If , . »■ deCeracchi
France sa glou-e, et la lran([unlite intérieure, les circonstances étaient telles, qu'il se trouvait environné d'ennemis particuliers: chaque jour voyait éclorc quelque nouvelle conspiraiion contre sa personne. D'abord , ce fut celle du sculpteur Ceracchi , qui jadis avait adoré le général Bonaparte , mais qui avait juré sa perte depuis qu'il ne voyait plus en lui cpi'un tyran. Ceracchi avait fait le buste du général Bonaparte, et, sous prétexte d'une correction, il avait sollicité, par tous les moyens imaginables, une nouvelle séance , dans laquelle il se proposait de le poignarder. N'ayant pu obtenir ce moment, à cause des grandes occupations du premier Consul , il forma alors le projet,
.ivec radjiulaiil-général Arena, le peiii(re Topiiiaii-LeI>run, et Damerville, de l'assassinera rOpe'ra. La conspiralion fut de'voile'e par un capitaine, complice lui-inêuie:
les conjures furent arrête's à l'Opéra, a^-ant d'avoir pu approcher du premier Consul.
1800. Deux mois après , le 10 octobre 1800, eut
Octobre
Machine iJcu Tcxplosion dc la maclûne infemalc. Ccl iC inveniion diaboiiqiïe, qui causa tant de rumeur, et fît tant de victimes, fut pre'parce par les royalistes, cpii en reçurent l'idée des jacobins. 11 est trè;;-remarquable que le soir de la catastrophe , le premier Consul montra une répugnance extrême pour sortir : on dormait un Oraforio ; madame Bonaparte et ciuelques intimes du premier Consul voulaient absolument l'y faire aller : Napoléon était tout endormi sur un canapé, et il fallut qu'on l'en arrachât ; que l'un lui apportât son épée, l'autre, son chapeau. Dans la voiture même, il sommeillait de nouveau, quaîid il ou\rit subitement les yeux, rêvant, dit-il, qu'il se noyait dans le Tagliamenlo: quelques années auparavant, il avait couru le plus grand danger pour avoir voulu passer de nuit celle rivière. Or, en
( ^9^ ) cet Instant, ils'éveillait au milieu d'une conflagration ; la voiture était soulevée ; il retrouvait en lui toutes les impressions du Tagliamcnto, qui, du reste , n'eurent que la durée d'une seconde, car une effroyable détonnation se fit aussitôt entendre. « Nous sommes minés ! >; furent les paroles que le premier Consul adressa à Lannes et à Bessières, qui se trouvaient avec lui : ces généraux voulaient arrêter à toute force, mais il leur dit de bien s'en donner de garde. Ils \ arrivèrent à l'Opéra , comme si de rien n'était. Le premier Consul fut sauvé par l'audace de son cocher et la rapidité de ses chevaux ; ce qu'il y a de plus extraordinaire dans cette circonstance , c'est que le cocher était ivre, et son ivresse telle, que ce n'est que le lendemain qu'il sut ce qui élait arrivé ; il avait pris la détonation pour un salut.
Aussitôt après l'événement , on s'en prit aux jacobins ; mais le haznrd ne tarda pas à faire connaître les vrais coupables .c'étaient des royalistes chouans. Ils ne s'en cachaient pas, et se plaignaient de ne pas avoir réussi. Quelques-uns furent saisis et punis : on assure que le chef a , depuis , cherché dans
de Millau.
l'austérité de la leligion l'expiation de son crime, cl qu'il s'est fait trapisie.
Plusieurs au Ires conspirations plus ou moins obscures furent dirigées, à la même époque, contre les jours du premier Consul ; mais , suivant son système de ne jamais parler des dangers qu'il avait courus , ni même de ses blessures , il en lit gaixler le secret.
Ouvertures Pendant que le premier Consul était
ainsi en butte aux madiinations des deux partis extrêmes, les Français du dehors, ne se doutant nullement de l'opinion du dedans, renouvelaient leurs tentatives auprès du premier Consul en faveur des Bourbons. L'agent secret du comte de Lille, l'abbé de Montesquiou , fit remettre à Napoléon , par le second Consul Lebrun, une lettre du Prétendant extrêmement soignée, dans laquelle il disait au chef de la République française: « Vous tardez beaucoup à «( me rendre mon trê)ne, il est à craindre « que A ous ne laissiez écouler des momens « bien favorables. Vous ne pouvez pas faire « le bonheur de la France sans moi, et moi, <' je ne puis rien pour la France sans vous. « llatez-vous donc, et désignez vous-même
( 293 ) « loulcs les places qui vous plairont pour « vos amis. »
Le premier Consul répondit : « J'ai reçu « la lettre de Y. A. R. ; j'ai toujours pris un « vif inte'iè! à ses malheurs et à ceux de sa « famille. Elle ne doit pas songer à se pré- « seuier en France; elle n'y parviendrait " que sur cent mille cadavres. Du reste, je « m'empresserai toujours de faire tout ce « qui pourrait adoucir ses destinées, et lui •< faire oublier ses malheurs. >•>
L'ouverture de M. le comie d'Artois eut plus d'élégance et de recherche encore : il dépécha la duchesse de Guiche, femme charmante, très-propre parles grâces de sa figure à mêler beaucoup d'atlraîts à l'importance de sa négociation. Elle pénétra facilement auprès de madame Bonaparte; mais dès que le premier Consul apprit la mission de la jolie duchesse , il lui fit donner l'ordre dans la nuit même de quitter Paris.
Le bruit courut plus tard que le premier Consul avait fait à son tour aux princes français des propositions touchant la cession de leurs droits ou leur lenonciation à la couronne , ainsi qu'on s'es! plu à le consacrer dans des dcclai-ations pompeuses répandues
N iveriilire.
liepnse deihoslilil^s.
en Europe avec profusion. Et comment cela aurait-il pu être, lui qui ne pouvait régner précisément que par le principe qui faisait exclure les Bourbons , celui de la souverainelé du peuple ? C'eût été se proscrire soi-même ; le contre-sens eût été trop lourd , l'absurdité trop criante ; elle eût pour toujours noyé le premier Consul dans l'opinion. Ainsi , directement ni indirectement, ni de près ni de loin, le premier Consul n'a rien fait qui pût se rapporter à cela.
Durant ce conflit de conspirations, de propositions et de réunions diplomatiques, Napoléon , qui ne voulait pas être joué par ses ennemis , avait , ainsi que nous lavons dit plus haut , ordonné à ses généraux de commencer les hostilités, ce qui eut lieu le 17 novembre à l'armée d'Italie, et le 27 à celle du Rhin. Depuis cinq mois que la suspension d'armes existait , l'Aulriche avait reçu de l'Angleterre soixante millions qu'elle avait bien employés. Elle comptait en ligne deux cent quatre- vingt mille hommes présens sous les armes , y compris les contingens de l'Empire , du royaume de TSaplcs ef de l'Angleterre. Son armée d'Aile-
(^95 ) magne, sous les ordres de rarchiduc Jean , était décent trente mille hommes; cent vingt mille étaient en Italie souslecommandemenl du feld-maréclial Bellegardc. La Franccavail en ligne cent soixante-quinze mille hommes en Allemagne, et quatre-vingt-dix mille hommes en Italie.
La cour de Vienne fut consternée lorsqu'elle apprit que les généraux français avaient dénoncé les hostilités ; elle se flattait qu'ils ne voudraient pas entreprendre une campagne d'hiver dans un climat aussi Apre que celui de la Haute-Autriche. Le Conseil-Aulique décida que Tarmée d'Italie resterait sur la défensive derrière le Mincio , et que celle d'Allemagne prendrait l'offensive, et chasserait les Français au-delà du Lech.
Le premier Consul était résolu de marcher sur Vienne ; l'armée de Moreau devait passer l'Inn , et se porter sur cotte capitrtic par la vallée du Danube ; l'armée d'ilaiie , sous les ordres de Brune, devait passer le Mincio, l'Adige, et se porter sur les Alpes boriques. Ainsi, deux grandes armées, et deux autres petites, commandées par Mardonald et Mural , allaient .S4' diriger suà
( ^9^ ) Vienne , formant une masse de deux cent cinquante mille combaltans. Les troupes françaises étaient bien habillées , bien armées, munies d'une nombreuse artillerie , et dans la plus grande abondance; jamais la République n'avait eu un état militaire aussi réellement redouiable ; il avait été plus nombreux en 1790, mais alors la plupart des troupes étaient des recrues , mal habillées , non aguerries , et une partie était employée dans la Vendée et lintérieur.
Le 28 novembre, la grande armée du Rhin fit replier tous les avant-postes autrichiens. Le i" décembre, larchiduc Jean déploya soixante mille hommes devant les hauteurs d'Ampfmgcn, et attaqua de front le général Grenier, qui n'avait que vingtcinq mille hommes. Les Autrichiens obtinrent des succès , car leur manœuvre était 4decem".re. forl bcllc ; l'alarmc fut grande dans l'armée d'Hotniinden. frauçaisc , le général en chef en fut déconcerté , mais , deux jours après , la bataille décisive de Hoenlinden ruina toutes les espérances des Autrichiens: vingt-cinq mille hommes, sans compter les déserteurs, sept mille prisonniers , cent pièces de canon et une immense quantité de voitures furcnl les
( 297 ) pertes de l'ennemi. Depnis ce jour, l'arme'e française victorieuse ne cessa de poursuivre les débris de l'arme'e autrichienne ; enfin , le 25 décembre, fut signé à Steyer un armistice par lequel l'armée française devait rester dans ses positions jusqu'à la ratification de la paix définitive.
Du côté de l'Italie, le général Brune s'était avancé vers le Mincio, et avait tenté de le passer, le 24 décembre ; mais ce général fit ce jour-là de grandes fautes qui compromirent son armée : heureusement, la valeur française les répara; le passage de cette rivière fut effectué le 25 décembre. L'armée française passa l'Adige le i" janvier 1801 ; le lendemain, l'ennemi évacua Vérone. Les Français entrèrent à Vicence et à Reveredo, le 1 1 , ils passèrent la Brenta devant Fontanina. L'armée autrichienne , découragée par les nouvelles qu'elle recevait du Rhin , laissa franchir à l'armée française tous les points qu'elle pouvait lui disputer, el aussitôt que les Français furent au-delà de la Brenta, le feld-maréchal Bellegarde renouvela la demande d'un armistice général. Le premier Consul avait donné les ordres les plus positifs de ne signer aucune trêve que
Dccenilire.
Brune.
(=^98 ) l'armée n'eût passé Tlsonza , afin de bien couper les Autrichiens de Venise; el surfont il avail insisté pour ne rien conclure avant qu'on eût la place de Mantoue. Le général français montra peu de caractère dans celte négociation: il renonça de luimême à demander, Mantoue, el signa, le i6 janvier 1801 , l'armistice de Trévise. Le premier Consul , mécontent de toute la campagne de Brune, déclara à M. de Cobentzell, qui se trouvait encore à Lunéville, qu'il désavouait la convention de Trévise , et ce ministre, qui commençait à sentir la nécessité de traiter de bonne foi , signa luimême , le 26 janvier, l'ordre de livrer Mantoue à l'armée française. Pendant ces négociations , Murât , qui était opposé à l'armée napolitaine, était entré dans les Etats de l'Eglise , qu'il avait immédiatement replacés sous la domination du pape , ce qui excita la reconnaissance de Pie VIL Enfin, par considération pour l'empereur de Russie , les Napolitains obtinrent aussi une suspension d'armes , et signèrent à Florence , le 28 mars suivant , un traité de paix avec la république française.
Paix dr Lunéville.
Le 9 février 1801 , fut signé à Lunéville yfe»ri« ce fameux traité qui , rappelant toutes les clauses de celui de Campo-Formio , cédait encore à la France tous les Etals de la rive gauche du Rhin , la Belgique; fixait à l'Adige la limite des possessions autrichiennes; faisait reconnaître par l'empereur d'Autriche les républiques cisalpine , balave et helvétique, et abandonnait la Toscane à la France. Cette grande nouvelle fut publiée a Paris le 12, où elle excita les plus vifs transports de joie.
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Camp tle Boulogne.