‹ Histoire de Napoléon BuonaparteChapitre 22 sur 38 · IV. a · texte numérisé non relu

IV. a

S86 LÎVKE

à Fréjus , ville daas l« port de laquelle était moull* lée la frugale anglaise l'Undounied, qui devait

cours fatiguât Napoléon , il se tourna brusquement vers le maréchal, Tembrassa , lui ôta encore son chapeau et se jeta dans sa voiture. Aug^reau lui fit , de la main , un geste niépnsant , en lui disant adieu. À Valence , les troupes du ma • réchal , qui avaient arboré la cocarde blanche , rendirent les honneurs militaires à Napoléon, qui ne les reçut plus ensuite. Le 25 , à Orange , on l'accueillit aux cris de Vive le roi ! Vive liouis XVlll ! 11 avait été jusque-là d'une humeur fort gaie , et il plaisantait souvent sur sa situation. Un jour il dit aux commissaires : n Au bout du compte, je nY perds rien; » j'ai commencé la partie avec un écu de six francs dans ma » poche , et j'en sors fort riche. »

Un peu en avant d'Avignon , on trouva un rassemblement qui se mit à crier : Vive le roi 1 Vivent les alliés I à bas Nico- Jas ! à bas le tyran ! le coquin ! l'assassin des français ! A Orgon , la rage du peuple était à son comble. On avait élevé en avant de l'auberge où l'on devait s'arrêter , une potence à laquelle on avait suspendu unmann<equii| en uniforme français 'et couvert de sang, avec cette inscription : Telseratôtoutard le sort du tyran. Le peuple se craïkiponnait à la voiture de Buonaparte , qui, pâle et muet, se cachait le plus qu'il pouvait derrière le général Bertrand. Le commissaire russe harangua la multitude : « N'avez vouî/ pas de honte d'insulterà >» un malheureux sans défense , dit-il. il est assez humilié » de la triste situation où il se trouve , lui qui voulait donj» ner des lois à l'univers , et qui se voit aujourd'hui à la » merci de vojre générosité ?» A un quart de lieue d'Orgon, Napoléon se déguisa ^ prit une cocarde , blanche H

' VINGT-SIXIÉMK. 887

convoyer son vaisseau, j^elon le traité, Buonaparte devait être transporté dans une corvettp , et il fut

moota un cheval de poste pour aller en courrier. Arrivée à Saint-Canat, la voiture est entourée de furieux qui cherchent à ouvrir les portières. Par bonheur elles étaient bien fermées, «e qui sauva le général Bertrand. Les femmes surtout en voulaient à Buonaparte , qui , à une demi-lieue de là, entra dans une auberge où il se donna pto^r le colonel Campbell et dont rhôtesse lui demanda s^il avait rencontré Tempereur. « Je suis Curieuse, poursuivit-elle , de voir s^il pourra se ^ sauver. Je crois toujours que le peu pie. va le massacrer,

» aussi faut~il convenir quHl Fa bien mérité »

On se mit à table; maïs craignant d'être empoisonné , Napoléon ne prit qu'un peu de pain et de vin qu'il avait fait tirer de sa voiture. Comme on approchait d'Aix , il se déguisa de nouveau ; il se revêtit de Tuniforme du général Koller, et se décora de Tordre de Marie^Thérèse. 11 monta (ians h calèche du général autrichien et dit au cocher de fumer, afin que cette &miliarité prévînt tout soupçon. On prélend même qu'il pria le général Koller de chanter , et que celui-ci ayant répondu qu'il ne chantait jamais, Buonaparte répliqua : « Eh bien ! sifBez ! » Lorsqu'on fut en pleine cam-» pagne , il recommença de causer avec le général. Il lui dit qu'il avait formé le projet de déposséder Murât , de replacer Ferdinand, sur le trône , de faire le roi de Sardaigne roi d'Italie, et d'aller s'établir lui-même en Sardaigne ; puis , s'interroropant il dit : « Non, je renonce maintenant au monde » politique ; je ne m'intéresse plus à ce qui peut arriver. » H apprit à Saint-Maximin quele sous-préfet d'Aix était dans ce Heu. Il le fil appeler et se répandit , devant lui , en inju-

388 JLIVEE

très-mecontcnt de ne trouver que le brick Tlnconstant (i). Il donna à dîner aux commissaires , qu^il remercia des soîas qu'ils avaient pris durant le voyage , et auxquels il adressa des plaintes contre le gouvernement français , qui lui retenait » disait-il , plusieurs objets. Il était surtout choqué dé ce qu'on ne voulait pas lui remettre le dimnant le Régent , qu'il avait retiré des mains d'un juif de Berlin , pour la soinme de quatre millions. Des hussards autrichiens accompagnèrent Napoléon jusqu'à Saint-Rapheau ( le port de Fréjus) , où il ayait abordé à son retour d'Egypte. Quel sujet de réflexions amèi-es pour lui ! Quel emploi avait-il fait de la puissance prodigieuse dont il avait joui depuis cette époque ?

Le 28, entre onze heures et minuit, il monta sur la frégate, qui mit à la voile deux heures après. Les vents- contraires , les orages €t ies calmes

res contre les provençaux. Il y.avaU au Luc deux escadro:<s de hussards autrichiens. Sur la demande de Buonaparte, les commissaires envoyèrcot aii commandant Tordre d^attendre son arrivée pour lui servir d^escorte jusqu^à Fréjus , ce qui fat exécuté. — Extrait de t ouvrage de M, de fValdbouro Truc/isess.

(i) On donne à ce changement divers motifs que nous croyons superflu de rapporter. Voyez V Itinéraire de Buonaparte à file dtElbe , pag. 5o,

VINGT-SIXIKME. 38g

qu^elIe essuya, empêchèrent qu'elle ne fui:, avant ïe 3 mai , en vue de Porto-Feirajo. Bertrand et Drouot , acconopagnés de deux officiers , Tun autrichien et l'autre russe, débarquèrent et allèrent trourer le général Dalesme , gouverneur de l'île , de laquelle ils prirent ensuite possession au nom de NapoIeQn , qui différa son entrée jusqu'au lendemain 4* C^ joui* 9 l^s troupes furent mises sous '^les armes , et les fonctionnaires publics se rendirent au port. A trois heures, le débarquement fut annonce par vingt et un coups de canon , tirés de la frégate et auxquels répondit Tartillerie dePorto- Ferrajo, En mettant pied à terre , Buonaparte teçQt les clefs de celte ville » des mains du commandant et fut harangué par le sous-préfet. Il se plaça ensuite sous un dais fort mesquin , et s'achemina vers l'église paroissiale , où il assista au Ti Deum. Ce cantique d'actions de grâces s'accordait trop mal avec sa position , pour qu'il n'en fat pas ému. Levant les yeux vers le ciel , il versa, dit-on , quelques larmes , qu'il se fut épargnées s'il avait fait une entrée plus conforme à l'état où son imprudence l'avait réduit. La cérémonie terïnincc , il se porta , d'un pas rapide , vers l'hôtel- <!c-viUe,-où son logement était préparé et où nous I allons le laisser quelque tems.

L'empereur d'Autriche , avons-nous Jit, s'était

Sgo UVRE

retiré momentanément à Dijon; ce dont nous avons indiqué le motif. -Peut -être aussi qu^une sorte de ménagement imposait à ce prince Tobiigatîon de ne pas assister en personne aux discussions où Ton devait décider du sort de sa fille et de son gendre. Toutefois , il en avait jusqu^alors soutenu les intérêts en ce qui ne semblait pas contraire à ceux de son empire et aux engagemens qu'il avait contractés. Tout étant réglé , François quitta Dijon, Il arriva, le i5 avril, à Paris , et il eut, le lendemain, au petit Trianon, une entrevue avec Marie-Louise. Cette princesse , après son départ de la capitale , avait passé quelques Jours à Blois , où les membres du gouvernement de son époux, ainsi que ses deux beauxfrères, Joseph et Jérôme, sVtaient réunis^ Les deux derniers, après les événemens qui signalèrent le commencement du mois d'avril , avaient voulu la contraindre à les suivre datas le Berrf. « Mon sort, leur avait-elle dît, me paraît décidé. » Je ne crains rien ni pour ma personne , ni pour » celle de mon fils , de la part des allemands ni » des russes. » S'étant alors assurée par le serment que lui prêtèrent les officiers de sa garde, qu'ils n'obéiraient qu'à ses ordres , elle avait laissé partir les deux Buonaparte , après leur avoir donné à chacun un million. Le 8 avril , elle avait vu arriver à Blois le comte de Schouwaloff, avec

VmGT-SIXlÈME. 3tt|

qui elle avait pris le chemin d'Oriéans- Le 12 , elle avait quitté cette ville pou^* se rendiHï à Rambouillet , accompagnée du com|;e d^£sterhazy , que son auguste père lui avait envoyé. Le 21 » elle se mit en route pour quitter la France , victiroe à 3on départ comme elle Tétait à son arrivée*

Page 1