‹ Histoire de Napoléon d'après lui-memeChapitre 10 sur 52 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Napoléon général d'artillerie.

1794- JNapoléon venait d'être nommé général gïnëraT ^^ brigade de son arme, et devait, en cette d'âriiiierîe. qualité , se rendre à l'armée d'Italie ; mais avant de partir pour Nice, il fut chargé de l'armement des côtes de la Provence. Il commença son inspection par les Bouchesdu-Rhône, et la termina là oii se trouvait le quartier-général de l'armée d'Italie.

Il n'arriva à Nice que le 27 du mois de mars 1794? son brevet était daté du 6 février.

L'armée d'Italie se trouvait alors sous les ordres du général Dumerbion, vieil et brave officier, mais rongé par la goutte. Napoléon alla visiter tous les avant-postes, et reconnaître la ligne occupée par l'armée ennemie. A son retour, il remit au général en chef un plan pour prendre Saorgio, et rejeter les Piémontais au-delà des Alpes. Il développa ses idées dans un conseil de

guerre où siégeaient les represeulans du peuple, Robespierre jeune, et Ricord : elles furent adoptées sans aucune opposition : la réputation du jeune général d'artillerie suffisait pour accréditer ses projets.

Napoléon était arrive à Tarmée d'Italie , depuis peu de temps, lorsqu'il fut mandé à la barre de la Convention. Il avait été dénoncé par les Marseillais , qui l'accusaient d'avoir voulu relever les forls Saint-Jean et Saint -Nicolas , démolis par eux au commencement de la révolution. Il ne s'agissait effectivement que d'un plan fourni par lui pour entourer ces deux emplacemcns d'un petit mur crénelé, destiné à empêcher le pillage des magasins à poudre , par les sociétés populaires.

Gomme les représenlans du peuple , à l'armée d'Italie, avaient besoin du général d'arlillerie , ils écrivirent eux - mêmes à Paris , donnèrent des explications à la Convention , et il ne fut plus question de cette affaire.

Mais ce n'est pas là le seul désagrément que Napoléon ait éprouvé pendant son séjour à Nice : le représentant Laporte , devant lequel le général d'artillerie n'avait

«79t- Le général Bonaparte mandé à la barre de la Convention.

pas voulu plier, le fil mettre aux arrêts. Un autre représentant le mil hors la loi, parce qu'il n'avait pas voulu laisser à sa disposition les chevaux de l'artillerie, dont il voulait se servir pour courir la poste.

Le représentant Robespierre jeune, dont le frère était alors tout-puissant, s'était enthousiasmé de Napoléon, au point qu'ayant été rappelé à Paris, quelque temps avant le 9 thermidor, il fit tout au monde pour l'emmener avec lui : heureusement pour Napoléon , il résista.

En conséquence des plans donnés par le général d'artillerie, une partie de l'armée, sous les ordres de Masséna , fila le long de la corniche ; le quartier-général s'établit à Oneille. Des colonnes françaises remontèrent la Roya , la Taggia et la Nervîa ; elles débouchèrent ensuite en Piémont par les sources du Tanaro. La cour de Sardaigne en fut alarmée, et l'armée piémonlaise, qui o( cupait les camps retranchés de Saorgio , se hatâ d'abandonner ces fameuses positions, qui avaient été arrosées de tant de sang : Saorgio capitula. Les Français se trouvèrent en peu de jours maîtres de la crête supérieure des Alpes.

Le résultat de ces manœuvres avait fait tomber au pouvoir de Farinée d'Italie plus de soixante bouches à feu , et un grand nombre de magasins. Nos troupes s'emparèrent ensuite de Dégo, d'où, après avoir reconnu qu'elles n'avaient plus rien à craindre de l'expédition des Autrichiens , elles prirent position sur une ligne respectable. Le reste de l'année 1794 se passa à mettre en état de défense les positions occupées.

Les événemens de thermidor avaient '-93

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amené plusieurs ciiangemens dans les co- Bonaparte quiur mités de la Convention. Celui de la guerre ''"™" •^'ï'»'"' était dirigé par Aubry , ancien capitaine d'artillerie , cjui fit aussitôt un nouveau tableau de l'armée , dans lequel il porta tous ses anciens camarades , au détriment de plusieurs jeunes officiers qu'il réforma. Napoléon n'avait encore que vingt-cinq ans ; Aubry n'osa pas réformer un général qui avait déjà rendu de grands services à la république : il se borna à le placer dans l'arme de l'infanterie , et à le désigner pour l'armée de la Vendée. Le général d'artillerie , très -mécontent d'un changement qui ne lui convenait sous aucun rapport, se rendit à Paris pour réclamer contre ces disposi-

lions. Son entrevue avec Aubry fut une véritable scène: Napole'on insistait vivement, parce qu'il avait les faits pour lui ; Aubry s'obslinait avec aigreur, parce qu'il avait le pouvoir : il disait au général d'artillerie qu'il était trop jeune ; le général lui répondait qu'on vieillissait vite sur le champ de bataille , et qu'il en arrivait. Aubry, qui n'avait jamais été au feu , se fâcha, et resta inflexible ; Napoléon , irrité de voir repousser ses justes réclamations , donna sa démission, 1785. A cette époque , le commandement de

Bonipirîè 1 armée d'Italie avait été confié au général d«mit,ionnaire. Kcllcrmann , brave de sa personne , mais n'ayant pas l'habitude des giands commandemens ; il ne fit que de mauvaises dispositions , et perdit les belles positions que l'armée occupait : on pensait même à évacuer le territoire ligurien. L'alarme se répandit au milieu du comité de salut public : tous les représcntans qui avaient été à l'armée d'Italie furent réunis et consultés. Ils désignèrent l'ex- général d'artillerie Bonaparte, comme connaissant parfaitement les localités , et pouvant rendre les plus grands services. Le comité le fit appeler , et le

(45 ) mit en réquisition; Napoléon se trouva attaché au comité topographique : c'est là que se préparaient les plans de campagne et les mouvemens des armées. Le général Bonaparte prescrivit la ligne de Borghctto , qui sauva l'armée française, et conserva la rivière de Gênes.

Quelques mois après , le Gouvernement convaincu de l'incapacité de Kellermann, donna le commandement de l'armée d'Italie à Schérer. Ce général remporta d'abord de grands avantages sur les ennemis , à Loano; mais au lieu d'en profiter, il fit entrer ses troupes dans des quartiers d'hiver, et retourna à Nice avec son état-major. Napoléon était encore retenu au comité topographique ; c'est là que vint le prendre le i3 vendémiaire, journée si importante dans les destinées de la révolution , et dans celles du jeune général.

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