‹ Histoire de Napoléon d'après lui-memeChapitre 29 sur 52 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Prr'paratifs de guerre maritime, et négociations. — Concordat avec le Pape. — Présidence de la République cisalpine. — Traité, d' Amiens. — Amnistie des Emigrés. — Légion - d Honneur.

Malgré le traité de Lunéville , il restait encore bien des ennemis à la République française; mais elle était parvenue à un si haut degré de gloire et de prospérité , qu'il était facile de prévoir que le mouicnt tanl désiré par les nations d'une paix générale élait enfin arrivé. L'Angleterre étant la seule puissance qui put mettre obstacle à celte paix , il fallut lui en imposer. On ne parla plus que d'un débarquement en Angleterre ; une armée de deux cent mille liommes fut réunie au camp de Boulogne et dans les environs , et une immense quantité de bateaux plats, destinés à transporter cette armée aux bords

{ ooi ) (le la Tamise, furent rassemblés dans tous les ports du nord de la Fi-ance.

Pendant que ces préparatifs se faisaient =9 sepiemi.rp

11 4 1 • , / Paix avec

es yeux (los Anglais , une aulre armée i^ Portugal,

française se réunissait à lîayonnc, pour aller '' i^"'"^-

^ •' "^ la Russie

forcer le Portugal à renoncer à son alliance eiiaPonc. avecrAnglelerreicet le armée avai télé placée souslesordres du général Leclerc, beau-frère du premier Consul. Le Portugal , tout-à-fail sous finfluence anglaise , se refusa d'abord aux propositions qui lui furent faites par la République; mais, dès (ju'il se vit menacé d'une invasion, il changea de politique, et fti sa paix avec la France. Elie fut signée, le 29 septembre 1801, le jour même de la ratification d'un traité entre la France et la Bavière. Quelques temps après, furc:il également publiés les traités de paix que la Piépublique française venait de conclure avec la Piussie, et la Porte Otlomaue. Il ne restait donc plus, vers la fin de Tannée 1801, que fAngleterre avec laquelle la France fiU encore en guerre.

Nelson reçut l'ordre d'aller (létruire la Tentatives

lie Nelson

flotille de Boulogne , que les Anglais avaient entre

> ' r ' •} ^ tl '1 la flotille.

méprisée jusqu alors. Jl se présenta avec trente vaisseaux de ligne, tin grand noml)re

Nouvelle

[ expétlilion

d Kpypie.

<le brûlots, de rnnonnières el de bombaj(!es ; mais il trouva Tamiral Laloucheert position devant la rade. La flotille et les batteries forcèrent bientôt Nelson à se retirer à Déal. Toutefois , ne se rebutant pas , Nelson reparut douze jours après avec soixante-dix voiles; et, toujours fidèle à sa manœuvre d'Aboukir, il voulut tenter de détruire d'un seul coup toute l'armée navale qui restait a la France. Mais, malgré l'obscurité de la nuit, Nelson qui croyait surprendre le port et la flotte, fut obligé de rallier à la pointe du jour, et de se retirer avec une perte de deux cents bommes. Ce léger avantage était une véritable victoire : la France et l'Angleterre le jugèrent ainsi. La guerre continua avec plus de fureur jusqu'au moment où l'Angleterre elle-même demanda à traiter de la paix.

Pendant que d'un côté la république française signait la paix avec quelques-uns de ses ennemis, et qu'elle traitait secrètement avec le plus puissant, la sollicitude du premier Consul s'était portée sur son armée d'Egypte. Cinq mille cinq cents hommes , sous les ordres du général Sahugnet , avaient élé embarqués avec le plus

grand mystère, sur sept vaisseaux de ligne commandes par Gantheauine. Cet amiral fut assez heureux pour sortir de Brest , et pour entrer dans la Méditerranée sans être aperçu par les escadres anglaises ; mais près d'aborder en Egypte, il se crut compromis, et courut se réfugier dans le port de Toulon. Le premier Consul, qui voulait à tout prix conserver la colonie d'Egypte, fit repartir Gantlieaume, qui ne fut pas plus heureux à sa seconde ni à sa troisième sortie des ports de France, où il revint enfin débarquer ses troupes. Ainsi , malgré tous les efforts du premier Consul , il ne put parvenir à ravitailler l'armée d'Orient; bientôt après elle dut évacuer l'Egypte.

Depuis son arrivée au pouvoir, le prc- conrordat mier Consul avait tout fait pour réunir tous ^'" '" ^^^^ les partis; mais les prêtres étaient encore persécutés : ils étaient divisés en trois sectes , les constitutionnels , les vicaires apostoliques et les évêques émigrés, à la solde de l'Angleterre. Il fallait faire cesser ces désordres, dissiper tous les scrupules des acquéreurs de domaines nationaux, et rompre le dernier fil par lequel l'ancienne dynastie communiquait encore avec le pays.

( 3o4 ) Le preiiîier Consul crut qu'un concordai avec le Pape était nécessaire pour atteindre ce triple but. Ce concordat fut signé le i5 juillet i8or, il mit fin à toutes les divisions, et lit sortir de ses ruines TEglise catholique, apostolique et romaine. Napoléon releva ainsi les autels, prescrivit aux fidèles de prier pour la République, et destitua définitivement les évêques rebelles qui préféraient les affaires du monde et les intérêts terrestres aux affaires du ciel et à la cause de Dieu.

Jamais Napoléon ne s'est repenti d'avoir fait le concordat de 1801 , et les propos qu'on lui prête à cette occasion sont faux : il n'a jamais dit que le concordat fut la plus grande faute de son règne; ce grand œuvre avait LU des résultats trop importans pour qu'il se repentît de favoii- accompli : il avait consommé la vente, sans aucune indemnité, de 4oo»ooOîOOQ de biens du clergé. Napoléon disait, au contraire, que si le Pape n'avait pas existé, il eût fallu le créer pour cette occasion. 11 est vrai que le concordat reconnaissait dans l'État un pouvoir étranger, propre à le troubler un jour; mais il ne l'introduisait pas , il existait de

Napoléon

tout lemps. Maître de rilalie , Napoléon se considérait comme maîlre de Rome , et celte influence italienne lui servait à détruire Tinfluence anj^laise.

Le premier Consul n'eut pas plus tôt relevé les autels , qu'il voulut constituer dé- pré^idlnt (initivement la république cisalpine. En '"^ i» république

cisalpine.

conséquence , il ordonna à la consulte italienne de se réunir à Lyon , où il se rendit lui-même pour faire l'ouverture de ses séances. Celte consulte iie tarda pas à émettre le vœu d'avoir pour président de la république cisalpine le fondateur de cette même république. Napoléon accepta ce titré le 21 janvier 1802, en vertu de la constitution que la consulte venait de promulguer. Ainsi, le premier Consul de la république française , était en même temps le premier magistrat d'une autre république , ce qui donnait à la France une influence encore plus directe sur l'Italie.

Toutefois, les négociations secrètes avec aSmars. l'Angleterre avaient pris une tournure favorable à la paix , et cette puissance avait envoyé lord Cornwallis à Amiens; mais les négociateurs anglais ne semblaient se douter ni du temps, ni des liommes, ni des

Trailé d'Amiens.

.ur<r 1^1

choses. La manière de Nap©léon les décon certa loiit-à-faiK On n'avait prétendu qu'anuiser les Français à Amiens , on y traita sérieusement. L'affaire convenue, lord Cornwallis avait promis de signer le lendemain ; laobuC, quelque empêchement majeur le retint chez lui, mais il envoya sa parole. Le soir même un courrier de Londres vint lui interdire cerlains articles : il répondit qu'il avait signé , et vint apposer sa signature. C est ainsi que fut conclue, le 25 mars 1802, cette paix qui devait rendre le repos à l'Eu rope, et qui ne lut pour la France qu'une trêve fallacieuse.

aoûi. Peu de temps après, un sénaius-consulle

du G mai avait prorogé de dix ans le consulat de Napoléon ; et , le 2 août suivant, un autre sénatus-consulle , publia le vœu de la nation sur la question de savoir si Napoléon Bonaparte serait consul à vie. 11 fut étabii que trois millions cinq cent soixante dix-sept mille huit cent quatre-vingtcinq citoyens avaient volé librement, dont trois millions trois cent soixante-huit mille deux cent cinquante-neuf pour Taffirmalive. C'est une des élections les plus remarquables dans l'histoire : Napoléon fui

Cimsiibl h vie.

( -^07 ) proclamé premier Consul à vie de la republique française.

Deux actes importans avaient signalé la fin de cette époque du consulat : le premier fut la loi d'amnistie pour tous les émigrés, qui ouvrit les portes de la France à un grand nombre de malheureux , auxquels on rendit les biens non-vendus. Napoléon avait eu d'abord la pensée de composer une niasse , un syndical de tous les biens des émigrés, et de le leur distribuer, à leur retour , dans une échelle proportionnelle.

Non-seulement il n'accomplit pas cette pensée , mais il opéra dans un sens opposé, et iit une grande faute. Quand il se mit ?î rendre individuellement , il ne tarda pas à s'apercevoir qu'il en rendait de trop riches, et ne faisait que des insolens. Tel à qui , grâces à ses sollicitations et à ses mille courbettes , on rendait cinquante mille écus , cent mille écus de rente , n'otait plus son chapeau le lendemain ; et loin d'avoir la moindre reconnaissance , ce n'était plus qu'un impertinent qui prétendait même avoir payé sous main la faveur qu'il avait obtenue : tout le faubourg Saint-Germain

Amnistie des e'inigre's.

allait prendre celle direction. 11 se trouva qu'on allait recréer sa Ibiinne, et qu'il n'en fui pas moins demeure ennemi et anti-national. Alors , le premier Consul an êla, en opposition à la loi d'amnistie, la reslitution des bois non-vendus , toutes les fois qu'ils cle'passeraient une certaine valeur. C'était une injuslice d'après la letlre de la loi , sans doute; mais la poiilicpie le voulail impe'rieusement : la faute en avait été a la rédaction et à rimprcvoyance. Cette réaction de la part du premier Consul détruisit tout le bon effet du rappel des émigrés, et lui aliéna toutes les grandes familles. Le syndicat eut pourvu à ce! inconvénient, ou en eut neutralisé les effels. Pour une grande famille méconlenle , Napoléon se fût attaché cent nobles de la province , et satisfait au fond à la stricte justice , qui voulait que l'émigration entière , qui avait couru une même chance, embarqué sa fortune en commun sur le même vaisseau , éprouvé le même naufrage, encouru une même peine, obtînt même résultat. Aussi tard qu'à son retour de l'île d'Elbe, Napoléon a été sur le point dVxéculer quelque chose de semblable. Si ou lui en eut donné le temps,

( 3o9 ) il allait s'occuper des pauvres émigrés de la province que la cour avait délaissés.

Le second acte marquant de cette épo- insiimi.on que fut l'instilution de la Légion - d'Hon- Legiontrruor ncur. Cette décoration devait être la pro- "<""■■ priété de tout ce qui honorait, illustrait son pays, était à la tête de son Etat , et contiibuait à sa prospérité et à sa gloire. Si la Légion-d'Honneur n'eût pas été la récompense des services civils, comme des services militaires, elle aurait cessé d'être conforme à son institution ; car ce serait une étrange prétention de la part des militaires que celle d'avancer qu'eux seuls ont de l'honneur. Ce qui a mécontenté quelques officiers, c'est cjne la décoration de la Légion-d'Honneur était la même pour Tofficier et pour le soldat. Mais si jamais elle cesse d'être la récompense de la dernière classe de la milice , et ({ue , par un esprit d'aristocratie , on inslitue une médaille pour récompenser le soldat , comme si jamais on en prive l'ordre civil , ce ne sera plus 4a Légion-d'Honneur.

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