‹ Histoire de Napoléon BuonaparteChapitre 25 sur 38 · UVRE · texte numérisé non relu

UVRE

posé sur leur foi. Enfin le baron de Damas revinf» et rapporta une nouvelle convention. I) était sti* pulé que Tannée royale tout entière serait dis** soute ,* que les gardes nationaux se retireraient dans leurs foyers , et que les troupes de ligne marcheraient vers les garnisons qui leur seraient assi* gnceSi mais que leurs officiers pourraient se retirer où bon leur semblerait ; que le prince se rendrait en poste à Cette , pour s'y embarquer ; que tous les officiers de sa maison et toutes les personnes de sa suite auraient la faculté de le suivre; et qu^enfin^àueune troupe de ligne , excepté lèses* cortes pour protéger sa marche , ae se trouverait sur son passage.

Le prince fit , dès le lendemain , exécuter la coih vention. Chaque colonne de gardes nationaux désarmés, qui retournaient vers leurs foyers, s'arrêtait sous les fenêtres de S. A. R., pour la voir une dernière fois. Des soldats du lo*. de ligne brisèrent leurs armes, et forcèrent à s'éloigner un général de Tarmée rebelle qui s'était présente' pour les passer en revue et changer leur coloneh

Le Kcenciemetit dura toute la journée. ïl se fit au village de La Pallud ^ oà, à la chute du jour, il ne restait plus que le lo*. de ligne. Sur les sept heures du soir, cinquante chasseurs , destinés à Fescorle du prince, vinrent se ranger sous les fenêUes de la maison qu'il habitait. L'attitude nïena-

çante des rebelles, leur indiscipline et leurs propos bruyanSi faisaient contraste avec la contenance triste, mais fièrc, des grenadiers du lo*., ranges aussi devant la maison de S. A. R. Us ne purent retenir leurs larmes en la voyant monter en voiture et s^cloigner sous la garde de ses ennemis. Arrivé au pont St. -Esprit, le prince eut une nou* veile épreuve à soutenir. Le général Grouchy fit venir le baron de Damas, et lui déclara qu^il ne pouvait ratifier une convention conclue sans sa participation , et qu^il se croyait obligé de retenir S. Â. R. , au pont St.-£sprit , jusqu^à ce que l'empereur eût prononcé sur son sort.

La seule crainte que cette violation au traité, conclu avec lui, pût inspirer au prince, fut qu^elle ne portât le roi à faire quelque concession préjudiciable aux intérêts de sa couronne. « Je suis ré- * signé à tout , manda4-il à son auguste père , et » je ne crains ni les fers, ni la mort » Ayant appris que le colonel Magnier avait refusé de se conformer à la convention , lorsqu^il en avait connu la violation , le prince lui commanda de poser les armes et de tenir la parole donnée.

L^usurpateur témoigna toute sa reconnaissance à Grouchy , en lui conférant le bâton de maréchal, quej dit-on, il ambitionnait depuis long^ lems. Toutefois il lui manda de faire conduire et

embarquer à Cette le duc d'Angou^ême (i). Le prince y arriva le 16 ayril , à huit heures du soir, et à neuf, il monta sur un bâtiment suédois , destiné à le recevoir. On prétend que Buonaparte se repentit de l'avoir mis en liberté , et que Tordre de le retenir prisonnier fut expédié , mais qu il arriva trop tard. Après une traversée de trentecinq heures, S. A. R. entra, le 18 avril , dans le port de Barcelone , où elle fut reçue avec tous les honneurs et les égards dus à son rang.

Mgr. le duc de Bourbon ayant y peu de jours après qu^on eut reçu la nouvelle du débarquement de Buonaparte , été nommé gouverneur-général des cinq divisions militaires de Touest, s^empressa de se rendre à Angers , où il arriva le 1 4 mars. Il ne trouva point dans cette Yendée, jadis si renommée par sa fidélité , tout le zèle , ou du moias tout Paccord sur lequel il avait dû compter. Le plus habile des ministres de l'usurpateur était parvenu à y semer la division et à y jeter le découragement. Tout espoir étant perdu , le prince fut obligé de songer à sa sûreté ; mais ne voulant pas

(i) <r Vous durez soin de demander au duc d'Angouléme, » disait Buonaparte , dans sa lettre à Grouchy , qu'il s'oblige j» à la restitution des diamans de la couronne, qui sont U «propriété de la nation. »

mettre 3a personne sous la protection de passeports signes au nom du meurtrier de son fils , il se rendit de ferme en ferme , depuis Beaupréau , où avait été établi son quartier-général , jusqu^au ri^ vage de Nantea y où il s'embarqua le 6 avril , et d'où il fît voile pour la côte d'Espag^ne.

Buonaparte avait choisi le jour même de Pâques (26 mars) pour recevoir les hommages de ses ministres, ||ison conseil d'état, delà cour de cassation, etc., etc. Les ministres, après beaucoup de Iclicitations , proclamèrent les maximes d'après lesquelles Napoléon voulait que son empire fût régi désormais. Point de guerre audehors , à moins que ce ne fût pour repousser une injuste agression ; point de réaction au dedans ; point d'actes arbitraires ; sûreté des personnes , sûreté des propriétés, et libre circulation delà pensée ; c 'était enfin la condamnation la plus complète de toute sa précédente administration.

Le conseil d état présenta une sorte de consultation , par laquelle , après avoir rappelé ce principe insensé , que la souveraineté réside dans le peuple, il déclarait nuls les droits de la maison de Bourbon à la couronne, et ne reconnaissait comme valides que ceux de Napoléon , qui répondit : « Les princes sont les premiers citoyens de l'état, » leur autorité est plus pu moins étendue, selon » l'intérêt des nations qu'ils gouvernent. La sou-

46o LIVRE

» verainelé elle-même n'est héréditaire que parce > que rintérét des peuples Texige ». Il n^est pas facile de dire comment la souveraineté résidant dans le peuple , pourrait être héréditaire dansuire fataiille. Buonaparte craignit sans doute de se trouver trop en contradiction avec lui-même. Il n'y avait pas encore deux ans qu^il avait professé ^ devant son conseil d'état , des principes tout opposés à ceux dont on venait deljpntretenir.

L'orateur qui parla au nom de la cour de cas* sation , prit , pour texte de son discours , que les rois sont faits pour les peuples, et non les peuples pour les rois : maxime qui, bien approfondie, n'offre aucun sens. Napoléon poussa cependant la complaisance jusqu'à lui donner sa sanction ; m^is du moins il en tira la conséquence qu'il était fait po«r régner sur le peuple français.

On espéra quelques jours que le premier corps, ou plutôt le seul corps littéraire qui soit constitué en France, se dispenserait de joindre ses hommages à ceux des autorités, et donnerait delà sorte une noble preuve de l'indépendance et du courage qui devraient toujours sîgnaW les hommes voués à la cultures des sciences et des lettres. Mais il est probable que le tems seul avait man- 4jué , le 26 , pour la i-éception de l'Institut. Elle eut donc lieu le dimanche 2 avril. Nous nous abstiendrons de rien extraire du discours prononce

yiNGT-S£PXl£M£. 46 1

par le président de ce corps , et de la réponse qu'y fit Napoléon. Il suffira de dire que la vérité ne fut pas plus respectée- dans Tun que dans Tautre.

Quelques semaines après son arrivée , Buona^ parte vit son autorité reconnue dans toute la France; mais F j^rope entière était de nouveau liguée contre lui. Son débarquement avait produit la plus forte sensation parmi les moparques assemblés à Vienne. Le congrès est dissous! s'étaitil écrié en prenant terre (i). Le congrès fut ajourné, il est vrai ; mais les puissances européennes resserrèrent plus que jamais les nœuds de leur alliance. Pouvaient-elles , avec sûreté et même avec honneur, consentir à laisser régner sur la France Thomme qu'elles avaient précipité du trône un an auparavant, et qui avait été sur le point d'anéantir plusieurs d'entre elles? Non, sans doute. Leurs plénipotentiaires signèrent donc , le 1 3 mars » une déclaration mémorable que voici :

« Les puissances qui ont signé le traité de Pans , réunies en congrès à Vienne , informées de l'évasion de Napoléon Buonaparte , et de son entrée à main armée en France, doivent à leur

(0 II s^étaît élevé des contestations entre les diverses puissances qui composaient le congrès de Vienne ; on en instruisît Buonaparte ; mais elles étaient arrangées lorsque l'avis lui parvint.

iSz UVB£

propre dignilé ei à llnlrrêt de Tordre sodad, une dccbratîon scJeanelle des scstiaKBS qmt cet ëyécernent leur a fak eproorer. En rompant maâ la cooTentkm qoi Favait établi à r3e dTIbe , Biioiiaparte a détroit le seol titre légal ao4|Tiel soo tvsr tence poorait ae trooTer attachée. En repaiMsant en France arec des projets de tronUe et de boaleTersement , il s*est priré iin-méme de la prolec* t:on des lois, et a maniferté , à la &ce de FunirerSy qaH ne saurait j aToir ni paix ni trère atec

y» Les puissances déclarait 9 en conséquence, que Napoléon Buonaparte s^est placé hors des rt lations ciriles et sociales » et que , conune enneim et perturbateur do repos do monde, il s^est livré à la Tindicte publique.

» Elles déclarent en même tems que, ferme* ment résolues de maintenir intact le traité de Paris du 3o mai i8i4 1 ainsi que les dispoûtions sanctionnées par ce traité, et celles qu^elles ontarrêtéesou qu^elIes arrêteront encore pjour le compléter et le consolider, elles emplmeront tous leurs moyens et réuniront tous leu rsefforts pour que la p^ générale, objet des vœux de TEurope et but constant de leurs travaux, ne soit pas trouble'e de nouveau, et pour la garantir de' tout attentat qui menacerait de replonger les peuples dans les désordres et les malheurs des révolutions.

» Et quoique intimement persuades que la France entière , se ralliant autour de son souverain légitime , fera incessamment rentrer dans le néant cette dernière tentative d^un délire criininel et impuissant , tous les souveraius de TEurope , animés des mêmes sentimens et guidés par les mêmes principes , déclarent que si, contre tovit calcul, il pouvait résulter de cet événement un danger réel quelconque, ils seraient prêts à donner au Roi de France et à la nation française , ou à to^t autre gouvernement attaqué , dès que la demande en serait fermée , les secours nécessaires pour rétablir la tranquillité publique, et à faire cause commune contre tous ceux qui entreprendraient de la compromettre. »

Les puissancirs alliées espéraient que cet acte serait suffisant pour porter les français de tous les p^^rtis ^ sans en excepter les adbérens de Buonaparte eux-mêmes, à séparer leur cause de la sienne, à épargner à leur patrie la douleur de voir fondre de nouveau sur elle toutes les forces de l'Europe. C'était connaître mal les hommes de la révolution. La patrie , dont sans cesse ils invoquent le nom, n^est rien pour eux; tout ce qu'ils veulent , c'est la domination, et tous les moyens leur» conviennent pour Tobtenir.

La déclaration du i3 marsfot apportée à Strasbourg, le i8, par un courrier extraordinaire;

464 LlVKt

ïnais un agent , expédiée de Vienne par les âdke* rens de Napoléon , suivit de près ce messager j et affirma que la plus grande désunion régnait entre tes souverains; qu'à la vérité^, Tentrée de-Buonaparte à Lyon étant encore ignorée , le prince de ïalleyrand avait surpris aux monarques alliés la déclaration du i3 ; mais que^ mieux instruit ^ Tcmpereur Alexandre s'était rétracté le lendemain , que d'autres princes av^ent suivi son exemple , et qu'on pouvait s atteiidre à une pro» thaine dissolution du congrès^

Loin de songer k séparer leurs intérêts^ la Rus^ sie, l'Autriche et la Prusse ^ condurent le aS.mars un nouveau traité d'alliance tendant à maintenir dans toute sont intégrité le traité de Paris, et à faire revivre les principes consacrés par celui de Chaumont. Les partie^ contractantes prirent l'engagement de défendre contre toute attaque ) l'ordre établi en Europe ^ et de mettre chacune sur pied une armée de cent cinquante mille hommes. Il fut stipulé en même tems que l'on agirait en commun contre Buonaparte et ses adhérens ; et l'Angleterre, ainsi que les puissances du second ordre , ne tardèrent pas à dooaer leur adhésion à ce traité.

Les premiers actes diplomatiques du cabinet de l'usurpateur , après le 20 mars, furent une lettre autographe de Napoléon (du ^ avril) à tous

les souverains , et une dépêche de son ministre , M. de Caulaincourt , aux ambassadeurs de France près des cour& étrangères. Après avoir prétendu que le vœu des français l'avait rappelé au trône , Tusurpateur disait: « Assez de gloire a illustré » tour à tour les drapeaux des diverses nations ; » les vicissitudes du sort ont fait assez succéder » de grands revers à de grands succès. Une plus » belle arène €st aujourd'hui ouverte aux souve- » rains ^ et je suis le premier à y descendre. Après » avoir présenté au monde le spectacle de grands » combats, il sera plus doux de ne connaître dé- » sormais d'autre rivalité que celle des avantages » de la paix , d'autre lutte que la lutte sainte de » la félicité des peuples. La France se plaît à pro- » clamer avec franchise ce noble but de tous ses » vœux. Jalouse de son indépendance , le prin- » cipe invariable de sa politique sera le respect le » plus absolu pour l'indépendance des autres na- » tions. Si tels sont , comme j'en ai rheureuse » confiance, les sentimens personnels de Votre » Majesté, le calme général est assuré pour long- » tems; et la justice, assise aux confins des divers » états , suffira seule pour en garder les frontiè- » res. » L'auteur du projet de Paix Universelle , le bon abbé de Saint-Pierre , n'aurait pas mieux dit.

M. de Caulaincourt prétendait ^ dans sa lettre , IV. 3o

460 LIVUE

que l'espoir qui avait porté son auguste souTcraiii au plus nfiagnanime des sacrifices , n'avait point été rempli ; que la France n'avait pas reçu le prix du dévouement de son monarque ; que ses espérances avaient été douloureusement trompées. Après quelques mois d'une pénible contrainte , poursuivait le ministre, ses sentimens , concentrés à regret, venai^tnt de se manifester avec éclat. Par un mouvement universel et spontanée , elle avait invoqué pour libérateur celui de qui seul elle pouvait attendre la garantie de ses libertés et de son indépendance T l'empereur avait paru ; le trône royal était tombé, et la famille des Bourbons avait quitf é'ie territoire français , sans qu'une goutte de sang eût été versée pour sa défense. C'était sur les bras de ses peuples que Sa Majesté avait traversé la France, depuis le point de la côte oii elle avait d'abord touché le sol jusqu'au milieu de la capitale. Aucun obstacle n'avait suspendu sa marche. Au moment où cille avait remis le pied sur le territoire français, elle avait aussi ressaisi les rênes de soh empire. A peine son premier règne avait-il été un moment interrompu. Toutes les passions généreuses , toutes les pensées libérales s étaieilt ralliées autour d'elle ; jan^is aucune nation n'avait présenté le spectacle d'une plus touchante unanimité.

Lorsqu'il fut impossible de se taire plus long-

fems sur les dispositions de TEurope à l'égard de Napoléon, et qu'on eut acquis la certitude que toute là France lui était soumise , les deux lettres , dont nous venons de rapporter Tune et d'analyser l'autre , furent rendues publiques ( le 14 avril ) , ainsi que la déclaration de Vienne, de rauthenlicilé de laquelle cependant on feignit de douter. Pour mieux donner le change, elle fut présentée au conseil des ministres par le ministre de la police générale, qui la fit précéder d'un rapport où il disait* que cette déclaration , provoquant l'assassinat de l'empereur ( ce qui était faux ) , loi paraissait apocryphe ; que si elle pouvait être vraie, elle serait sans exemple dans l'histoire du monde ( comme révériemeht qui l'a occasionée )y que le style de libelle, dans lequel elle était écrite, donnait liou de penser qu'il allait la ranger parmi ces pièces fabriquées par l'esprit de parti, et par ces foUicu^ laires qui s'étaient , dana ces derniers tems, ingérés sans mission dans toutes les affaires d'état.

Les puissances ne daignèrent faire aucune réponse ni à la lettre de l'usurpateur, ni aux différens actes de son ministre ; et elles pressèrent leurs préparatifs pour venger la foi publique ^ audacieusenient outragée, et prévenir le retour des calaniités qui avaient désolé l'Europe durant un si €^and nombre d'années.

Buonaparte, qui n'avait pas un seul instant

compté sur le niainlien de la paix, s^occupait sans relâche à se mettre en ét^t de soutenir^ s'il était possible , la lutte terrible dans laquelle il allait être engagé. N'osant pas encore revenir à la conscription , qui , d'ailleurs, ne lui aurait fourni que des cnfans, il rappela sous ses drapeaux tous les militaires retirés qui pouvaient encore porter ,les armes ; il leva des corps de garde nationale , et enrégimenta, sous le nom de fédérés, la plus vile 4)opulace. Mais, avant de quitter la capitale , pour se mettre à la tête de son armée , il avait à jouer le rôle de législateur. Le 24 avril , il publia une nouvelle constitution , sous le titre A^acte additionnel aux constitutions de l empiré. A rimitation de la Charte donnée par le roi , cet acte institua deux chambres, Tune des pairs, et l'autre des représentans , auxquelles il permit la discussion des projets <le loi (i). Mais Napoléon ne modifia pas

(i) M. Benjamin Constante, qui , dans ses Lettres sur les cent jours , donne l'analyse de plusieurs conférences qu'il dit avoir eues avec Buonaparie , le représente comme peu favorable à Tinstitutionde la pairie. Voici quelques-unes des réflexions que , selon le même auteur , Napoléon fit sur ce sujet : n La pairie, dit-il , est en désharmonie avec l'état présent des esprits ; elle blessera l'orgueil de l'armée (^ elle trompera Tallente des partisans de l'égalité; elle soulèvera contre moi mille prétentions individuelles. Où voulez- vous que je trouve les élémens d'aristocratta que la pairie exige i' Lfs

autrement son pouvoir ; ce qui lui aliéna le parti des révolutionnaires, qui avaient espéré lui enlever jusqu'au titre d'empereur. Aussi , l'alliance formée entre eux et lui fut-elle fortement ébranlée dès ce moment. Par le soixante-septième et dernier article, on faisait déclarer au peuple français que, dans la délégation de ses pouvoirs, il n'entendait pas donner le droit de proposer le rétablissement des Bourbons, ou d'aucun prince de cette famille , sur le trône , même en cas d'extinction de la dynastie impériale (i). Il n'était pas pos-

ancieoaes fortanes sont ennemies ; plusieurs des nouvelles, sont honteuses. Cinq ou six noms, illustres ne suffisent pds ; sans souvenirs , sans éclat historique , sans grandes propriétés, sur quoi ma pairie sera-t-elle fondée ? Celle de PAngleterre est tout autre chose ; elle est au-dessus du peuple; mais elle n'a pas été contre lui ( n'est- ce pas plutôt le pe^^le en France qui s'est élevé contre la nobJesse , que la noblesse contre le peuple?) Ce sont les nobles qui ont donné la liberté à TAngletcrre ; la grande Chajrte vient d'eux; ils ont grandi avec la constitution et ne font qu'un avec elle ; mais d'ici à trente ans, mes champignons de pairs ne seront que des soldats ou des chambellans ; on ne verra qu'un camp ou une anti- chambre. « Tout cela , quoique vrai, à quelques égards , signifiait au fond qu'un simulacre de sénat et une assemblée de muets étaient les seules institutions qui con< vinssent à Buonaparte.

(i) Voici le texte de cet article:

« Le people français déclare que, dans la délégation qu'it

4?^ UTBE

.«îbSe de pousser plus loin la precaotioB ; d ccpoH dant il oV en eut jamais de plas inotile.

Poor recueillir les TOtes , on onrrit des rcgBtics aux secrétariats des adminbtrations, aux greffes ilcA tribonaux , chez toos les jages-de-paix et tous les notaires. L» dépoaîUement el le recensement deraienl se faire à rassemblée du Champ^e- Mai , qui fut couToquce à Paris pour le 26 de ce même mois» et qui» toutefois, fut difrérécjasq'j'ao r'. juin. Elle fuf composée de tous les membres des collèges élecloraux, qui roulureot bien j assister. A peine y eut-il le dixième de ceux qui les composaient ; et Ton remplit , par les corieux de la capitale , les places qui avaient été destinées aux électeurs absens.

La cérémonie se fit au Cbamp-de-Mars. Buonaparte se rendit , avec tout Tappareil de son

» faite et qu'il fait de ses pouvoirs ^ il n^entend pas et n'a pas entendu donner le droit de proposer le rélablissemenl des Bourbons ou d^aucun prince de cette famille sur le trône, mc^ine en cas dVxtincliofi de la dynastie impériale, oi le itroit de rétablir soit Ta ncienne noblesse féodale, soit les droits féodaux et sf ignc urîaux , soit les dîmes , soit aucun rulte privilégié et dominant, ni la faculté de porter aucune atteinte k rirrévocabilitc de la vente des domaines nationaux; il interdit formellement au gouvernement, aux chambres et aux citoyens ( c'esl-à-dirc à lui-m^me ) , toute proposition à «et égarJ. »

ancien cortège impérial, à rEcole-Militaire ; el , a son arrivée, il se plaça sur une estrade élevée au-devapt de cet édifice, h^s oiînistr^s et lea maréchaux occupèrent des tribunes à côté du tronc; Napoléon était entre ses troi* frères, loseph, Lucien et Jérôme. £n £ace» était un autel environné de prélats. Après la messe (i) ^ une dépu* tation de tous les collèges électoraux fut conduite,' non plus au pied y comme autrefois , mais sur les marches du trône. Là, un M. Dubois, député de Maine-et-Loire, à qui sa voix de Stentor avait , dit-on , mérité cet honneur, bit une adresse que

(i) Le système politique de Buonaparte avait du moins Tavantage de ne pas exclure de Torganisation sociale les idées religieuses. Une vile, populace qui» depuis son retour, se rassemblait sous les fenêtres de son cabinet , et le saluait des cris de Fii^e l^empereur/ Fivc h pire la Violette ! y joignit un jour le cri SA bas la calotte. Buonaparte dit à quel^ju'un qui était pr^s de lui : « H y aura cependant de la calotte au » Champ-de-Mars, »-ct il tint parole.

Rien ne dut blesser plus cruellement son orgueil que celte humiliatioa À laquelle il se soumit quelque lems , de se montrer à une fenêtre lorsc^u^on faisait entendre les cris que nous venons de rapporter. C'était ce qu'on appelait la Criée. Non seulement elle avait lieu à des heures réglées \ mais au moyen de quelque argent donné à des misérables, on leur faisait pousser les acclamations d'usage , çt bientôt on voyait paraître , comme un histrion, le même homme qui , peu d'^an^ nées auparavant , &'était vu courtiser par des roi^»

les électeurs avaient votée en l'honneur de Napoléon. On se fera facilement une icïée de ce chefd'œuvre d'éloquence , par cette phrase : « Nous » ne voulons point du chef que veulent pour nous ^ nos ennemis; nous voulons du chef quils ne n veulent pas. » La lecture faite , l'archichancelier déclara que l'acte additionnel était accepté à la presque unanimité des votans (i), et, à l'instant même , le chef des hérauts d*armes en fit la proclamation. Une table , sur laquelle cet acte était déposé, fut mise ensuite devant le trône. Napoléon revêtit ^c sa signature Pacte de promulgation ; puis, assis et couvert, il prononça un discours dont nous rapporterons les passages les plus re* marquables,

« Empereur, cdnsul , soldat , je tiens tout du » peuple , dit l'orateur couronné. Dans la pros- » périté , dans l'adversité , sur les champs de ba- >» taille, au conseil , sur le trône , dans l'exil , la » France a été lobjet unique et constant de mes » actions. » La France,, si Buonaparte s'était un peu moins occupe d'elle , n'en aurait pas été plus à plaindre.

(i) Le recensement ^t fait par une assemblée , dite centrale, el composée de cinq' membres de chaque collège électoral. On prélendit <|ue le nombre des sufftages.po«r^ éiail de 1,532,457 ; et ceUi des suffrages contre, de 4^802.

VINGt-SEPTlÈME. 4?^

(( Comme ce roi d'Athènes , je me suis sacrifié » pour mon peuple , dans l'espoir de voir se réay» User la promesse donnée , de conserver à la » France son intégrité naturelle ( jamais celte pro- » messe ne fut faite; et » d'ailleurs, qu'esl-ce que » Tintégrité naturelle d'un état? ) , ses honneurs » et ses droits.

» L'indignation de voir ces droits sacrés , ac- » qais par vingt-cinq années de victoires , mécon- » nus et perdus à jamais ( par la faute de qui? ), » le cri de l'honneur français flétri (phrase dé- » pourvue de sens ) , les vœux de la nation m'ont » ramené sur ce trône qui m'est cHer^ parce qu'il » est le palladium de Tindépendance, de l'hon- » neur et des droits du peuple. »

Lorsque Buonaparte eut fini son discours, l'archevêque de Tours, M. de Barrai, faisant les fonctions de grand aumônier, s'approcha du trô^ie, se mita genoux, présenta le saint Evangile à l'usurpateur, qui prêta serment en ces terme^: « Je jure » d'ohserver et de faire observer les constitutions » de l'empire. » Enfin, pour ajouter le ridicule à la profanation , M. Cambacérès prêta le serment d'obéissance aux constitutions de l'empire et de fidélité à l'empereur. Toute l'assemblée s'écria': « Nous le jurons ! » Buonaparte remit ensuite aux présideiis des collèges électoraux des aigles destinées à orner les drapeaux des gardes nationales

de leurs dëparlemens respectifs. Qtiant aux aigles de la garde nationale de Paris, et de la garde, dite impériale , il en fit la remise en personne à ces deux corps; puis les troupes défilèrent devant lui. '

Telle fijt cette réunion , qui avait été annoncée avec emphase comme le renouvellement de ces assemblées où les français réglaient jadis les affaires d'état de la plus haute importance , et qui ne fiit qu'une représentation théâtrale, dont, si Ion doit en croire beaucoup de spectateurs, Tacteur principal joua fort mal son rôle.

La veille ou l'a^'ant-veille de cette cérémonie, Buonaparte avait reçu une nouvelle qui avait du lui paraître d'un funeste augure. Joachim Murât, son beau-frère , avait débarqué , le 25 mai , à ce golfe Juan , où lui - mégie avait pris terre deux mois auparavant. Cet aventurier, ayant voulu conserver la couronne de Naples, malgré les souverains de l'Europe, n'avait pas craint de déclarer la guerre à l'Aulriche ; mais un simulacre de bataille avait décidé de son sort. Son armée s'élant dissoute, il avait pris la fuite. Le 19 mai, à lachufe du jour, il était arrivé à Naples , escorté seulement par quatre lanciers. La terreur était dans le palais, çt Iç tumulte dans la ville. Murât , pâle et défait, s'était présenté devant sa femme , et lui avait dil» comme un héros de théâtre : Madame^ Je n ai pu^

mourir.' L'emiemi , vainqueur, arrivait aux portes de Naple§ , et refusait de coinprenclre la personne de Joachîm dans les négociations qui étaient entamées pour la reddition de tput le royaume au souveraiïï légirime. Jjc lendemain , aq mai, Murat.se déguise et gagne f^rlivement le rivage. Unç bajrqjue de pécheur le transporte à Tîle d'Ischia, où il se rembaçque poyr parvenir jusqu'à un vaisseau marchand qui Taltendait à quelques lieues en mer. De son côtç, sa femme, pour sauver ses richesses, se met sous la pi:;otection de la flotte anglaise , et obtient de s'embarquer avec toute sa suite , à condition qu'elle livrera Tarsçnal et les bâtimens de guerre, D^ ^aut de son vaisseau , encore à l'ancre, celte reine déchue put voir les feux de joie qui signalèrent l'anéantisseniient de sa puissance.

A peine Murât eut-il touché le sql de la France avec une suite de trente personnes , qu'il se hâta d'expédier un courrier à Paris. Napoléon \ ne voulant pas présenter à la capitale le spectacle de ce. roi détrôné , lui en interdit l'approche. Il demeura donc en Provence, jusqu'à ce que la chute de Tusurpateur l'eût forcé de chercher un asile ailleurs.

Les membres des deux chan[ibres instituées par l'acte additionnel , ayant été nommés , les uns „ par les collèges électoraux , et les autres par Buonaparte , il fit , le 7 juin » l'ouverture de leur ses-

sion. Voici les traits les plus saillans du discours qu'il prononça en cette occasion qui ne devait plus revenir pouf lui.

« Messieurs de la chambre des pairs ^ » Messieurs de la chambre des représentans ,: » Depuis trois mois , les circonstances et la » confiance du peuple m'ont revêtu d'un pouvoir » illimité. » Jamais assertion ne fut plus fausse. Buonaparte n'a dû qu'à ses complices , qu'à une armée égarée, et qu'à une vile populace, souleve'e à prix d argent , le pouvoir dont il a joui après le 20 mars , pouvoir qui toutefois a été moins illimité qu'il ne l'aurait désiré. « Aujourd'hui s'accom- » plit le désir le plus pressant de mon cœur: » je viens commencer la monarchie constitution- » nelle. Les hommes sont impuissans pour assuj>'rer l'avenir; les institutions seules fixent les » destinées des nations ; la monarchie est néces- » saire en France pour garantir la liberté , Tin- » dépendance et les droits du peuple,

» Nos constitutions sont éparses : une de nos » plus importantes occupations sera de les réunir » dans un seul cadre et de les coordonner dans » une seule pensée. » Cette promesse avait pour but de calmer les révolutionnaires, dont l'acte additionnel n'avait pas rempli les espérances ; mais il est permis de «apposer que Napoléon ^e serait bien gardé de la tenir, s'il avait été vainqueur dans

la lutte qui était sur le point de commencer. « Ce » travail recommandera l'époque ax:tuelle aux gé- » nérations futures.

» J'ambitionne de voir la France jouir de toute » la liberté possible ; je dis possible , parce que » Tanarchie ramène toujours au gouvernement » absolu.

» Une coalition formidable de rois en veut à » notre indépendance; ses armées arrivent sur » nos frontières.

» La frégate la Melpomène a été attaquée et » prise dans la Méditerranée , après un combat » sanglant contre un vaisseau anglais de 74. Le » sang a coulé pendant la paix.

» Nos ennemis comptent sur nos divisions in- » testines; ils excitent et fomentent la guerre civile. » Des rassemblemens ont lieu ; on communique » avec Gand, comme en 1791, avec Coblentz. » Des mesures législatives sont indispensables: » c'est à votre patriotisme, à vos lumières et à » votre attachement à ma personne que je me » confie sans réserve.

» La liberté de la presse est inhérente à la cons- » titution actuelle ; on n'y peut rien changer sans » altérer tout notre système politique ; mais il faut » des lois répressives, surtout dans l'état actuel de » la nation. » C'est-à-dire qu'il fallait la liberté de

47^^ liVbé

droit, et la servitude de fait. « Je recommande 5i

» vos méditations cet objet important . . .

» î\ est possible qUe le preihifer devoir du prince » m^appelle bientôt à la t^te des enfans dé la na- » tîon pour coihbattre poiir la j>atrie. L'armée et » moi nous ferons notre devoir. *> Ce n^étaît plus son arnie'è, et il n'était plus lui-même qu'un fonctionnaire public. Dans le fait, ce n'était plu^ Buonaparte , ce n'était que son ombre.

« Vous, pairs et représentaiià, donnez à la na* )) tion l'exemple de la cortfiance , dé Téhergie et » du patriotisme ; et coirinié lè sénat du grand » peuple de l'antiquité, soyez décidés à mourir » plutôt que de survivre au déshonneur et à la s» dégradation de là Frâticé ; là cause sainte de la » patrie triditiphera! » Elle a triomphé, cette cause , par le renversement de l'usurpâléur et le rétablissement du souverain légitimé.

Dans la séance (Jiie les repréiseùtâtïs f irirent lè 8 juin, on proposa de liomàier une commission, qui serait chargée de , rédiger une adresse en réponse au discours de Napoléon. Féliît Lepelletiér, frère du régicide de té liom, invita râ^emblée à décerner à Buonaparte le titre de sauveur <îc la patrie. Cette proposition extravagante devint àne injure pour celui même en faveur de qui elle

était faite. L'assemblée la rejeta sur-le-champ. Les deux (;h<imbres firent présenter , le 1 1 , leurs adresses à Napoléon. « L'intérêt de la France est » inséparable du vôtre, lui dirent les pairs. Si la » fortune tronipait vos efforts, des revers, sire, » n'affaibliraient pas notre persévérance, et ils » redoubleraient notre attachement pour vous. » Buonaparte répondit : « La lutte dans laquelle » nous sommes engagés est sérieuse ; l'entraî- » nement de la prospérité n'est pas le danger » qui nous menace aujourd'hui : c'est sous les » Fourches Caudines que les étrangers veulent » nous faire passer. » Les étrangers voulaient rétablir l'ordre et faire respecter la foi publique, et s'ils nous ont traités avec rigueur, à qui doit-on l'imputer.'^ « C'est dans les tems difficiles , pour- » suivit Napoléon , que les grandes nations , com- » me les grands hommes, déploient toute l'énerj» gie de leur caractère , et deviennent un objet » d'admiration pour la postérité. » Dans cette grande crise , la partie saine et la plus nombreuse de la nation française s'est montrée digne d'ellemême, c'est-à-dire fidèle à son roi; et sa force d'inertie a sauvé Tétat pour la seconde fois.

La chambre, dite des représentans , qui, dans sa courte existence , parut constamment animée du désir de se transformer en assemblée constituante , ou même en convention nationale , com-

48o LIVRE VINGT-SEPTIEME.

niença de signaler son ambition dans l'adresse qui fui présentée en son nom. Elle rappela la promesse que Napoléon savait faite de réunir dans un seul'corps les constitutions^de son empire, c'est-àdire de former une nouvelle constitution, et elle demanda de s'en ocicuper elle-même sur-le-champ. Buonaparte , pour parer le coup qu^on voulait lui porter, répondit : « La constitution est notre point » de ralliement ; elle doit être notre étoile polaire » dans les momens d'orage. Toute discussion pu- » blique qui tendrait à diminuer directement ou » indirectement la confiance qu'on doit avoir » dans ses dispositions , serait un malheur pour » l'état ; nous nous trouverions au milieu des » écueils , sans boussole et sans direction. La crise » où nous sommes engagés est forte. Ne suivons » pas F exemple du Bas-Empire qui , pressé de }> de tous côtés par les barbares, se rendit la risée » de la postérité, en s'occupant de discussions » abstraites au moment où le bélier brisait les » portes de la ville ( Constantinople ). » Jamais leçon n'a moins profilé.

v»M^utivyt¥yuyyy*»Mt/*imit^yiiymimmMMt0MMMi*HiiHM»ntMmtmM*^nnMykM0yh*^^

Page 1