant de Planchenois, à cheval sur la grand’route de Bruxelles à Charleroy : Wellington, avec toute l’armée anglo-hollandaise, forte de plus de 80,000 hommes et de deux cent cinquante bouches à feu, a son quartier général à Waterloo, et s’étend sur la crête d’une éminence depuis Braine-Laleud jusqu’à la Haie :

Blûcher est à Wavre, où il a rallié 75,000 hommes, avec lesquels il est prêt à se porter partout où le canon lui indiquera qu’on a besoin de lui :

Enfin, Grouchy est à Gembloux, où il se repose, après avoir fait trois lieues en deux jours.

La nuit s’écoule ainsi : chacun pressent bien qu’on est à la veille , de Zama ; mais on ignore encore lequel sera Scipion, et lequel Annibal.

Au point du jour Napoléon sort inquiet de sa tente,

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car il n'espère pas retrouver Wellington dans sa position de la veille : il croit que le général anglais et le général prussien ont dû profiter de la nuit pour se réunir devant Bruxelles, et qu’ils l’attendent à la sorlie des défilés de la forêt de Soignes. Mais, au premier coup d’œil , il est rassuré : les troupes anglo-liollandaises couronnent toujours la ligne des hauteurs où elles se sont arrêtées la veille : en cas de défaite , leur retraite est impossible. Napoléon ne jette qu’un coup d’œil sur ses dispositions : puis, se retournant vers ceux qui l’accompagnent : c La journée dépend de Grouchy, dit-il : et s’il suit les ordres qu’il a reçus, nous avons quatre-vingt-dix chances contre une. »

A huit heures du matin, le temps s’éclaircit , et des officiers d’artillerie, que Napoléon a envoyés examiner la plaine , reviennent lui annoncer que les terres commencent à se sécher, et que, dans une heure, l’artillerie pourra commencer à manœuvrer. Aussitôt, Napoléon, qui a mis pied à terre pour déjeuner , remonte à cheval , se porte vers la Ilaie-Sainte, et reconnaît la ligne ennemie : mais, doutant encore de lui-même , il charge le général Haxo de s’en approcher le plus près possible, pour s’assurer si l’ennenri n’est point protégé par quelque retranchement élevé pendant la nuit. Une demi-heure après , ce général est de retour : il n’a aperçu aucune fortification, et l’ennemi n’est défendu que par la nature même du terrain. Les soldats reçoivent l’ordre d’apprêter et de faire sécher leurs armes.

Napoléon avait d’abord eu l’idée de commencer l’attaque par la droite : mais, sur les onze heures du matin , Ney , qui s’est chargé d’examiner cetle partie dp terrain, revient

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lui dire qu'un ruisseau qui traverse le ravin est devenu, par la pluie de la veille , un torrent bourbeux qu'il lui sera impossible de traverser avec de l’infanterie et qu'il sera forcé de sortir du village par files. Alors Napoléon change son plan : il évitera cette difficulté locale , remontera à la naissance du ravin, percera l'armée ennemie par le centre, lancera de la cavalerie et de l’artillerie sur la route de

Bruxelles ; et ainsi, les deux corps d'armée, tranchés par le milieu, auront toute retraite coupée, l’un par Groucliy, qui ne peut manquer d'arriver sur les deux ou trois heures, l’autre par la cavalerie et l’artillerie , qui défendront la chaussée de Bruxelles. En conséquence , l’empereur porte toutes ses réserves au centre.

Puis, comme chacun est à son poste et n'attend plus que l’ordre de marcher, Napoléon met son cheval au galop e parcourt la ligne , éveillant , partout où il passe , et les sons de la musique militaire , et les cris des soldats , manœuvre qui donne toujours au commencement de ses batailles un air de fête qui. contraste avec la froideur des armées ennemies, où jamais nul, parmi les généraux qui les commandent , n'excite assez de confiance ou de, sympathie pour éveiller un tel enthousiasme. Wellington, une lunette à la main , appuyé contre un arbre du petit chemin de traverse en avant duquel ses soldats sont rangés en lignes, assiste à ce spectacle imposant d'une armée tout entière qui jure, de vaincre ou de mourir.

Napoléon revient mettre pied à terre sur les hauteurs de Rossomme , d’où il découvre tout le champ de bataille.

Derrière lui , les cris et la musique retentissent encore , pareils à la flampie d'une traînée de poudre ; puis , tout

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rentre bientôt dans ce silence solennel qui plane toujours sur deux armées prêtes à combattre.

Bientôt , ce silence est rompu par une fusillade qui éclate vers notre extrême gauche , et dont on aperçoit la fumée au-dessus du bois de Goumont : ce sont les tirail leurs de Jérôme qui ont reçu Tordre d'engager le combat pour attirer l'attention des Anglais de ce côté. En effet , l'ennemi démasque son artillerie, et le tonnerre des canons commence à dominer le pétillement de la fusillade : le général Reille fait avancer la batterie de la division Foy , et Kellermann lance au galop ses douze pièces d'artillerie légère ; en même temps , au milieu de l'immobilité générale du reste de la ligne , la division Foy s’ébranle et s’avance au secours de Jérôme.

Au moment où Napoléon a les yeux fixés sur ce premier mouvement , un aide de camp envoyé par le maréchal Ney, qui a été chargé de diriger l'attaque du centre sur la ferme de la Belle-Alliance par la chaussée de Bruxelles , arrive au galop et annonce que tout est prêt et que le maréchal n’attend plus que le signal : en effet , Napoléon voit les troupes désignées pour celte attaque échelonnées devant lui en masses profondes, et il va donner l’ordre, lorsque tout à coup , en jetant un dernier coup d'œil sur l’ensemble du champ de bataille , il aperçoit au milieu de la brume comme un nuage qui s’avance dans la direction de Saint-Lambert. Il se retourne vers le duc de Dalmatie qui, en sa qualité de major général , est près de lui , et lui demande ce qu’il pense de cette apparition. Toutes les lunettes de Tétat-major^ont braquées a l’instant même de ce côté : les uns soutiennent que ce sont des arbres,

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les autres soutiennent que ce sont des hommes : Napoléon le premier reconnaît une colonne : mais, est-ce Groucliy? Est-ce Blucher ? C’est ce qu’on ignore. Le maréchal Soult penche pour Grouchy ; mais Napoléon , comme par pressentiment, doute encore : il fait appeler le général Domont et lui ordonne de se porter , avec sa division de cavalerie légère et celle du général Subervic, pour éclairer sa droite, communiquer promptement avec les corps qui arrivent , opérer sa réunion avec eux si c’est le détachement de Grouchy , et les contenir si c’est l’avant-garde de Blücher.

L’ordre est à peine donné que le mouvement s’exécute. Trois mille hommes de cavalerie font un à -droite par quatre, se déroulent comme ua immense ruban , serpentent un instant dans les lignes de l’armée , puis , s’échappant par notre extrême droite , se portent rapidement et se reforment comme à une parade , à trois mille toises à peu près de son extrémité.

A peine ont-ils opéré ce mouvement , qui , par sa précision et son élégance, a un instant détourné l’attention des • bois de Goumont , où l’artillerie continue de gronder , qu’un officier de chasseurs amène à Napoléon un hussard prussien qui vient d’être enlevé , entre Wavre et Planchenois , par une reconnaissance volante. Il est porteur d’une lettre du général Bulow, qui annonce à Wellington qu’il arrive par Saint-Lambert , et lui demande ses ordres. Outre cette explication qui lève tous les doutes relativement aux masses que l’on aperçoit , le prisonnier donne de

nouveaux renseignements, qu’il faut croire , tout incroyables qu’ils paraissent; c’est que, le matin encore , les trois corps de l’armée prusso-saxonne étaient à Wavre., où

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