CHAPITRE MU
Campagne de Vf^agrarn.
J^ienne,
Paix de
IIn voyant les embarras qui allaient assaillir Napoléon en Espagne, T Autriche, déjà ulcérée par l'élablisseinent de la confédération du Rhin, et piquée de ne pas avoir été appelée aux conférences d'Erfurth, se prépara silencieusement à une rupture avec la France. Toutes ses forces furent réunies , sous prétexte d'une guerre avec les Turcs , et lorsque Napoléon voulut faire expliquer le cabinet de Vienne, cinq cent cinquante mille Autrichiens , y compris la Landwehr, étaient déjà sous les armes. L'empereur François fit alors une proclamation à son peuple, et Tarchiduc Charles en fit une à son armée.
Le 9 avril i Soy , Tarmée autrichienne avait passé ITnn, et envahi la Bavière pour la se-
1808 el 1809.
Armemens (Je l'AuJriche,
9 avril.
Eiivahisscmeiil fie la Uavitie
conde fois. 1^' Autriche se trouvait prête avant la France, et l'était sur tous les points.
L'activité de Napoléon sembla plus grande encore dans cette circonstance. Son armée arriva , à marches forcées , sur la rive droite du Rhin: elle était beaucoup moins nombreuse que celle du prince Charles , mais c'étaient les soldats d'Austerlitz, de Jéna , de Friedland.
19 avril. i^e jy avril, le quartier-général des Fran-
Commencement . , . ^ ^
des hostilités, çais était a Donawert. Le 19, la campagne s'ouvrit par le combat de Tann , oia le maréchal Davoust et les généraux Gudin et Morand, enlevèrent toutes les positions d'un ennemi bien plus fort en nombre , lui tuèrent beaucoup de monde, et lui firent douze à quinze cents prisonniers.
Le lendemain, l'Empereur résolut de battre et de détruire le corps de l'archiduc Louis, et celui du général Iliiler, forts ensemble de soixante mille hommes. En conséquence, il donna ordre au maréchal Davoust de tenir en respect trois corps autrichiens, pendant que, avec les divisions Morand , Gudin , les Bavarois et les Wurtembergeois , il attaquerait de front l'armée
ao avril.
Combat
«l'Abensberg
( 4i3 ) de l*archiduc Louis , et qu'il ferait couper les communications de Tennemi par Mas~ séiia , en le faisant passer sur les derrières des Autrichiens. L'ennemi, déconcerté par ces dispositions, ne combattit qu'une heure, et se retira aussitôt , laissant huit drapeaux , douze canons , et dix-huit cents prisonniers au pouvoir des Français.
Le combat d'Abensberg ayant découvert le flanc de l'armée autrichienne , dès la pointe du jour, l'Empereur marcha sur Landshut. Les Autrichiens , d'abord culbutés dans la plaine , le furent ensuite sur le pont. Il abandonnèrent la ville, trente pièces de canon, neuf inille prisonniers, six cents caissons de parc attelés, trois mille voitures et trois équipages de pont.
Le 22 au matin , l'Empereur se mit en marche vers Landshut avec les deux divisions du maréchal Lannes , le corps de Masséna , la cavalerie de Nansouty et Saint- Sulpice, et la divivsion Wurtembergeoise ; à deux heures après midi , il arriva devant Eckmiihl, oii les quatre corps de l'armée autrichienne , formant cent dix mille hoinmes , étaient en position , sous le commandement de l'ai'chiduc Charles. Lannes dé-
2 1 avril.
Ciimbal «le Landshut.
22 avril.
liataille
d'Eckmiihl.
^ LvL ^
borda l'ennemi par la gauche. Au prctniei signal, les maréchaux Davousl et Lefèbvre, et la division du général Montbrun , qui , jusqu'alors, avaient tenu en échec les corps de Rosemberg » de Hohenzollern et deLichtenstein , débouchèrent. On vit alors un des plus beaux spectacles qu'ait offert la guerre: cent dix mille ennemis atîaqués sur tous les points , tournés par leur gauche , et successivement dépostér de toutes leurs positions. Les Autrichiens furent bientôt en pleine déroule. Leur cavalerie , forte et nombreuse, se présenta pour protéger la retraite de l'infanterie ; inais elle fut abordée par les divisions Saint-Sulpice etSaint- Hilaire, qui la culbutèrent. La nuit commençait , et la cavalerie française continuait à marcher sur Ratisbonne; mais l'obscurité l'obligea enfin à s'arrêter. Poussée l'épée dans les reins , l'armée autrichienne continua de défiler toute la nuit par morceaux, et danslaplus épouventable déroule. Tous ses blessés , la plus grande partie de vson artillerie , quinze drapeaux , vingt mille prisonniers , tombèrent au pouvoir des Français: la bataille d'Echmiihl décida de toute une guerrc.
Le Iciideinaiii, rEmpcreur s'avança siu Hatisbonnc, que les Aulrichicns eurcnl la barbarie de vouloir défendre. On ne larda pas à apercevoir la cavalerie autrichienne, qui prétendait couvrir la ville.Chargcsetmis en pièces, huit mille hommes de celle cavalerie repassèrent précipitamment le Danube. La ville fut allacjuée et prise d'assaut : tout ce qui fit résistance fut passé au fil de 1 épée. Le nombre de prisonniers s'éleva à huit mille. Les Autriciiiens n'eurent pas le temps de couper le pont , et les Français passèrent pêle-mêle avec eux sur la rive gauche. La ville souflrit beaucoup : le f(>u y fut une partie de la nuit. C est au combat de Ralisbonne que xSapoléon fut blessé au talon droit d'une balle amortie : on le pensa presque malgré lui, et il remonta aussitôt à cheval.
Après la bataille d'Eckmllhl et la prise de Ralisbonne, l'armée française marcha sur Vienne, et arriva, devant celte capitale, le lo mai. L'archiduc Maximilien commandait la place, qui avait été mise en étal de défense. Le général d'artillerie Lariboissière plaça trente obusiers en batterie derrière
j] avril.
Prise
le Halisbonne .
II mai.
Entrée
à Vienne.
une maison du faubourg , et mit le feu dans la ville , qui ouvrit ses portes.
Cependant l'archiduc Charles s'approchait par la rive gauche du Danube. Napoléon résolut de le prévenir et de passer ce grand fleuve ; la position , sur la rive droite, n'étant bonne qu'autant que l'armée aurait une tête de pont sur la rive gauche, parce que sans cela l'ennemi restait maître de l'initiative de ses mouvemens. Celte considération était d'une telle importance que Napoléon se fût reployé sur l'Eus, s'il lui eût été impossible de s'établir sur la rive gauche. L'opération du passage était fort difficile; le Danube a cinq cents toises de large, quinze, vingt, trente pieds de profondeur, une grande rapidité. Passer une telle rivière près d'une armée , exigeait beaucoup d'art, d'autant plus qu'on ne pouvait pas s'éloigner, de peur que l'ennemi, qui avait deux équipages de pont, ne passât lui-même le Danube, et ne se portât sur Vienne.
Napoléon se perla à deux lieues au-dessous de Yienne, vis-à-vis de l'île de Lobau, qui a dix-huit toises d'étendue. Elle est séparée de la rive droite par le grand bras du
( 4*7 ) Danube, qui a cinq cents toises, el de la rive gauche par un petit bras de soixante toises. Il re'solut de s'établir dans cette île. Une fois il se trouvait dans un camp retranché sur la rive gauche , il avait barre sur l'archiduc , et si ce prince se portait sur Krembs , ou tel autre point pour passer le Danube et couper sa ligne d'opérations , parlant de l'île de Lobau , les Français tombaient sur ses derrières, et le prenaient en flagrant délit.
Le général Bertrand eut ordre de jeter un pont de baleaux el de pontons sur le Danube le 19 mai ; une avant-garde y passa et s'empara de Tile. Le pont était terminé dès le matin du 20 ; l'armée française commença à passer ; dans l'après-midi, le Danube grossit de trois pieds , les ancres des bateaux chassèrent, le pont fut rompu; mais en peu d'heures il fut raccommodé ; l'armée continua à passer dans l'île. Vers les six heures, Napoléon fit jeter un pont dans un rentrant sur le petit bras; le général Lasalle s'avança avec trois mille chevaux sur Essling, battit la plaine dans tous les sens , et eut nouvelle d'une division de cavalerie autrichienne avec laquelle il escar-
19 mai.
Pas âge
du Danube.
moucha. Il s'élablil la nuit entre Essling et
Gros-Arpen. Napoléon bivouaqua sur la
21 mai. rive gauche , à la tête du petit pont. Le 21,
éToZ ^ ^^ pointe du jour, il se porta sur Essling ;
Premier combai uu batailîon fut postc dans une espèce de
d Essling. ,1. r i r «Il iiir-> i/>
réduit crénelé au village d Lnzersdorf. Une partie des cuirassiers d'Espagne et de Nansouty passèrent; mais, à midi , le Danube grossit en( ore de c|uatre pieds ; le grand pont fut emporté de nouveau ; le reste de la r^ivalerie et les réserves du parc ne purent passer. Deux fois , pendant ce jour, le général Bertrand rétablit les ponis, et deux fois ils furent rompus. Au moment de Tévr.cuation de \ienne, les Autricbiens avaient incendié beaucoup de balenux qui, soulevés par la crue du fleuve , allaient frapper contre les ponlons. A quatre heures de L'après-midi , le général Lasailefit prévenir l'Empereur que l'armée de l'archiduc était en marche. Le prince de Neufchâtel monta sur le clocher d'Essling, et fit le croquis des mouvemens de l'armée autrichienne. L'archiduc voulut attaquer par sa droite Gros- Arpen, par sou centre, Essling, parsa gauche Fnzersdorf, formant ainsi une demi-circonférence autour d'Essling. Napoléon donna
( 4i9 ) l'ordre de se reployer et de rentrer dans l'île de Lobau , en laissant dix mille hommes dans le bois en avant du petit pont; mais, dans ce moment, le général Bertrand fit dire que le Danube baissait; qu'il avait rétabli les ponts, et que les parcs passaient. Il était tard, Napoléon résolut de rester en position ; car, si l'ennemi occupait le village d'EssIing, il serait bien difficile de le reprendre , et cela coûterait bien du sang. A cinq heures, les tirailleurs s'engagèrent, la fijsillade et la canonnade devinrent bientôt vives; les cuirassiers firent plusieurs belles et brillantes charges : l'ennemi fut repoussé dans toutes ses attaques sur Gros-Arpen et Essling, et vingt-cinq mille hommes, attaqués par cent mille, conservèrent réunis, pendant trois heures , leur champ de bataille. A la nuit, le placement des feux de bivouac des deux armées annonçait une journée définitive pour le lendemain.
L'armée française sur les deux rives était de vingt mille hommes supérieure à celle Baiaiiie de l'archiduc. La victoire ne pouvait être' douteuse; mais, à minuit, le Danube grossit d'une manière effroyable. Le passage sur le pont fut encore interrompu, il ne put
li mu.
d'Eulins
être rétabli qu'à la pointe du jour. La garde et le corps du duc de Reggio commencèrent alors leur passage ; il s'opérait à pas accélérés. L'Empereur monta à cheval plein d'espoir: les destins de la maison d'Autriche allaient être fixés! Arrivé à Essling, il ordonna au majéchal Lanncs de percer le centre de Tarniée autrichienne, et à la jeune garde de déboucher d'Essling , pour se jeter au moment décisif sur le flanc gauche de l'ennemi , qui s'appuyait h Enzersdorf, petite ville sur la branche du Danube qui forme file de Lobau, Les Aulrichiens sentirent l'importance de ne pas laisser percer leur ligne de bataille ; mais elle élait trop étendue, elle avait plus de trois lieues, tous leurs efforts furent vains. Déjà la jeune garde marchait sur le flanc de la gauche des ennemis, lorsqu'il fallut arrêter les troupes victorieuses ; les ponts étaient de nouveau rompus , tous les bateaux étaient emportés par la force du courant à une et deux lieues : il n'était plus possible de les rétablir avant plusieurs jours. La moilié dos cuirassiers , le corps du maréchal Davoust, toutes les réserves d'artillerie se trouvaient encore sur la rive droite. Ce
contre-temps ëlait affreux ; mais le plan (l'ope'ration e'tait si sage, si "profondement calcule', que l'armée ne courait aucun danger, et elle pouvait toujours, au pis aller, reprendre sa position dans l'île de Lobau,oi!i elle eût été inattaquable; jamais camp retranche ne fut plus fort : il était couvert par un fossé profond de soixante toises de large. Celte fâcheuse nouvelle arriva à sept heures du matin; TEmpereur envoya Tordre aux maréchaux Masséna et Lannes de s'arrêter, cl de reprendre insensiblement leurs positions. Le premier appuya sa gauche au milieu du village de Gros-Arpen , ce village a plus d'une lieue de long ; le second entre Gros-Arpen et Essling, appuyant sa droite à ce village; ce mouvement se fit comme au champ de Mars. L'ennemi désespéré, et en retraite, s'arrêta stupéfait, ne comprenant rien à ce mouvement rétrograde des Français ; mais bientôt il apprit que leurs ponts étaient emportés ; son centre reprit sa première position : il était alors dix heures du matin ; depuis cette heure jusqu'à quaire heures de l'aprèsmidi, c'est-à-dire pendant six heures, cent mille Autricliiens et cinq cenU pièces
de canon attaquèrent vainement et sans succès cinquante mille Français , n'ayant que cent pièces de canon en position , et oblige's de ménager leur feu, parce qu'ils manquaient de munitions.
Le succès de la bataille était dans la possession du village d'Essling ; Tarcliiduc fil tout ce qu'il fallait faire, il Fatlaqua cinq fois avec des troupes fraîches, le prit deux fois, mais il en fut chassé cinq fois. Enfin, à trois heures de l'après-midi , l'Empereur ordonna au général Fiapp et au courageux comte de Lobau, ses aides-de-camp, de se mettre à la tête de îa jeune garde, de déboucher par trois colonnes , et de tomber au pas de charge sur les réserves de l'ennemi, qui se préparait à faire une sixième attaque. Elles furent mises en déroule, et la victoire fut décidée. L'archiduc n'avait plus de troupes fraîches , il prit position ; le feu cessa a quatre heures précises , dans une saison oi^i l'on peut se battre jusqu'à dix heures. Ainsi , pendant six heures de jour, les Français restèrent maîtres du champ de bataille.
La vieille garde, oii était l'Empereuir, se •tint constamtnent en bataille a une poriéïî
de fusil d'Essling, la droite au Danube, la gauche du côté de Gros-Arpen.
Le soir l'Empereur se porta dans l'île de Lobau, et alla visiter les points oii étaient les ponts. Tout avait disparu , pas un bateau n'était en place : le Danube s'était élevé à vingt-huit pieds depuis trois jours. Il ordonna alors a l'armée de repasser le petist pont et de se camper dans l'île de Lobau, le mouvement commença à minuit ; mais le corps de Masséna coucha sur le champ de bataille, et ne passa que le lendemain à sept heures du matin. Telle fut la sanglante bataille d'Essling , dans laquelle périrent deux héros , les meilleurs amis de Napoléon , Lannes et Saint-Hilaire : il en versa des larmes. Ceux-là n'eussent pas manqué de constance dans ses malheurs, ils n'eussent pas été infidèles à la gloire du peuple français.
Le général Bertrand fit , en vingt jours , établir trois ponts sur pilotis, ouvrage qui fut dix fois plus difficile , plus coûteux que celui de César sui* le Rhin.
Pendant ce temps , le prince Eugène ^ vice-roi d'Italie, qui avait déjà battu l'archi<luc Jean sur la Piave , gagna la bataille
»" juillet
U éprise
des hoslilités.
de Raab, ei fit sa jonction avec la Grande- Armée.
ito^ Enfin, ie i'' juillet, après quarante jours
de repos et de nc«uveaux préparatifs , pendant lesquels les deux armées se renforcèrent considérablement , Napoléon résolut de réunir toutes ses forces dans File de Lobau, de débouchersur l'armée autrichienne, et de lui livrer une bataille générale. Les généraux autrichiens avaient établi des ouvrages de campagne dont la droite était appuyée à Gros-Arpen , et la gauche à Enzersdorf ; les villages d'Arpen , d'Essling et d'Enzersdorf, et les intervalles qui les séparaient, étaient couverts de redoutes palissadées, fraisées et armées de cent cinquante pièces de canon de position. On ne concevait pas comment il était possible qu'avec son expérience de la guerre, l'Empereur voulût attaquer des ouvrages si puissamment défendus , soutenus par une armée qu'on évaluait à deux cent mille hommes, appuyée par huit à neuf cents pièces de canon. Napoléon était tranquille; plusieurs petites îles , qui battaient Enzersdorf, avaient été armées de pièces de position ^ d'obus et de mortiers ; ces armemens avaienit
( 4^5 ) tous le même but, et devaient, en deux heures de temps, raser la petite ville d'Enzersdorf, en chasser l'ennemi, et détruire les ouvrages.
Le 4 , à onze heures du soir, les batteries dirigées contre Enzersdorf reçurent l'ordre de commencer leur feu ; les obus brûlèrent celle inforlunée petite ville, et en moins d'une demi-heure, les batteries ennemies furent éteintes. A deux heures après minuit, l'armée avait quatre ponts ; elle déboucha dans l'obscurité ; un violent orage et une pluie qui tombait par torrens , rendirent celte nuit aussi affreuse qu'elle était propice à l'armée Irançaise, et qu'elle devait lui être glorieuse.
Le 5, aux premiers rayons du soleil, tout le monde reconnut quel avait été le projet de Napoléon , qui se trouvait alors avec son armée en bataille sur l'extrémité de la gauche de l'ennemi, ayant tourné tous ses camps retranchés , ayant rendu tous ses ouvrages inutiles , et obligeant ainsi les Autrichiens à sortir de leurs positions et à venir lui livrer bataille dans le terrain qui lui convenait.
A huit heures, Masséna fit marcher une
4 juillet.
Passage lia Danube.
Combal d'Enzersilorf.
( 4^6 ) tlivisîon sur Enzersdorf , qui n'éprouva pas une grande re'sistance, et fit prisonniers cjuatre bataillons autrichiens qui s'y trouvaient. Le général Oudinot enleva un château on s'étaient enfermés neuf cents hommes , qui capitulèrent.
Napoléon fit alors déployer toute l'armée dans l'immense plaine d'Enzersdorf Depuis midi jusqu'à dix heures du soir, les Français manœuvrèrent dans cette plaine , en occupant tous les villages, et à mesurp qu'ils arrivaient à la hauteur des camps rétranchés des Autrichiens, ils les occupaient sans résistance : ainsi , un travail de quarante jours ne fut d'aucune utilité au prince Charles. Les Autrichiens furent partout menés battant et écrasés par la supériorité du feu des Français ; cet immense champ de bataille resta couvert des débris de l'ennemi , qui cessa le feu , et prit position : on devait s'attendre à voir le lendemain une grande bataille.
(jjuiiieL li' Empereur passa toute la nuit à ras-
Baiaiiia scmblcr ses forces sur son centre , où il était de sa personne.
Le 6 , à la pointe du jour, le maréchal Rernadotte occupa la gauche , ayant en se-
( 4^7 ) confie ligne Maiiséna ; le vice-roi le liait au cenlre, ibrnié de sept à liuil lignes. Le marcclial Davoiisl marcha de la droite pour arriver au centre. Son corps d'armëe et celui du général aulricbien Rosemberg se rencontrèrent aux premiers rayons du soleil et donnèrent le signal de la bataille ; en moins de trois quart-d'heure, le beau corps du maréchal jDavoust avait eu raison du corps de Fiosemberg, le culbuta et le rcjela au-delà de Neusiedel , après lui avoir fail beaucoup de mal. Pendant ce temps la canonnade s'engagea sur toute la ligne ; les Autrichiens se développèrent : toute leur gauche se garnissait d'artillerie. Napoléon ordonna à Sîasséna de faire une attaque sur le village qu'occupaient les x\ulrichiens. Il ordonna en même temps au maréchal Davoustde tourner la position de Neusiedel, et de pousser de là sur Wagram ; il lit aussi former m colonne le générai Marmont et le général jNlacdonald pour enlever V/agram au moment où débou( lierait le maréchal Davoust.
Sur ces entrefaites, l'ennemiattaqua avec fureur le village qu'avait enlevé Masséna, ^t td^borda la droite devS Français de trois
tiiille toises : ce fut une grande faute dont Napoléon s'empressa de profiter. Il fit marcher aussi loi le général Macdonald avec plusieurs divisions en colonnes , soutenues par la garde à cheval et par une batterie de cent bouches à feu , presque toutes de la garde : cette batterie arriva au trot à demiporle'e de canon , et commença un feu qui éteignit celui des Autrichiens , el porla la mort dans leurs rangs. Le général Macdonald marcha alors au pas de charge. Dans un clin-d'œil, le centre des Autrichiens perdit une lieue de terrain: sa droite, épouvantée, senlit le danger de la position où elle s'était placée , et rétrograda en grande hâte. Masséna Tattaqua alors en tête : en même temps la gauche du prince Charles était allaquée et débordée par le maréchal Davoust , qui marchait sur Wagram. Le général Oudinot se dirigea aussi sur Wagram pour aider l'attaque deDavoust : celte position importante fut enlevée.
Dès dix heures , les Autrichiens ne se battirent plus que pour leur retraite ; dès midi elle était prononcée, et se faisait en désordre ; et beaucoup avant la nuit cette armée était en pleine déroute, bien loin du champ de bataillcw
La journée dcWagram, à jamais célèbre, fui décisive : dix drapeaux , quarante pièces de canon, vingt mille prisonniers et treize mille blessés restèrent an pouvoir des Français. Les Autrichiens, poursuivis l'épée dans les reins , perdirent encore beaucoup de monde les jours suivans. Enfm , le 1 1 juillet, l'empereur François envoya le prince de Lichtenslein au quartier-général pour implorer un armistice : il fut conclu dans la nuit, et signé le lendemain à Znaïm. Na- ujaiiiei. poléon retourna à Schœnbrunn , oii , quel- Armisiice ques jours après, un fanatique laihit 1 assassiner pendant qu'il passait une revue.
La paix fut enfin signée à Vienne le i4 i4 cetobre. octobre i8oq. La France acquit l'Illyrie et ^^'^
• ^ n -Il 11 devienne.
1 Istrie , et imposa a 1 Autriche de nouvelles concessions de territoire en faveur de ses alliés, et de l'Italie.
Toutefois , Napoléon fit une grande faute Faute après W'a2;ram, celle de ne pas abattre l'Au- 'î'^ Napcié"».
l " ' Jr après ^V agram.
triche davantage : elle demeurait trop forle pour la sûreté de la France : c'est elle qui a perdu cet empire. Le lendemain de la bataille , Napoléon aurait dû faire connaître par une proclamation qu'il ne traiterait avec TAutrirhe que sous la séparation préalable
( 43o ) des trois couronnes, d'Aiitriche, de Bohême et de Hongrie. Et , le croira-l-on ? un prince de la maison d'Autriche lui fit insinner plusieurs fois de lui en faire passer une sur sa tête , ou même de le mettre sur le trône de sa maison , alléguant que ce ne serait qu'alors que cette puissance marcherait de bonne foi avec Napoléon : il offrait de lui donner des otages, et en outre toutes les garanties imaginables.
Napoléon s'était occupé de cette proposition ; il avait même balancé quelque temps avant son mariage; mais depuis il se sentit incapable d'un pareil coup de politique : il avait des senlimens trop bourgeois sur l'article des alliances de famille : il croyait l'Autriche devenue la sienne ; il posa le pied sur un abîme recouvert de fleurs !
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