TRENTIÈME
mort d^une affection cancéreuse à Festomac, et non d^une maladie du foie, maladie qui, toutefois^ est endémique àSainte-Hélènc. La décomposition s'annonçant déjà , le corps ne fut point embaumé, et on s^empressa de le déposer dans un premier cercueil qui était de plomb , et qui fut renfermé dans deux autres cercueils, l^m de châne, et Tautre de bois d^acajoii. LUnhumatiou eut lieu le 9 mai. Le corps fut placé dans une voiture attelée de quatre chevaux ^ et derrière laquelle deux domestiques conduisaient un cheval de main. Elle était précédée de Taumônier , accompagné du fils du général Bertrand. Ce même général et le comte de Montholon tenaient les coins du poêle. Les domestiques marchaient de dhaque côté et en arrière du corbillard. Venaient ensuite le marquis de Montchenu, Tamiral, le gouverneur et diver* officiers généraux , et , dans des voitures découvertes , madame Bertrand et lady Lowe , chacune avec leur fille, et toutes quatre en grand deuil.
Trois mille hommes , qui lui rendirent les honneurs militaires , reçurent le corps à la sortie de Longwood et le suivirent jusqu^au caveau où il fut
que rinspection du corps fit reconnaître trois blessures légères que Buonaparte avait reçues , la première à la tête , 1& seconde au genou, et la troisième à UcheyiUe du pied.
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descendu pac vingt-quatre grenadiers. Le cœur et Testomac , contenus chacun dans une coupe d^argent remplie d'esprit-de-vin , y furent également déposés (i). Enfin , Vaumôniçip ^J^^^ achevé les obsèques , le caveau fut muré sur-le-champ » et , nous Tespérons , pour jeûnais (2).
L'ensemble des faits dont se compose cette histoire nous semble suffire ppur doqmer une juste idée du caractère de Buonaparte (3) ^ il est donc
(1) Selon les instruction^ , qui forment le n^ Il de nos Pièces justificatives^ le corps de Buonaparte devait être rap« porté en Europe. H est facile de deviner les raisons de conve* nance qui ont fait changer celle disposition. Le général Bertrand et le docteur Antomarchi demandèrent l'un le cœur , et l'autre Testomac de Napoléoq. Ce furent les mêoiesrai-* spns, sans doute, qui 6rent rejeter ces demandes,
(2) H paraît que ce caveau est près de la maison de HutV Gâte y qu'avait hal^itée le général Bertrand.
(3) La baronne de Staël a , dans ses Considérations sur les principaux événemens delà rêvolution^francaise , consacré près de la moitié d'un volume i retracer ce caractère. Nous y renverrons le lecteur. Il n'en sera pas de même pour un mqrceau tiré de Tanaljse de la tragédie S Attila , par Werner , morceau qui a fait la plus grande sensation lors de la. publication de l'ouvrage qui le contient^ Le voici ^
« Enfin y il paraît le terrible Attila , au milieu des flammes qui ont consumé la ville d'Aquilée ; il s'assied sur les ruines des, palais qu'il vient de renverser, et semble. à Jui seulchargé d^accomplir en ud jour l'œuvre des siècles. Il a comme
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presque superflu d^ajouter qa'ii jjoîgnait^rastuce à raa4ace ; qjae touJbes ses actions n'avaieat pour objet cpjis son ia^^érét persoRuel , hieit oïl mal en« ieiMÏa; qa^ilquvaît ua pro&xMiinëpariS'pottr Fe^èce humame, lajugeaat sansxjbut^ di'appès la connais*saace. qMÎ'il ayait dje kii-méffke ; qa^iL fiit despote , apcès a^oic été répiablkaôn, ce qui. de nos jours H^e^ ptad: trèsrsuj^veEbaoA » il est rirai ; que sous le rapport die la politique f. la plupart de ses projets furent insënséa ; qu'il youlut faine en dix ans ce que les roinainsç a^avaienJ) &it qu*ei|. six siècles; qu^encooséquenoe , L'empire qu'il avait fondé n'était qa^une agrégation d)e peuples^ dont plusieurs
une sorte de sypersUtion. envers lui-même ; il est l'objet de spri, cuite; il croit, en. lui.; il>sc r^egarde comme Finstru* ment des arrêts du ciel , et cette conviction met un certain système d^équitéà ses crimes. Il.reprpçheà ses ennemis leurs fautes comme sUl n^en avait pas commis plus qu^eux tous; il est féroce, et néanmoins c'est un barbare généreux. Il est des-* pote et'Se monlre pourtant fidèle à. sa promesse ; enfin , au xailieu. dçs richesses du monde ,.il vit.conime un soldat et ne demande à la terre que la puissance de la conquérir. » De t Allemagne , par madame de Staël , tom. III;
lies, agens de.Buonapaite et. lui-même ayantrprisi ce portrait pour le sien t Touvrage entier ftit supprimé^ etla .femme célèbre qi^i en-it^it Tauteur , fut baonîe jusqu'à U chute de rhomme.dont elle avaiti, invoJioAtairement pjeut-étrei^ esquissé quelques traits.
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n'attendaient que Toccasion de s'en détacher, et pouvaient la trouver durant la paix comme pendant la guerre ; qu'il y eut de Textravagance à lui de vouloir soumettre TAng^eterre , qu'il ne pouvait atteindre , et , sous prétexte de détruire le commerce de cette puissance , de faire peser sur les nations, dont il aurait dû se concilier Tamitié, les effets d'une tyrannie qui s'accroissait sans cesse ; que , comme homme de 'guerre , si on lui accorde d'avoir su conduire de grandes masses de troupes, ce qui, toutefois, à en juger par les faits des plus fameux capitaines de l'antiquité et des généraux qui se sont signalés en Europe durant les dix-septième et dix-huitième siècle , pourrait bien ne pas être la perfection de l'art militaire (i), on lui reproche de n'avoir su ni faire une retraite , ni conduire un siège; qu'on doit observer, quantaux nombreuses victoires qu'il a remportées, que quelque signalées qu'elles aient été , il n'en a pas été plus redevable à ses propres combinaisons qu'aux fautes des généraux qull a eus en tête , et .surtout qu'à la bravoure de trois millions (2) de français
(1) Les campagnes dltalie deBuonaparte, et sa campagne de 1814 sur les rives de la Seine et de la Marne , campagnes qui passent pour les plus savantes qu^il aie Caites, peuvent âlre citées h Tappui de cette assertion.
(2) 11 résulte de renseignemens authentiques , pris sur les