‹ Histoire de Napoléon d'après lui-memeChapitre 12 sur 52 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

JSapoléon prend le commandement de l'armée d'Italie.

JLoRSQUE Napoléon prit le commandement de l'armée d'Italie, cette armée était dans le dénuement le plus absolu. L'infanterie , composée en tout d'environ vingt -huit mille hommes, n'avait ni solde, ni habits, ni souliers ; la cavalerie ne comptait que trois mille chevaux dans le plus mauvais état ; les arsenaux de Nice et d'Antibes étaient assez bien pourvus d'artillerie ; mais on manquait de moyens de transport, et l'on ne put atteler que douze pièces de campagne. Les subsistances étaient mal assurées, et depuis long-temps les soldats ne recevaient plus ni viande ni eau -de -vie; enfin, la pénurie du Trésor et la rareté du numéraire étaient telles , que le Directoire n'avait pu réunir que deux mille louis pour cette campagne. Celte position empirait tous les jours : il fallait avancer ou reculer;

( 6i ) la victoire seule pouvait , en lui ouvrant les portes d'Italie , oflrir à Tannée toutes les ressources dont elle avait besoin.

Mais l'Italie e'tait de'fendue par les Alpes, par des places fortes et par des armées trois fois plus nombreuses que celle de la Piépublique. Les Autrichiens , sous les ordres de Beaulieu, comptaient plus de soixante mille combaltans, et les Piémontais, sous ceux du général autrichien Colli , présentaient plus de trente mille hommes en ligne. Les places étaient gardées, et ces armées pouvaient encore se renforcer des troupes du pape , de Naples , de Parme et de Modène. L'abondance régnait dans les camps ennemis.

De notre côté, il fallait suppléer au nombre, parla rapidité des marches; à l'artillerie et au manque de cavalerie, par la nature des positions. Heureusement, le moral des phalanges républicaines était excellent: c'étaient les soldats de la liberté, commandés par Napoléon , ayant sous ses ordres Masséna , Augereau , Laharpe, Serrurier, Joubert, eic. Il n'entrait point dans le plan du général en chef de franchir les Alpes , il voulait les tourner, pénétrer en Italie par les sources de la Bormida , surprendre et

a8 mars.

séparer les deux armées ennemies , par des manœuvres inattendues , et étourdir les généraux autrichiens" par des succès éclatans.

1796- En effet, aussitôt après son arrivée au

quartier -général de INice , Napoléon passa en revue ses troupes , et leur dit :

« Soldats! vous êtes nus, mal nourris ; on « nous doit beaucoup , on ne peut rien « nous donner. Votre patience, le courage « que vous montrez dans ces rochers sont M admirables; mais ils ne vous procurent « aucune gloire. Je viens vous conduire M dans les plus fertiles plaines du monde. « De riches provinces , de grandes villes « seront en notre pouvoir, et là vous aurez « richesses , honneur et gloire. Soldats « d'Italie! manqueriez-vous de courage.'^ » Cette proclamation fut accueillie par les plus vives acclamations. L'armée s'ébranle, et court se rassembler sur son extrême droite. Serrurier arrive à Garezzio , pour observer les camps du général Colli ; Laharpe occupe Vollri ; Masséna et Augéreau sont en réserve à Loano , Finale et Savone. En moins de dix jours , le passage de tordre défensif à l'ordre offensif, s'opéra

( G3 ) sans que l'ennemi s'en aperçût ; Gênes fut rnenace'e.

Le ge'nc'ral Beaulieu , alarmé, court en toute liate au secours de cette ville ; il porte son quartier-général à JNovi , et partage son armée en trois corps, afm de couper l'armée française , et de lui intercepter la route de la Corniche. 11 divise ainsi ses forces, tandis que les troupes françaises étaient placées de manière a. se réunir en peu ^ d'heures , et à tomber en masse sur chacun des corps ennemis , séparés par des montagnes.

Dans la journée du lo avril, le centre de '796. l'armée ennemie, commandé par le gêné- Bataille rai d'Argentau, avait pris position devant de Momenotie. les redoutes de Monle-Legino, défendues par le colonel Hampon ; le général ennemi faisait ses dispositions pour les enlever le lendemain. Beaulieu avait débouché sur Gènes, et se disposait à attaquer la division Laharpe, à Vollri. Pendant la nuit du 10 au 1 1, les troupes républicaines firent degrands mouvemens. La division Laharpe arriva a la pointe du jour derrière Rampon. Le général en chef marcha avec les divisions Augereau et Masséna , par le col de Cadi-

bonne , et de'boucha derrière Monlenotte. Le centre de l'armée ennemie se trouva ainsi enveloppe'. Rampon et Laharpe l'altaquèrent en lête ; Masséna et Aiigereaii le prirent en queue et sur les flancs. La déroute fut complète : tout ce corps fut écrasé, pendant que Beaulieu se présentait à Yollri , où il ne trouvait plus personne. Ce ne fut que le lendemain , que ce général apprit le désastre de Montenotle , et l'entrée des Français en Piémont. Il dut alors replier ses troupes à la hâte ; mais les mauvais chemins dans lequels il s'était engagé, furent cause cju'une partie seulement put arriver à Millesimo , trois jours après.

34 avril. Quelque avantageuse cju'eût été la ba-

taille de Montenoite, l'ennemi avait trouvé dans sa supériorité numérique de quoi remplacer les pertes de cette journée. 11 s'était retiré sur Millesimo et Dego , afin de couvrir les deux grands débouchés du Piémont et du Milanais , et recevoir les renforts que pourrait lui fournir la Lombardie ; mais , dès le i3 , la division Augereau , formant la gauche de l'armée française , poussa la droite de l'ennemi, et lui enleva les gorges de Millesimo. Le lendemain , les deux

Bataille de Millesimo

( 65 ) armées en vinrent aux mains. Masséna et Lalinrpe enlevèrerit De'go ; Me'nars et Joubert s'emparèrent des hauteurs de Biestro, et firent capituler le génëial autrichien Provera. L'ennemi , vivement poursuivi dans les gorges de Spigno , y laissa une partie de son artillerie, beaucoup de drapeaux et de prisonniers. La séparation des deux armées autrichienne et sarde fut des lors complète. Beaidieu se porta à Acqui , pour couvrir le Milanais, et Colli se retira sur Céva, pour garantir Turin.

Le lendemain, l'alarme se répandit un 1 5 avril.

",1 ■• ''..IJI' ' ' Combat deDégo.

instant au quartier-gencral de 1 armée republicainc. Une division de grenadicMs autrichiens , presque égarée , élait arrivée sur nos derrières, et s'était emparée de Dégo, après en avoir chassé nos avant-postes. On avait de la peine à comprendre comment les ennemis pouvaient être à Dégo, lorsque nous étions près d'Acqui. Dégo fut repris après deux heures d'un combat trèschaud , et la division ennemie resta presque toute prisonnière.

C'est au village de Dégo que Napoléon distingua Lannes : il était alors chef de bataillon , et fut promu au grade de chef de

]>rigade par le général en chef. Nous le verrons plus tard déployer de grands talens, et prendre la plus grande part à tous les événemens militaires.

Après le combat de Dégo , le général français se conlenla de tenir les Autrichiens en échec, afin de porter de pkis grands coups conirc les Piémoniais. Beauiieu , très-affaibli , ne s'occupait qu'à rallier et réorganiser ]cs débris de son armée.

A la suite (le quelques légers engagemens, le général Coîli fut obligé d'évacuer ie camp retranché de Céva, ainsi que les hauteurs de Moîilezemoto : il se retira derrière la Cursaa^.!a, après avoir laissé toute son artillerie à Céva ,'soas la proleclion du château. Le général français arriva bientôt à Céva ; farmée passa le Tanaro, et déboucha ainsi dans les plaines fertiles du Piémont. Colli , placé au confluenl de la Gursaglia et du Tanaro, sentit le danger de sa silualion : il alla prendre posiîion à Mondovi.

22 avril. Les Français ne tardèrcnl pas à \y join-

dre. Serrurier enleva !a ledoule de la Bico([ue; le général Sleingel , ayant sous ses ordres la cavalerie, pul euGn charger Fcnnemi en plaine : ii y trouva une mort glo-

Eataille de Mondovi.

(67 ) rieuse. Le colonel Murât le remplaça , et poursuivit les Piémontais- La ville de Mon- (!ovi et tous ses magasins tombèrent au pouvoir des Français : l'abondance remplaça la disette, et les désordres occasionés pnr le manque des subsistancescessèrent : on rétablit la discipline.

Sans perdre de temps , Napoléon marcha js arrii.

Prise

sur Cherasque; Serrurier se porta sur Fos- deCherasque sano , et Augcreau se dirigea vers Alba Ces trois colonnes arrivèrent ensemble le 25 avril, et chassèrent le général Colli de Fossano , où il avait son quartier-général.

Cherasque, dont la position paraissait importante au général en chef, fut mise aussitôt en état de défense. L'avant-garde française passa la Stura; Serrurier fit sa jonction, et l'armée put alors communiquer avec Nice , par Ponle-Divara. On en reçut des renforts d'arlillerie : peu de jours après l'entrée à Cherasque , l'armée eut soixanle bouches à feu approvisionnées; la cavalerie fil des remontes. Au bruit de nos victoires, les soldats arrivaient de tous les dépôts , de tous les hôpitaux ; les perles se réparèrent ; l'enthousiasme était au comble : l'abattement régnait dans les armées coalisées. Les

esprits ëîaient fort agités en Piémont : les Français n'étaient plus qu'à dix lieues de Turin.

l '."^ La cour de Sardaigne ne savait quel parti

Armistice o l r

de cherasque. prendre: elle ne jouissait nullement de la confiance publique ; son armée avait été en partie détruite , et les Autrichiens semblaient ne s'occuper que de couvrir Milan. Dans cette situation désespérée, le roi fit solliciter un armislice, qui lui fut accordé. Les conférences pour la suspension d'armes eurent lieu à Cherasque : le général piémontais Lalour, et le colonel Lacoste, reçurent les pleins pouvoirs du roi de Sardaigne. Les conditions de l'armistice furent que le roi quitterait la coalition et enverrait un plénipotentiaire à Paris pour y traiter de la paix définitive ; qu'en attendant, les troupes sardes seraient disséminées dans les garnisons, et les milices licenciées; que toutes les routes du Piémont resteraient ouvertes à l'armée française , pour pouvoir communiquer avec l'intérieur de la France, et qu^'enfin les places de Céva , Coni , Tortone ou, à son défaut, Alexandrie, seraient remises sur-le-champ avec tous les magasins et l'arlilleric qu'elles renfermaient.

Le roi de Sardaigne envoya en effet l« comie de Revel à Paris , et la paix y fut coiirlue le i5 mai. Parcetrailé, Alexandrie resta à demeure aux Français ; les fortifications de Suze, Labrunellc et Exil, furent démolies; les Alpes restèrent ouvertes, et le roi de Sardaigne se trouva à la disposition de laPxépubliqne.

En moins d'un mois , l'armée française avait tourné les Alpes, gagné trois batailles, et livré plusieurs combats à des troupes infiniment supérieures par leur nombre et par leur matériel ; fait quinze mille prisonniers, tué ou blessé dix mille ennemis, pris cinquante-cinq pièces de canon et vingt-un drapeaux, et s'était mise en communication directe avec l'intérieur de la France. Tous ces résultats n'étaient que l'accomplissement du premier point du plan de campagne de Napoléon : il restait maintenant à pénétrer en Italie , et à en chasser les Autrichiens, démoralisés parleurs revers, et déroutés par les étonnantes manœuvres du général français. Les victoires de ÎSapoléon avaient retenti dans toute la France ; le Corps-Législatif avait décrété cinq fois que l'armée fltalie avait bien

( 7^ ) mérité de la pairie , lorsque l'arrivée à Paris du colonel Mural, venanl présenter au Directoire les vingt-un drapeaux pris sur l'ennemi dans cette courte et brillante campagne , mit le comble à l'enthousiasme. Dès ce moment , tous les regards se fixent sur ÎS^apoléon ; il remplit la grande scène du monde, il occupe toute FEurope , il étonne tous les vieux cspilaines ; et pourtant tous les prodiges qu'il venait d'opérer n'étaient encore que le début de Tirn mortelle carrière dans laquelle nous allons le suivre.

(Chapitre vhï.

Suite (le la campagne de Napoléon contre Beaulieu.

L'armistice de Chernsque ayant reçu son exécution , les troupes du roi de Sardaigne ^"^'^ disséminées, les milices licenciées, el les places forles du Piémont remises aux soldais de la République, Napolt'on jugea, par tous ces avantages et par les dispositions des peuples, que les derrières de son armée se trouvaient assurés, et qu'il pouvait, dès lors, profiler de ses vicloires pour s'établir sur une ligne forte.

Celle du Tésin s'offrait d'abord ; mais de là , les Français ne pouvaient pas appeler les Italiens à faire cause commune, avec eux, conlre la domination étrangère. Il fallait donc s'avancer dans le cœur de l'Italie, envahir tous lesEtats de la maison d'Autriche, ainsi que ceux de l'Eglise , en deçà des Apennins ; faire retentir le mot llalla des wsources duTanaroaux rives de l'Adriatique^

de Milan. à Bologne; poiier même le théâtre de la guerre dans les possessions vénitiennes; en un mot, il fallait prendre la ligne de TAdige, et repousser les troupes autrichiennes au-delà , sans s'inquiéter de la garnison de Mantoue.

" Peuples de Tltalie! s'écria Napoléon, «f après avoir pris cette résolution , l'armée « française vient pour rompre vos chaînes ; <f le peuple Français est l'ami de tous les « peuples: venez avec confiance au-devant « de nous. Vos propriétés , votre religion « et vos usages seront respectés : nous fai- «< sons la guerre en ennemis généreux , et « nous n'en Avouions qu'aux tyrans qui vous « asservissent. » Les légions républicaines s'ébranlèrent.

7 mai. Le général Beau lieu, consterné, s'était re-

PasageduPô. ^j^.^^ derrière le Pô, pour couvrir Milan. U comptait disputer le passage de ce fleuve aux troupes françaises. Tout lui faisait croire que ce passage aurait lieu a Valenza, et le général français ne négligea rien pour l'entretenir dans cette opinion. Masséna fut envoyé sur ce point ; Beaulieu se hâta d'y rassembler ses meilleures troupes. Tout-àcoup Napoléon sort de Torlone à la lête de

( 73) trois mille cinq cents grenadiers, de la cavalerie et de vingt pièces de canon ; il longe, à marches forcées, la rive droite du Pô, et arrive à Plaisance en trente-six heures. On s'empare du bac : Lannes , à la lêle de neuf cents grenadiers , traverse le fleuve le premier, culbute deux escadrons de hussards autrichiens , et s'établit sur la rive gauche. En peu d'heures toute l'avant-garde française avait franchi un fleuve de deux cent cinquante toises de largeur. Le passage une fois démasqué, toutes les autres divisions quittèrent leurs positions , arrivèrent rapidement à Plaisance , y construisirent un pont sur le Pô ; en moins de deux jours , infanterie , cavalerie, artillerie effectuèrent, sans pontons et sans opposition , l'une des opérations les plus critiques de la guerre. s m»;.

Cependant les Autrichiens accouraient j^p^n^tio. en toute hâte , espérant d'arriver assez à temps, devant Plaisance, pour empêcher le passage du fleuve. La division Lipaty, qui était à Pavie, se porta , dans la nuit du 7, à Fombio, et s'y retrancha. Toute l'armée ennemie aurait pu se fortifier sur ce point. Napoléon en reconnut l'importance et le fit attaquer. Lannes arrive sur la gauche; Dal-

( 74 ) lemagne sur la droite , et Lanusse fond sur le centre ; Lipatyfut cerné et culbute en moins d'une heure : il perdit ses canons , ainsi que deux mille cinq cenis prisonniers. Les de'bris de cette division repassèrent l'Adda. 9 mai. On s'attendait à voir arriver dans la nuit

^.'",' , quelques-uns des corps ennemis de Beau-

lu gênerai 1 • r

laharpe. ]ieu , daus Fignorance où ils devaient élre du sort de la division Lipaty : toutes les dispositions furent prises en conséquence. Effectivement, un régiment de cavalerie, c{ui précédait la colonne commandée par Beaulieu , se présenta aux avant-postes du général Laharpe : les bivouacs prirent les armes ; mais , après quelques décharges , on n'entendit plus rien. Le général Laharpe, grenadier par la taille et par le cœur, voulut aller véiifier en avant la présence de l'ennemi. Il partit à la tête d'un piquet , et retourna bientôt , après avoir interrogé les habilans ; malheureusement, il ne revint pas au camp par la chaussée d'où ses troupes l'avaient vu partir; il avait pris un sentier. Les postes français croyant entendre approcher l'ennemi , accueillirent leur général par un feu très-vif: Laharpe fut tué par ses propres soldats.

avec le duc de Parme.

10 a^Til.

Balaille de Lodi .

Cette mort porta la dc'solation clans toute l'avant -garde de Tannée, dont Berthicr, chef de létat-niajor général , vint prendre le commandement.

Le même jour, ISapoléon avait signé un « avril.

j Armislice

armistice avec le duc de Parme , par lequel il lui avait imposé des condiiions très-avantageuses à Tarmée et à la Piépubiique: c'était se débarrasser ainsi d'une surveillance à exercer sur ce prince, sans perdre les droits du vainqueur.

Le lendemain , Napoléon marcha vers Lodi , où Beaulieu avait réuni quelques divisions. Il voulait couper et faire prisonnières deux autres divisions que le générai ennemi dirigeait sur Milan ; mais une forîe arrière-garde de grenadiers autrichiens défendait la chaussée de Lodi. Il fallut manœuvrer et perdre quelques heures , au bout desquelles les grenadiers furent poussés fépée dans les reins jusqu'à Lodi , où ils entrèrent pêle-mêle avec les Français. Les fuyards se rallièrent alors derrière la ligne de bataille que Beaulieu avait prise sur la rive gauche de l'Adda. Ce général y avait réuni seize à dix-sept mille hommes et une trentaine de pièces de canon.

( 7^ ) Le général français re'sokit aussitôt d'élonner l'ennemi par une ope'ration hardie. Sur les cinq heures du soir, il ordonna à la division Beaumont d'aller passer l'Adda à un gué peu éloigné, et de prendre aussitôt l'ennemi en flanc. Toute l'artillerie disponible fut placée au débouché du pont et sur la rive droite, afin de répondre aux canons de l'ennemi qui enfilaient le pont. Les grenadiers furent formés en colonne derrière les remparts. Dès que le feu de l'artillerie ennemie fut ralenti, et que celui de la division Beaumont commença à inquiéter le général autrichien , Napoléon fit battre la charge ; la tête de la colonne , par un simple à gauche, se trouva sur le pont; il fut traversé au pas de course. Les canons de l'ennemi furent pris en un clin-d'œil, la ligne enfoncée et écrasée. Les Autrichiens se retirèrcMit en désordre sur la Crema.

Cette action si vigoureusement exécutée, sous un feu meurtrier, mais conduite avec la plus grande prudence , est regardée , par les militaires, comme un des plus brillans faits d'armes de cette guerre. Nous n'y perdîmes que deux cents hommes ; les ennemis en laissèrent plus de quinïe cents sur le champ de

( 77 ) bataille , non compris deux mille cinq cents prisonniers. Leur artillerie resta en notre pouvoir, ainsi que plusieurs drapeaux.

Après la bataille de Lodi, Tarmée française se dirigea sur Pizzighittone, afin de chasser de suite , de cette forteresse , les troupes qui pouvaient s'y réunir et s'y défendre ; mais à peine fut-elle cernée , que la garnison se rendit. INotre cavalerie entra à Crémone, et poursuivit Farrière-garde autrichienne jusqu'à rOglio.

C'est à cette époque que Napoléon rencontra une nuit, dans un bivouac de prisonniers, un vieil officier hongrois qu'il se plut à questionner. « Çà va très-mal , lui dit l'officier, sans le connaître; nous n'y comprenons plus rien ; nous avons affaire à un jeune général, qui est tantôt devant nous, tantôt sur notre queue, tantôt sur nos flancs ; on ne sait jamais comment il faut se placer. Sa manière de faire la guerre est insupportable, et viole tous les usages. » Cette boutade du vieil officier définit par faitement la tactique de Napoléon et celle des généraux de l'ancien régime.

Par suite de la promptitude de ses ma- '^ '"*'

1 / • 1 • Enlrëe

nœuvres, Napoléon avait laissé Milan à plu- Jes Fronçai

' ' i i Milan

( yS )

sieurs journées sur les derrières de l'armée française, sans qu'aucun corps eût été envoyé pour occuper cette capitale. Cependant , les administrations autrichiennes l'avaient évacuée, et il n'y restait d'autre gouvernement cjue les états de Lombardie, d'autres troupes que les gardes nationales. Une députalion , ayant à sa tête Melzi, plus tard duc de Lodi, fut envoyée à Lodi, pour faire au général français la soumission de la Lombardie. Le vainqueur s'approcha alors de Milan, et y fit son entrée, le i5 mai , aux acclamations d'une population immense. Les troupes françaises défdèrent sous un arc de triomphe. Dès ce jour, les Italiens adoptèrent les trois couleurs, vert , rouge et blanc.

Les troupes françaises entrèrent alors en

cantonnement, afin d'utiliser les grandes

ressources c[u'elles venaient de trouver

dans la Lombardie.

20 mai. Il y avait peu de jours que Napoléon

Arm.s'.ce ^[^\\ >j Mîlau , lorscfiî'il y reçut le comman-

aver. le duc i j .i

deModène. dciu" d'Kst , frèrc naturel du duc de Modène : il venait pour solliciter un armistice, et la protection de farmée française. Le général en chef Iraitn avec le duc de

(79) Modène, comme il avait traité avec celui de Parme , et Tarmisticc (ut signé le 20 mai ; mais plus lard, les négociations entamées à Paris, pour la paix définitive, languirent, et furent enfin rompues. Le vieux duc se réfugia à Venise , où il mourut.

Le directoire, enivré des succès de Tarmée fi-ançaise en Italie , adopta alors le plan de diviser Tarmée en deux corps, dont l'un , commandé par Napoléon , marcherait sur Rome et Naples ; et l'autre, commandé par Kellermann , occuperait la rive gauche du Po , et couvrirait le siège de Manfoue. Napoléon , indigné d'une pa- Napoléon reille ingratitude, et ne voulant pas êlre l'instrument de la perte de ses frères d'armes, envoya sa démission. Le Gouvernement , convaincu par les raisons du général en chef, rapporta celte mesure, et ne s'occupa plus de l'armée d'Italie , que pour approuver ce que Napoléon avait fait ou projeté.

En prenant le cosnmandement de l'armée d'Italie , Napoléon , malgré son ex^ Irémc jeunesse, inspira la corn'iance la pkis absolue aux soldais et jusqu'aux vieux officiers, H subjugua tout le monde par son

envolé sa démission.

( 8o ) génie , bien plus que par sa popularité. Peu communicalif, et très-sévère pour sa personne, il rétablit la subordination. Méprisant la mollesse et les plaisirs, le jeune général, sur lequel étaient fixés tous les regards des belles italiennes, se montra un sage , un vrai Caton. Son apparition fut une véritable révolution dans les manières, la conduite et le langage.

Mais ce qui le distinguait encore plus des autres généraux qui Pavaient précédé , c'est la pureté de son administration , sa baine constante pour les dilapidations, et l'énergie qu'il mit à les faire cesser. Napoléon avait le droit d'être sévère envers les autres , puisqu'il professait le mépris le plus absolu pour ses propres intérêts : le conquérant de l'Italie n'avait d'autre fortune que son traitement de général en chef; et , à son retour en France , il ne possédait pas trois cents mille francs , tandis qu'il aurait pu rapporter dix à douze millions.

Lorsque Napoléon traita avec le duc de Modène , ce prince le fit prier d'accepter quatre millions en or, que le commandeur d'Est avait apportés à Milan. Je vous remercie, répondit froidement le jeune gé-

néral à Salicelti , cpii le pressait de les accepter; je n'irai pas, pour cette somme, me mettre à la disposition du duc de Modène: je veux demeurer libre. »

Un peu plus tard , le Gouvernement de Venise, voulant conjurer sa destruction, offrit à Napoléon sept millions en or, qu'il refusa avec le même mépris. Un administrateur en chef de farmée, présent à ce refus, ne pouvait revenir de l'étonnement qu'il lui causait ; il le trouvait sur-humain. Nul doute que de pareils exemples , donnés par le général en chef, n'aient contenu tous ceux qui étaient habitués à dilapider.

Les vieux soldats de l'armée d'Italie Napoléon avaient établi un usage singulier, qui consistait à accorder un grade à leur jeune général , à chaque bataille qu'il gagnait. Ils se réunissaient en conseil pour procéder à ces promotions , et lorsque Napoléon rentrait au camp , ils le saluaient de son nouveau titre. C'est ainsi qu'il fut fait caporal à Lodi , sergent à Casliglione. De là, ce surnom de petit caporal , que les soldats lui donnaient toujours, et qui lui était resté. On sait combien ce sobriquet était devenu magique

petit Ca^ oral.

pour les militaires: on lui doit peut-être le gain de plus d'une bataille, et il a puissamment contribué au retour de Napole'on à Paris, dans le mois de mars i8i5.

Organisation Le repos de l'armée française ne fut pas

de laLombardie. i^ Xf •, \ i- • nr^ . », I

Jong. Huit a dix jours sultirent au gênerai en chef pour établir de petits dépôts pour lesliommes fatigués et lesconvalescens. Les gardes nationales de toutes les villes de la Lombardic furent mises sur pied , les autorités renouvelées , et le pays organisé de manière à assurer la domination française. A cette époque , les dispositions des habitans des pays envabis par les armées françaises leur étaient favorables , principalement dans le Piémont et dans la Lombardie ; mais les prêtres et les partisans de l'Autriche exerçaient encore une sorte d'influence sur les paysans et la populace des villes.

îicvoitedePavie. Lc quarticr-général était à peine arrivé à Lodi , lorsque le général en chef apprit qu'il venait d'éclater une insurrection à Pavie, dont le contre-coup s'était fait ressentir à Milan. Il partit aussitôt à la tête d'une faible division , et arriva le soir même à Milan , où le calme était rétabli. Il continua le len-

( «3 ) demain sa roule sur Pavie. Huit à dix mille paysans s'y élaienl réunis ; et dans Tespoir de se oindre à la garnison autrichienne du chalcau de Milan, une avant-garde de huit cents hommes était venue jusqu'à Binasco. Lannes l'attaqua; Binasco fut pris, pillé et brûlé. On espérait par là intimider les insurgés de Pavie ; mais , au lieu de déposer les armes , ils se barricadèrent dans la ville, et firent sonnerie tocsin dans tous les villages environnans. Napoléon n'avait avec lui que quinze cents hommes et six pièces de campagne. Les circonstances lui prescrivaient la témérité : il brusqua l'attaque contre une ville de trente mille âmes; les portes furent enfoncées à coups de canon et de hache, les grenadiers entrèrent au pas de charge : les paysans gagnèrent la campagne, où un grand nombre fut sabré par la cavalerie. Le désordre était extrême dans la ville, le pillage dura quelques heures ; et, ciuoiqu'il eût fait plus de peur que de mal , celte punition fut une leçon salutaire pour l'Italie. On prit quelques otages , et l'on opéra un désarmement général dans la campagne. Toutes ces mesures, que la prudence exigeai! , tirèrent farmée française d une

3o mai

Passage

du JVIincin.

fausse position , et lui permirent d'agir of~ fensivement.

Les troupes re'publicaines continuèrent à se porter en avant : dès le 28 mai , elles étaient à Brescia , une des plus grandes villes des Vénitiens , en terre ferme.

Le généra! Beaulieu avait reçu beaucoup de renforts , et , au premier avis des mouvemens de l'armée française , il avait élabli son quarlier-général derrière le Mincio. Il paraissait avoir l'intention de s'y défendre, pour empêcher le blocus de Manloue. Celte place se trouvait désarmée à l'ouverture de la campagne ; mais dès les premiers succès des tronpes françaises , on s'était empressé de restaurer ses fortifications, et de l'approvisionner.

Napoléon avait concentré son armée de manière à lui faire passer le Mincio , au moyen des mêmes manœuvres qu'il avait employées pour passer le Pô. En effet , il fit des dispositions comme s'il eut voulu exécuter ce passage à Peschiera ; mais, dès qu'il eut attiré les principales forces de l'ennemi sur ce point , il se porta rapidement sur Borghetto. Là , nos troupes rencontrèrent quatre mille hommes d'infanterie , re-

tranchés, et Irois mille cavaliers autrichiens et napolitains , en position dans la plaine. Les grenadiers du colonel Gardanne entrèrent dans Borghetto au pas de charge ; le général Murât chargea la cavalerie ennemie avec le plus grand succès. Le Mincio fut passé , et les divisions Augereau et Serrurier poursuivirent l'ennemi. Le soir, le quarlier-géncral avait été marqué h Vallegio, où le général en chef s'établit. A peine y était-il, que des coureurs autrichiens y arrivèrent , et parvinrent jusqu'à son logement : le piquet d'escorte n'eut que le temps de fermer la porte-cochère , et de crier aux armes. Napoléon fut obligé de sortir par les jardins de derrière» et de se sauver. Masséna ne tarda pas à tomber sur ces coureurs , ainsi que sur la division à laquelle ils appartenaient , et les mena battant toute la soirée.

Le danger ([ue venait de courir le gêné- Origine rai en chef lui fit sentir la mcessilé d'avoir une garde d'hommes d'élite , chargés de veiller spécialement à sa sûreté : il créa un corps auquel il donna le nom de Guides ; corps long-temps fameux, qui fut organisé et commandé par Bessières , et qui servit

det Guides.

( 86 ) ensuite de noyau aux chasseurs de la garde impériale.

Après le passage du Mincio , l'armée française devait prendre la ligne de l'Adige. En conséquence , le centre fut établi à Yérone , que Masséna occupait ; la gauche fut placée à Montebaldo , et la droite sur la Basse- Ad ige. Le siège de Manloue se trouvait ainsi entièrement couvert. Serrurier bloquait, avec huit mille hommes, une garnison qui en avait près de quatorze mille effectifs , et plus de dix mille sous les armes. On espérai! que la place serait rendue avant que l'armée autrichienne pût venir !a secourir.

Le 5 juin , on vit arriver au quartier-général le prince de Belmonte, qui venait deNapies. demander au général cu chef un armistice pour le roi de Naples. Cet armistice fut signé le même jour. La division de cavalerie napolitaine quitta aussitôt farmée autrichienne pour rentrer dans son pays. Un plénipotentiaire napolitain fut envoyé à Paris pour y traiter de la paix définitive ; et, quoicfue le directoire eut d abord formé le projet de révolutionner ÎNapk's , Rome et la Toscane , il adopla enfm la politique du général en ( hef

5 juin.

Armistice avec le roî

(«7 ) Le général autrichien Beau lieu , qui venait d'éprouver tant de désastres , tomba alors dans la disgrâce, et fut rappelé : le général jNIélas prit par intérim le commandement de Tarmée battue, en attendant que le maréchal \'Vurmser arrivât en Italie : le quartier-général de Mêlas fut porté à Trente. Ainsi finit cette campagne , où le vieux général autrichien perdit toute la réputation qu'il s'était acquise dans le nord , en luttant en Italie contre un général de vingt-cinq ans.

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chapitkp: IX.

Excursion de Napoléon à Bologne ei Livourne.

Pendant que le général Mêlas rassemblait dans les environs de Trente les débris de l'armée de Beaulieu , Napoléon plaça les divisions françaises sur la ligne de FAdige , de manière à couvrir le siège de Manloue , ainsi que la moyenne et la basse Italie.

Il apprit alors que le ministre d'Autriche à Gênes avait insurgé les tiefs impériaux , et organisé des compagnies franches qui infestaient les routes de la Corniche et du Col de Tende. Déjà plusieurs détachemens français avaient été assassinés par les Barbets, et des bataillons entiers avaient dû se battre plusieurs fois pour arriver à l'armée : le mal n'était plus tolérable.

Napoléon crut qu'il fallait appliquer un rrmède prompt à ces insurrections , forcer le pape , qui armait, à signer un armistice.

C89 ) A chasser la factorerie anglaise de Livourne. Il pouvait entreprendre toutes ces opérations, sans rien craindre de Tarmée autrichienne, puisque le maréchal Wurmser, qui devait venir en prendre le commandement, et y conduire, du l\hin , un renfort de trente mille hommes, ne pouvait être arrivé sur l'Adige que dans trente ou quarante jours.

En conséquence, le général en chef se rendit d'abord à Milan , et y fit ouvrir la tranchée devant la citadelle ; il se porta ensuite à Tortone, d'où il dirigea une colonne, sous les ordres de Lan nés, contre les fiefs impériaux. Lannes entra de vive force dans Arquata , fit passer par les armes tous les Barbets qui s'y étaient réunis , et fit raser le châleau du marquis Spinola , sénateur génois; principal moteur de ces rassemblemens. En même temps faide-de-camp Murat se rendit à Gênes , demanda et obtint l'expulsion des agens de TAutriche, et particulièrement celle de l'ambassadeur Gerola , et fit organiser des colonnes génoises pour purger les routes, et escorter les convois français.

D'un autre côté, Augereau passa le Pô, et

( 90 ) se rendit à Ferrare et à Bologne. Vaubois réunit sa division à Modène. La présence des troupes françaises éleclrisa les habitans de ces contrées, qui appelaient à grands cris la liberté. Bologne, surfont, se fit remarquer par son entliousiasme ; tout ce qui n'était pas prêtre endossa Fhabit militaire. Les fêtes se succédaient partout : nulle part les troupes républicaines n'avaient reçu un accueil plus fraternel. Napoléon, accomgné de son épouse, qui était venue en Italie, traversa Plaisance, Parme, Reggio, Modène, et s arrêta à Bologne.

23 juin. Le Vatican était dans les plus vives alar-

mes. 11 s'empressa d'envoyer un plénipotentiaire pour solliciter un armistice ; et comme les intentions de Napoléon n'étaient pas de marcher sur Piome , l'armistice fut signé le 20 juin. Le pape s'engagea à envoyer un ministre à Paris pour y traiter de la paix définitive. Bologne , Ferrare et Ancône devaient rester an pouvoir des Français. Le trésor de Piome était en outre tenu de verser à celui de l'armée , vingtun millions, et les galeries de cette capitale devaient fournir cent objets d'art, au choix des commissaires français. Il fut facile de

Armislice avec le Pape.

( 9> ) .aire comprendre aux peu])les qui n'aimaienl point la domination du pape , que la paix ne se ferait pas sans garantir leur liberté'. Dès qu'ils en eurent la promesse , les j^ardcs nationales s'armèrent.

Après avoir termine cette importante affaire , qui assurait les flancs de l'armée , Napoléon passa l'Apennin , et rejoignit à Pistoïa la division Vaubois. Le bruit de la marche des Français vers la Toscane \

alarma le premier ministre du grand duc , Manfrédini , qui accourut au c{uartier-général de Napoléon. Il y fut rassuré, et se convainquit que les 'troupes françaises ne passaient sur son territoire que pour se rendre à Sienne.

Le 29 juin , Murât , commandant l'avant- agjuin. garde, eu tordre de tourner brusquement E"'"^^*

^ ^ à Livourne.

et d'entrer à Livourne. Il y arriva en huit heures de marche forcée. On espérait y surprendre les négocians anglais qui y avaient cent bàtimens chargés; mais ils furent prévenus, et mirent à la voile. L'occupation de Livourne et la destruction de la factorerie anglaise fut un coup sensible porté au commerce anglais.

On s'empressa de réunir dans cette ville

( 92 ) tous les réfugiés corses, au nombre de six à sept cents, et on les envoya dans leur île, prëcëde's par des proclamations. La population guerrière des montagnes delà Corse fut soulevée contre les Anglais, et, après plusieurs affaires sanglantes , les tyrans des mers , trop faibles pour se maintenir dans cette île , révacuèrent : elle resta aux Français.

L'expédition de Livourne terminée, les troupes françaises repassèrent l'Apennin et le Pô, pour rejoindre l'armée sur l'Adige. Deux fois elles traversèrent le grand-duché de Toscane ; mais elles observèrent constamment la plus exacte discipline, et passèrent toujours loin de Florence. Napoléon fut invité par le grand-duc à se rendre dans cette capitale , et y arriva sans escorte. Reddiiîon En dînant chez le grand-duc, il reçut la

nouvelle de la prise du château de Milan , ce qui allait fournir les moyens de compléter le nombre des bouches à feu jugées nécessaires pour le siège de Mantoue.

Napoléon relourna bientôt à Bologne pour y organiser l'élan des habilans. Il dut encore réprimer les excès auxquels s'étaient portés les paysans de Lugo , révoltés , contre des délachemens français. Le général Bé-

du château de Milan

( 93 ) raud fui envoyé à Lugo, y trouva une résistance organisée par quatre à cinq mille paysans qui s'y étaient enfermés ; il se trouva obligé de prendre la ville de vive force : Lugo fut livré au pillage.

C'est pendant son excursion à Livourne, que ISapoléon trouva à San-Minialo, un vieil abbé Bonaparte, fort riche, qui le traita splendidement, ainsi cjue tout son élatmajor. Cet abbé ne demanda d'autre faveur à Napoléon, que celle de prier le pape de faire canoniser un cerlain père Bonaventure Bonaparte , capucin de Bologne , béatifié depuis long-temps. Le général des armées de la République française ril beaucoup de la bonhomie du vieux parent , dont les idées étalent si peu en harmonie avec celles du jour Plus lard , l'abbé Bonaparte constitua Napoléon pour son héritier; il était alors empereur, et fit présent de cet héritage à un établissement public de la Toscane.

J'ai déjà dit que Joséphine élait venue joindre son époux en Italie. Ses grâces, sa bonlé, lui gagnèrent tous les cœurs: elle éttîit l'héroïne de toutes les fêtes. Lorsque le quartier-général se rapprocha de iVIan-

(gî)

toue, Joséphine courut quelques dangers; on lira , sur ses voitures , des remparts de la place , et l'un de ses gens fut blessé.

Cependant, le moment approchait oii les Autrichiens allaient se trouver en mesure de reprendre l'olTensive. Napoléon n'avait cessé de demander au Directoire que les armées françaises entrassent en campagne sans délai , afin d'empêcher la diversion que Wurmser pouvait faire en Italie , si on le laissait tranquille sur le Rhin ; le Directoire avait promis de faire faire ce mouvement vers le i5 avril; mais il avait été retardé de plus de deux mois ; et lorsque les armées françaises du Rhin commencèrent à se mouvoir, ^Vurmser était en marche pour rilalie, emmenant avec lui trente mille hommes de troupes d'élite. On ne parlailpartout que des grandspréparatifs de F Autriche, et ses agens faisaient circuler les bruits les plus alarmans pour l'armée française. Napoléon suivait tous ces préparatifs , non sans quelque inquiétude. Voulant commencer par assurer ses derrières, il se rendit à Milan pour donner une nouvelle activité à l'organisation intérieure de laLombardie.

LeniaréchalWinmser arriva enfin auprès

( 9^ ) deMélas; les deux armées réunies formaient, y compris la garnison dcManloue, un total de ([uatre-vingt mille hommes, tandis que Napoléon ne comptait pas quarante mille soldats effectifs. Les Autricliiens et leurs partisans ne doutaient pas que Fltalie ne fut délivrée des Français avant la fin du mois d'août.

L'armée française se réunit sur l'Adige et sur la Chicsa ; le moment d'agir était arrivé : Joséphine pleurait en pensant aux dangers que son époux allait courir: Napoléon la quitta en lui adressant ces paroles prophétiques : « Wurmser va payer cher les pleurs qu'il te fait répandre. »

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