‹ Histoire de Napoléon d'après lui-memeChapitre 13 sur 52 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Campagne de Napoléon contre VF^urmser.

>796- |^£ maréchal "Wurmser, en qui le conseil auliqiie avait placé toutes ses espérances pour l'expulsion des F^-ançais de Tltalie, venait de réunir son armée à Trente. Instruit de la prise du camp retranché de Mantoue, et des dangers que courait cette place, il précipita son mouvement offensif. Divisant son armée en trois corps, il dirigea la droite, forte de trente à trente-cinq mille hommes , par la chaussée de la Chiesa ; le centre, composé de quarante mille hommes , déboucha par Montebaldo, et envahit tout le pays entre TAdige et le lac de Guarda ; enfin la gauche, composée de dix à douze mille hommes, ayant avec elle touie l'artillerie, la cavalerie et les bagages , défila sur la chaussée de Roveredo à Vérone , où elle devait passer

(97 ) TAdigc, et se réunir au centre de Tarméc. Le plan de Wurmser se trouvait ainsi à découvert ; il voulait cerner l'armée française, qu'il supposait devoir se concentrer vers Mantoue.

Selon leur usage , les Autrichiens annonçaient partout qu'une armée de quatrevingt mille hommes avait débouché par Brescia, et qu'une autre armée, beaucoup plus forte, s'avançait sur Vérone ; ces bruits étaient accueillis et répétés.

Napoléon avait, le 28 juillet, son quartier-général à Brescia ; il en partit le soir, et vint l'établir à Castelnovo , afin d'être plus à portée de recevoir les rapports de toute la ligne.

Dès le 29 juillet, Joubert était attaqué à la Gorona ; le général Soret avait été repoussé de Salo ; Brescia était au pouvoir de la droite de l'ennemi , et ses coureurs s'étaient présentés à Ponte San-Marco.

Seule contre les forces autrichiennes réunies , l'armée française ne pouvait rien , puisqu'on n'était pas un contre trois; mais réunie contre chacun des trois corps ennemis , elle pouvait obtenir des succès. Il fallait donc manœuvrer en conséquence. Le

( 9» ) général en chef prit son parti sur-le-champ; il résolut de déconcerter l'ennemi en prenant lui-même l'initiative. Il ordonna au général Serrurier, commandant le blocus de Mantoue , de brûler ses affûts et ses plates-formes , de jeter ses poudres à l'eau , d'enterrer ses projectiles , d'enclouer ses pièces , et de venir en toute hâte rejoindre l'armée : ce qui fut exécuté dans la nuit du 3i juillet au i" août.

1796. Napoléon , jugeant la droite de l'armée

3i juillet, autrichienne , qui avait débouché par Bres-

Cumbats de Salu . , .,.,-,,

et de Lonaio cia , cugagec et compromise sut attaquait , marcha d'abord sur elle. Depuis deux jours, quinze cents hommes, commandés par le général Guieux, se défendaient, dans l'antique château de Salo, contre toute une division ennemie. Cinq fois ils avaient repoussé l'assaut. Le général Soret fut envoyé à leur secours : il arriva au moment oii l'ennemi tentait une sixième attaque ; il tomba sur ses flancs, le défit entièrement, et dégagea les troupes françaises.

Au même instant, une division autrichienne s'était portée sur Lonato, pour tâcher de faire sa jonction avec "Wurmser. Napoléon conduisit lui-même la brigade

(99 ) Dallcinagne roulrc cette division. L'ennemi fut battn et mis en de'route avee de grandes pertes.

Pendant ce temps , Wurmser avait fait passer son artillerie à Vérone : il envoyait deux divisions pour se mettre en communication avec sa droite , et marchait luimême pour faire lever le siège de Mantoue, oii il ne trouva plus que des débris.

Toute la nuit du 3i juillet au i"aout, le général en chef marcha sur Brescia. L'ennemi ne l'attendit pas ; il se retira en toute hâte. On le fit poursuivre par quelques bataillons. Les divisions Masséna et Augereau retournèrent vers le Mincio, par une contremarche rapide , et vinrent appuyer leur arrière-garde , devenue ainsi l'avant-garde.

L'armée française se trouvait placée entre 3 ^^^^ la droite de l'ennemi et les divisions du Bataîiie

1 ' j 1 ' 1 • • Tx ^^ Lonato.

centre , chargées d opérer la jonction. Pour obtenir ce résultat , il fallait passer sur le corps des troupes françaises. Environ trente mille Autrichiens attaquèrent vivement Lonato dans la matinée du 3 août. Ils l'enlevèrent d'abord ; mais ayant commis la faute de s'étendre , atin d'ouvrir les communications avec Salo , le général en chef marcha

( lûo ) îui-méiue ; Loiialo fui repris au pas de (harge,el la ligne ennemie enfoncée. Une partie se replia sur le iVlincio; l'autre voulut se jeter sur Salo ; mais le général Soret la prit de front , et Saint-Hilaire tomba sur ses derrières : cernée de toutes parts, cette colonne dut mettre bas les armes.

D'un autre côté, Augereau aborda Fenuemi à Casliglione, l'enfonça après un combat opiniâtre , et lui fit éprouver de grandes pertes. Les restes de cette seconde colonne se retirèrent vers Mantoue, d'oii lui arrivèrent les premiers renforts, mais après sa défaite. \Yurmser avait perdu du temps à Manloue : le 4 il n'était pas encore en mesure.

Toute celte journée fut employée à poursuivre les trois divisions de la droite ennemie. A chaque pas, on faisait des prisonniers ; des bataillons posèrent les armes à Saint-Oseîlo et h Gavardo. D'autres marchaient incertains dans les vallées. Quatre a cinq mille Autrichiens égarés, apprenant qu'il n'y avait que douze cents Français à L-onato, y marchèrent dans l'espoir de se frayer une route vers le Mincio. Arrivés près de Lonato , ils firent sommer la ville

( 'o. ) ^e se rendre. Au même instant , Nopolœn arrivait de Castiglione; il fait introduire le parlementaire au milieu de son élat-major: « Allez dire à voire général, lui crie Napo- « léon , qu'il se trouve au milieu de l'ar- « mëe française. Je lui donne huit minutes « {')our poser les armes; passé ce tenfii)$ , il « n'aura rien à espérer. »

Harrassés de fatigues , ne sachant de quel c:ôlë se tourner, ces cinq mille hommes posèrent les armes. Cette capitulation pourra donner une juste idée du désordre et de fa confusion qui régnaient dans ces divisions, désormais à peu près fondues.

La nuit du 4 fut employée à rallier les di- s août. visions françaises , et à les concentrer à Castiglione. Toute l'armée prit position sur les hauteurs. La division Serrurier avait reçu l'ordre de marcher toute la nuit , cl de tomber au jour sur les derrièies de la gauche ennemie. Wurmser présentait encore quarantemillehommes en bataille; les Français n'en avaient que vingt-cinq mille, y compris la division Sernu^icr ; mais le succès n'était plus douteux. On altendaii un grand effet moral de l'atlaque inopinée de la division Serrurier, et ses premiers coups de c;uion

Bataille de Ca:>lli''ione

devaient être le signal de la bataille. L'armée républicaine fit d'abord semblant de reculer; mais au moment où elle aperçut le feu de la division Serrurier ( ce général étant malade, avait été remplacé par le général Fiorella ), elle marcha vivement à l'ennemi, et tomba sur des troupes déjà ébranlées. Masséna atlaqua la droite , Augereau , le centre , et Fiorella prit la gauche à revers. L'ennemi fut mis dans une déroule complète. Les débris de Wurmser fuirent audelà du Mincio , où il comptait pouvoir se maintenir ; mais Auacreaii les chassa de Pesclîiera , et Masséna , de Borghetto. Wurmser fit fermer les portes de Vérone , afin d'avoir le temps de faire filer ses bagages ; Napoléon y arriva dans la nuit du 7 , les fit enfoncer à coups de canon , et pénétra dans la ville, où les Autrichiens éprouvèrent de grandes perles. Wurmser voulut alors conserver les positions de Montebaldo et de la Roca-d'Anfo ; Masséna et Saint-Hilaire l'en chassèrent, lui firent encore beaucoup de prisonniers , et le forcèrent à brûler sa flolille. L'armée autrichienne, si nombreuse et si confiante en la victoire dix jours auparavant, revint à Trenle , démni-alisée , et ne

( io3 ) comptant plus que quarante à quarante-cinq mille hommes dans le plus grand désordre.

Ne pouvant plus disputer aux soldais victorieux ce qu'il leur convenait d'occuper pour s'assurer la ligne de l'Adige, Wurmser repassa ce fleuve: ce qui permit aux troupes françaises de se reposer sur leurs lauriers.

Pendant cette crise, toutes les passions s'étaient montiées au grand jour en Italie. La Lombardie, les peuples de Bologne , Ferrare, Reggio, Modène, montrèrent un véritable intérêt pour la cause des Français, Le parti ennemi parut dominer à Crémone , Casai-Major, et Pavie, à Rome les Français furent insultés dans les rues ; on y proclama leur expulsion de l'Italie: Napoléon put ainsi connaître les ennemis de la France, ainsi que ses vrais amis.

La garnison de Mantoue avait employé second biocu^les premiers jours de la levée du siège à dé- ^^ Mantoue. truirc les travaux des assiégeans ; mais les revers de "Wurmser ramenèrent bientôt les Français devant la place. On se contenta d'un simple blocus, dont le général Sahuguet fut chargé. Après quelques légers engagemens , la garnison fui rejetée dans l'en-

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ceinte deMa ville, et le blocus étroitemensf serré. —

Pendant le mois d'août, \Yurmser, retiré dans leTyrol, s'y était recruté de vingt mille hommes. Il allait se porter au secours de Mantoue avec trente mille combattans, et semblait vouloir faire ce mouvement par les gorges de la Brenta et le Bassanais. Napoléon pénétra le projet du vieux maréchal : il résolut aussitôt de prendre Toffensive , et de battre en détail l'armée autrichienne, prise en flagrant délit.

Au i" septembre, Wurmser avait encore son quartier-général à Trente, et le général Davidowich , chargé de garder le Tyrol avec vingt-cinq mille hommes, était à Roveredo. Les trois divisions autrichiennes avec lesquelles Wurmser voulait agir sur FAdige , marchaient entre Trente et Bassano.

Le même jour, la division Yaubois , formant la gauche de l'armée française , se mit en marche pour remonter la Chicsa , dans la direction de Trente. Le quartier-général, la réserve , la cavalerie , et les divisions Masséna et Augereau , passèrent l'Adige au pont de Pola , et remontèrent la chaussée de la rive gauchcv

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Le prince de Reuss voulut (léfendre le pont de la Sarca ; mais l'avant-garde de Vaubois Tenleva au pas de charge, el poussa les Autrichiens jusqu'à leur camp de Mori. De l'autre côté, l'avant -garde de Masséna culbuta celle deAYuimser, et la poursuivit jusqu'au camp Saint-Marc. Les deux armées se trouvèrent en pre'sence le 4 septembre à la pointe du jour.

L'attaque fut impétueuse ; la résistance 4 septembre. opiniâtre. Néanmoins, dès que Napoléon Baiaiiie

ii,i,.. 1 11' ^^ Roveredo.

aperçut de 1 liesitation dans la ligne ennemie , il fit faire une charge heureuse , qui mit les Autrichiens en désordre. Les Français entrèrent pêle-mêle avec les Autrichiens dans Pioveredo; les ennemis ne purent se rallier que dans un défdé où le général Davidowich se trouvait en position avec une réserve. Nos bataillons se précipitèrent en colonne serrée, dans le défdé, abordèrent l'ennemi, et le culbutèrent. Artillerie, infanterie , cavalerie, tout se trouva pêle-mêle. Des canons, des drapeaux et des prisonniers restèrent au pouvoir des Français. Le général Vaubois avait , de son côté, forcé le camp de Mori , et poursuivait les troupes qui lui étaient opposées. L'armée

( io6 ) marcha une partie de la nuit , et entra le 5, au jour, dans la ville de Trente.

La perte de la bataille de Roveredo ayant coupé Wurmser de Trente et du Tyrol , ce maréchal crut devoir accélérer son mouvement sur Bassano , afin de sortir promptement des gorges, et de réunir son armée. Le bruit courut alors que Napoléon voulait marcher sur Inspruck , pour faire sa jonction avec l'armée du Rhin , qui était en Bavière. Sur ces fausses données, Wurrnser fit marcher une division sur Mantoue.

Napoléon conçut aussitôt le projet de renfermer les Autrichiens entre la Brentaet FAdige. Il confia la garde du Tyrol italien au général Yaubois , et se mit en marche avec les divisions Augereau , Masséna, et la réserve , pour se porter rapidement sur Bassano.

Le 7 , les avant-gardes se rencontrèrent. Celle des Autrichiens était en position derrière Primolano : il paraissait impossible de l'en déposter ; mais rien ne pouvait plus résister à l'armée française. La double ligne autrichienne fut enfoncée , et la cavalerie lui coupa la chaussée. Cette avant-garde , presque entière, posa les armes: artillerie,

( I07 ) équipages , drapeaux , tout fut pris. A la nuit, l'armée française bivouaqua au village de Cismone ; Napoléon y arriva sans suite, sans bagages, mourant de faim et de lassitude : il partagea la ration d'un soldat.

Ce même jour, la division autrichienne, dirigée sur Mantoue , attaqua Vérone, et fut repoussée. W^urmser se hâta de la rappeler ; mais il était trop tard : cette division n'était encore qu'à Montebello , le jour de la bataille de Bassano.

Le 8 septembre, avant le jour. Napoléon était aux avant-postes. Il ne tarda pas à faire attaquer l'avant-garde ennemie, qui se replia sur la ligne de bataille. Cette ligne présentait vingt mille hommes ; ils ne firent qu'une faible résistance. Augereau attaqua la gauche, Masséna, le centre. L'ennemi fut enfoncé sur tous les points. A trois heures , l'armée entra à Bassano , où elle prit six mille hommes , trente-deux canons , des bagages , des drapeaux , et deux équipages de pont.

Wurmser se retira en désordre sur Vicence, dans l'impossibilité oii il se irouvait d'opérer sa retraite sur la Brenla. Ce

8 septembre.

Bataille de Bassano.

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maréchal n'avait plus sous ses ordres que seize mille hommes de troupes découragées ; le reste de sa belle armée de soixante raille hommes avait été pris, tué ou dispersé en moins de dix jours. Jamais position ne fut plus critique ; les Français se flattaient à chaque instant de le voir mettre bas les armes : Wurmser lui-même désespérait de sa situation.

Quelques circonstances heureuses pour ce vieux maréchal vinrent le tirer momentanément d'embarras : tandis qu'il cherchait à obtenir des nouvelles de la position de l'armée française, il apprit cjue Legnago avait été évacué par le détachement qui le gardait, et que le pont n avait point été coupé. Il s'y porta rapidement, et pasvsa FAdige sans coup-férir, au moment oii Napoléon arrivait à Arcole, pour le cerner complètement.

Les divisions Masséna et Augereau furent envoyées aussitôt à Legnago; YV^urmser ne vit plus d'autre moyen d'échapper aux Français, cjue celui de marcher sur Mantoue. Comme on ne pouvait lui opposer, dans cette direction, que de faibles colonnes, Wurmser n'eut pas de peine à ob-

( I09 ) lenir quelques avanlages sur elles ; c'est ainsi qu'il rompit Tavant-garde qui était à Cerea, et qu'il lui fit des prisonniers. Napoléon arrivait au galop dans ce village , au moment de la défaite de cette avant-garde ; il n'eut que le temps de tourner bride, et de se sauver en toute liale. Wurmser, instruit de cette circonstance , le fit poursuivre dans toutes les directions , recommandant surtout qu'on l'amenât vivant.

Les débris de l'armée autrichienne obtinrent encore quelques légers avantages, le II et le i4 septembre; mais c'était un bien faible adoucissement aux désastres qu'elle venait d'éprouver.

Wurmser approchait de Mantouc ,'et la garnison de cette ville sortait pour aller à sa rencontre. Toutes ces troupes réunies formaient encore trente-trois mille hommes, dont vingt -cinq mille campèrent entre Saint-Georges et la citadelle, espérant trouver l'occasion de repasser l'Adige à Legnago, et de tenir la campagne ; mais les troupes d'Augereau arrivèrent à Legnago, y prirent dix-sept cents Autrichiens et vingt-quatre canons. Les deux ai'mées furent en présence

Bataille de Sainl-Georges

( iio ) le i8; elles étaient égales en force numérique : leur moral était bien différent ! j 9 septembre. Lc 19 Septembre, le combat s'engagea à Saint-Georges. 11 devint bientôt très-vif; les Autrichiens envoyèrent leur réserve contre le général Bon , commandant la division Augereau, qui fut arrêté et perdit du terrain. Toute la ligne semblait être aux prises , quand Napoléon fit déboucher Masséna sur le centre ennemi. Cette manœuvre porla le désordre dans l'armée autrichienne : elle se jeta en toute hâte sousMantoue , après avoir perdu trois mille hommes.

^Vurmser se maintint huit à dix jours dans le Serraglio, pour faire entrer des vivres dans la place. Enfin, le i" octobre , le général Kilmaine , qui commandait le blocus , chassa W^urmser, et bloqua entièrement la place.

Ainsi finit cette campagne de Napoléon , contre le vieux maréchal autrichien. Les Français , toujours bien inférieurs en nombre , avaient détruit en peu de temps , deux armées formidables , sur lesquelles l'Autriche avait fondé ses espérances. Il ne restait plus de ces deux armées, que dix mille hommes réfugiés dans le Tyrol , ou

dans le Frioul, cl seize mille hommes étroitement bloqués dans la place de Mantoue. La guerre aurait été finie , si les armées françaises du Rhin eussent partagé la gloire de celle d'Italie ; mais, en Allemagne, nous n'avions pas été vainqueurs, et la puissance autrichienne n'était pas encore abattue : il lui restait de grandes ressources , qui fournirenl bientôt à Napoléon l'occasion d'ajouter de nouveaux lauriers à ceux cueillis en combattant contre Beaulieu et "Wurmser.

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