CHAPITRE PREMIER
iSo4-
Organisation impériale. — Sacre. — Armemens maritimes.
Lorsque Napoléon Bonaparte commença
sa carrière politique, le trône était écroulé ; ^ '°"'
. - T . . f Napoléon
le vertueux Louis X\I avait péri ; les lac- arrive au trôae. lions déchiraient la France. 11 parvint au consulat en détrônant l'anarchie. Son élévation au trône est unique dans l'histoire , elle ne peut aucunement élro comparée avec
celle d'aucun fondateur de dynastie , ou de ceux qui sont parvenus au trône à la faveur des troubles civils. Pour régner, David fit périr la maison de Saiil, son bienfaiteur; César alluma la guerre civile, et détruisit le gouvernement de sa patrie; Hugues-Capet combattit son souverain, et le fit mourir dans une tour ; Cromwell fit périr son maître sur l'échafaud ; et les princes de la maison régnante d'Angleterre ont, deux fois, couvert les échafauds de victimes.
Napoléon arrivait au trône par des voies directes, vierge de tous crimes ordinaires aux chefs de dynasties, et sans avoir jamais commis une action que la morale pût désavouer. Des mains accoutumées à gagner des batailles avec l'épée ne se sont jamais souillées par le crime , même sous le vain prétexte de futilité publique : maximp, affreuse qui , de tout temps , fut celle des gouverneiTiens faibles, et que désavouent la religion , fhonneur et la civilisation européenne. Il n'a point usui pé de couronne , il l'a relevée dans le ruisseau ; le peuple l'a placée sur sa tête : il s'est assis sur un trône vide. En relevant ce trône, Napoléon a remis la France dans la société de l'Europe ;
( 329 ) terminé les discordes, ressuscité le caractère français: il a purgé la France de tous les maux de sa crise funeste, et lui a conservé tous les biens.
Napoléon fit de son organisation impé- orgamsaiion riale , le gouvernement le plus compact , de ""p"'* *• la circulation la plus rapide (4 des efforts les plus nerveux, qui eût jamais existé. Il ne fallait rien moins que tout cela pour pouvoir triompher des immenses ^difficultés dont il était entouré, et produire toutes les merveilles qu'on a vu s'accomplir. L'organisation des préfectures, leur action, les résultats étaient admirables et prodigieux. La même impulsion se trouvait donnée au même instant à plus de quarante millions d'hommes; et, à l'aide de ces centres d'activité locale, le mouvement était aussi rapide à toutes les extrémités qu'au cœur même. Les étrangers qui visitaient la France, et qui savaient voir et juger, en étaient émerveilles. Et c'est à cette uniformité d'action sur un aussi grand terrain, qu'ils attribuaient surtout ces prodigieux efforts , ces immenses résultats qu'ils avouaient n'avoir pas pu comprendre jusques là.
Les préfets , avec toute l'autorité et les
rréalion
de la noblesse
impériale.
ressources locales dont ils se trouvaient investis, étaient eux-niènies des empereurs au petit pied ; et comme ils n'avaient de force que par l'impulsion première, dont ils n'étaient que les organes ; que toute leur influence ne dérivait que de leur emploi du moment ; qu'ils n'en avaient point de personnelle , et qu'ils ne tenaient nullement au sol qu'ils régissaient , ils avaient tous les avantages des anciens grands agens absolus, sans aucun de leurs inconvéniens. Il avait bien fallu leur créer toute celle puissance : l'Empereur se trouvait dictateur , il fallait que tous les filamens issus de lui , se trouvassent en harmonie avec la cause première, sous peine de manquer ce résultat. Si la liberté sembla souffrir quelque atteinte , si l'autorité sembla parfois dépasser les bornes , les circonstances le rendaient nécessaire.
Pour que tout fut en harmonie avec l'organisation impériale et la nouvelle dignité du chef de l'Etat, TEmpereur créa une noblesse. Ce fut une de ses plus grandes idées, des plus complètes , des plus heureuses ; mais elle a été bien peu comprise. La noblesse de l'empire était celle du peuple ,
sqiie Napoléon avait pris indifTérern-
it le fils d'un fermier ou d'un artisan , ir en faire un duc ou un maréchal, selon talens qu'il avait cru reconnaître en lui.
créant sa noblesse , l'Empereur avait ir but trois objets de la première imporce , et tous les trois auraient été atteints; oir : réconcilier la France avec l'Europe , ablir l'harmonie en semblant adopter ses eurs; réconcilier par la même voie, amal- Tier entièrement la France nouvelle avec France ancienne; enfin, faire disparaî- ; tout-à-fait la noblesse féodale , la seule 'însante, la seule oppressive, la seule con- : nature. Par sa création l'Empereur ve- .t à bout de substituer des choses posilis et méritoires, à des préjugés antiques
détestés. Ses titres nationaux rétablisent précisément cette égalité que la noîsse féodale avait proscrite. Tous les gens de mérite y parvenaient : aux parcheins on substituait les belles actions , et X intérêts privés, les intérêts de la patrie, î n'était plus dans une obscurité imagilire qu'on eût été placer son orgueil ; mais en dans les premières pages de notre hisire. Enfin, l'Empereur faisait, disparaître
ressources locales dont ils se trouvaient veslis, étaient eux-mêmes des empereurs petit pied ; et comme ils n'avaient de fo que par l'impulsion première, dont ils r taient que les organes; que toute leur fluence ne dérivait que de leur emploi moment ; qu'ils ncn avaient point de p. sonnelle, et qu'ils ne tenaient nullement sol qu'ils régissaient , ils avaient tous avantages des anciens grands agens absoli sans aucun de leurs inconvéniens. Il av bien fallu leur créer toute celle puissanc l'Empereur se trouvait dictateur , il fall que tous les filamens issus de lui , se trr vassent en harmonie avec la cause premiè sous peine de manquer ce résultat. Si la berté sembla souffrir quelque atteinte , l'autorilé sembla parfois dépasser les b( nés , les circonstances le rendaient née saire.
Pour que tout fut en harmonie avec V deianoWesse ganisatiou impériale et la nouvelle dign
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du chef de 1 Etat, 1 Empereur créa une i blesse. Ce fut une de ses plus grandes idé des plus complètes , des plus heureus( mais elle a élé bien peu comprise. La i blesse de l'empire était celle du peupi
Créalion
( 33i ) puisque Napoléon avait pris indinereinmcnt le fils d'un fermier ou d'un artisan , pour en faire un duc ou un maréchal, selon les talens qu'il avait cru reconnaître en lui. En créant sa noblesse , l'Empereur avait pour but trois objets de la première importance , et tous les trois auraient été atteints ; savoir : réconcilier la France avec l'Europe , rétablir fliarmonic en semblant adopter ses mœurs; réconcilier par la même voie, amalgamer entièrement la France nouvelle avec la France ancienne ; enfin , faire disparaître tout-à-fait la noblesse féodale , la seule offensante, la seule oppressive, la seule contre nature. Par sa création l'Empereur venait à bout de substituer des choses positives et méritoires, à des préjugés antiques et détestés. Ses titres nationaux rétablissaient précisément cette égalité que la noblesse féodale avait proscrite. Tous les genres de mérite y parvenaient : aux parchemins on substituait les belles actions , et aux intérêts privés, les intérêts de la pairie. Ce n'était plus dans une obscurité imaginaire qu'on eût été placer son orgueil ; mais bien dans les premières pages de notre histoire. Enfin, l'Empereur faisait disparaître
( 332 ) la prétention choquante du sang : idée absurde, en ce qu'il n'existe qu'une seule espèce d'hommes.
Par suite de ceffe création , Joséphine devint impératrice des Français ; tous les frères de l'Empereur furent de droit princes français ; le second consul de la république, Cambacérès, passa à la dignité d'archi-chancelier de l'empire , et le troisième consul , Lebrun , à celle d'archi-trésorier. Le titre de maréchal de V empire , fut conféré aux généraux les plus distingués.
3 décembre. Afiu dc donucr uu caraclèrc plus auguste Sacre ^ gjj nouvellc difijnité et à ses institutions ,
de Napoléon. "
l'Empereur se fit couronner et sacrer, le 2 décembre 1804. Le pape Pie YII- avec lequel le premier Consul avait établi le con- { ordat de 1801 , vint de Rome à Paris pour cette grande cérémonie. Le pontife fit, dans celle circonslance, de grandes concessions à TEmpereur , et entre autres celle de ne pas lui poser la couronne.
,8o5. Toutefois, les fêles du couronnement et
Projet ^i^j sacre, ne firent pas perdre de vue à
d invasion ■•- '-
de l'Angieierre. l'Euipereur SOU iuvasiou en Angleterre. Il quitta bientôt Paris avec l'impératrice pour se rendre au camp de Boulogne.
( 333 ) L'idée d'une descente en Angleterre avait Projet et pUn
di 1 l'i' I' !•'• iriine descente
abord etc regardée comme chimérique , en VnMeterre.
et les Anglais avaient commencé par s'en moquer. Pourtant, rien n'élnit plus réel et mieux combiné que celle expédition : Napoléon en avait lui-même tracé le plan.
Cent soixante mille hommes de bonnes troupes étaient destinés à s'emparer de Londres. A cet effet, l'Empereur les avait réunis au camp de Boulogne , où on les exerçait journellement à s'embarquer sur la flottille au premier signal. Celte innombrable flottille n'était que le moyen de débarquer ces cent soixante mille hommes en peu d'heures, en s emparant de tous les basfonds; mais si on voulait que ces bâtimens légers pussent aborder sur les côtes d'Angleterre , il fallait que les forces navales de la France devinssent maîtresses de la Manche pendant quelques jours. Pour arriver à ce grand but , Napoléon avait prescrit à l'amiral Villeneuve, commandant l'escadre de Toulon , forte de quatorze vaisseaux de ligne , de se rendre au Ferrol , où il devait être renforcé par cinq autres vaisseaux français, et par neuf vaisseaux espagnols. L'amiral Villeneuve devait encore rallier cinq
(334) vaisseaux et trois frégates dans la rade de l'île d'Aix , et un vaisseau dans celle de rOrient, qui tous étaient prêts à appareiller. La rade de Brest contenait une escadre de vingt-un bons vaisseaux , sous les ordres de Ganlheaume; elle était mouillée en avant du goulet, et prête a sortir dès qu'elle aurait aperçu Tescadre réunie de Villeneuve.
Pour réunir ainsi toutes ces escadres, et en former une de soixante à soixante-dix vaisseaux avec laquelle on serrait entré dans la Manche , il fallait d'abord tromper toutes les croisières anglaises, et les obliger par de faux mouvemens , à se porter aux Antilles, et même aux Grandes-Indes. Villeneuve sortit de Toulon avec onze vaisseaux ; mais il ne put rallier des escadres de Carthagène et de Cadi*c , que six vaisseaux espagnols et un vaisseau français. Il prit aussitôt la route de la Martinique, où il fut rejoint par quatre vaisseaux sortis de File d'Aix. Nelson , chargé du blocus de la rade de Toulon , se persuada que l'escadre française de la Méditerranée était destinée pour l'Egypte ; il fut la chercher dans les mers de la Syrie et de l'Egypte, et s'opiniâ-
Ira à rester dans ces parages : ce ne fut qu'à la fin d'avril qu'il se rendit à Gibraltar. 11 fit route alors pour la Barbade, où il arriva le 4 ji'ifï avec dix vaisseaux très-fatigues. D'un autre côté, l'amiral anglais Cochrane, avait quitté les côtes de Fouest pour courir sur l'escadre de Missiessy , sortie de Rochefort le 6 janvier. Cochrane arriva aux Antilles, après avoir parcouru les côtes du Portugal : il se réunit, en juin, à Nelson avec trois vaisseaux seulement. Les porls du Ferrol et de Rocliefort furent successivement débloqués; mais des stations anglaises rejoignirent l'escadre devant Brest , qui devint dès lors très-supérieure à l'escadre de Gantheaume , laquelle ne put plus sortir sans le secours de Villeneuve.
Jusqu'à ce moment le projet de la descente en Angleterre avait été secondé par la fortune : seulement on avait à se plaindre de Villeneuve, qui avait gâté ou affaibli le plan de Napoléon , en exécutant mal les instructions qu'il avait reçues. Cet amiral revint dans les mers d'Europe, et eut avec l'amiral Calder, les 22 et 23 juillet , à cinquante lieues du cap Finistère , une action navale, qu'il aurait pu éviter, et dans la-
quelle il ne profita pas de ses îivanlages. Il en fut blâmé par ÎSapoléon , qui ordonna , qu'à Brest, Gantheaume prendrait le commandement. Villeneuve entra à la Gorogne et ensuite au Ferrol, avec trenle - quatre vaisseaux , ne donna point d'ordre à l'escadre de Yigo ; et au lieu de se rendre à Brest , ainsi que le portaient les derniers ordres , il alla se faire bloquer à Cadix. Napoléon ordonna au ministre de la marine de lui faire un rapport sur la conduite de Yilleneuve , et de le faire passer à un conseil d'enquête. L'aïuiral ïlosily fut nommé pour lui succéder.
Il fallait une victoire à famiral Villeneuve ;
aiociobre. il alla livrer la désastreuse bataille de Tra-
Balaille /-iii'' l il*
de Trafaigar. lalgar! Amsi , toutc la sagesse des dispositions de Napoléon pour faire concourir les escadres françaises du haut-bord à la descente en Angleterre de l'armée des côl^s de Boulogne, fut inutile. Si Villeneuve, au lieu d'entrer au Ferrol , se fût contenté de rallier l'escadre espagnole , et eut fait voile sur Brest pour s'y réunir avec l'amiral Gantheaume , l'armée française débarquait :
c'en était fait de l'Angleterre. Les Anglais avaient été dupes de la construction des
prames et des bateaux cîinonniers; ils avaient cru que Napoléon se proposait de passer de vive force par la seule force militaire de la flottille : l'idée de son ve'ritable projet ne leur est point venue ; mais , lorsque le mouvement des escadres françaises ayant manqué , ils se sont aperçus du danger qu'ils avaient couru, l'effroi a été dans les conseils de Londres , et tous les gens sensés ont avoué que jamais l'Angleterre n'avait été si près de sa perle.
Si le débarquement avait pu s'effectuer, il entrait dans le plan de Napoléon de débarquer le plus près possible de Chatam , afin de pouvoir arriver à Londres quatre à cinq jours après son débarquemenî. Maître de cette capitale, il aurait déclaré qu'il venait pour délivrer la nation anglaise du joug de l'olygarchie qui pesait sur le peuple ; il aurait aboli la noblesse et la chambre des pairs , et conservé la chambre des communes, après lui avoir fait subir une grande réforme ; en un mot, il eût donné au gouvernement de l'Angleterre une forme populaire , ce qui eût produit une espèce de révolution, et donné de nombreux partisans aux Français. Mais Napoléon était loin de
vouloir (l('!ruire rAiigleterre : il ne lui demandail que le terme d'une usurpation intolérable, la jouissance des droits imprescriptihles el sacri's , raffrancliissement , la liberté des mers, rindépendancc, Thonneur des pavillons, il paibut au nom de tous et pour tons , et Fcûî obtenu de gré ou de forre : il avait pour lui la puissance, le bon droit , le vœu des nations. Nouvelle Pcudaut cpic la France faisait sortir ses es-
coaijiicn (^adi^es pour réaliser le projet de débarquelaFrance mcut , Ic miuislre Pitt travaillait à détourner l'orage: il réveilla le génie des coalitions. Bientôt la Russie signa le traité de concert. D'un autre côté l'arcbiduc Charles cpiittait la direction des affaires de l'Autriche , et cette puissance s'engageait formellement à entrer dans la nouvelle ligue contre la France. Les conventions et plans de coopération et de mouvemens militaires étaient arrêtés. Le ministère anglais sacrifiait , eu i8o5 , la malheureuse Autriche , uniquement pour échapper à 1 invasion dont il élait menacé. Il n'y a point au monde de ministère plus machiavélique que celui d'Angleterre. Napoléon ajourna dès lors le projet d'une descente en Angleterre, et le camp de Boulogne fut levé.
( 339 ) Pendanl que ces grands événemems; avaient lieu sur terre et sur nier, un autre non moins important attendait l'Empereur des Français dans la capitale de la républi- 26 mai.
, . j j,, ,. Napoléon
que cisalpme, devenue royaume cl Italie, roi diuiie. La nation italienne avait émis le vœu pour que la couronne de fer fut, placée sur la tête du vainqueur d'Arcole et de Marengo, et la consulte nationale vint lui porter ce vœu à Paris. Napoléon et l'impératrice vTosépliine se lendirent à Milan, où la plus imposante cérémonie les attendait. Le 26 mai i8o5 le couronnement eut lieu. A Milan, comme à Paris , Napoléon plaça lui-même la couronne sur sa tête : Dieu me la donne , dit-il en la prenant sur ('autel, gare à qui la louche! Le 8 juin, le prince Eugène, fils adoptif de Napoléon, fut proclamé vice-roi d'Italie , et l'Empereur des Français retourna à son armée pour aller commencer la mémoT'able campagne d'Austerlitz.
Plan
de la coalition.