LIVRE XXVIIL
Distribution des forces de Buonaparte à Couverture de la campagne de i8i 5.-— Subsides votés par la Grande-Bretagne. «—Forces immenses des alliés et répartition de leurs troupes.— Buonaparte prend le commandement de Tarmée du Nord.— Commencement des hostiIités.-^pmbat dès Qua^ tre-Braff.-^BataîlIedeLigny.*— BaitaiUedttMont*Saint-Jean ou de Waterloo.--«-Déroute totale de l'armée française et fuite de Buonaparte.
Jamais campagne ne fut plus courte , janiais campagne ne fut plus décisive , n^eut des résultats plus importans , que celle dont nous allons retràcer brièvement les opérations.
Buonaparte y malgré tous ses efforts et malgré tous les soins que les ministres du roi avaient mis à organiser une armée qui devait le trahir , ne put guère réunir , vers la mi-juin , et pour foire face à toute FEurope armée contre lui, qu^envîron cent quatre-vingt mille hommes de troupes de ligne , auxquels il joignit , il est vrai , près de cent cinquante mille hommes de garde nationale , mais dont la plupart devaient former les garnisons de^ IV. ai
48a LÎVRK ,
piaces-fortcs. Il composa quatre armées actives et quatre corps d'obserration. La première , que, comme <le coutume, il désigna sous le nom de grande armée , et qui devait être sous son commandement suprême , était divisée en cinq corps principaux , qui avaient pour chefs immédiats les généraux Drouet, Reille y Vandamme , Gérard et Mouton ( Lobau ), Le général Grouchy commandait la cavalerie de réserve. Cette armée, non comprise la garde impériale, forte de quatre mille et quelques chevaux et de quatorze mille fantassins et artilleurs , s^élevait à cent dix mille combattans ^.dont seize à dix-sept mille de cavalerie. Le maréchal Soult en était major général. Quant à Tartillerie , elle se composait de trois cents bouches à feu ; et celle de la garde se faisait remarquer particulièrement en ce que presque toutes les pièces étaient neuves.
La seconde armée était forte de quinze mille hommes, et cçmmandée par le maréchal Suchet. Devant occuper les débouchés de Tltalie et la lisière de rétat de Gênes , elle prenait le nom d'armée des Alpes.
La troisième , ou Tarmée du Rhin , que commandait le général Bapp , et dont on a porté le nombre à dix-huit mille hommes , était chargée de protéger les frontières de TAlsace.
La quatrième , ou Tarmée de l'Ouest , agissait
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dans la Vendée qui s^était ranimée; et elle devait, après la pacification , se réunir à la grande armée; 'Elle était forte de près de dix-sept mille hommes ^ et commandée par le général M. Lamarqùe. Le premier corps d'observation , qui avait pour cotnmandant le général Lecourbe(t), était à Béfortè Il ne comptait guère que quatre mille hommes ; mais il devait être renforcé par des bataillons de garde nationale.
Le deuxième corps, dit du Var, avait pour chef le maréchal Brune , dont le quartier-général était à Marseille. La force de ce corps était de cinq mille cinq cents hommes de troupes de ligne; et seize bataillons de garde nationale devaient le por^ ter à dix-sept mille hommes.
Le troisième corps , celui des Pyrénées-Orientales , était aux ordres du général Decaen. Il n'a-» vait que deux mille sept cents hommes de troupes de ligne ; mais trente-deux bataillons de garde natibnale devaient le faire monter à vingt-trois mille hommes^
(i) Diaprés ce que nous avons rapporté prëcédemment , on tie devait pas s'attendre à voir Lecourbe figurer parmi ceux qui soutinrent la seconde usurpation de Buonaparte ; mais il parait qu'il avait adopté la doctrine du gouvernement de fait , avec laquelle , cependant , il ne peut exister de gouverne'ïnent.
4^4 LIVBE
Le quatrième cqrps d'obi»eryation , dit de la Gironde , et commandé par le général Clausel , devait être de la même force que le troisième.
I^s.pui$6ance3 alliées se disposèrent également» avec promptitudo , k soutenir , par des forces encore pliis imposantes que celles qu'elles avaient rassemblées pour opérer la première invasion , L'espèce d'excommunication politique qu^elles venaient de fulminer contre Buonaparte. Le traité du aS mars fut donc suivi d'une convention , en date dtt 3o avril ^ ps^r laquelle la Grande-Bre-, tagne prit l'engagement de fournir, jusqu'au l'i^ avril 18161, i^n subside de cinq millions de livr^ sterling , à rép^tiir t ^^ pojrtiops égales , entre rAutrielie , la Prusse et la Russie. Ces puissances ne furent pas les seules auxquelles le gouvernement britannique accorda des secours de ce genre. Tous^ les états de TËurope ^ à Texception du royaume de Naple$ et de U Suè4ç (i), en reçurent ; et le^
(1) Le royaume de Napies était , mais pour peu de tems encore ^ en la puissance de Murât ; eti'oa donne pour motif de la non-accession de la Suède au traité du a5 mars, qu'elle était occupée A consolider la réunion de la Norwège , motif dont nous avouetons avoir quelque peine à comprendre la forte.
B'un autre côté» PEspagne n'adhéra pas formellement au même traité ; maïs elle dédara qu'elle concourrait avec lès lutres puissances pour les opérations militaires.
VINGT-HDITIÈME. m 4^5
rabsides forent réglés sur le tauiL ^e onze livres deux schelUngs sterling pat* homtne (i).
Trois armées sciaient f[>rmées , dans les Pays^ Bas, sur lé Bas-^Rhin et sûr le Haut-»Ahin. La preraièf e , forte de près de cent mille hommes y anglais, be%es , faanùTriens et autres allemands, était commandée parle feld^maréehal dtac de Wellington. Elle se divisait en deux C€â*ps sous le commandement, ren, du prince d'Orange, et Tautre , de Hill. La réserve était immédiatement aux ordres du feld-maréchal 9 et la cavalerie à ceux du comte d^Uxbridge. Cette armée s'étendait le long des frontières de France ^ depuis la côte de la mer jusqu'à la Dyle.
(i) Voici le nombre d^hoxnmes que TAngleterre prît Ten-* gageaient de payer :
Aatricbieas. •»••••.••. 3oo,ooa
Busses •••••*•.••••*• 675,000
Prussiens •••*. 275,000
Bavarois. • • 6o,ooa
Autres états allemands. i5o,ooo
PajS'Bas »* 5o,ooo
Anglais »••.... 5o,ooo *
Espagnols. • • 4^^000
Siairdes 20,000
Suisses* . • • » 3o,ooo
Portugais • • • • . ^ • • • • . 1 5,ooo
Total... x,365,©oa
L'armée du Bas-Rhin , entièrement composée de prussiens , était divisée en quatre corps de vingt-cinq mille hommes chacun , et commandée par les généraux Zieten , Pirch » Thielmann et Bulow , sous le feld-maréchal prince de Blucher. Cette armée était postée le long de la Meuse , dep\iis la Dyle jusqu'aux frontières du grand duché du Luxembourg.
L'armée du Haut-Rhin était sous le commandement du prince de Schwartzenberg. Elle se composait de plus de cent cinquante mille autrichiens, et de cent vingt^quatre mille hommes d'autres troupes allemandes ; et elle était divisée en quatre corps d*armée, en un corps de résccrve et un corps dç blocus.
Près de cent soixante et dix mille russes , qui s'avançaient à marches forcées .devaient composer , sous le commandement du feld- maréchal Barclay de Tolly, une armée du Moyen-Rhin. En attendant qu'elle fût parvenue à son poste , la communication était maintenue par un corps de vingt-six m^lle allemapds , pl^cé sur la> Moselle ^ et commandé par le général Kleist
Indépendamment de l'armée autrichienne qui ,. lors de l'ouverture.de la campagne , venait de rétablir Ferdinand ly sur le trône de Naples , il y avait , dans la Haute-Italie, sous le commandement du giénéral baron de Frimont, une armée de
soixante mille hommes, dont douze mille sardes.
Enfin les cantons helvétiques avaient réuni, pour le maintien de leur neutralité , une armée de trente- six mille hommes.
Ainsi qu'en 1814» les différentes années des alliés devaient pénétrer en France indépendamment Tune de Tautre, et faire leur jonction à Paris. On avait cru d'abord que Buonaparte , profitant de la diversion faite par Murât , transporterait le théâtre de la guerre eh Italie ; maiç lorsqu'on eut reconnu que son plan était de tomber avec la plus grande partie de ses forces sur les Pays-Bas , Wellington demanda que Bluoher se rapprochât de son flanc gauche. La lacune entre les deux armées du Bas-Rhin et du Haut-Rhin en devint d'autant plus grande ; mais déjà les russes destinés à la remplir approchaient du Rhin.
Du côté du midi , une armée espagnole s'était mise en mouvement pour passer les Pyrénées j mais lorsquelle entra en France , la l^itte- était terminée.
Deux plans de campagne ^ dit-on , furent l>a- lancés par Buonaparte. Le premier consistait a se tenir sur la défensive , en laissant pénétre,r les alliés jusqu'à Paris et Lyon , puis à faire ensuite une guerre vive en manœuvrant sur les rîves de la Seine et de la Marne , du Rhône et de la Saône. Le second plan était de commencer les opérations!
militaires avant que les armées racsseiï/autricbiennés et allemandes fussent arrivées ^r le Rhin , et de faire les plus grands efforts pour battre les deux armées qui occupaient les Pays-Bas. Buonaparte se flattait , en cas de succès » de faire soulever la Belgique , dont les troupes renforceraient Farmée française , et d'occasioner en Angleterre une révolution , ou du moins la formation d'un ministère composé de membres de l'opposition. Il choisit le dernier plan comme plus conforme au caractère des français, ou plutôt à son propre caractère , qui le portait à aller toujours en avant , et surtout à la nature si hasardeuse de son entreprise. Ce plan reposait cependant sur deux bases peu solides.' Le ministère britannique s'était tiré de positions plus difficiles que celle où il se serait trouvé si les alliés avaient été expulsés des Pays-Bas; et loin que Buonaparte eut du compter sur Tappûi de l'opposition , une grande partie des membres dont elle se composait venaient de concourir, par leurs votes, aux mesures qui avaient été proposées pour achever la délivrance de l'Europe. Quant aux troupes belges , la bravoure qu'ellès-ont montrée dans le terrible combat que nous ne tarderons pas à décrire , peut faire présumer qu'elles n'étaient aucunement disposées à suivre l'exemple déplorable que les troupes fran» çaises leur avaient donné ; et d'ailleurs on n'avait
'pas travaillé , durant dix mois consécttliFs , à les ' exciter à là trahison.
' Parti àe Pms le 12 juin, à quatre hîeures , du '-malin, BaoDFdparte arriva, le i3, à Avesnes , d'où il se rendit "aussitôt à Beautùont. Le lende- ^ main il passa en revue les divers corps d^ son ar- '^ mée , à keftrelle il adressa Tordre du jour suivant :
? « Soldats!
' » C*est aujourd^'hui l'anôiversaire de Marengo
^ » et de Friedland , qui décida d^ux fois du destin
» de l'Europe. Alors, commie après Austerlitz ,
^' » comme iaprès Wtfgiàm , nous^âmes trop géné-
' » reux. ^ous crûmes aux protestations et awx ser-
^ mens des pri^i^es que nouis laiss&mes sut le
» trône. Ao)ourd'hui , cependant , coalisés entre
' » eux,ilsenv^ulentàrîndépe6dance€t aux droits
» les plus sacrés de la France. Us ont commencé
^> la plus injuste des agressiofis. Marchons donc
» à leur rencontre. Eux et nous , ne sommes-
» nous plus les mêmes homnïes?
» Soldats ! à léna , contré ces mêmes prussiens,
' » aujourd'hui û arrogans , vous -étiez un contre
» iTOïi , et , à Montmiraîl , un contré six.
» Que ceux d'entre vous qui ont été prisonniers » des anglais vous fassent le récit de leurs pon- * tons et des maux affreux qtiMls y ont soufferts^
» Les saxons , les iSelges ^ les hanovriens , les » soldats de la confédération da Rhin , gémissent » d'être obligés de prêter . leurs bras à la cause » de princes ennemis de la justice et des droits » de tous les peuples. Ils savent que cette coali- » tion est insatiable. Après avoir dévoré douze 3» millions de polonais , douze millions d'Italiens^ » un million de saxons et six millions de belges, » elle devra dévorer les états du second ordre » de TAllemagne.
, » Les insensés ! un moment de prospérité, les » aveugle. L'oppression et l'humiliation du peu- » pie français sont hors de leur pouvoir : s'ils » entrent en France , ils y trouveront leur tom- » beau.
» Soldats ! nous avons des marches fc^cées à » faire, des batailles à livrer, des périls à courir; » mais , avec de la constance « la victoire sera a » nous ; les droits , l'honneur et le bonheur de la » patrie seront reconquis.
» Pour tout français qui a du cœur , le mo- » ment est arrivé de vaincre ou de mourirj »
Cette proclamation vraiment extravagante , où régnent, d'une manière si ridicule, le ton prophétique et l'emphase qui caractérisent tous les actes émanés de Buonaparte , fut cependant reçue avec de vives acclamations et des transport de joie par son armée. Au lieu de l'intimider en lui devoi-
tant toute retendue des périls auxquels elle allait être exposée , elle en accrut encore Tenthousiasme. On rapporte , toutefois , qu^ellc fut loin de produire le même effet sur un grand nombre d'oHi* cicrs , à qui elle révéla sans réserve la déplorable extrémité où leur chef était réduit.
Au i4 juin, la grande armée, qui avait marché vers les frontières du Nord, campait sur trois directions. La gauche , forte de plus de quarante mille hommes, et composée des premier et deuxième corps, était sur la rive droite de la Sambre , à Ham-sur-Heure , et à Solre-sur-Sambre. Le centre , qui était de plus de soixante mille hommes , et formé par les troisième et sixième corps , par la garde impériale et les réserves de cavalerie , se trouvait à Beaumont , où fut placé le quartier-général. La droite , qui était de quinze mille hommes , et que composaient le quatrième corps et une division de grosse cavalerie , se trouvait en ^vant de Philîppeville. Les camps furent établis derrière des monticules , à une lieue de la frontière , pour que les feux ne fussent point aperçus par l'ennemi.
La Sambre et la Meuse, qui se réunissent à Namur, séparaient les français des prussiens, lorsque , le i5 juillet, avant le jour, Reille et Drouet passèrent la première de ces rivièrics et attaquèrent ie général Zieten , tandis que Vandamme forçait
Gharleroy. Cédmt à des forces supérieures, les prassiens se retirèrent à Ltgny et à St.-Âmand. Averti , à midi , de ce qui se passait à son avantgarde, et décidé à livrer bataille le lendemain, Blucher ordonna au deuxième corps de son ^rmée de se porter à Sombref. Wellington se trouvait alors à Bruxelles. Instruit, à quatre heures du soir, du commencement des hostilftés , il donna sur-le-champ Tordre à son armée de se tenir prête à marcher ; mais comme il craignit que les fran-^ çais n^eussent en même tems fait un mbuvement du côté de Mons, il attendit, pour faire partir ses troupes , dont quelques-unes occupaient des cantonnemens éloignés , qu^il eut reçu des i^nseignemens à ce sujet (i). Sa réserve ne se mit donc
(i) Les adhërens de Buonaparte n'ont pas manqué de reprocher k Wellington de s'être laissé surprendre. Le reproche semble juste ; «nais il faut observer que le général an^ glais) trompé par de faux rapports, croyait pouvoir retarder l'ouverture de la campagne jusqu'au i«'. juillet. Cela paraît expliquer également la distance qui se trouvait entre les deox armées anglaise et prussienne , dont on donne aussi pour motif la facilité de leur procurer des vivres.
Pour agraver le premier re^H'oçhe, on a prétendu <p^ Wellington était au bal lorsqu'il apprit le commencement des hostilités. L'auteur deVJSistolre aèrégée des traités de paix, M. Schoell, assure que le duc reçut cette nouvelle i l'heure que nous indiquons dânsle tèjrte, et qu'une demi-
VINGT-HU ITlËME . 49^
en marche que le 16, à dix heures do matin. Il donna rendez-*vous aux divers corps de son armée àNivelle^ et aux Quatre-Bras, groupe de maisons placé sur ks hauteurs où se croisent les routes de> Bruxelles à Charleroy, et de Nivelles à Namur. Lui-même se rendit auprès de Blucher, qu^il trouva entre Ligoy et Bry, et il convint avec lui du mouvement quHl exécuterait pour soutenir Farmée prussienne ». à laquelle il croyait pouvoir envoyer sur le soir un secours de vingt mille hommes.
De retour aux Quatre -Bras, sur les quatre heures après midi, Wellington se trouva en face de Ney, qui était à Frasnes , avec des forces supérieures, ayant ordre de rompre la communication entre les deux armées des alliés. L^arrivée de la' réserve de Wellington y mit obstacle (2) ; mais la
heure après , Wellington transmit à\un général , de la bouche duquel le même auteur dit tenir le fait , les dispositions! qu'il avait ordonnées , lui annonçant en même tems que pour ne pas causer de l'inquiétude , il se rendrait à la fête qu'une datoe an^aise devait donner en son honneur.
(2) On reprocbe au maréchal Ney d'avoir mis de Tifi-^ décision et beaucoup de lenteur dans son mouveoient «ur les Quatre' Bras. Dans les pfemiers momens on l'a accusé de trahison à ce sujet , ce qui lui fit adresser à Fouché une lettre où il dit qu'à Tinstant où il allait faire avancer le premier corps d'infanterie , resté jusqu'alors en réserve k Frasnes , il apprit que Buonapart^ en avait dispatéi ainsi que d'une di^
i(94 LIVRE
brusque attaque de rennemi fut cause que le feld-marëchal ne put exécuter le mouvement con^ certé avec Blucher. Les anglais perdirent , dans cette action sanglalite , quatre à cinq mille hommes » et les français trois mille. L^s prussiens eurent à déplorer la perte du jeune duc de Brunswick, . qui s^était extrêmement signalé dans les campa^ gnes précédentes
Quoique le même jour, à neuf heures du malin, Blucher n'eût pu réunir que les trois quirrts de son armée, qdis'élevaient à quatre-vingt mille hommes, il résolut d^accepter la bataille , afin de fournir à Wellington le temps nécessaire pour réunir ses forces. L^action commença à trois heures après midi, et dura jusqu'^ neuf. Blucher n^ayant reça aucun secours, et Buonaparte ayant forcé les posi- . tions de Ligny, le feld-maréchal fut obligé d'abandonner le champ de bataille , où il laissa quinze pièces de canon et quatorze mille hommes, les uns morts, les autres blessés (i). Lui-même courut
vision Au deuxième corps , pour les diriger sur St-Amand^ et appuyer son aile gauche , fortement engagée contre les . prussiens , et il ajoute qu^à neuf heures du soir seulement ce corps lui avait été renvoyé sans avoir été d'aucune utilité.
(i)Le rapport ofGciel parle de huit mille prisonniers. La i vérité est qu'on n'en fit pas un seul, à l'exception des blessés qu'on trouva sur le champ de bataille. j
On prétend que, dans la fureur qui les transportait, lei
le plus grand danger. S'étant mis sur le soir à la Léte d-un corps de cavaleriepour reprendre Ligny, son cheval fut tué sous lui. Deux fois les français le virent couché à terre , mais sans le reconnaître ; et ce fut, dit-on, la présence d'esprit de son aide-de-camp qui le sauva. Blucher se retira dans la nuit à Wavres, pour s'y réunir au corps de Bu- ' low qu'il attendait.
L'aide-de-camp chargé d'apprendre à Wellington l'échec reçu par les prussiens, ayant été tué , le général anglais ne connut que le 17, à sept heures du matin, la position que JBlucher avait prise. Jugeant qu'il ne tarderait pas à être attaqué lui-même, s'il demeurait dans^celle où il se trouvait, il se replia par Genappe sur Waterloo, c'est-à-dire d'environ deux lieues, pour être à portée d'établir sa communication avec l'armée prussienne. Une colonne de près de dix mille hommes, sous le commandement du prince Fré- ' déric, second fils du roi des Pays-Bas, fut déta-' chée sur Hall , pour couvrir momentanément Brux'elles. Cependant il fallait opter entre sacrifier cette ville en prenant une position où Ton pût attendre les armées qui arrivaient sur le
combattans des deux nations, après s^étre désarmés, luttaient corps à corps pour se ierràsseï*. On dit même , ce qui paraît peu vraisemblable , que des bles&és , tombés à côté les uns des autres , se sont entrVgorgés.
496 LIVBE
Khifi, ou livrer batailk avec des force» biea infé« rieures à ce qu^elles aoraîent été dans ce cas. Welliogton prit le deroier ^arti , après avoir oc-^ cupé la hauteur du Moat*Saînt*-Jeaa ^ et consulté Blucher , auquel il demai^da s^il pouvait faûre ap« procher deux corps pour le soutenir. Le général prussien répondit que, le i&, il marcherait a^ec toute son armée à son secours ^ par Chapelle- Saint-Lambert, Ueu situé entre Wavres et Mont- Saint-Jean. En effet, dès le 17, l'armée prussienne se mit en mouveneot. La tête de Tarmée française arriva vers le soir de ce même jour à la ferme de la Belle- Alliance. Une pluie abondante qui tomba durant toute la journée, >abîma toos les chemins.
Buonaparte avait détaché trente -quatre mille hommes, sous k commandement de Groocky et de Yandamme , pour aller , par Gembloux, sur la droite de la Dyle , attaifuer les prus^ens à Wavres^ et après les avoir battus , venir soutenir sa drcHte et décider ainsi la bataille qu^il se proposait de livrer a Y^ellington. Il ignorait que déjà trois corps de Tarmée -prussienne étaient près de loi en embuscade , et qnj^il n'y avait plus à Wavres que le corps de Thielmann. Cette erreur causa sa perte (i).
■ I li . "^
^ (i) Histoire aJfrégée des traités de paix , précis de /tf campagne de i8i5 , tom. XI , pag. 4^3*
Le 18, au point du jour, rarmée française prit les armes. Buonaparte , qui avait paru craindre que les anglais ne s^échappassent pendant la nuit, fut enchanté de les retrouver au matin. Ne pouvant contenir la joie qu'il ressent, il s'écrie : ?» Je » les tiens donc ! » Il presse aussitôt la marche des colonnçs restées en arrière , et sans prendre aucune autre information , sans s'assurer si Tarmée prussienne est bien contenue par le corps de Groucby, il prend la résolution d'attaquer sur-le« champ.
L'armée française, qui, ce jour, consistait en quatre corps d'infanterie, y comprise la garde, et en trois corps de cavalerie , était forte d'envîron soixante et dix mille combattans. Elle se trouva rassemblée , vers les dix heures, en avant de Plan-* chenois , sur des hauteurs parallèles à celles qu'occupait Tarmée anglaise. Celle-ci, dont la force paraît avoir été de près de quatre -vingt mille combattans, était postée sur les plateaux situer» en avant de la forêt de Soignies, contre laquelle elle s'appuyait. Elle couvrait de la sorte les approches de Bruxelles, et était à cheval sur les routes de Nivelles et de Charleroi , un peu en avant du village de Mont-Saint- Jean, point où elles se réunissent pour pénétrer dans la foret que nous venons de désigner et à l'entrée de laquelle se trouve le village de Waterloo, où le duc de
4^B uvas ;
Wellington avait établi son quartier-général.
Tout l'espace cpRipris entrç le sommet da Mont-Saint- Jean > qui présente un plateau dVne asse? vaste étendue , et la ferme delà Haie^Saifite, qui est au pied et un peu en avant de ce n^ont» était couvert d'infanterie, forpiant des masses serrées. Celait là le centre dç l'armée ap^aise> auquel la Haie-Saint^ servait d'appui , ei> miême temps qif'elie était en quelque sorte la dé de la position. , .
Le grand plateau du Mont* Saint- Jean, qui toutefois difininue considérableiqent de largeur le long de la forêt de Soignies, s'étendait des deux côtés. Toutes les hauteurs qui dominent la pleine et les deux rout^$, étaient garnies de tro.up.es et d'un grand nombre de batteries. Elles masquaient entièrement le terrain situé entre elles et la fcH'ét, terrain qui était occupé par ^e fortes réserves de cavalerie.
La droijte des apglais était achevai sur la chaussée de Nivçilleà , cqmpoie leur centre l'était sur celle de Gharleroi« Elle s'étendait jusqu'au village de Merke-Braine,, dans la direction de JÇraine-la- Leude^ ayant devant elle la ferme et le jcl\âteao de GouHiont , qu'environnait un bois coupé par de$ ravins , et qui se trouvant placés un peu à droite de la chaussée de Nivelles^ étaient, poujr cette aili^j ce que la Haie-Sain,t^ était poq^ le centre.
VINGT-HUlt^ÈME. 499
Be forte» coSatineé avak^it été mises en echelonf sur tout Fespace cotapns entre Goismont et lo pbieàu.
La quelle ^ n\à était ^Dareite également pav iun ratîti et par la ferme dé Tet^Ia-ÎIaie , se ptch iongtoit obfiq|Qement vers Ftischemont et s'cten^ ikit fuaqoe derrière Smofaahfï, où etaieiit leé trèapes brabsWickoiseis.
Buonaparte a^tandail^aTec impatience qœ toatea 865 forces lifissent réonîes. ftetardées dans teâr nrarche par les mauvais cbeinitis , ées Iroopes a^<^ rÎTèreiM èirfin. A Tinsâint méitie, elle^ fareoi distribuées de façon à préde«iter Qfi Iront parallèle k eeloi des an^lâiar
Le deuxième corps se fbritia sur les hiaBtèurs ^ en avant d*on observatoire ^ $i4aë en fafce et à pet» de distance de Goumont. Ce corps, qwî touchait par sa drcHte à' la route de Bruxelles, ti par sa gauche à celle de Nivelles^ devait marcher contre la droite des angla^. Le premier co^ps, qui constituait le centre, s^appnyait, à gauche, sur le chemin de Bruxelles , et s'étendak jusque vis^à-v)» de Ter-la-Haie. ht sinème corps terminait la ligne sur la droite. La gardq ëtàil^en réserve survies hauteurs de Planchenois, et la cavalerie^ répartie sur les divers ptoin1;s, garnissait plus particulièrement leis deuac ailes et| surt^oui; la droite.
'ISontes se» position» prises ^ Buoniaparte a4la s<g
5oô LIVRE
placer sur un mamelon silHic à la dvoîte de la route de Bruxelles, près de la ferme de la Belle- AlUaneet point d'où il pouvait découvrir tous les mouvemens des deux armées, ill paraissait alors extrémeinent agité. Le ciel était- orageux ; et il tombait par intervalle des averses qui n'étaient pas de lofigue durée. Cctemsse soutint toute la joiirnée.
L'ordre de commenCier le feu.fut donné, sur les dix heures. La division de Jérôme Buonaparte, qui faisait partie du deuxième corps, se porta la première en a^ant. Elle attaqua avec vivacité la ferme de Goumont, dont les bâtimens avaient été per« ces de meurtrières. Des bataillons, et des escadrons furent en même tems dirigés contre les masses po,siées derrière cette fermci où. elles envoyaient coniinuellemeni des renforts. L'action s^ engagea bientôt fiur la droite avec la ménie: ardeur, et le centre s'avançant par degrés pour. suivre le mouvement des deux ailes V le feu devint général. Après une heure d'un combat très-vif , les anglais parurent >e replier» et ,1'armée française re^èerra ses approches* L'artillerie se porta en avant sur toute la ligne ^ et les colonnes la/suivirent.
La. ferme de: Goumont opposant. la plus forte ré^stance I Çuonàparte , pour ne pas perdre des mjomens ' précieux ^ résolut, au hout êde.deux heures, de porter siir un autre point des c6ups plus décisifs. Une nombrepse colonne ile cavalerie
passa de la gauche à la droite, et des forces considérables furent misés en mduvementpour attaquer la fefrme de la Haici'Safînte en la tournant. Cette attaque ne tarda pas à s'effectuer. Une artillerie formidable faisait "d'affreux ravages de Tun et deTàutre côté. Lés français s'ivancèrent avec une audace toujours croissante , et les anglais les reçurent avec le plus grand sang-froid.
Quoique la posiiibh dtf centfe et de Taîle droite fût alors le théâtre principal de Faction , le feu était loin d'âvbir dîminué-àur' les à^utres points, et principalement vers la îetmë de Goumont^-ôù la lutte devenait, au contraire, toujours plus opiniâtre. Les français, sans être rebutes par les pertes énormes qu^ils essuyaient , revenaient sans cesse à la charge sur un terrain inégal et'coupé, où, à chaque pas, ils étaient arrêtés par 'de -nouvelles masses qui ,' cachées derrière les exhaussemens du sol , n'étaient aperçues que lorsqu^on les abordait. On se disputait le terrain pied à pied, et Ton ne cédait, de part et d'autre, qu'après avoir épuisé tous les moyens de résistance. Les moindres mamelons étaient souvent pris et repris plusieurs fois. Les charges de ca^^alerie se renouvelaient sans cess^î, et le champ, de bataille se jonchait de morts. Enfin on montrait de part et d'autre une égale furie , et la défense était tout aussi opiniâtre que l'attaque était impétueuse;
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P^ns ciet état 4^ choses; Puonaparte 4î^s^|>osa tout pour faire .marfJ^er contre le Mout-Saînt-Jean de fortes colonnes i }gk baï >i^ette en av' nt i tandis que la caFaleri^ dp& salles chargerait lea pointe qui paraissaient peu soutenus; *>naisce mouv^ineint ne pouvait s^eiécuter ^ant cyKie les deux fermes qui couvraient les liga^s de Tarmëe anglaise coatî^ nueraient à tenir^^^iln conséquence , on redoubla d*efForts pour s^en emp^^per: j^t les ennemis , après 2^voir épuisé toutes* les ^s^Oiarces d^ne défense dirigée avec habileté et scutçiin^ avec eoarage^ furent forcés d'abandoptuer la Haie -Sainte, à moitié démolie par le& coup$ AfSi canon qui Tiivaient criblée.
Cependant la ferme d^ OoumQut résistait toujpurs. Plusieurs fois les ficançaiis pétié(rère2k| dan» les vastes cours qui Fetivironnaient ; msûs ils ne purent s'y établir.^ ^arts liitipossibili^ d'en débuisiquer autrement IVatiemii ils y mirent le feu. L'incendie fit en peu Totems dèi progrès si rapides» que les anglais furent rédoits à évacuer ce poste, en y laissant uA asses grand nombre de blessés, qui périrent au milieu des flammes.
lies deux points d'appui de la ligne anglaise en^ levés , Tarmée française , bravant tous les obstacles avec la plus incroyable intrépidité, gagna sensiblement du terrain. On ne larda pas à passer le ravin qui couvrait la gauche de.Fennemi, et ce
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fut sciïlément alors que parent s'effectuer îes Igrandes charges qui avaient ëté ordonnées, et dont l'objet était d'enffonceale centre des anglais , pour pénétrer jusqu'au défilé dé la forêt de Soignjes. Une première colonne d^dttaque s'avança vers lé Mont-Saint-Jean , où le combat le plus épouvantable s'engagea. La cavalerie française s'élança en méïne tems vers les plateaux pout les enlever ; mais elle fut à son tour assaillie par la cavalerie ennemie , qui sortit des sinuosités où elle était cachée. Des charges successives s'opèrent, et n'ont pour résultat qu un horrible carnage. Trois fois là position est sur le point d'être forcée, et trois fois , après des prodiges de valeur , les français sont arrêtés. Jamais spectacle plus affreux ne frappa les yeux , que celui qu'offrirent ces assauts réitérés donnés par la cavalerie. Continuellement on voyait, de chaque côté, se détacher de nouvelles masses qui, tombant les unes sur les autres /cherchaient respectivement à s'écraser. Durant plus de trois heures, les divers corps de cavalerie francise se firent anéantir de la sorte sans aucun fruit. Ce ne fut pas toutefois sans éprouver une perte énorme que les anglais repoussèrent ces trois as$auts. Wellington se porta , à diverses reprises , au milieu du feu pour se montrer aux soldats et les rassurer par sa présence; Le prince d*Orange, qui se trouvait à Taîle droite,
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fut blessé à la tête de ses troupes (i). Peu s^en fal^ lut , dit-on , que les anglais ne fussent enfoncés. On prétend même qye , durant un long espace de temps, le plus grancj désordre régna sur les derrières, et quUls firent rétrograder leurs équipages , qui filèrent avec une extrême confusion sur la route de Bruxelles.
Il était près de sept heures du soir; Buonaparte, qui. était toujours resié sur le plateau où il $*était placé au cooimencemcnt de la bataille , contemplait le carnage d'un œil féroce. Loin de craindre de pousser à bout une armée dont la confiance en lui était sans bornes , il ne cessait dVnvoycr des troupes fraîches , de donner l'ordre de charger à la baïonnette , ou d'enlever les positions. Plusieurs fois on lui annonça que les troupes paraissaient ébranlées. « En avant! répondit-il, en avant!»
(i) Ce jeune prince fut aUeint, au bras gauche, d^une balle qui alla ensuite se loger dans Tépaule. Quelques inslans auparavant , entraîné trop loin par son ardeur , it avait été enveloppé et pris par les français. Un bataillon , qui courut à son secours , parvint à le délivrer. Le prince délache alors la décoration de son ordre, et la jette au milieu du bataillon , en s'écriant : « Mes enfans , vous Tavez tous méritée ! » £lle fut aussitôt attachée du drapeau ,' aux cris répétés de Vis^e le prince lUréditairel Tous les soldats jurèrent de la défendre jusqu^à la mort , et<, dans le jour même , plusieurs scellèrent ce serment de tout leur sang.
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Un gênerai Idî fit demander comment il pourrait soustraire ses troupes à TefFet d'une batterie qui les foudroyait. « S*en emparer ! » dit-il , et il tourna le dos à Taide-de-camp,
Cepeiidant toutes les tentatives contre le centre de Tarmée anglaise avaient échoué; mais Buo* naparte n'avait pas oublié son axiome favori, que la victoire appartient au plus opiniâtre. Sa gardé n'avait pas encore donné , et il coinptait sur elle pour arracher une victoire disputée si long -temps. Déjà même il s'apprêtait à la faire marcher, Iprsque des décharges de tirailleurs se firent entendre à l'extrémité de la droite , et répandirent l'inquiétude dans toute l'armée. Le bruit que des colonnes prussiennes s'avançaient Sur les derrières , circula de rang en rang. Des aides-de-camp vinrent successivement apporter cette nouvelle à Buonaparte. « Allez , leur dit-il , » vous avez peur. Approchez sans crainte des co- » lonnes qui débouchent , et vous verrez que ce » sont celles de Grouchy (i). » Mais? il fallut se
(i) Selon la relation , celle du célèbre sir Walier Scoll , qui a visité le champ de Waterloo , très-peu de teins après la bataille , et s'est entretenu avec plusieurs officiers Je l'armée de Wellington, il n'était pas possible que Buonaparte prît les prussiens potir le corps d'armée de Grou- ^^J] mais il s'imaginait qu'à mettre lat:hos& au pire, ce
So6 Lnna
rendre à IVvidence , }orsq.iie les colonnes, qui se déployèrent à mesure qu'elles arrivèrent , assaillirent la droite de^ français. Le sixième corps, qui était à rextrëmitë de la ligne ^ se forma en potence pour soutenir le choc , et recevoir ces nouveaux ennemis dont Tarrivée changea totalement Tëtat des choses.
Boonaparte , soit quHl crût, soit qfi^il ne crût pas au danger, parut ne penser qu'à poursuivre réxëcution de soti premier^plan. Tandis que le sixième corps s'oppose aux progrès des prussiens, il forme utie quatrième coloilne d'attaque , presque entièrement composée de sa garde , et il la difrige, au pas décharge, sur le Mont- Saint- Jean. Ces vieilles bandes s'ébranlent et s'avancent vers le plateau avec l'intrépidité qu'on pouvait attendre dettes. Disposés par éch^ns, leurs bataillons se suivent de près, et présentent une fofrmidâble colonne, à la tête de laquelle marche la jeune garde , conduite parle maréchal Ney. La vieille la soutient, commandée par Buonaparte en personne. Cette élite se trouve bientôt en présence des carrés ennemis. Elle les aborde avec audace , et les charge
dernier général aurait fait unr mourement correspondant à celui de Blucher, et était à portée de le secourir aussitôt que le général prussien l'aurait «tlaq(ué. Lettres de Faul à ^ y<9/7HY/e^ tom. I| pag. aoA.
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Si plusieurs rè|>risc$ ; mais partout elle rencoûtrâ -un mur d*éîraiA et de feu. Ces redoutables ^ena* Sien veulent en vain serrer leurs ran^s ^ ëclâîrcis sans infêrruptîoii par de nouveaux et inévitables coups. Frappés de toutes parts ^ ils hésitent, ils s^airétent et sont sur le point de plier. Le carnage est horrible ; la surface peu étendue , qui sert de théâtre à cet affreux combat , se couvre de morts ; et tine foule de blessés, se retirant sur les derrières^ font passer dans toutes les ànies rabattement et là désolation.
Alors les mas<:es ennemies, jusque-là immobiles, se portent à leur tour en vivant. Soutenues pa^ une cavalerie immense , elles fondent sur les fraii-^ çais qui ne peuvent plus leur en opposer aucune, la leur étant anéantie. Les rangs se rompent, et ceux que la mort n^a pas atteints, refluent en désordre vers le» premières. posîticHis, -dans Tes-* poir de s^ y rallier.
Ce mouvement ofifensif des anglais fut pour eux le signal de la victoire. Il s'elEectua en même tems sur tout leur front, et partooib ils trouvèrent les français hors, d'état de repousser une attaque aussi vive qu^inattendtie. Vainement les générant qui possèdent le pkis la confiance des soldats, s -dror*. cent-^ls dé les porter à se tenir du moins sur l2^ défensive ; vainmient, Buonaparte réuait-*il, pour :&ire une dernière tentative ,. j(|«e]i(]iies bataiUofïs
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de la vieille et de la jeune garde , qui n^ont point encore donne, et les conduit-il lui-même à Ten nemi. Intimidée par tout ce qui se passe autour d'elle , et d^ailleurs écrasée par le nombre , cette faible réserve est bientôt culbutée, et entraînd dans sa fuite tout ce qui soutenait encore un com-' bat désespéré.
Cependant les colonnes prussiennes, arrivées! sur la droite , continuaient à s'avancer avec ardeur. Les troupes françaises qui se trouvaient suri ce point , retardaient , autant qu'elles le pou- , vaient , la marche des ennemis ; mais elles per- l datent insensiblement du terrain. Enfin j les prussiens étaient près de gagner la route , lorsqu'on vit la garde , repoussiée , éparse et réduite à un petit nombre d'hommes , se retirer précipitamment. Il ne fat plus possible alors de contenir l'épouvante générale. L'armée en un instant se déborde comme un torrent. Les canonniers abandonnent leurs pièces ; et l'artillerie , l'infanterie et la cavalerie , entièrement, confondues , ne présentent plus qu'une masse informe qui se sauve à travers champs , et que rien ne peut arrêter.
L'ennemi, s'apercevant du bouleversement de l'armée française , détache sur-le-champ une nombreuse cavalerie pour la poursuivre. Les équipages de la maison de Buonaparte , arrêtés aux environs de la ferme ou il avait logié , deviennent en grande
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artie la proie des prussiens (i). Tous les canons ai avaient été mis en batterie et qui étaient restés
(i). Plusieurs papiers îxnportans furent trouvés dans le •orte-feuille de Buonaparte. Le plus remarquable de tous est i proclamation suivante , qu'il avait composée d'avance y omme sHl eût été sûr de la victoire.
^clitmation aux btlges et aux habitans de la rive gauche du Rhin.
« Quelques succès éphémères de mes ennemis ypus ont » détachés un moment de mon empire. Dans mon exil , sur » un rocher battu par la mer, j'ai entendu vos plaintes. Le • Dieu des armées a décidé du sort de vos belles provinces, » Napoléon est au milieu de vous ; vous êtes dignes d'être » français. Levez-vous en masse ; réunissez-vous è mes pha'- » langes invincibles. pour exterminer Les débris de ces bar* » bares, vo3 ennemis et les mieps» Ils fuient, la ragé et la » désespoir dans le cœur. , .
» Au palais impérial de Lacken , le ig juin i8i5 ,
Signé Napoléon. «
Le même porte- feuille renfermait aussi, outre Tétat «détaillé des troupes fran.çiiis.es qui avaient combattu à Waterloo, lin état df recette et.de dépense , écrit de la propre main de Buonaparte. Voici cette pièce :
Premier quarCièt de la li^te tivile , non payé.
£n iSi4 • • ^^ • ëjdSoyOoo fr.
Honoraires, comme membre de l'Iastitut. , ^ « 3oo.
sur le temaîii où ils avaient m^noMYré , ^mberenl ea même tems qu pouvoir de rennémi. £»£» , eii moins d une demi-heure ^ tout le matériel disparut. Les anglais et les prussiens ayant opëre complètement leur jonction , Wellington et Blîîcher se rencontrèrent a la ferme de 1^ Belle-ÂlU^nce. Les deux gencraus^ s^emhracsèfent en proaencc des officiers de leur état-major, attendris jusqu^aux larmes. « Mes soldats ^ dit Wellington , ont sou- » tenu, depuis dix heures du matin, un rude * combat ; ^e voudrais les épargner , ce sont mes » enfans ; Us ont fait des miracles;. » Prenant la main du général anglais , BHicher répond qu'il va |ui-même^ poursuivre les français , et commander )iisqu'«iu dernier homma et au dternier cheval. lL.a cavalerie prussienne , étant fraîche , se hâte de prendre le devant , et tïé donne pas iin instant de relâche aux fuyards , dont la foule , ain«i pressée,
A-compte de rarriéré dû en i8i5. . . 2,993,622. 64 c.
Lé montant du trésor de la conroftïie ,
au premier juin i8ï5 , éfatl de - 128,-300,857.
Dette» k payer & la reide Hort^nse. • •- ' di 2, i ëS-.
Au princQ Joseph •• • i,ooo,oo6»
Au maire du. flâvre. •«••«•.•••. • • • ioq,.qoo;
Payé au grand-aumônier 34^652.
Au maréchal JBertrând .'•.'.*.'.'.*. .'. ;,' ' ' ' 7*83,986.
Pour Tillumî nation dii Chaofp-de-
Mai...'l •••••••••*••'•• ' 83,000.
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ranchît avec rapidité les deqx lieues qui séparaient lu champ ^e bataille la yiU^ 4^ Qeoapf e« On royalt ppiivoir y passer la Duit. Pour opposer qu^el-i [ues abslacle^ à Tenniemi^ oa s'empresse d'accu-^ nuler des voitures et de barricader Ventrée de la •ue principale, Quelqucsi pièces sont au3si mise$ îu batterie ; des bivouacs s'étabUssent ds^as la. rille et aux enviriuis , i^t les §oldat& §ç r^pande^t iaus les roaîspns pour y chercher des vivres, A peine cea dispositions sont-elles faites , que Jennemi se parésente ; quelques cQi?ps de cano^, tiré& sijr la cavalerie qui débouche , jettent partout l'ér-. pouvaute ; le camp se levq > et la r^traitç , ou plutôt la déroute f recoiumenjce avec plui| de çonfu-^ sion que jan)^« l^Ue dur^ toute }a nuit< A chsique instant la cavalerie prussi^uue atteignait les fuyards, ta terreur était si grande parmi eux , qne , «ans. songer à sç défendre , des groupes iionabreux de cavaliers et de fantassins., bien afinés, se lais^^iei^t fii^pper par de nwsérables lanciers qu^ils auraient mis eux-mêmes en fuite , uP^quemen) çn fai^^nt. volte-face.
Le 19, à Ja pointe du jour, les tristes débris de larnaée française arrivèrent , partie à Chariereiv partie à Marchiennes , où ils s'empressèrent de lepasser laSambre. Cçtte armée , naguère si brillante, offrait uipi aspect d'autant plus affreux , qu'un grand nombre de blessés rayaient suivie ,
Si a LIVRE
soit à pied , soit montés sur des chevaux de trait. Pâles ) défaits 9 couverts de lambeaux ensanglantés, ils retraçaient vivement à la mémoire les scènes de carnage qui venaient de se passer.
Telle fut la bataille du Mont-Sahit-Jean ou de "Waterloo (i), Tune des plus meurtrières qui aient jamais été livrées. Vingt mille français y périrent, horriblement mutilé.s par la mitraille* Aussi rapporte-t-on que le champ de bataille était effroyable après l'action. Toutes les eaux étaient rougies parle sangqui avait coulé k grands flots^ De toutes parts on voyait des membres épars « des corps sans tête , des têtes sans tronc y mais dont les traits exprimaient encore la rage et la férocité. D'autres têtes étaient percées de balles , et avaient été foulées aux pieds. La mort enfin se présentait sous mille formes. £n une foule d'endroits , les charges de cavalerie avaient comme^ labouré la terre, et les pas des chevaux; profondément imprimés dani le sol , indiquaient les lieux où les rencontres avaient été le plus meurtrières.
Le nombre des prisonniers français (il n'y en
(i) Le nom de Mont- Saint- Jean a été donné â celte bataille par les français ; le nom de Waterloo , par lès anglais; et celui de la Belle* Alliance 9 par les allemands. Le second paraîtàroir prévalvi. . i . '
lent pas d^auires) s'élirra probaUem^rnl à pUis de dix Httlie. On prétendit eepefidaàt qu'il était peu considérable; et, cjomnie pcnfur le persuader, an prêta au ^nérsà Caosibioiuie ce mot si fameux : «c La garde msart et ne se rend pas. » Peu de tefns après, on apprit , non sans quelque surprise, que Çai|ibron»e , dont roiaeC0is on ne peut conie^er Tettréoie bravoure , était prisonnier en Angleterre* Quoique Tarmée alliée eût Taraotage de la position ^ on éirabia à vingt mille hommes le nombre de*ses morts , parmi lesquels on compta plusieurs officiers de marque , el notamment sir Thomas dicton , qui sVtait rendu fameu^K dans la guerre de la péi^insule , et était connu par le sufnQm^ de 6ras d^cdt de ff^siUngû&n (i);
Bnonaparte, à f instant où les derniers bataillons de la gardé furent cufbiités , se jeta , dit-oii , dans un verger attienant à la ferme de la Bclle-
4 iiiiyuM II .'jj;^^ 11 iff) îjj'!i;';><" '. ■ . ■ ■ ". . .'
(i) S^r Thomas Pic.on élait retiré du service, comblé de gloirç.t cl'ho"neurs et Ue richesses, lorsque le duc de Wellington lui manda de se rendre près de lui , et que ce sérail la dernière campngf»e qu'ils feraient ensemble. Il eut une sorte de pressent inii^iU' de m mo^rt , et fit son testameal avant de partir, disant qu*il ne retournerait pas vivant en Angleterre. Il avait quitté Londres le 1 1 juin , et ses restes forent défaarquéië à Deale , lis a.S àa même mois.