‹ Histoire de Napoléon BuonaparteChapitre 24 sur 38 · LIVRE VINGT-SEPTIÈME. SgS · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-SEPTIÈME. SgS

que»ce , le considérait comme on prodige. Ce beau joar toutefois ne fut pas sans nuages. On avait eu Tiinfirrodeiice de donner pour escorte à S. M., la garde même de Buonapart^, qui, loin de prendre part ^ rallëgresse publique , la tropbla par ses sombres regards et son sinistre maintien. Le soir, il y eut des combats meurtriers entre elle et quelques troupes des allies, et il fallut la faire sortir de Paris dans la nuit même. La conduite que ce corps venait de tenir était un avis sur le danger d'employer trop promptement des hommes qui croyaient leur sort lié à celui de Tusurpateur ; mais ce conseil de l'expérience fat perdu.

J^es n^gociaticms entre la t*rance et les puissances alliées suivirent 4e près l'entrée dti roi dans sa capitale; elles furent terminées promplement. La France , par un traité qui ftt signé, le 3o mai, rentra dans ses anciennes limites, auxquelles furent ajoutés divers carltons situés au nord et à Test. On lui laissa les préfectures de Chambéry et d'Annecy, la principauté d'Avignon , le comtat Venaissin , le comté de Mpntbeliard et toutes les enclaves qui avaient appartenu à F Allemagne. Ces diverses concessions formaient un agrandissement de cent cinquante milles carrés , avec une populatîon^ de quatre cent cinquante mille âmes.

La Grande-Bretagne promît , en son nom et en celui de ses alliés , de restituer à la France les co-

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lonies et les établissemens qu^elIe possédait, le 1*' janvier 1792 ^.à Texception toutefois des îles de Tabago et de Sainte- Lucie , ainsi que de l'ile de France et de ses dépendances.

Aucune contribution ne fut imposée à la France , quoique Buonaparle en eût accablé tous les états dont il avait fait la conquête , el elle conserva tous ces monumens des arts , nobles fruits des victoires remportées par ses guerriers , et auxquels la vanité nationale attachait le plus h^ut prix.

Quelque avantageuse que , relativement à* ia conjoncture où se trouvait la France , alors conquise presque aux deux tiers , fussent les stipulations du traité du 3o.mai, les hommes delà révolution , qui étaient déjà revenus de lespèce d'étourdissement que leur avait causéila restaurar tion, le critiquèrent avec amertume, et comme si la position respective des parties contractantes eut , été Topposé de ce qu'elle était réellement-

Au bienfait de la conclusion de lai paix , S. (!• en joignit promptement un autre , en faisant pro- ' clamer, dans une séance royale, tenue, le4J"i'^' ia Charte qui nous régit. Quoiqu'elle ait garanti tous les droits que, raisonnablement il était posr sible de réclamcjr, qu'eije ait reconnu la nouvelle noblesse, qu'elle ait confirmé laliénation des domaines dits nationaux , qu'elle ait couvert d'une amnistie le vote le plus atroce et les forfaits lesplos

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épouvantables, et qu'elle ait établi des institutions qu'on semblait désirer, elle ne contenta ni les partisans du goûvernemenl qui venait de s'écrouler^ nî les hommes dont les systèmes avaient été si funestes à la France. Les premiers n'y trouvèrent rien qui pût favoriser leur ambition , et les autres se plaignirent vivement de ce qu'au lieu d'être un acte librement consenti par le peuple , elle fût une concession du monarque. Ainsi, un mois s'était à peine écoulé depuis la rentrée du roi, quelles symptômeiî de la révolution , qui devait ramener r usurpateur, se faisaient déjà remarquer.

Cependakit Buonaparte , retiré dans son île , parut disposé d'abord à suivre Texemple qu'a donné Dioclétien. Il feîgnil de s'occuper d'agriculture, de commerce et d'objets d'industrie ; il fit planter des arbres, bâtir des maisons, exploiter des mines, et alla même jusqu'à se livrer aux soiné les plus minutieux de réconomîe domestique ; mais en mêioe tems il entretenait des correspondances criminelles en France et en Italie, et recevait des émissaires qui lui étaient envoyés régulièrement de Paris (i); il faisait acheter des felouques à Gênes , des munitions de guerre à Naples et des vivres à Alger.

(i) Il a été réconnu dans le procès de Louvel .que cet assassin fut employé pendant plusieurs mois, à l'île d'Elbe, dans la maison de Buonaparte , et qu'il y eut plusieurs conversations avec lui.

Il importait infiniment pour la cause de Buonaparte de réunir les deux factions ennemies de lâ légitimité. Il ne fut pas difficile d'y parvenir, et il parait que ce fut Fouché qui eut Thonneur de cet odieux succès. Fouclié, perpétuellement ennemi de Buonaparte , même dans tous les tems où il a paru le servir ; Fauché , qui avait concouru puissamment à la défection de Murât » parvint à ré* concilier les deux beaux - frères. Murât régnait encore, et c'était un solide appui pour un soulèvement qu'on se proposait d'opérer çn Italie^ Comme on l'a vu ci-devant , ce n'avait jamais été de bonne foi qu'il s'était joint aux alliés } et la restauration l'avait fait trembler pour son tr6ne,«der« nier débris du vaste empire que Napoléon avait fondé en Europe.

Lorsqu'il eut ébauché le plan de son retour en France , Buonaparte envoya le général Bertrand , le discuter à Rome avec Thibaudeau et Lucien » qui s était aussi réconcilié avec son frère. Les conférences eurent lieu vers la fin d'octobre. H fut réglé que répx}que du débarcpiement serait fixée à Paris par les principaux conjurés; qu^ Joseph Buonaparte, qui s'était retiré en Suisse (i)) continuerait la correspondance qu'il entretenait

(1) Jérôme Buonaparte était aussi en Suisse ;el l'on assure t[\i"\\ n'y fui pas oisif.

avec des comités établis à Grenoble et à Lyon ;. qu'aussitôt qu'un mouvement militaire , qui avuit été préparé de bonne heure dans le nord de la France , serait effectué , on formerait un gouvernement provisoire , où Carnot et Fouché seraient admis comme rQprcsentans nécessaires du parti révolutionnaire, et qu'enfin, en remettant le pied sur le sol de la France , Napoléon prendrait , rengagement de modifier son gouvernement, d'après» des principes énoncés en des préliminaires qui furent signés par son fondé de pouvoirs*

Quelque secrètes que fussent ces démarches , il dut en parvenir des indices aux ministres du roi , auxquels d'ailleurs des avis directs et positifs furent transmis ; mais les ministres parurent croire que Buonapartc n'osçrait rien entreprendre avant la dissolution du congrès qui se trouvait réuni à Vienne. Ils ne pouvaient se persuader, dit- on* qu'il s'abandonnât à une entreprise aussi folle , et toute fondée sur les accidens de la mer et du hasard; mais révénement a démontré que, par le peu de précautions qu'on avait prises , ces dangers n'étaient guère à craindre pour Napoléon , et le mauvais esprit des troupes, qui ne daignaient pas le dissimuler, annonçait assez que l'usurpateur trouverait parmi elles de nombreux adbér€ns(i).

(1) On avait commis la faute impardonnable de laisser les

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Buonaparte aurait voulu débarquer, le 2 de* cembre, jour anniversaire de son couronnement; mais la trame n'était point encore assez forte dans rintérieur de la France ; et Tépoque du 5 mars fut fixée définitivement pour arborer les couleurs de la révolte contre les Bourbons. Le 10, Drouet d'Ërlon et Lefebvre Desnouettes , qui étaient à la tête des troupes séduites dans le nord, devaient être maîtres de la capitale.

Dans le plan général d^insurrection , trois lignes furent tracées. La première , celle du nord , partait de Cambray , de Lille et de Péronne , et se prolongeait jusqu'^à Paris , par La Fère , Laon et Noyon: 'Reims et Châlons-sur-Marne y étaient compris. La deuxième ligne , qui commençait à Metz, devait aboutir aussi à la capitale. La troisième, et la plus importante, devait partir à la fois deChambéry , de Grenoble, de Valence, de Bourg-eji-Bresse, pour de là gagner de proche en proche, Lyon, Chalons-sur-Saône , Mâcon et les routes parallèles^ de la Bourgogne et du Bourbonnais. Ces lignes d^opérations furent inspectées incognito par des géi^éraux, des colonels, des majors expédiés de Paris. Ces commissaires étaient chargés de préparer, officiers et soldats, à la révolte , et d'annoncer à leurs aCTidés la prochaine

corps tels qu'ils épiaient précédemment , et commandés par les m^m^s hcmmes que sous Buonaparte.

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arrivée de leur empereur sur divers points de \st troisièmes ligne. Son retour fut promis aussi par des colporteurs, par de prétendus frères quêteurs, et même, à ce qu'on assure, par des militaii'es travestis en religieux de Thospice du Saint-Bernard. Vers la fin de janvier, des agçns , partis de nie d'Elbe, se rendirent à Nantes et à Rennes, pour indiquer aux principaux révolutionnaires les moyens de faire échouer toute résistance de la part de la Bretagne et de la Vendée. Enfin on apprit, un mois à Tavance, dans ces mêmes villes, que le débarquement de Napoléon se ferait à Cannes (i). Tout cela fut inutile pour ouvrir les yeux aux ministres. En vain le comte de Bouthilier, préfet du Var, et M. Hyde de Neuville, chargé

(i) La presse , que Buonaparte avait tant comprimëe et âont le roi avait proclamé la liberté , fut un des moyens les plus puissans que les conjurés employèrent , et ce fut par une feule de libelles que commença l'attaque contre ia légitimité, le plus honteusement célèbre de tous ces écrits séditieux , fut le mémoire que te régicide Çarnot eut l'audace d'adresser à S. M. , et dont l'objet était, de rejetter sur le peuple français le parricide dont au contraire il a toujours gémi. Aux niaximes atroces on joignait l'arme du ridicule. Ceux qui 5'en servirent avec le plus de succès , furent les rédacteurs du f rop fameux JVain Jaune , dans lequel l'un d'eux , peu de tenas avant ce fatal événement , fit allusion eu retour de Buonaparte , par un jeu de mots sur ([es plumes de cannes.

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d'une mission eh Provence » letir donhèi'enUb âvis, au commencenrent de février ^^ue plusieurs indices annonçaient des préparatifs de descenle, et coïncidaient avec d'àutrefi préparatifs qui se faisaient à Tîle d^£lbé. Les ministres , persuadés I que Napoléon n« tenterait de pénétrer en France que par Tltalie , et à la tête de troupes italiennes, négligèrent aussi plusieurs autres renseignemens non moins importans. Buonaparte se serait bien gardé d'agir sur un pareil plan : la vue de troupes étrangères aurait pru suffire pour déternuner une résistance qu'il savait bien n'avoir pas a redouter, accompagné seulement d'une poignée de français. Dans le dessein , peut-être^ de faire porter un plus grand nombre de tt*oupes sur le çbemiB que l'usurpateur se proposait de suivre , Murât , qui j n'était point reconnu par le roi , feignit de vouloir faire la guerre à la France , et demanda passage à l'Autriche, pour une année de quatre- vingt mille hommes. La cour do Vienne rejeta cette propolûtion, et s'empressa 4'en instruire k gouvernement 1 de S. M. CependaM M. le prince de Talleyrand , plénipotentiaire de France au congrès, manda qu^il j conviendrait de faire marcher des troupes vers Grenoble et Gbambéry. Ce conseil fut suivi, et, i par une étrange fatalité, les noinistres envoyèrent de la sorte, à la rencontre de l'usurpateur, les corps qui devaient le ramener à Paris. '

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Toul étant prêt tant à l'île d'Elbe qu'en France , la troupe de Buonaparte reçut , le dimanche» 26 février, à huit heures du soir, Tordre de s'embarquer. Les officiers étaient en ce moment à un bal que donnait la princesse Borghèse. Napoléon forma d'abord sa troupe en carré ; il distribua des décorations et dit qu'il allait la conduire à Paris sans brûler une amorce. Il lui recommanda d'é» viter toute querelle avec les habitans des villes et des campagnes , et de répéter sans cesse qu'il ne venait point en France^ pour faire la guerre aux français. On procéda ensuite à l'embarquement. Quatre cents hommes de la vieille garde montèrent sur le brick l'InconÈlant ; deux cents hommes d'infanterie, cent lanciers polonais et deux cents ilanqueurs furent répartis sur six petits bâtlmens , ce qui fit en tout sept transports et neuf cents hommes.

Buonaparle se rendit sur le brick avec MM. Ber* trand , Drouot, Cambronne et les autres officiers qui l'avaient suivi. Un coup de canon tiré à minuit donna le signal du départ , et Ton mit à la voile par un vent du sud , et aux cris de Paris ou la mort!

Il y avait dans les parages de l-île d'Elbe, une croisière ^ançaise composée de deux frégates , la Fleur de Lys^ commandée par le chevalier de IV. 36

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Garât, et la Melpomène,' commaDdee par le capitaine doUet. La première se tenait habituellement aa nord , et la seconde au sud. L'une n'était pas subordonnée à Tautré; et il leur était sévèrement défendu , quelque tems qu'il fît , de mouiller à File d'£lbe. Elles étaient sans aviso , sans un seul petit bâtiipent, sans aucune intelligence à terre. A tant de précautions , qui semblaient n'avoir pour but que d'assurer l'évasion de Buonaparte , on en joignit une nouvelle : ce fut le rappel du chevalier de Garât L'ordre eu fut expédié de Toulon vers la mi-février, et porté au général Brolart , gouverneur de File de Corse. Mais ce général , qui connaissait les principes de M. de Garât , tint l'ordre dans sa poche. Le colonel anglais Campbell , que des affaires avaient appelé à Florence, où il était resté huit jours , rentra le 28 à Porto-Ferrajo. Buonaparte n'y était plus. Lé colonel mit aussitôt à la voile pour les côtes de France. Le i'*^ mars, à deux heures du matin , il rencontra la F/eur de Lys , à laquelle il annonça la nouvelle de l'évasion de Buonaparte , mais sans pouvoir dire quelle route il tenait. Le chevalier de Garât n'hésita pas à prendre celle de France. Le colonel Campbell en fit autant, en suivant une ligne parallèle à celle de la Fleur de Lys. Après avoir ainsi navigué quel-

que tems, le chevalier de Garât se rapprocha du colonel anglais , pour lui faire part dune idée qui lui venait : c'était que Buonaparte , en sortant de nie d'Elbe , avait pu se jeter sur une des Hes voisines, pour , de là , prendre le tems de diriger ^a marche selon les circonstances. Le colonel frappé , de cette idée , rebroussa chemin , afin de visiter. ces îles , et les deux vaisseaux se séparèrent pour marcher en sens contraire.

Buonaparte avait continué paisiblement sa roote pour les côtes de France. Le lundi 27 , son brick se croisa avec le brick français le Zéphir^ corn-, mandé par le capitaine Ândrieux, qui connaissait particulièrement le lieutenant Taillade , pilote de la flottille. Les deux bricks parlementèrent , s^ firent des honnêtetés, puis se séparèrent.

Le mardi 28 , à la pointe du jour , la flottille reconnut un vaisseau de' 74» ^"î ^^ s'occupa aucunement d'elle. Ce même jour, à sept heures du matin , elle découvrit la côte de Noli ^ et \ raidi , • Anlibes fut en vue.

Le mercredi , i*' mars , vers une heure de Taprès-midi, la flottille entra dans le golfe Juan. Le débarquement commença peu de tems. après. Les premiers débarqués furent mis en vedette, et arrêtèrent quelques personnes que le hasard ou

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leurs affaires avaient attirées sur le rivage. M. le duc de V'alenlinois, qui se rendait à Monaco, fat aussi arrêté en avant de Cannes. Buonaparte se îe fit amener le jour suivant, à deux heures du matin. Leduc lui demanda, d^une manière très-ferme la permission de continuer sa route. On rapporte qu'en la lui accordant, Buonaparte lui dit: « Vous » ne resterez pas à Monaco, vous reviendrez à » Paris , il n'y a que là où Ton vil. »

Le général Cambronne , s'était em{)aré là veille ^ bourg de Cannes, où il avait fait une forte réqrmitiodi de vivres et jeté la consternation. Buonaparlè vint camper près de ce bourg à minuit; iTnais il n'y entra pas. À quatre heures du matin, îi 5d mit en route. Laissant à droite la ville d'Antibes, il pril le chemin des montagnes. Il s'arrêta 4cux heures sous les murs de Grasse , abandonnant là ses canons ^ puis il continua sa marche «vec une telle célérité , que le soir il arriva sur les confins du département des Basses- Alpes, ayant franchi , dans le jour , un espace de vingt lieues.

Buonaparte échappa de la sorte à la poursuite du comte de Bouthilier , préfet du Var, qui s était porté vers Fréjus , à la tête d'un petit corps de gardes nationales. Le général Morangier en avait i^it autant, à la tête de la garnison de Draguignan. On aurait pu cependant arrêter l'ennemi, soit au

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défilé dit de César, qui est laillc dan» le joc , et situé entre Casteliane et Barréme ; soit au pont de Sisteron , sur la Durante. Il eût suffi pour cela de faire partir en poste la garnison de Marseille , à laquelle se serait joints un grand nombre de volontairesy tirés de la garde nationale de cette ville fidèle. Mais le maréchal Masséna se contenta d'jr envoyer par Journées d*étape pnc partie de celte même garde. Napoléon ^ approchait de Digne» lorsque le général Miollis se mit à sa poursuite ^ sur la route d'Aix. 11 fut suivie le lendemain , par environ i6oa marseillais. Ces troupes ne pou vaieot que manœuvrer sur les derrières de Tennemî ; et on les fatigua par des marches et des contremai}ches, comme si on eut craint de Tatteindre.

Le comte de Loverdo commandait à Digne. NVtant pas secondé parle préfet, et voyant sa garnison dans les plus mauvaises dispositions, il prit le parti de Temmenér , pour qu'elle ne grossft pas la troupe de Buonaparte. Quoiqu'elle eût déjà poussé le cri de la rébellion , elle obéit cependant à son chef , qui la conduisit Ters les troupes, venues de Marseille.

Napoléon fit ^ le 4 » son entrée à Digne, dont es habitans se tinrent renfermés dans leurs maions. Au bout de trois heures ^ ti Quitta cett« ville t se porta vers Sisteron. Là , se présente un pcMit -troit, que deux hommes de front peuvent à

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peine ^anchir, et que protège une citadelle. En cinq minutes op aurait pu le faire sauter. Mais Fesprit de vertige et d^aveuglement s'était emparé presque partout des dépositaires de rautorité. Le préfet avait décidé que Sisteron ne serait pas défendu. Tout ce qu'on put obtenir fut qu'un piquet de cinq hommes , armés de sabres , fût mis à la tête du pont , du côté de Digne. Ne sachant pas si ce pont lui sera livré sur-le-champ , Buonaparte fait halte à cinq lieues de Sisteron. Son avant-garde , commandée par Cambronne , s'en empare , le,5 , à une heure du matin. Une ordonnance court aussitôt Pen instruire. A dix heures, Napoléon paraît à la tête de cent cinquante hommes. Arrivé au pont , il ne peut dissimuler sa joie, et dit à Bertrand : « Nous voilà sauvés ! » 11 trouve à la porte delà ville , le sous-préfet , le maire et les adjoints en costume, qui le haranguent, crient euxmêmes çiçe r empereur ! et donnent ainsi le premier exemple de félonie de la part de magistrats. Buonaparte sortit de Sisteron à trois heures du soir. Ce fut vainement qu'Harmand-de-la-Meuse, préfet des Hautes- Alpes , voulut lui opposer delà résistance. Napoléon déconcerta toutes ses mesures par la rapidité de sa marche. Il entra à Gap , à neuf heures ,.et il en partit le 6, à deux heures du matin.

M. Fourrier, préfet de l'Isère , avait été ins-

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tniit , le 4 mars , que Buonaparte s'avançait \ct$ son déparlemept. Encomniuniquant cette nouvelle au géiuéral Marchand , qui commandait à Grenoble, il lui proposa de faire occuper, le Ponteau ^ position importante , qui est en avant de la Mure. Le général, soutenant que Buonaparte mettrait au moins huit jouiTS pour se rendre du golfe Juan à Gap ,. renvoya au lendemain Texamen de toutes, les mesures à prendre dans cette conjoncture critique. Il fut résolu ,. dans un conseil tenu le 5, de marcher, le 6 , à Tennemi , et de mander au secours de Grenoble, la garnison de Chaml>éry , composée des 7^ et 1 1*, régimens de ligne , commandés, le premier, par Labédoyère(^ nommé colonel par le Roi , et réccminent arrivé de Pariv**), etTautre par M. Durand. Le 6 , on met en marche un bataillon du 5*". régiment de ligne et un détachement de sapeurs et de mineurs, formant environ sept cents hommes , qui sont dirigés vers la Mure. Cette avant-garde était précédée de sousofficiers qui marchaient en fourriers. Ceux-ci , arrivés à la Mure, y trouvèrent Tavant-garde de Napoléon. Ils se replièrent , après avoir vu remettre à Cambronne une lettre qui parut le combler de joie. Ils rejoignirent leur détachement , qui venait de prendre position sur une hauteur près de 'a grande route.. L'officier qui le. commandait fit un mouvement en arrière , dans le. vain espoir do

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recevoir des'rcnfort$. Le lendemain, 7, celte avantgarde , abandonnée à elle-même , et se'duite par les agens de Napoléon , passa tout*à->coup dans les rangs de Tennemi. On varie sur les particularités de cette défection. Selon sa relation afiicielle , Buonaparte , mettant pied h terre suivi de sa garde, marcha droit au bataillon , et lui dit en se faisant connaître : « Me voilà ! s^il est parmi vous un sol- » dat qui veuille tuer son empereur , qu^il sorte » des rangs et qu'il frappe \ » A ces mots toutes les armes tombent , et les plus vives acclamations se font entendre. II est plus probable , cependant , que Napoléon ne se présenta au détachement que loi^que la défection en fut consommée.

Le même jour , à onze heures du matin , le 4^. régiment de hussards et la garnison de Chambéry arrivèrent à Grenoble. On allait leur distribuer des billets de logement , lorsque Labédoyèr e insista pour qu^ils fussent laissés au bivouac sur les remparts. Ou céda» et Labédoyère plaça son régiment près de la porte de Bonne , qui faisait face a Tennemi. A trois heiires après-midi , il dépêche son adjudant-major à Napoléon , pour l'informer qu'il allait le joindre avec le corps qu^il commandait. Il court ensuite sur les remparts, fait prendre les armes à ses soldats» et se mettant à leur tête, il les entraîne , en criant : vwc f empereur / en uvànt, mes amis ! A peine sorti de la ville» il ex-

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pose Taigle aux regards de son rëginaent , et lui déclare qu^il le coiuIuU à Raonap^rie. he» soldats, transportés d^sne coupable )oie , pressent leur marche ', tirent leurs fusils, en l'air , foulent au^ pieds la cocarde blancbe , et àrbore:nt la cacarde tricolore au miifieu des acclamations les plus séditieuses. Cependant , k général Dcvilliers, qui coramandait la brigue de laïquelk le 7^ régime^at faisait partie , monte a cheval dans l'espoir de le ramener. Parvenu à la tête de la colonne , il donne l'ordre de rétrograder. 11 presse Labédoyère de . réparer sa faute ; et , d'une voix prophétique , il lui dit : « Vous courez à votre perte ; vous vous >» déshonorez.»--*Non , répond le colonel ^ appre- » nez que tout ceci çst combiné , et que dans ce » moment le comte d'Erlon marche sur Paris » avec quarante mille hommes pour seconder le » mouvement. » Toutes les représentations sont inutiles. M. Dcvilliers revient sur ses pas » et rentre dans Grenoble , où cette odieuse défection venait de jeter le trouhle et Tefiroi.

La garnison , toutefois,' conservait encore Tapparence de la fidélité ; mais on ne prenait aucune ïîiesure. Les portes étaient fermées, les troupes de %ne étaient sur les remparts et les canonniers à *eurs pièces ; mais ce ne fut pas^pour en faire usage <^ontre l'ennemi qui s'avançait. Entre cinq et six "Cures , le général donna Tordre secret d'évacuer

la place, à deux heures après minait. Déjà quelques cris de wW Vempereùr ! s étaient foit entendre. Bientôt le général se retire dans sa maison de campagne , sur le chemin du fort Barraux. Les chefs des corps /livrés alors à eux-mêmes» restent la plupart à la tête de leurs régimens. D'autres s'éloignent, ne voulant passé ranger sous les drapeaux de la révolte. Quelques fonctionnaires et plusieurs habitans se hâtent de sortir de la ville. Le préfet Tavait aussi quittée avec précipitation. Alofs le sous-préfet Didier courut au-devant de Tennemi.

Buonaparte avait rencontré Labcdoyère et le

'7*. régiment entre Yizille et Grenoble. Ce corps se joignit à i'avant-garde , et retourna aussitôt sur ses pas. Labédoyèi-e, trouvant la porte de Bonne ferniée, crie aux soldats qui la gardent: * Mes amis , c'est moi ! c'est le colonel du 7*. de » ligne ! l'empereur est làî » A ces mots, la porte est brisée à coups de hacbe , tant par les soldats du dehors que par ceux du dedans.

A dix heures du soir, Napoléon fit son entrée dans Grenoble. A sa vue , toutes les irrésolutions des soldats cessent , et ils se rangent sous, ses drapeaux. Le lendemain (8 mars), étonné de la solitude où le laissent les magistrats, il mande le

. maire , et annonce qu'il va passer une revue. Les fonctionnaires publics,* entraînes du effrayés, se

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hâtent alors d'aller lui offrir leurs hommages. Sa revue, a laquelle îa garde nationale fut forcée de paraître, dura cinq heures. If n'y eut pas un soU dat auquel il ne fît quelque question; Des troupes d'hommes apbste's, poussèrent, à plusieurs reprises, ces cris si opposés de vive là liberté! Vive t empereur/ Cétait proclamer Talliance éphémère du buohapârtîsmc et du jacobinisme. Les bons citoyens gardaient un morne silence. Après la revue, Napoléon fitpartir pour Lyon toutes ses troupes, excepté son petit corps de l'île d'Elbe , qui était excédé de fatigue. 11 fût renforcé à Grenoble d'environ six mille hommes, et il trouva dans cette ville un parc de cinq cents pièces de canon et soixante mille fusils. ' '

Après avoir fait publier des proclaitiations qu'il avait datées^ du golfe Juan, et avoir rendu quelques décrets, Napoléon quitta Grenoble, le 9 niars, a deux heures du matin. Il alla coucher l\ Bourgoing , où il arriva vers minuit; Il y attendit des nouvelles de Lyon, où de nombreux émissaires l'avaient devancé. Mais , avant d aller plus 'oin , nous avons à rendre compte' de l'effet que son déharqueriient avait produit dans la capitale , ainsi que des mesures qui furent prises pour arrêter ses progrès.

Ce fut le 5 mars que les ministres du roi reçu- ^^nt la fatale nouvelle , par la voie du télégraphe >

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nouvelle que , selon quelques personnes , les conjures pressentaient depuis le 3 au soir. On refusa d*abord d'^y croire. Une seconde transmission télégraphique ne permit plus d^en douter, et le danger n^en fut pas mieux senti. La plupart des ministres se persuadèrent que ce n*était qu'une entreprise téméraire. Cependant ils curent recours aux mesures que suggérait la prudence ou plutôt une routine trompeuse. Des courriers furent expédiés pour faire marcher en toute hâte des troupes sur Lyon , tandis qu^au contraire il aurait fallu les en éloigner, et nVpposer à Tusurpateur que des volontaires et des gardes nationales. Sa petite armée ne se recrutant pas , n'aurait eu que peu de confiance en elle-même ; elle se serait avancée avec moins de rapidité , si même elle ne s'était pas dissoute ^ et Ton eût eu le temps nécessaire pour combiner des moyens de résistance. Cependant on décida que trois princes , MoNSisua , Mgr. le duc Berri et Mgr. le duc d'Orléans, se rendraient, tant ^ Lyon qu'à Besançon , .avec des pouvoirs extraordinaires , et que Mgr. le duc d'Angouléme, qui était à Bordeaux , irait à Nîmes pour y rassembler une armée d'environ douze mille hommes. Monsieur partit sur-le-champ; mais la trahison parvint à empêcher le départ de Mgr. le duc (le Berri.

Buonaparte fut déclaré traître et rebelle pour

s'être introduit à main armée dans le dépaitcment du Var, et la même déclara lioti enveloppa tous ceux de ses adhérents qui , dans le délai de huit jours, ne Tauraient pas abandonné. Enfin 1 ordonnance royale enjoignait de lui courir sus La convocation des deux chambres fut proposée dans un second conseil. Le maréchal Soult , qui était ministre de la guerre , combattit cette mesure comme inutile et dangereuse. Mais le roi voulut le concours de la puissance législative, et la convocation se fit. Le même jour, l'armée et les gardes nationales fiirent appelées à la défense de la patrie.

Le commandement des troapcs réunies en Franche-Comté, fut confié au maréchal Ney, gouverneur de cette province. Ney, qui était dans sa terre; se met en route sur-le-champ , et se présente le 7 à Taudience du Roi. II baise la main de S. M. . et dit : « Sire , j'espère ramener Buonapartç dans » une cage de fer. — Partez , lui répond le roi » avec calme et dignité ; je compte sur votre dé- » vouement et votre fidélité. »

MaKSiEtJR , parti le 6 mars de Paris , arriva le 8 à Lyon , où la nouvelle du débarquement de Buonaparte avait été publiée la veille. H fait aussitôt rassembler les troupes de la garnison , les passe en revue , et semble leur faire partager , jusqu'à un certain point, l'enthousiasme que sa présence avait excité parmi ceux des Lyonnais

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qui restaient fidèles à la cause de leur roi , à la cause de leursperes, et, on peut le dire, à leur propre cause. Monsieuk fit également la revue de la garde nationale. « Mes amis, dit -il avec » cette noblesse et cet air de franchise qui le ca- » racterisent , il me faut seulement mille hommes » de bonne volonté. » A Tinstant même on ouvre un registre, sur lequel de nombreux citoyens s^empressent d'inscrire leurs noms. Le prince se proposait de partir dans la nuit avec celte troupe, et de se porter sur Grenoble , qu'il croyait toujours au pouvoir du roi. Mais, rentré au palais de l'Archevcché, il apprend que Buonaparte était maître de celte place d'armes importante. Profondément affecté , Monsieur appelle dans son cabinet plusieurs officiers-généraux et le préfet, et leur fait part de cette fâcheuse nouvelle. Le bruit s'en répandit promptement dans la' ville, et fit succéder la consternation à la joie qu'avait excitée l'arrivée de S. A. R. Les émissaires de .Buonaparte , venus de Grenoble à Lyon , disaient hautement qu'il arrivait avec une armée de vingt mille hommes ; -que l'empereur d'Autriche était dans ses intérêts , qu'Eugène et Murât appelaient les Italiens aux arnaes, et qu'enfin le roi avait quitté Paris. La défection des troupes , ménagée de longue main , s'annonça bientôt d'une nianière in- ,quiét^nte. Monsieur s'efforça vainement d'arrê-

1er les progrès du mal , en leur adressant une |>roclamation conçue dans les termes les plus iiobles et les plus touchans. Les traîtres n'y opposèrent qu'un rire moqueur qui ne laissa pas douter que la garnison de Lyon , loin d'ofFrîr un obstacle aux progrès de Tennemî , n'en devînt bicniôt l'auxiliaire. On craignit même qu'elle n'attendît pas sa présence pour lever l'étendard de la révolte , et qu'elle ne se rendît coupable de la plus insigne perfidie , en lui livrant la personne du prince. Des serviteurs zélés communiquèreiit leurs inquiétudes à Monsieur. « Tant que je verrai des » chevaliers de Saint-Louis à la tête des régimens , » répondit S. A. R. , je ne pourrai croire à la tra- » hison. »

Ce fat dans cette lutte pénible que se passa toute la journée du g. Le soir , Monsieur , cédant aux instances de tous ceux qui l'environnaient , prit la résolution de partir dans la nuit. Le maréchal Macdonald étant arrivé sur ces entrefaites, engagea le prince à différer son départ, et à faire» le Tbndemain , une nouvelle tentative sur l'esprit des troupes. On tint de suite un conseil de guerre où l'on délibéra sur la défense de Lyon. Le général qui commandait la division , opposait aux diverses mesures le manque d'artillerie et de munitions. « La guerre de la Vendée a commencé avec » des fourches et des pioches, lui dit le prince

4l6 LIVEK

>» avec feu. Nous avons des Wionnelles , cl je » marcherai le premier. » Cependant on commença des travaux pour faire couper les ponts du Rhône ; mais les murmures de la populace empêchèrent qu'ils ne fussent poussés plus loin, et Ton se contenta d'élever quelques barricades.

Le lo, dès six heures du matin , le marëchalfit rassembler les troupes. Le prince les passe en revue ; mais ce n'est que pour acquérir la triste conviction que la trahison avait achevé son ouvrage. Après ^a revue, Monsieur se parta sur les ponts et sur ïes quais du Rhône. Il les voit couverts d'une populace corrompue , qui n'attendait que l'arrivée de l'usurpateur pour le saluer de ses cris forcenés. Rentré à l'archevêché , à midi , le prince monte en voilure et prend la route de Moulins , escorlé par un détachement de dragons qu'il congédia au premier relais. Mgr. fc duc d^Orléans, qui était arrivé à Lyon peu de tems après Monsieur, en était aussi reparti dans la nuit.

A une heure, le maréchal Macdonald , qui ne voulait négliger aucune épreuve, conduisit deux bataillons sur le pont de la Guillotière, pour le défendre contre les hussards de l'avant-garde de Buonaparte , qui occupait déjà le fauboorg. A peine le maréchal est-il arrivé près àcs barricades, que les hussards se présentent , précédés de pay- <ans qui agitent leurs mouchoirs attaches à de

bâtons ; et qui crient vwe T empereur ! vice la liberté ! Ces cris sont répétés par la troupe du maréchal^ qui n'a que le tems de s éloigner, et qui, poursuivi par les soldats de Tusurpateur , ne dut son salut qu'à la vitesse de son cheval. ,

Buonaparte, avons -nous dit, s'était arrêté à Bpurgoing. Redoutant refiet que la présence des princes pouvait produire à Lyon, il venait de faire des dispositions pour passer le Bhône à IVIîrebel, et se jeter ensuite dans la Bresse , lorsqu'on vint lui annoncer que la seconde ville de France était conquise par sa garnison. Il se mit aussitôt en marche , et fit son entrée dans Lyon au milieu des ténèbres , ayant peine à fendre les flots d^une populace séditieuse. Le maire et le capitaine de la gendarmerie lui présentèrent les clefs de la ville au pont de la Guillotière. Le préfçt et le souspréfet s'étaient retirés.

 peine Napoléon est-il entré dans le palais de Parchevêché, que cette même populace , composée d'ouvriers rassemblés des quatre coins de la France, et à laquelle s'étaient joints quelques paysans des environs, se répand dans tous les quartiers , pille , insulte , menace et tente d%cendier les maisons des royalistes , [en vomissant des blasphèmes contre le ciel , et en adressant des invocations à Napoléon comme à une divi* IV. a^

^iS LIVRE

nité lutélaire. L'ivresse du crime triomphant égare les factieux à un tel point, qu'au cri àe vice f empereur/ ils joignent ces cris impies , atroces et insensés : A bas le citl! A bas ia vertu/ P^içe la mort/ Vwe T enfer/ A mort les royalistes'/ A Téchqfaud les Bourbons! 1^'impression -que produisit cette effroyable scène , fit dire le lendemain à un des officiers de l'usurpateur : « J'ai cru y celle » nuit j qu'on avait ouvert toutes les prisons de >» France. »

Le II avril, à neuf heures du matiil, Nâpoïéqn sortit du palais et^lla passer en revue isept a hui^ mille hommes rangés en bataille sur la place Bellecour. II descendit de cheval , parcourut les rangs , causa fomilièrement avec les officiers et les soldats ; et, s'enîvrant de leurs coupables tf^hsports, il dit qu'il irait à Paris les'màîns dans ses poches. A la manière dont les choses se passaient, on pouvait facilement l'en croire. 'Après dette revue , qui dura deux heures, la garnison de Lybn , commandée par le général Brayer , prit la route de Paris. Une foule d'officiers en retraite , remis en activité , fiirent ensuite dirigés vers plusieurs points, et des dépêches furent adressées , par la voie de là gendarmerie , dans presque toutes les divisions militaires , popr y provoquer Jiês Groupes ^ la défection.

Ne se bornant plùs'aux sourdes manoeuvres d'un

YINGT-S£^TXÈM£. 4i.g

coaspirateur et.d'uA f ml>Aucb^i^y etT^oyiantiuQfi^- .trer qa^il Vêtait: r0$$aii$i de 1^ pyissance spQve^ raine, t!usurpf tew rendit pliii^iejiifs dpcret^ dirigé^ contre les princes de la muisoiv,^^ Ba,prbon , dont il conifisquait les J>ien3 ^ contrç la iiol>le^se prétendue ieôdale, d^nj; il supprimait les^^tres , et contre les émiffifés rentrés avec le rpi , qu'jl renvoyait à T étranger. Par 4' autres décrets , il supprima la maison .militaire de S;. M. ^ j^lit 1a cocarde l^lanclie , la décoratkHi du ly^ , 1^ ordres de Saint-Louis,. de Saiat-Miçhel et du Saint-Esprit, et annula les honiMoations fail^^/p^r le roi dans les4;rîbfni]|aox i dans la LégîonrHl^jtlonneiir jBt dans Tamaée, Enfin), |>ar un dernier ^écrci^ plqs remarquable que fo«iS; les autres , ^près avoir dissous les dcus c1umbi!es, il ordpnna , §eJioi(i jâ promesse qu^il en avaiit faite au^ r;évplutioQnairès ^I^ màikm ii.Paris d« jto^a^e^,j^leçte^rs de 4a France, en assemblée e:!iJlLri|ordîfiaire d^^hwnp de niarj à HefTet de ic»crigér» et .4* modifier les constitations de Pempiir^^ et pour assisl^ri, disaitil » au cour oanementidt rimpératricje ; fa elière et bien ai&iée épousé, «tr à;dekû de son tresser et bien aimé^fils.' c / : :;. ; ,.

Le i3, à 'une ^êure apràs^midi , Baon^p^rte moQta à chevalet sodtit de Lyon, escorté par des troupes d^artiilerie légère et par des hussards. Il fut accompagné jusqui a la J^amère par les i>aiides

êoxiàojées qui ; dUrânt trois jouri , ataieht ]E|it ^^

tenlîf la ville dé leurs vociférations frénétiqws,

dont rekplosion redoubla à son départ II voulut

consigner léis témoignages de sa reconnaissiance

envers les Lyonnais , par une adresse dont la fîa

seule , par une niaiserie sans exemple , mérite

^^étre citée, u Lyonnais, dit-il,, je vous aime l»

Le même jbuY ^ Buonaparte se rendit à Mâcon,

dont il destitua le ùiaire , cpiHl :remplaça par

un and^n'dépaté du' parti populaire. Tout Châ-

lons était ' déclaré en sa ifaveur , . le 1 4 1 lorsqolil

y entra, L'àUl>erge où il mit pied à terre, fat

biëntdt^ entourée de la plus vile populace, dont

les atclàniations parureuf: lui i inspirer plus de

'dégoût tjue dé re'èbfifiaissance. '^ ,Ce ne sont pas

'•» 9à «dès crfô i À\i4\ \ c'est de la rage ÎJe ne vofe

*"» îâ que dje làcahiaiiile. * ' = -■ • » . -

Dés^aSoufeuftërié i^i^ttaîres iagiftèrent Autim à FappWthé de - ^Nâ^pôléèn;- Les ^ royalistes ayaiejâi ^le dessus, k>rsti}u'ilr etitra daiis cette ,y^ îhanàa aùssitôrie-ïnaire, lui^fit de^saiiglânsire' proches' '^k le destitua. Unltnagtstiat^ qui tétait présent ,eifibrassa la défexisecdexe loyal administrateur, et eut le courage de dixe.ÂfBuonaparte que son abdication avait dégagé. le$ français de toute obligation envers lui; « Que vous importe » mon abdication ? répondît-il avec fureur,^ C'est » une question qui vous est étrangère.^» : ,

TIKGT-SEPTIÈME. ^ 4^1

Ce fut h Aùtiin que Napoléon apprit la nouvelle certaine de la plus honteuse et dp la plus criminelle défection. Le lecteur, sans doute,, a déjà reconnu le coupable.

Le maréchal TSey, arrÎTé à Besançon, ^le grmars, avait trouvé les autorités 4 la ville .et lagarnisopf dans les dispositions les plus favorables. « Voilà ^ 31 leur avait-il dit, le plus grand crime de Buona^ » parte ; mais c'est le cinquième et dernier ajc.te de y> sa 'tragédie...*. Si ,mes soldats iiefaisaient.pas leur » devoir, je rappellerais en àue\. C'est kmoi de le » tuer. En un mot , c*est un lâche , qui n'a pas su » mourir. » Ney dit au préfet qu'il avait détourné le duc.de Berry de venir en Franche - Comté , et qu'il avait réclamé pour lui cette mission , en sa qualité de gouverneur. Le préfet conçut alor» quelques. soupçons sur Içs desseins du maréchal. Le lendemain , on apprend les événemens de Grenèble'et de Lyon. Ney suspend aussitôt la marche de ses troupes , qu'il avait ordonnée , et il les placQ ^en échelons , .depuis Poligny jusqu'à Bourg, annonçant qu'il veut les concentrer^ pour éviter tout point de contact avec les rebelles^ Sans voubir rien prescrire au préfet ,, qui lui demandait des instructions , il transfère son ^quartiergénéral à Lons4e-Saunier, exige des chevaux pour son usage et Targent des caisses publiques. A Poligny, le sûus-préfet j^ropose au maréchal de faire

4^3 LIVRK

fnarcher tous les* hoi|imes en ëtat de porter les armés. Ney rejelte'Pidce d'une levée en masse , et recoirimandé surtout qu'on ëcarté les hommes mariés (i).

Arrivé à Lons-lé-Sdbhîer, le maréchal assemble les chefs de corps , leur déclare quUI va marcher contre Buonaparté, et mtriter par-là le titre de libérateur de la patrie ; puis il leur récommande d^inspirèr le même dévouement at)x soldats. Des ifniîîtàires qui paraissaient être dans les sentimens les plus criminels, avaient été rencontrés par un officier, qui en instruisit le Maréchal. Celui-ci ré* pondît : « Les soldats marcheront ; je serai à leur » tête ; je tirerai lé premier coup de fusil , et si un » seul refusait d'obéir , je lui passerais mon épée » au travers du corps. »

Ayant partagé ses troupes en deux divisions; Ney donna le commandement de Fune au comte de Bourmont, et celui de* Tautre au général Lecourhe. Maïs toujours , sous divers prétextes, il élude d'employer les volontaires royatix , et refuse; même aU préfet du Jura , des cartouches pour la garde nationale.

Le préfet du départenAent de TAw , que la populace et les troupes avaient forcé de prendre l'a

(0 « Jeneveux^d!âtdé)plétti^iêheiirs j lifdît-iL

faite , s'étant rendu près du maréchal , lui déclara que la présence de Pusurpateur excitait le vertige révolutionnaire dans la lie du peuple , et portait la stupeur dans les arutres classes de la société. Ney montre d'abord de Tindignation > puis il dit : « Que » voulez-vous que je fasse, je ne puis arrêter l'eau » 4e la mer avec la main. » Dans le cours de la coflversation , le maréchal ^ se trahissant peutêtre, laissa échapper cette phrase : «Voilà un évé- » nement qui portera la terreur jusqu'au Kamts* 1» chatka! » Ces m<>U firent naître le soupçon dam Faibe du préfet , ^ui » prenant à part le comte de Bourmont, hii demanda s^îl était bien sûr du ni9réchal. Le comte lui répondit, qu'il se reposait plus sur sa loyauté que sur $on:dévouement. L'un H^était pas plus sûr que l'autre , ^ijasi que la suite ne l'a que trop Éatît voir.

Ney^ dans la nuit même, qui était cdlc du i3 au *4 ™3^ » reçut deuX. émissaires de l'usurpateur. Us lui remirent une lettre' d^e Napoléon , qui l'ap- |>elait le br^ve des braves, et .lui disait : « Vous n marcherez sur Mâcon ou Dijon ; en tous faisant » sitivre par beaucoup, d'art ilkrie. Sd vous eu rnan- » quezi i'âi trouvé à Grenoble cinq cents pièccîs . » de l^anon. » Les ^n^issii^ires i selon les déclarattoiis d!u maréchal, lut donnèr^ent l'assurance que le* alliés étalent d'accord avec Buonaparte ; que le baïo^ KoUe?,9 ^.n^ral autrichien , était :^enaà

4a4 LIVElî

rîle d*£lbe , pour lui remettre Pautorisation de débarquer en France ; que Marie -Louise et sort fils resteraient en otage à Vienne , jusqu'à ce que Napoléon eût donné au peuple français une constitution libérale ; et enfin que Pentreprise avait reçu l'aveu du cabinet de Londres. Ney n'était qu'un , soldat sans éducation ; cependant , il est difficile de croire qu'il ait été dupe de pareilles absurdités. Quoi qu'il en soit , à l'issue de la conférence , il signa cette proclamation fatale qui , six mois plus tard , devait être son arrêt de mortr

Le lendemain , t4 « le maréchal mande les deux lieutenans-généraux Bûurmont et Lecourbe , et veqt les entraîner dans sa défection. « Tout ceci , )» leur dit-il, est le résultat d'un dessein mûri de- » puis trois mois, entre plusieurs maréchaux et le » ministre de la guerre. » Le comte de Bpurmont ayant fait éclater sa douleur et sa surprise. « Je » vous laisse libre , lui dit Ney , Lecourbe me sui- » vra. — Moi! répond Lecourbe. Buonaparte ne » m'a fait que du mal ; le roi ne m'a fait que du » bien. Je suis venu pour servir le roi. J'ai de » Thonneulr! — £t moi aussi, reprend Ney, et » c'est l'honneur qui m'ordonne de joindre Buo- » naparte. Il nous faut un chef pris dans Tarmée, » une dynastie à nous. 3» Ensuite il cherche à ras-, surçr Lecourbe, que sa noble conduite, pendant le procès du général Moreau, avait jeté dans la

VINGT-SEPTiiME. 4^5

disgrâce de Napoléon , et il lui promet d'être sort médiateur. « Je lui dirai devant vous, ajoute-t-il , » je lui dirai, en Tabordant : Il ne s^agit plus de » nous gouverner d'une manière:arbitraire ^ ni de » maltraiter les généraux; car si vous prétendez » encore vous ériger en tyraû , nous saurons » bien. . . » Ney termina sa phrase par un geste qui indiquait la décapitation. En rapprochant ce discours de la phrase que Ney avait proférée la veille , il est difficile de croire que sa défection n'ait pas été méditée depuis long-tems.

Deux régimens d'infanterie et deux régimens de cavalerie étaient réunis à Lons-le-Saunier. Ney leur fait donner Tordre de s'assembler à midi. L'ordre exécuté , il s'avance, entouré de son étatmajor. D'abord il se promène comme un homme violemment agité« !(Ui5uite, il s'approche des rangs ; il ordonne aux colonels de former leurs régimens, et prescrit quelques autres dispositions. Dès qu'elles sont achevées, il fait battre un ban, et, l'épée hxxle y. il Ht 4*i)iie vqîx forte la proclamation dont nous venons d^ parler, et qui commençait par ces mots : ,«. Soldats , la cause des Bourbons est k ja- » mais perdue î...» I^a lecture faite, il crie: Vive Tempereurt A l'instant, plpsieurs officiers et soldats indign^ sortent des rangs'; mais le plus grand nombre irépètent le cri de h rébellion,, tandis que

4^6 LIVEÏ

d'autres, plus éloignés, qui ne soupçoniKent pas lai trahison du maréchal , crient : Vive le roi! Des ofiRciers se détachent et vont leur expliquer la proclamation ; et bientôt le cri de vive Pempcrcur se fait entendre de toutes parts. Les soldats agitent leurs schakos au bout de leurs baïonnettes. Ney, suivant leur exemple , jette son chapeau en Tair, serrant entre ses bras, officiers, soldats, fifres, trompettes et tambours , qui s^ë pressent autour de lui. Après avoir, reçu , par son ordre , dés distributions de vin, les soMats.^é répandent daïisies rues, se n^êlent à la populace , saccagent un café qui portait le nom de Bourbon . et détruisent par^ tout les armes et les emblèmes de la maSsoû royale de France. Ney, instruit de ces désordres, défend qu'on les réprime. 11 expédie, la nuit suivante, son chef d^état^majôr à Buonaparte , pour lui annoncer 9ue. sa défection est consommée, et qu'au lieu de le poursuivre , il va mettre ses troupes en ma^chç vers Dole et Pijoti* .

I*I'ayant plus rien à crafindre sur ses derrières, Tusâtpateur s'avance plus rapidement que jamais. Parti d'Autun , le i6 , sur les dix heures , Baonapâ^rie arriva sur les quatre heures à Avallon. k 17,3 alla Coucher à Auxerre , dont le préfet v»»^ lé cbtnplittienter, à la tête des autorités de la ville et dii département. U faut- eti excepter cependant

le général , M. Boudin ^ qui ^'^<ait relire à Troyes ^ après avoir fait àrrètei^ le gênerai Ameil , Tun diei embancheurs de Buonâ)^arte.

La première eiïlrevue dt Ney avec Napoïe'ori eut lieu à Au^rre. Le maréchaT , admis ért sèt présence^ se jetlë à ses pieds et sVcrie : « Èst-cè bîert » vous , sire , que je vois? » Telle fut Ja manière dont il tint la' ^romesise qu'il ayàit faite àlé génêtdl Lecdurbe* « Ce n^est pas à mes pîedij que Vbus dë- » yez être, cVsIt dans mes bras, Idi reporid Buo- » naparte, en lé relevaht et en Penfibrâssant. » (r).

L'usurpateur passa la joùrnëe db i8 à Auxerre ; attendant Parrîvéè de ses troupes' et de^ nouvelles de Paris. Il se remit en marche , le rg , de grand niatîn. I\ traversa Joighy et Sens , vflifes dont les autoritës vinrétft à sa rencontre^ Arrivé à Pont-

(0 Buonaparte prétend , dans le Mémorial de Sainte^ aelène, n avoir, eii aucune communication quelconque avec %, avant reùlrevjie (f'Auxerre , où lé niaréchal , ajôulet-il, se montra ftix^mbari-âssé et offrît'dè le servir en qualité de simple soldâU II às^ui'e j dakis Pouvrage d^i cfaîrurgieii O'taéara , n^avoir p^(|wit>çu jdç paria la protlai^atîon de Ney j *t il la réprouve coif me jadigaede lui Napoléon. Il y blâme sussi la conduite du maréchal, quMl dit être allé trop loin. ^dle est la reconnaissance qu'il témoigne ou qu'on lui fait temoîgqer envers un homme qui s'est peràa pour l'avoir ^rop servi; ' - •• ï «

%2$ HV»E ..

èur-Yonne , à Tcntréede la nuit , fl y trouve un bateau chargé de $e3 troupes, tju'arrétait y jusqu'au lendemain , le danger: dVine navigatioa dans les ténèbres. « Auriez-vous peur de vous mouiller, .9» leur dit-il f » A ces mots, les soldats forcent les mariniers à remettre à la ypile. Le bateau est à peii^e éloigné de quelques toises., qu'il enfonce dansTeau, où périssent un colonel , plusieurs officiers et soixante soldats, qui, e^s'abîmant, faisaient encorde entendre le cri àt vive J empereur! Napoléon vit d'un coup d'oeil sec ce naufrage , dont il était la cause. Il se rendit ensuite à Fontainebleau , où il arriva le 20 mars , à quatre heures du matin. ,

Retraçons .maintenant ce qu^ s'est passé dans la capitale, depuis le départ. de . Monsieur pour Lyon , jusqu'à ce jour si fatal à la France.

Les deux chambres s'étant rassemblées , on discuta beaucoup sur lés mesures que la Charte permettait de prefidre, comme $1 la Charte j^ouvait défendre de ^uv/er le Roi et r£y||^^es progrès de Buonaparte redoublant de joiu; en jour 1 inquiétude générale, les ministres furent, dans un comité secret de la chambre des députés , vivement attaqués pour leurs fausses mesures [ et surtout pour leur inconcefabic; imprévoyance* Le maréchal Soult, ministre de la guerre, y fut même, dit-on.

VIKGT-SEPtliME. 4^9

dénoncé comme traître (i). Instruit de cette accusation, Soult conrt remettre au Roi, le portefeuille et son cpée. Le Roi lui rend celle-ci ; et Soult la reprend pour s^en sertir bientôt dans la cause de Tusurpateur. Le porte-feuille fut remis le même jour ( 1 1 mars ) au duc de Feltre , qui n*eut qu'à se montrer pour iilispirer de la confiance. Mais il était trop tard potrr que son zèle fut couronné par un Succès complet. Toutefois, il parvint à déjouer cette partie du plan de Buonaparte^ qui consistait à s^emparér de la famille royale , et dont Texééution avait été confiée aux généraux Drouet, d'Erlon et Lefebre-Desnouettes.

Ce dernier, dès qu'il avait été instruit du débarquement de Tusurpateur , s'était tendu à. Lille pour s'aboucher avfet' d'Erlon. De là il était allé

(0 « • • .•• • Soult nV pas trahi le roi de France comme OQ Fa Supposé (fait aussi dire â Buonaparte, M. O'Méara). U ne connaissait ni mon retou/«n France, pi mon débar«* ^pemtnL; car, pendant ;quelques jours il a. pensé qne j^étais i^ti\}X f9u, jet q^uemj^ p^rte était assurée ( quant à ce dernier poiat, Mi. le maréchal ne se trompait pas )• Malgré cela /les apparences étaient /l' îfones contre Soult , et , sans en avoir l'intention , ses moiivemerfs ont été À favorables à mes pro^ j«i5, qtie si f eusseffaît partiejdè son jury (il n'a pas été jugé), ^ Sue})^|eussé igpoï'é ce que Je sab , je Taurais condamna f omiae ^imX t^f bi Ifc i»^/e royale »

43b • UYVH

à Caitibray , se mettre h h tête des ^qcien^ chasseurs à cli^val de Ja garde impériale qu*jl avait en- Irainés daos.unerévloH^ ourierte. Il le^ conduisit à la Fèrè, pour se rendre ip^tre de TarsenaLl^econdé par deux autres géi^éraux, les frères LallemaQd, il pénètre dans la place^yec qus^tre escadrons et cent hommes de tout^$ arnp^es, Mais tous ses efforts échouent devant le^ s^ges dliaipo/^i/sdons et la fermeté dû .général cqnile d<A)>oyille et du major d^artiUerie, Mw Pion^ JLfi ^onne conteinance de la garnison ne periniett^^t pi^s ^u^ révoltéis ^e rien entreprendre , il s^ retirent en poij^^ant ip cri de vwe Fempereurl San» être .d^CQPr^gé par cet ichec, pesnouejtt^s dirige sa m^i'che yers Chauny, où il tep|t,e . tainenient de.&éduMCe un .escadron. Il se porte ensuite vejs Noy^ojpt. Mfiis , refroidis par deux tentatives infructueuses, ses officiers lui demandent compte de OTrprojets;HH4eiir proteste ^u\i\^ yoRt itrquyer à IS9yo,n uiie armée de douze ^ iquinze njille hQmmes , décl^rjé^ en fave^ir de Najpoléott. On arrive dans cette ville, et Ton reconnaît la fausseté de la promtesse. Le lendemain, ijL mai^s^ Desnouéties prend le devant aveC deux ,Ç{^ca^i:Q,n^, ej: se rei^d à Compîègne, où les'chas- ;&eiui:s4e Çprrytenaiept garnison. Ne pouvant par- <venir à séduire cettç troiipe>fU ^e retii:e au miijùeu dés murmures de ses ofificie^s , auxquels il propos de se porter en pstrtbàns vers Lydn; Tx^ s'y rc-

VINGT-SEPTIÈME. 43l

fusent, tous préfèrent recourir à la clémence du Roi. Le géiàéral-majôrLyons, qui les avait rappelés à leur devoir ^ éè inét à la lêle des chasseurs, et les reconduit à €aifibray. Desnouettes prend la fuite suivi dés frères •Lallêmand. 11 erre sous des habits dé paysan , et va dïércBier un âsile^près du général iVigaiid , (}ùî commandait à - Ghâlohs*

Il paraît aussi que le maréchal duc de Trévise , allante lille, réncoritria un détachement considérable en pleine marche vers Péronne , et conduit par d'Erlon. Étonné, il demande ou va cette •troupe* On lui présente un ordre de se rendre à Paris, pour y protéger le roi contre le soulèvement de la populace. Le maréchal examine Tordre, le reconnaît faux , et ordonne à tout le corps de retourner vers ses quartiers.

Le duc de Feltre fit arrêteir le comte d'Erlon à lille, et leS' deux frères Lallemand tombèrent entre les mainà d'è la gendarmerie. La chambne des députés donna des témoignages de sa satisfaction (ïe i4 J'âux garnisons qui avaient signale ledr fidélité ^ ' et deirlara que 'leis^ marécliaux ducs dfe Trévise *et dé Tare'^te avaient bien Tnérité de lîa patrie; Toutefois cette cHambre' elle-même parut froide et irrésolue. Elle remît au roi un pouvoir discrétionnaire, dbnt il nVlàïtcjue trop probable que SCS ministres n*useriaiçfnt pas. Enfin elle repoussa, dans une siéànce secrète, là proposition d'accorder

43a LIVAE

trois millions au régiment d^où partirait le coup qui tuerait Buonap;irte. Elle sembla se rechauffer, cependant , à la séance que le roi tint le i6. Sa Majesté prononça un discours touchant ^ après lequel Monsieur , Mgr. le duc de Berry et Mgr. le duc d^Orléans , prêtèrent le serment de maintenir la Charte de tout leur pouvoir. Les cris de f^içe U Rot/ Mourir pour le Roi! Le Rai à la vie 4t à la mort ! turent ensuite poussés par presque tous les membres de rassemblée, et répétés hors de la salle , avec plus de franchise peut-être , par la foule des citoyens. Monsieur avait passé . ce même jour , une revue des douze légions de la garde nationale; et, à sa voix, de nombreux volontaires étaient sortis des rangs pour marcher contre Tennemi commun. Inutile dévouement! D'ailleurs il était trop tard pour recourir à ce moyen , qu^eût fait échouer la perfidie des troupes auxquelles les volontaires eussent été joints. Le 17 mars, la cour reçut la nouvelle accablante de la défection de Ney. Elle apprit également que la ville de Sens y où Ton espérait arrêter Tennemi ^ avait déclaré ne pouvoir se ^défendre. Ainsi Napoléon n^avait plu^ aucun obstacle à sa^ monter. Cependant tous les régimens de la gar-' nbon de Paris furent mis en mouvement , et prirent les différentes positions qtii leur furent asâgnéesy presque sous les murs de la capitale.

Vingt- SEPTIÈME. 4^à

Ce fiit feous de si tristes auspices que la chambre des députes ouvrît sa séance du i8 mars. On y proposa de déclarer la guerre nationale^ mais la lenteur des formés de délibération rendit vaine cette proposition. Une proclamation du roi fit connaître à tous les français ïa profondeur et retendue de la plaie qm meiiaçait l'existence même de Tétai. « J'ai répondu de votre îfidélité à toute » la France , disait le monarque aux soldats ; vous » ne déYnen tirez point la parole de votre roi. » Mais ils Aaienl égarés à tel point, qu'un rire moquetir fut tout ce cju'' excita, parmi le plus grand nombre d'entre eux, cet acte touchant de^ f autorité royale.

Le 19 , au matin , une foule inquiète se ras-^ sembla dans le jardin des Tuileries, près du pa-^ lais. A Tafspect de S. M. , qui se montra du haut d'un balcon, des cris de vive le Roi! furent pous-* ses vers le tiel avec Taôcent du désespoir. Le monarque , profondément ému , ne put soutenir cette scène déchirante. Les deux princes qui raccompagnaient, Monsieur et Mgr. le duc de Berri, paraissaient plus Consternés encore. Divers préparatifs de départ annoncèrent bientôt que le roi allait abandonner le palais de ses pères* Dans la soirée , S. M. passa la revue de sa maison mili* taire, déjà toute prête à §e mettre en marche. Le roi, rentré aux Tuileries, on tint, dit-on, uïi gran</ lY- â«

434 LIVRK

conseil, où furent entendus les généraux charges de la défense de Paris. Ils déclarèrent que les dis* positions de la presque totalité de Tarmce, leur £aisaient pressentir qu'elle ne se battrait pas contre Napoléon. Déjà même deux gardcs-du-corps avaient été arrêtés par des lanciers qai eussent dii combattre à leurs côtés, et Tavant-garde de la maison militaire du roi avait été forcée^ de se rc- ^ plier jusque sur Charenton. Essayer de résister aux portes de la capitale eût été le comble de Timprudence et. du délire. On n'cîût: sawvé ni le roi, ni Paris, dont peut-être le soldat eût consommé la ruine.

A neuf heures du soir, le prinpc de Poyt, en donnant le mot d'ordre, prévint le commandant de la garde nationale qui , seule, occupait alors les postes des Tuileries, que le (Jépart. du roi aurait lieu à minuit. |l paraît cependaiU qu'il fut différé dune heure. Les gardes nationaux, officiers et fusiliers, se portèrent pêle-mêle dans^ lei^^salles extérieures, et couvrirent les escaliers. A une heure, les portes des appartemetis s'ouvrent. Le roi paraît, soutenu par le duc de Duras et. Iç. comte fie Biacas. Les spectateurs tombent à genoux; ils conjurent S. M. de ne pas les abandonner ; ils offrent de répandre jusqu'à la dernière goutte de leur sang pour sa défense. (( De grâce, mes cnfan^T » épargnez-moi, leur dit le monarque, relourncï

VÎNGT-éEMlÈME. 435

» dans vos famUles. . . » Je vous reverraî — Mes » amis , votre altachement me touche. » A ces ^ mots y en n'entendit plus autour du roi que des pleurs et des gémissemens. Monsieur, profondement ému , confondait sa douleur avec celle des citoyens. S. M, , ainsi entourée , parvînt avec peine à sa voiture, qui bientôt s'éloigna, escortée par an détachement de gardes-du- corps. Les princes partirent peu de temps après , suivis des voitures de service.

A une heure du m&tin , les corps de la maison du roi se mirent en mouvement du Champ-de- Mars pour se rendre à Beauvais. Plongée dans une morne tristesse , qu'augmentait encore une nuir sombre , cette garde fidèle prit le chemin de Saint^Iî^enîSi li était tellement obstrué par les bagages de tous ceux qui s'enfuyaient devant l'usurpateur, qu'elle ne put arriver dans cette ville qu'à ' sept heures du matin. Une foule de vieillards , péle-mêlo avec des jeunes gens , marchaient , tout armés et le sac sur ^e dos , au milieu de la fange, oubliant leurs fatigues et leur âge , pour ne soiiger qu'aux infortunes de leurs pripces.

A l'heure où Buooaparte arrivait à Fontainebleau , les troupes de la garnispn de Paris , placées en échelons sur cette route, recevaient Tordre de se replier. Les suisses se retirèrent sans qu'on pût leur débaucher un seul homme ; mais

436 livre'

les r(5gîmcns français cédèrent succcssi^(^

Tinri pulsion de la révolte.

La capitale était alors abandonnée à elle Dès les sept heures du matin, la foule s'éti tée vers les Tuileries. Bientôt elle avait place du Carrousel et couvert les terrasst bordent le palais du côté du jardin. La no du départ du roi ne tarda pas à circuler de bd en bouche. La foule continua de s'accroître! la matinée ; et vers midi une forte rumeur entendre. Elle était causée par t'approche d1 petite troupe de soldats, portant la cocardej cuiore, ainsi que le général qui la conduisaitl veut faire ouvrir la grille des Tuileries, et pool le cri de vive l'empereur! La foule l'enveloppe,' presse, lui et sa troupe, et sans le secours de) garde nationale , ils étaient mis en pièces. Mais' peine une heure s'est-elle ccoulpe , qu'un affrei tumulte règne au milieu du Carrousel. Des ci opposés de vwe le roi! et de vive F empereur! pî tent du même point. Â travers la foule on disti gue seulement des casques , des sabres et des épe nues qui s'agitent en l'air. C'était une troupe d*( ficiers à demi-solde qu'on avait eu l'impruden de rassembler pour défendre le roi. Ils traînaie plusieurs pièces de canon , escortées par un dél cheincnt de cuirassiers. Le général Excel mans < rigeail leurs mouvemens. A peine touchent-ils

VINGT-SEiniÈME. * /^^J

la grille des TuUleries qu^ils veulent y péneirrr de vive force. Xa garde nationale s^y oppose. Excelm^ns annonce à haute voixHarrivéè de Napoléon; Oq entre eti.poprptarler ; et biesitôb la cour inlérieure et le palaissont envahis par-fa soldatesque et par la plus viîe populace. Alors arrivent de tous côtés les conseillers dMtat, les ministres , les chambellans de Buonaparte. Ainsi la maison , la cour, le gouvernement et Tarmée de Tusurpateur se trouvaient sur pied avant même quUl eut paru dans la capitale.

Des çept heures du matûi, les courriers expé* diés par.Lavalette avaient appris a Buonaparte le dcpatt du: roi et des princes^ Il pouvait donc se mettre en route. sur-le-champ , et faire à Paris son entrée en plein jour; mais sachant qu^aucun ma^ gistrat ne viendrait à sa rencontre , qu^il ne serait accompagné .que par la lie da p^ple et une soldatesque égarée, il voulut dérober îà la lumière ce qu^un tel cortège arvait d'humiliant pour Jui. Enfin il parlit! de Fontainebleau; A^ ïnoitié chemin , il rencontra plusieurs de ses officiers généraux et de ses adcieDS. dignitaires V suivis 4e ihrillans équipa-ges el d^tlongues file&de chevaux demain , qu'ils

.lui .présentèrent. Il les refusa^ .voulant demeurer dans la même voiture, qui Tavait amené depuis Cannes. A heuf heures et demie dii soir, un grand

bruit do chevaux et de voitures so fait entendre

43,8 xivui:

«ur la place du Carrousel. Une troupe de cavtlîers, le fer à la main, s^arance précipitamment vers la porte des Tuileries , en fetamt des cris effrayanSf et renversant, tout ce «qoi.sedrouvesu^ ^on passage. Au méoie nuoinient» un carrosseâ'ârjréte à la plaœ rocme.d'ou était jpartie la voiture du roi, yingt heures a^ip^ravarit. I:*a "portièr-e s'ouvre , et ^ur le inaroherpieâ paraît Napoléon , jirâtu de sa redingote -gritic. Ceux de ses ministres ei (Je ses dgens qui r^'éiaîeot pas malles h. sd rencontre, 1 attendaient au pied du grand estajier. Tous ^lonneot Itsisigmes^idlune jode délirante à la vue de l^homine4]«ii «vient leur iTcndre dignités «t fortune. U veut av,2mcer,' elM>e peut traverser Ja foule. Presse , barrasse^ gl^né, par uoeciiÎRasBe cachée -sons ses.habjts;.il ne répond à tous les transports q,ne par ces pfiots:.? Yovs ^m'étoufTez! » A TinslacU une troupe de^.génécaux et d'of fmifM^s , ia plupart répée nue à JamainV te soulèvent et le portent comme en iriifdif^è jusque dansdlnlérieuF du palais i en faisant retentir les vo&ties du ori de pif^ Vempereùr! ; /-

Cette conspiraiioà qui , pour notre maiiieur et surtout pour le sien , a ramené en f rance Napoléon Bnonaparte , a peùl-<étré été plus habileïnent, < plus profondément conçue q%ieréténeroent ne le ■ fuit croire généralement; mais lè^pian e» était compliqué v'ceijttideîvait en rôndne'le^cbèstrès-

VINGT-SET IIRME. 4^^

inccrlaîn. de plan se composait de trois parlics distinctes : le retour de Napoléon à Paris , Tcnlèvement du roi et de la famîlle royale , et TeVasion de Marie-Louise et de soh fils. La première partie était ^celle <Jowt rexécution était la plus facile » qâoiqtie les comjplices de Buonaparte , auxquels il faut joindre beaucoup d'esprîts superficiels , tant ^ France que dans le reste de l'Europe , aient extrêmctnent vante cet'te prétendue conquête du royauïiie dé France avec neuf cents hommes. Comtne ïa défection de presque toutes les troupes Qui lai furent opposées était certaine ', cette longue marché qui la amené de Cannes à Paris, cesse d&voir rieh de surpfeYiant.

L'ienlèveme^t du i-oi et d<5 la fatnîlle royale était *é là plus friande dilFicoîté. îl p*àraît que le projet en avait 'été conçu peu diô tcms après là nouvelli^ orgaîiisQtion de Tarmée , t^fest-'à-dire vers Tautomtie dé -iéi/^. Ce n^'étaît" Qu'avec un nombre â^hotnrhestrès-consid érable qu'il était possible de venir fbndré sifr la capitale pouf <::onsomrnèr cet attentât ; et ce nàtnb're dut cx^clu la possibilité du î^ecret, conaiti'oh de* laquelle cependant dépendait la réussite de T entreprise.

L'évasion de Marie-Louise et de son fils nonst^ulement fut tentée , mais aussi sur le point d'cfre effectuée. Voici en sùbstailce ce qu'on sait à ce sujet.

Dès Ifc i6 mars, des étnissaircs s^étaient in-

44o UYHE

troduits., sous d>s noms supposés^ dans àewt yiilages voisins de SchQçat>rui\ii, , résideace d» I archiduchesse. Le principal agent avait pmconnaissance des localités ^ et s^éiait ménagé des iniclligences dans Tintérieur du cbât^au.OD avait conmiande des relais sur toute la route jusqa^ao Rhin , au nom du duc de Wellington ;. et la veille du jour fixé pour renjèyement , on atait fait courir le bruit que S. G. partirait la nuit suivante. Tout était prêt pour Texccution du projet, chaq^ue cipissaire avait son cheval sellé et bridé, et une des feniraes 4e Marie-Louise tens^it déjà le jeune Napoléon entre ses bras, lorsqiiç tout-àcoup ( le 19 mars , à onze heures du soir}» les uns çt les autres sont arrêtés par ordre deTempereur d'Aglrich.e. Le coniplot veijait d'être révélé à ce prince par une des fennmios du château, qjai avait été frappée de certains préparatifs. c)andcstins, et ava^it gqssl recueilli. gu^eLqu^ traits d'une conversation, su^^^pecle entre deux personnes, mises dans, le secre^.. Qa prit aussitôt toutes les précautions convenables pour prévenir Téva^ion. I)e5 gi^rdes. furent donnés à Parchiduçhesse , et en roôme tems. on lui enleva son fils , qui fut transféré dan.s le palais de l'empereur.

A rinstanl où Kusurpatcurentwt aux Toileries, les roùrs. de Paris étaient couverts, de pro- ^larnatiops iju'ij avait apportées de l'île d'Elbe,

VITÎGT'SEPTIÈME. 44»

mais qui étaient datées du golfe Juan. La première était adressée aux français; Buonanarte y disait que ^ daqs son exil , il avait entendu leurs plaintes et leurs vœux. En conséquence il avait traversé, les mers au milieu de périls de toute es^ pèce, et îl venait reprendre ses droits qui étaient également ceux de la nation. « Tout ce que des » individu^ ont fait , écrit , ou dit depuis la prise A de Paris, je Tignorerai toujours, poursuivait-il; » cela n^iofiiuera en rien sur le souvenir que je » conserve des services importans qu'ils ont ren- ^ dus. » Ainsi la trahison accordait une amnistie assez équivoque à la loyauté , et lexrime absolvait la vertu.

La seconde proclamation était adressée à Tar^ mée. Cy tait un tissu de calomnies et d'injures contre nos princes. « Nous devons oublier, dir » sait ensuite Napoléon , que nous avons été les » maîtres des. nations». Et, comme s'il eutvoqlu produire l'effet eontrair<; ^ il rappelait toutes les victoire^ qu'il avait, remportées. Çn invitant les soldats français à la défection , l'usurpateur poursuivait ainsi : « La, victoire niarchera au pas de » charge; l'aiglp^ avec l«s couleurs nationales, « volera de clpjcber en clocher jusqu'aux tours » de jNotre-Damq ». Ce n'est qu'à la plus inconcevable négligence., jointe à la plus infâme trahison, que cette prophétie a dû de s'être vérifiée.

Pour rendre le scandale plus complet, Ja soldatesque, à la léte de laqurelle Buonaparte avait commence son inTasioa , fit aussi une adresse à fermée. Cette pièce insolente était remarquable par une antithèse , déjà publiée avec audace sous les yeux du roi , par de misérables pamphlétaires, et qui , dans içettc occasion , flatta eitrémement les complices de l'usurpateur : « De- » puis le pen de mois que les Bourbons régnent, » disaient les so'Mats de TMe d'Elbe ^ ils vous » ont convaincus qu'Us n'ont rien oubîré ni rien » appris ». La malveillance la plus outrée n'aurait pas dû disconvenir cependant qu'ils avaient appris à oublier les injures. Enfin l'adresse finissait par celle déclaration: « Tout ce qui a été » feit sans te -Consentement du peuple et le nôtrc^ T» est illégitime ^. .

'Les revues se' Succédèrent rapidement durant les premiers jours qui suivirent i'éntrée de Buonaparte à Paris. Il ne négligea pas d'y harafi* guer les troupes , et de s'y répandre en injures contre ftôsprinccs. Toutefois ïl'rle borna pas à de vains distours les effets de isa colère ; il publia , le 25, un décret portant (jue les lois des assemblées nationales , qui étaient applicables a la famille des Bourbons, seraient exécutées , et qu'on traduirait devant les tribunaux ceux de ses membres qui seraient trouvés si>r le territoire de l'empire^ Getlc

menace atroc€ en concernait encore ptusieurs , à 1 époque où elle fut feite. Par bonheur , du moins; la pepsonxie de S. M. était eci suif.té. La dérection de la. garnison de Lille Tarait forcée , ainsi que MoKSiEiiR, et les ducs de Berri et d'Orléans , de quitter le territoire français.

Madame «t monseigneur le duc d'Angouième s'étaient rendus à Bordeaux ponr y célébrer Pan- «iversaîre du jour oii ce prince avait fait son entrée daas la première ville ^de France qui eût reconnu Tautoritétiu Roi. Go fm'danslamatiioce du g marsv <}u'ils reçur«it la nouvelle- du débarquement de Buonaparte* Le prince, aiiquelS. M^donna émission de lever e4 d'organiser une.arméedans les dépâr teroefis méridionaux, s'émpfesfea dp s'y rendre,.lais- 8aot MADAiviiE à Bordeaux, atred tous les pouvoirs nécessaires pour dis|)Osier de la garde nattpaaie et même dîfes troupes-de )a garnison. L^hér^û^îque princesse ne pei^dit pas un seul instant. Elle; prtisôa l'armeunent des volontaires , qui vinrent dn foule «e ranger sous ses drapeaux ; mais par reffet , soit tlo la négligence , soit de la*trahisoii, les armes et les munitïorn^ deigaérre manquaient partout. ' '

Deux jours après son entrée dans Paris , Tasurpâleur chargea lô'igénéi-aiQlnusèl d'aller rétablir Sun autorité a Bordeaux. Oâuséise rendit à Ah- 6o*Jlême , et y ^pas^â huit jours à pratiquer des in-

444 ' tiVHE '

telligcnces dans ]a division 4ont le gouvernement venait de lui être confié. Ce terme expiré , il se remit eu marche, escorte par.un fort détachement cle gendarxnerie^^et il s avança vers Bordeaux. Cinq cents %'olontàires bordelais prirent position sar la rjyp gauche de la Dordogne « pour en disputer le passage. Une vive, fusillade qui s^êngagea d^uoe -rive à l'autre , tourna à l'avantage des royalistes; mais hientôt des traîtres qui s'étaient glissés dans leurs rangs , y mirent. la confusion; et un ordre du jour suspect fit retirer les volontaires., etUissa libre le passage au fleuve. £n même tems la garnison de Blaye arbora 1 étendard de la révolte.

Glausel , encouragé par ce succès» fit aussitôt proposer une capitulation à la ville de Bordeaux. On n'y repondît qu'en, demand/aut des armes. Mais , plus pradens que les citoyens , les magistrats remettent à Madame la décision de la conduite qu'ils doivent tenir. « Aucun sacrifice ne me » . sera. impossible pour ma chère ville de Bordeaux, » répond S. A. R, » Le gouverneur annonce alors que la garnison est dans des dispositions inquiétantes. On lui demande de. la faire partir pour Bayonne , .et il Je refuse.

Ne song<;ant plus qu'à la sûreté de Bordeaux, MADAMEprit la douloureuse résolution de s'en éloi-, gner. Un oificier fut ensuite dépêché vers Clausel,

YINGT-SEPTIÈME. 44^

et ilfut convenu que les troupes qu'il commandaît, resteraient jusqu'au lendemain sur la rive droite de la Garonne, pour que la retraite de la princesse put s'opérer sans trouble. Mais au bruit du prochain départ de Madame, la plus vive agitation se répand dans la ville. Les citoyens veulent attaquer Glauscl, dont, en même tems , les émissaires -excitaient sourdement les soldats à la révolte. La plupart des généraux déclarent alors qu'ils ne peuvent répondre de la sûreté de la ville, ni de celle même de Madame. Dans cet instant critique , Tauguste princesse donne l'ordre d'assembler les troupes dans leurs quartiers. Les généraux obéissent. A deux heures, S. A. R. monte dans une voiture découverte, et se met en marche, environnée d'un grand nombre de cavaliers. Elle passe devant les soldats et les harangue avec noblesse ; mais presque tous sont sourds à sa voix. A leur aspect glacé , Madame , pénétrée de la plus vive douleur, laisse échapper ces paroles touchantes; , « 0 Dieu ! après vingt ans d'infortune , il est bien » cruel de s'expatrier encore. Je n'ai cessé défaire » des vœux pour le bonheur de ma patrie ; car je » sais française , moi ! et vous n'êtes plus français: » allez, retirez-vous. »

S. A .R. se rendit ensuite sur' le quai de la Garonne. Elle y trouva la garde nationale qriî, voyant la vive douleur répandue sur tous ses traits,

4^3 nvûK

s'efforça de la dissiper par les témoigisqses de son dévouement. « Promettez - moi de n»'abéir, --> quel que soit Tordre q^e je vais vous donner, » dit la princesse, à cette troupe loyale , qui * s'ccrie: Nous le jurons! — Il est inutile de r» songer à se défendre, reprend Madame, vous » avez assez fait pour Thonneur. Conservez aa » 'Roi de fidèles sujets pour un tems plus heu- » reux. Je vous ordonne de ne plus combattre.— y> Non , non ! sVcrie-t-on de toutes parts. *» On entoure la voiture de S. A. R. , et on lai demande , maïs vainement , dfe permettre aux bordelais de verser tout leur sang pour la cause sacrée des Bourbons.

Clausel, posté avec sa troupe sur la vive gauche de la Garonne', était témoin de cette scène déchirante. 11 s'en effraye » et faitbraquerses canons contre la ville. Madame, se tourne alors versles généraux , qui, par un. reste de pud^r, nelV vâient pas encore abandonnée. Elle leur dit qu ils doivent lui répondre de lar sûreté de Bordeaux. Us lui jurent qu-ils en* répondent. Peu rassurée sans doute par un tel engagement ; « Point de serment, » leur dit la princesse ^ obéissez pour la dernière » fois à1a fille de votre Roi. » A peine S. A. Reut-elle proféré ces raots, qu'un grand tumulte et des coups de fusil se firent entendre. Des citoyens venaient de tourner leurs armes contre des

officiers qu'ils soupçonnaient de. trahir les intérêts du Roi. Voulant éviter l'effusion du sang,. Madame se jette , à huit heures du soir, dans une voiture, et s'éloigne, escortée par quelques serviteurs dévoués et par la garde nationale à cheval. Le 2 avril , elle arlîve a Pouiilac , où Tattendait un navire anglais. A peine est-elle à bord , qu'elle y est suivie par s^s gardes iidèlés^ Profondément émue de ce touchant témoignage de leur dévouement , la seconde Marie-ïhérèse détache le panache qui orne sa, chevelure , et le jette au milieu: d'eux en s'écriant : « Adieu ! Soyez surs que je. » vous reconnaîtrai tous à mon retour!, oui» je » vous reconnaîtrai ! » Les fidèles bordelais tom- f bcntà ses pieds, et ce. n'est qu'avec la plus vivedouleur qu'ils se séparent d'une princesse si digne de leur respect et de leur amour^ Le navire mit bientôt à la voile, et popta Madame à: Saintîiébaslien , d'où elle passa en Angleterre^

Des dangers encore pli|s grande attendaient Mgr. le duc d'Angouléme , qui apprit en route la défection de Grenoble, et, à Nîmes, celle de Lyon. Mais rien ne le décourage, et les nouvelles. les plus alarmantes ne peuvent diminuer l'ardeur deshabitans.du Midi pour la cause du. Roi. L'organisation de la garde nabonale et des volontaires. royaux ayait été ordonnée dans toute l'étendue da son gouvernement. Sisteron , le Pont-St-Esprit

448 LIVÏIE

et Clermont-Ferrand, furent indiqués pouf poînb de réunion. 11 fut rçoolu que Tarmée du Midi serait divisée en trois corp;s , qui agiraient à la hauteur les uns des autres , pour se réunit- sous leâ murs de Lyon. Le i''. corps, formé dans le département des Bouches - du - Rhône, et fort de quatt'e mille cinq cents hommes , commandes par le lieutenant-général Ërnouf, devait déboucher deSistcVon sur Gap et Sur Grenoble. Le ii^. corps, composé de ouatre mille hommes au pins , com^ mandés par le prince en personne , devait se porter sur Montélimart , passer la Drôme et occuper Valence. Le 3®. corps , qui était aux ordres da Keu tenant-général Compans, et maintenait l'Au* vergne ^ devait soutenir le mouvement sur Lyon. Ënfm le lieutenant-général Rey , avec un corps intermédiaire , composé 'en partie de gardes nationaux , devait marcher à la droite du Rhône, entre les 2^. et 3*. corps.

Ce plan aurait fait triompher la cause du Roi, si la pairie n'avait pas été livrée par ses propres soUlats. Les troupes de ligne étaient loin de partager les seniimens des citoyens. Cependant les généraux protestaient d'un zèle et d'un dévoue* ment à toute épreuve ; mais une foule d'agenssu* bal ternes contrariaient toutes les opérations , cl brisaient tous les ressorts de la volonté publique.

Lia nouvelle de Toccupation de Paris par Buo-

)iâ{>arte , vint donner un nouvel essor aux espé^ Tances des factieux. Le prince n^en pressa que plus vîveraent la concentration de ses forces au Pont- St. -Esprit. Aussitôt qu'elle fut opérée, il envoya au général Ernouf Tordre de marcher en avant. Lui-même , ayant résolu de commencer ses opérations dans la vallée .du Bhône , dirigea toutes ses forces vers Montélimart^ Le vicomte d'Escars qui « à la tête de Tavant-garde ^ avait occupé cett^ ville dès le 29 mars , y avait été attaqué , le 3o , par le général Dèbelle > venu de Valence. Il avait vivement repoussé Tennemi , et il aurait poursuivi ses avantages, sans la défection de cinquante chas^ seurs du i4®. qui passèrent du côté des rebelles , ayant leurs officiers à leur têtCi Cette trahison ne fit qu^en précéder de plus fâcheuses encore. On apprit bientôt que Tautorité du Roi avait cessé d^étre reconnue par les généraux qui commandaient dans la Haute-Loire, dans la Lozère et dans TArdèche. Tous , après avoir licencié les gardes nationaux qui arrivaient par détachemens, avaient arboré la cocarde tricolore.

Four prévenir le résultat de toutes ces défections , on travailla promptement à mettre la cita^ délie de Montélimart à l'abri d'un coup de main. Le quartier-général du prince arriva le i«'. avril dans cette viHc. Le corps d'armée continua le lendemain son mouvement sur Valence , les gardes IV. ag

45o 11 VUE

nationaux formant le centre, et le IO^ dWanlerle la reserve. L*ardour extrême des soldats était au comble. A peine la cavalerie des rebelles se fut-elle montrée à «ne lipue en avant de Loriol , qu'elle fut attaquée avÊC impétuosité par les volontaires royaux j que le prince fit soutenir par deux compagnies de voltigeurs. Elle fut repoussee et évacua Loriol , qui tomba au pouvoir de Tarmée royale. Poursuivi sans relâche , Tennemi se retira derï4ère la Drdme. Ses^ forces consistaient en un bataillon du 37*. de ligœ , un corps de garde nationale, deux pièces de huit , un détachement de gendarmerie et le dépôt du 4^. de hussards. Le prince ne crut pas devoir laisser &ox rebelles le tcms de resjiirer. Il se porta donc en avant, pour reconnaître le pont de la Drôme. Daps ce moment même, une charge de cavalerie, exécutée par Tennemi sur la grande route ^ vint échouer contre une compagnie de grenadiers du 10^. Ce mourement fut le signal d^une affaire générale. Le prince fit pointer coiitre les hauteurs et le pont quatre pièces de canons et deux ot^usiers , dont quelques volées suffirent pour dissiper les révoltés de la Drôme. L'ennemi avait négligé d'occuper un mouKn qui touchait à la culée. Le prince y jeta de suite cent cinquante grenadiers' du 10*., tâiidis que les voltigeurs de ce même régiment , aussi re- ^ commandable par sa fidélité que par sa bravoure ,

VlKGt-SEPTlÈM£. 45t

s^eiiiparèrcnt d'une ferme sur la route , et forcèrent les rebelles à retirer leur artillerie.

Uëtat des affaires nécessitant une action d'éclat, S. A. R. résolut d'effectuer de vive force le passage de la Drôme. Après avoir donné à un bataillon de garde nationale Tordre de passer cette rivière à gué au-dessus du pont, et après avoir commandé aux grenadiers du colonel-général d'arttaquer, fe prince se porte de sa personne près du moulin , point auquel le feu était le plus vif. Vingt-cinq voltigeurs s'élancent sur le pont , les grenadiers les suivent la baïonnette en avant et aux cris de vhé le Roi! Rien ne résiste à leur impétuosité. L'armée rebelle est mise en déroute sur toute la ligne. Les cris de vice le Roi! vit^ la France! viennent saluer le prince , qui , au milieu de la victoire , ne songe plus qu'à arrêter 1 effusion du sang.

Le lendemain , 3 avril , à huit heures du matin , S. A. B. fit , à la tête de toutes^ ses troupes, son «ntrée dans Valence. Après avoir traversé cette ville , elle continua sa marche vers Romans, position qui pouvait seule assurer le passage de Tlsère. Malgré les efforts de Tennemi , le lieutenant-général Monnier jeta sur la rive droite environ quinze cents hommes et deux pièces de quatre. Le prince revint le même jour à Valence. Il n'attendait plus que le résultat des opérations de son i"". corps d'armée, pour se porter sur Lyon, qui était «ans

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défense ; mais le général Gardanne , Tun des ct)m» mandâns de ce corps, ayant, malgré des ordres contraires , laissé communiquer ses troupes avec celles des révoltés, elles passèrent toutes de leur côté. Le prince vit alors qu'il fallait renoncer à marcher contre Lyon* Chercher à se maintenir dans le midi devait être Tobjet de tous ses efforts, en attendant , pour reprendre l'offensive , Tanivée des troupes sardes et espagnoles que les ambassrtdeurs de France près des cours de Turin et de Madrid annonçaient devoir être prochaine. En conséquence , la ville de Romans fut évacuée ; et, dès le 5 avril , toute l'armée fut concentrée dans Valence.

Dans le même tems , un nouvel orage se forn>ait sur les derrières de Tarmée royale : un soulèvement général était sur le point d'éclater parmi les troupes restées dans le Languedoc et la Provence. Le général Gilly s'était rendu à Nîmes pour y fomenter la rébellion. Bientôt les troupes y furent en pleine insurrection , ainsi qu'à Moatpel* lier, et le gouvernemen}; de l'usurpateur y fut proclamé par les autorités militaires.

Le danger croissait sur le front de l'armée avec une égale rapidité : le général Pire, qui gardait la rive droite de l'Isère , avait reçu des renforts ; St. -Marcelin était au pouvoir de Tennemi ; le général Grouchy était sorti de Lyon et s'avançait , à

marches fbrcees , vers Valence ; des paysans de la Boargogne^et du Dauphiné étaient en route pour le soutenir ; enfin la colonne , commandée par le lieutenant-'général Emouf , resserrée dans un pays âpre et difficile, lie pouyait passer Grenoble, et ne communiquait que difficilement avec le 2\ corps. Il devenait donc urgent de se replier et Ae se porter derrière la Durance. Mais le prince voulut différer la retraite , jusqu à ce qu'il eût fait instruire de Tétat des choses le comte de Loverdo, auquel il avait donné Tordre de venir le joindre avec le 8*. régiment d'infanterie dont on ignorait encore la défection , et avec quelques autres troupes du l«^ corps d'armée.

Le 6, au matin , on reçut des dépêches par lesquelles le général Merle , qui gardait le pont St.- Ësprik , annonçait que les rebelles marchaient en toute hâte contre ce poste , et qu'il ne pouvait en, repondre. Cette dernière nouvelle décida la retraite , qui fut ordonnée pour la nuit suivante , mais dont les préparatifs furent faits en secret.

Le 7 avril, à deux heures du matin, le corps d'armée se mit en marche. A la pointe du jour, 0» arriva au pont de la Drôme. On fit une hahe de deux heures a Loriol , où le prince eut une conférence avec un ministre du roi de Sardaigne. Aune lieue de Montélimart , le colonel du i^^. de chasseurs fit savoir que, malgré toiis ses efforts et

ceux de ses oITieiers , son régiment était sar le point de passer à Tennemi. L'ordre fut donné i une compagnie de voltigeurs do I0^ de restera }*arrière-garde pour le contenir. A peine arrives à Montélimart, les chasseurs exprimèrent, avec des murmures, teur coupable dessein. Le colonel, le cœur navré de douleur, vint en rendre compte an prince ,. qui lui déclara que son régiment pouvait se retirer.

L^armée royale , fatiguée d^une marclie longue et pénible, fut abligée de passer la nuit a Monté* timart. A dix heures du soir. S, A. R. reçut Tavis que le général Merle avait abandonné le pont St.- Esprit , qui n'avait plus pour sa défense que cent cinqu)ante hommes de garde nationale et deux pièces de canon dont les canonniers désertèrent peu de tems après. L'ennemi, maître de la navigation du Rhône , pouvait se porter à la fois sur tous les points ; Je péri) devenait imminent, et le salut du prince dépendait d'une résolution prompte. A onze heures du soir, deux officiers entrèrent dans son appartement et lui exposèrentles dangers dont il était environné. Ils lui proposèrent de partir sur-le-champ dans la voiture de l'envoyé de Sardaigne , ou de se jeter dans les montagnes avec une troupe choisie et fidèle qui le conduirait en toute sûreté dans le Piémont. Le prince leur répondit que jamais il n ahan'Jonnerait à la merci

VINGT-SEPTIKME. J^tiHf^

à^un ennemi implacable , sans couvcnîions ni sûretés» des hommes qui s'étaient attachés à son sort. Cédant alors à la plus aiïreuse nécessité où il put être réduit , celle de traiter arec la rébellion » ii envoya le général d'Aultane au pont St.-E^prit, avec des pleins-pouvoirs pour obtenir de Tennemi des conditions qui assurassent son passage. Il fut convenu entre Tenvoyé du prince et le colonel St.-Laurent, qui commandait Pavant -garde du général Gilly , que S. A. R. irait s'embarquer à Marseille, sous Tescorte du lo*. de ligne. Une heure plus tard, arriva une lettre de Gilly ^ qui annançait que , chargé des pouvoirs de Buonaparte ^ il en trahirait la confiance s'il souscrivait à cett^ condition. Il exagérait à dessein les dangers de la situation du prince , et affirmait que le drapeau tricolore flottait à Marseille, tandis qu'au contraire le marquis de Rivière avait fait occuper le pont de Tarascon par une colonne de provençaux, pour assurer le passage de S. A. R. Le baron de Damas partit à l'instant pour entrer en explication avec Gilly, et aplanir toutes les difficultés. L'armée continua sa retraite. Dans une halte qui fut ordonnée à Pierre Latte, pour attendre le retour du négociateur, les soldats ne le voyant pas reparaître , craignirent quc^lque perfidie de la part ^e l'ennemi, et déclarèrent qu'ils périraient tous plutôt que d'abandonner un prince qui s'était re-

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