‹ Histoire de Napoléon BuonaparteChapitre 32 sur 38 · ET DERNIER · texte numérisé non relu

ET DERNIER

.Notice sur Saint e-^Hélène.— Débarquement de Buonaparte. — Logement provisoire qu^il occupe. — Son établissement à Longwood.— ^Précautions qui furent prises pour empêcher son évasion. — Ses occupations , et mésintelligence dans laquelle il vivait avec le gouverneur.-*-Sa mort et ses funéraiUes.-^Considérations générales*

L*ILE de Sainte-Hélène cst^tuée dans l'Océan alUnntique austral, par les 8* 5o' de longitude oc- ' c/aentale du méridien de Paris, et les i5** 55 'de latitude méridionale. Elle se trouve à quatre cent vingt lieues marines (i) du cap des Palmes , a trois cent vingt du cap Negro , et à cinq cent quatre-vingts du çap de Bonne-Espérance. A Texception de la petite île déserte de l'Ascension , qui ^st située dans la même mer , et dont Téloigne-

(i) Bc vingt au degré«

ment est de deux cent quarante lieues , ces caps sont les terres les plus voisines de Sainte-Hélène.

Cette île est plus longue que large et a environ huit lieues de circonférence. A une certaine distance , elle n^ofTre aux regards du naviga* teur que Taspect d^un rocher escarpé , aride et nu ; mais , en approchant davantage , on aperçoit les montagnes de Tintérieur , dont les contours sont plus arrondis, et dont une riche verdure tapisse les sotnmets, qui semblent monter jusqu'aux cieux. Bientôt Taspect change une seconde fois. Les cimes verdoyantes sont de nouveau cachées par les rochers menaçans qui s'élèvent de Jiuît cents à quatorze cents pieds de hauteur', et semblent prêts ^ s'éci^ouler dans là mer. Mai» aussitôt qu'on a doublé la pointe occidentale , la vue se repose agréablement sur JamesVTown ^ ville bâtie dans un étroit vallon , et située sur la côte nord-ouest et sous le vent de File,

Sainte-Hélène est divisée en deux parties inégales par une chaîne de montagnes qui se dirige de Test à Pouest , et de laquelle partent des chaînes latérales qui s'étendent en diverses directions. I^e pic de Diane , qui se trouve à l'extrémité orientale de la grande chaîne, a deux mille quatre cent soixante -seize pieds de «hauteur. C'est le point le plus élevé de File. Du haut de ce mont la vue plonge sur un horison irùmense , ot la

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xansparencc de Tair est telle , qu'on peut de là iislinguer les vaisseaux à près de trente lieues dç iistance.

Le climat de Sainte-Hélène passait jusqu^à ces

derniers tems pour être des plus sains ; mais les

compagnoQ^ de Fexil de Buonaparte prétendent

le contraire. €'est ce que nous ne sommes pas ^

portée de décider ; mais il paraît que la grande

élévation du lieu où fut fixée la résidence de Na-^

poléon ) Texpose à de fréquens brouillards , à des

vents très-violens et à une grande raréfaction dfs

Vair. A Janaes's-Town , en été , le thermpmètrç

ne s'élève guêpe au-dessus de ving^ degrés ; et en

hiver, il se S(^ùtient à dix (i). Les pluies n'ont pas

la régularité qu'elles ont ordinairement entre les

tropiques ; et c'est dans le mois de février qu'elles

tombent avec le plus d'abondance. L'île est sujeltp

à de longues sécheresses. Celle qui commença

en 1790 , a duré trois ans,

Le débarquement de Buonaparte eut lieu le i£ octobre à huit heures da soir. Il fut logé dans une . des maisons les plus apparentes de James's-Town; «nais il s'y trouva trop exposé aux regards des

[i) Le docteur Q'Méard prétend quHl y a une différence; de dix degrés entre la température de Longwood et celle de <ïamesVTown.

curieux. Accompagné àç Famiral sîr George G)ckburn et du général Bertrand , il alla , le lendemain » visiter Longwood , maison de campagne du vice- gouverneur , qui est située sur un plateau élevé de près de mille six cent soixante pieds au-dessus du niveau de la mer, et contenant de quatorze à quinze mille acres de terre , pour la plus grande partie plantés de gommiers. Il paraît que rhabitation plut d^abord à Napoléon ; mais comme la maison ne consistait qu^cn un rezde-chaussée , composé de cinq chambres , il était ticcessaîre d*y faire des augmentations qui ne pouvaient être terminées qu^après un espace de plusieurs semaines. £n allant à cette résidence , Buonaparte remarqua Tagréable situation d*une maison , dite les Briars ( les ronces) » qui appartenait à un habitant de l-île , M Balcombe , et de laquelle dépendait un petit pavillon qui ne se composait que d'une salle au rez-de* charussée et de deux pièces au-dessus. Nappléon résolut de s'y établir provi- K>irement. Il en occupa le rez-de-chaussée; MM. de Las Cases père et fils furent logés dans une des pièces supérieures ; et le premier valet de chambre et quelque» domestiques le furent dans l'autre. Les autres personnes de la suite de Buonaparte demeurèrent à James's-Town.

Longwood fut, le g décembre, en état de recevoir ses nouveaux habitans , et Napoléon s'jr

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*endît le lendemaia. Les pièces destinées à son isage particulier consistaient en une antichambre , un salon, une salle à manger, ouvrant Tun côté sur une bibliothèque ^ et de l'autre sur un cabinet de travail , à la suite duquel était la chambre à coucher. Ce n'était pas là les palais que Buonaparte avait habités depuis vingt ans; mais ce n'était pas non plus la' tour du Temple, le donjon de Vincenries, ni les cachots de la Goor ciergerîe!

M. et M*. Bertrand occupaient une petite maison appelée Hiit's-Gaie , et située à environ trois quarts de lieues de Longwood , dont ils se rapprochèrent plus tard.

Les plus grandes précautions furent prises pour prévenir Tévasion du prisonnier , qui , toutefois, pouvait parcourir une espace de douze milles de circonférence sans être accompagné d'un officier anglais. Deux régimens étaient campés , Tun à l'extrémité de cet espace , à environ un mille de Longwood, et Tautre vis-à-vis de Hut's-Gate. On ne pouvait , sans une permission du gouver-neur, entrer chez le . général Bertrand, dont le ^(^îssez'passer était nécessaire pour pénétrer dans * enceinte dé Longwood , enceinte sur les limite* oê laquelle furent établis un cordon de sentinelles et des piquets. A neuf heures du soir, ils se rapprochaient et étaient mis eh communication

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les UBS arec les autres. La msuson était alots en^ tourée de telle so|:lte , qu^on ne pouvait entrer ni sortir sans être vu. Deux factionnaires étaient placés en face de la principale entrée , et des patrouilles se croisaient sans cesse. Après neuf heures Buonaparte nç pouvait sortir qu^accômpagné d'un officier d Vtat-major , et personne ne pénétrait ' dans la maison sans ayoir le mot d ordre. Cela durait jusqu'au matin. Enfin , Tofficier d'ordon^ nance avait ordre de s'assurer, deux fois par jour, de la présence du prisonnier.

Quant à la défense extérieure , tpus les points par lesquels- on aurait pu aborder étaient garnis de piquets , et des sentinelles étaient placées sur chaque sentier qui conduisait à la mer. Deux vaisseaux de guerre croisaient sans cesse , Tun au vent , et Tautre sous le vent de l^île, dont Jes postes élevés leur faisaient des signaux dès qu'on apercevait un navire. Tous les bâtimens , excepté les vaisseaux de guerre anglais , étaient accompagnés par un croiseur qui ne les quittait que lorsqu'il leur avait été pern^is de Jeter l'ancre. Aucun navire étranger ne pouvait aborder,, à moins que ce ne fût en cas . de grande détresse ; même alcrs personne ne débarquait, et Ton envoyaijt à bord un détachement de troupes pour surveiller l'équipage. Tous les bateaux pécheurs étaient comptés tt amarrés au rivage le soir au couc}ier du soleil , l

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après lequel il ne pouvait sortir que les bateaux dé garde dés vais^eaut de guerre , qui tournaient au* tour de l'île dorant la nuit.

Il paraît que Buôtiaparte » dans son exil , ctmploya la plus grande partie du tems (t) à lire et à

(i) Voici selon M. O^Méara^ la manière dpnt Buonaparte \*ivail à Sainte-Hélène.*

« L'heure du lever de Napoléon , dit-il, n'était pas régulière. Elle dépendait dû repos dont il avait joui péiidânt h nuit. GéÀéralemient H donnait peu. » ( M. de Las Casés nous dit cependant que Buonaparte dormait à volonté, quels que fussent rheuré éï lé liéii. Peut-être cela ne d<rit-il s'entendre que du tems. où il était en parfaite santé.)

n Souvent il sjs levait à trois ou quatre heures. Il lisait alors ou écrivait jusqu'à six ou sept; et lorsque le tems était beau, il sortait quelquefois à cheval , suivi d'un de ses généraux^ ou il se recouchait pour une heure pu deux. LorsquHl était au lit, il ne pouvait dormir à moÎTis qu'il ne fût dans l'obscurité la plu3 profotide. Il déjeûnait tantôt en particulier , tantôt dans la salle à manger avec tout le monde , et toujoursàla fourchette. Après le déjeuner ,;il dictait prdinai-» rement plusieurs heures consécutives à quelqu'un de sa suite ; et sur les trois heures il admettait les personnes qu'il avait consenti de recevoir. Entre quatre et cinq heures , lorsque le tems le permettait^ il montait à cheval ou en voiture, et; se pibmenait une heure ou deux avec toutes les personnes de sa suite. A. son retour, it dictait. où lisait jusqu'à huit heures, ou £nsait une partie d^échecs* Alors on servait le dîoer , qui rarement durait plus de vingt minutes ou d'une demilY. \36

dicter ses mémoires à MM. de Las Câsés , Monthoion et Gourgaud ^ occupation à laquelle il commença à se livrer durant la traversée. Tous les passagers qui totichaient Sainte-Hélène s^em* pressaient de le visiter ; mais auparavant il fallait se soumettre à la formalité de lui faire demander son agrément par le général Bertrand , comme grand maréchal de son palais. Diaprés ee motif, il se montra d^ abord disposé à ne pas recevoir lord Amherst , à son retour de la Chine , où il s^était rendu en qualité d'ambassadeur de^S. M. 6. Il

heure. Il mangeait avec appétit et très-tite , et il ne paraissait pas avoir de goût pour les mets fortement épicés ou recherchés. Ce qu'il préférait était un gigot de mouton rôti.» ( M. O'Méara dit qu'il Pa vu souvent en consommer toute la partie brune.) <t II aimait aussi beaucoup les côtelettes de mouton. Rarement buvait il plus d'une demi-boutetlle de vin à son dîner , encore le mouillait-il beaucoup. Après dîner, lorsque les domestiques étaient retirés et qu'il ne recevait point de visite ,' tl Jouait quelquefois aux échecs ou aa whist ; mais le plus ordindirement il s'entretenait avec ses convives ^ ou envoyait chercher un volume de Corneille ou de quelque autre auteur estimé, et lisait haut pendant une heure. Ordinaireiâent il se retirait à dix ou onze heures, et se mettait aussitôt au lit. Lorsqu'il déjeunait ou dînait seul , il envoyait chercher quelqu'un pour s'entretenir avec lui. Il ne faisait par jour que deux repas , et'à la fin de l'un et de Tautre f il ne prenait qu'une trèi-petite tasse de café. »

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paraît c|u^il y eut un arrangement. Le général Bertrand ayant fait visite au ]ord» lui dit que Napoléon était malade , mais qu^ aussitôt qu'il se« rait mieux il recevrai^t S. S. , ce qu'il fit.

Buonaparte avait surtout insisté pour que Tarn* bassadeur ne fût pas présenté par le gouverneur sir Hudson Lowe , avec lequel le prisonnier et ses compagnons vécurent dans la plus grande mésin^ telligence. Napoléon voulant toujours être traité d'empereur, et sir Hudson ne pouvant lui donner que le titre de général , sous lequel.il était désigné par la convention qui en avait remis la garde au gouvernement britannique , il en résulta naturel^ lement de la défiance , de Taigreur et de grands désagrémens pour Buonaparte (i) et pour ses compagnons , dont plusieurs lui furent enlevés. Le pribcipal d'entre eux fut M- de Las Cases qui , au mépris du règlement auquel les habitans de Longwood étaient soumis (2) , avait remis » à un

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(1) Il paraît qu'il eut quelquefois la pensée de s'ôter la vie , ou qu^il en parla du moins. £n commettant ce crime il se sçrait mis en contradiction avec lui-même ; car il Pavait condamné fortement dans un ordre du jour du la mai 1802 , au sujet d'un grenadier de sa garde qui s^était tué par un dé^ scspoir d'amour.

(2) Toute la correspondance devait passer parle canal du gouverneur. Voyez le n*. III des Pièces justificatives ]o\ïî\ei au présent volume.

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domestique que le gouverneur Tâvait forcé de ren* .voyer et qui se proposait de passer en Angleterre , une lettre écrite sur de la soie. Son départ eut lieu le 29 décembre 1-8 16.

Le docteur CVMéara qui , avons-nous dit , avait consenti à suivre » en qualité^de médecin , Napoléon à Sainte-Hélène , ayant aussi encouru la disgrâce de sir iiudson , et par suite celle du gouvernement britannique , reçut sa démission le 25 juillet 1818 , après une résidence de plus de trois ans dans Pile. Cette perte, qui dut être sensible pour Buonaparte , dont la santé était déjà fort aU tcrce, fut réparée par l'arrivée du docteur Antor marchi , qui lui fut envoyé par sa femille , et vint accompagné d'un aumdnier.

Manquant de détails authentiques sur les trois derniwes années de la vie de Napoléon , qui, trèsprobablement , se seront écoulées comme les premières de sa captivité, nous nous bornerons à transcrire ici la lettre par laquelle sir Hudson Lowe manda au ministre de la guerre, lord Bathurçt , que le trop célèbre prisonnier avait cessé de vivre.

« MlLORD ,

» n est de ^l(m devoir d'annoncer à Y. S. que BTappIéaa Buonaparte est mort à environ six heures mpin^ ^^ ^uu^^

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