CHAPITRE IX
DÎQorce de jNapoléon. — Sort Mm'iage d^ec Marie-Louise. — Portrait des deuco Impe'pératrices,
Ait milieu des fêtes que la France s'empressail de donner au vainqueur de Wagram , au milieu d'une cour de rois et de princes, une idée pe'nible occupait Napoléon : il avait résolu son divorce avec Timpératrice Joséphine. Ce divorce n'était pas, comme on Ta dit, une clause secrète du traité de Vienne, mais un sacrifice pénible que l'Empereur devait faire à la politique.
Déjà, long-temps avant la campagne que Napoléon venait de terminer, Fouché avait touché la corde fatale du divorce: il avait, sans mission , proposé à Joséphine de dissoudre son mariage pour le bien de la Franco. Cette dém.irche causa beaucoup de
( 432 ) chagrin à rimpératrice ; elle irrita l'Empereur, et s'il ne chassa pas Fouché, à la vive sollicitation de Joséphine, c'est qu'il avait déjà secrètement arrêté ce divorce en luimême , et qu'il ne voulut pas , par ce châtiment, donner un contre -coup à l'opinion.
Joséphine avait donné le bonheur à son mari, et s'était constamment monlrée son amie la plus tendre; professant à tout moment, et en toute occasion , la soumission, le dévouement, la complaisance la plus absolue. Aussi avaient -ils fait ensemble un ménsge fort tendre et fort uni , n'ayant eu long-temps qu'une même chambre et qu'un même lit; circonstance très-morale, qui influe singulièrement sur un ménage , assure le crédit de la femme , la dépendance du mari , maintient l'intimité et les bonnes mœurs.
Toutefois, un fds de Joséphine eût été nécessaire à Napoléon et l'eût rendu heureux , non-seulement comme résultat politique, mais encore comme douceur domestique. Comme résultat politique , Napoléon serait encore sur le trône; car les Français se seraient attachés au fils, et le père n'au-
(433) rail pas mis le pied sur l'abîme qui Ta perdu. Comme douceur domestique, ce gage eut mis fin à la jalousie de Joséphine, qui ne laissait plus de repos à l'Empereur; et celte jalousie se rattachait bien plus à la politique qu'au sentiment. Joséphine prévoyait l'avenir, elle s'cîTrayait de va stérilité : elle sentait bien qu'un mariage n'est complet et réel qu'avec des enfans ; or, elle s'était mariée ne pouvant plus en donner. A mesure que sa fortune s'élevait, ses inquiétudes s'accrurent ; elle employa tous les secours de la médecine; elle feignit souvent d'en avoir obtenu du succès, l.orsqu'ellc dut, enfin, renoncer atout espoir, elle mit souvent son mari sur la voie d'uçie grande supercherie politique; elle finit même par oser la lui proposer ouvertement.
Mais lorsque Napoléon voulut le divorce, Joséphine obéit. Ce fut pour elle une peine mortelle , et pourtant elle se soumit , et de bonne foi, sans vouloir mettre à profit des tracasseries inutiles, qu'elle eût pu essayer de faire a aloir. Elle se conduisit avec beaucoup de grâce et d'adresse : elle désira que son fils, le prince Eugène, fût mis à la tête de celte affaire.
i8">. Le divorce de Napole'on et de Jose'phine
Divorce ^^l iiiiique en son genre dans l'histoire. Il
de Napoléon n'alieja cH Hcn Tunion des deux familles :
>l «le Jose'pliine.
ce fut un sacrifice pénible , également partagé par les époux , mais fait aux intérêts de la politique. Les deux époux déclarèrent , dans une assemblée de famille leur assentiment au divorce : celle cérémonie se fit dans!les grands appartemens des Tuileries : les larmes coulaient aux yeux de tous les spectateurs. Le consentement constaté par l'archichancelier, la dissolution du mariage fut prononcée par le sénat. L'Impératrice quitta les Tuileries , et se rendit à Malmaison , où elle demeura constamment pendant fesp^ice de cinq ans.
Le mariage civil de Napoléon annulé par la décision du sénat , rofiicialilé de Paris fit les informations d'usage dans la religion catholique ; elle reconnut que le mariage religieux avait été célébré sans témoins , et en prononça la dissolution. La cour de Rome éleva alors la prétention d'en connaître ; mais le clergé de France déclara que cela était contraire aux privilèges de l'église gallicane; qu'un souverain, aux yeux de Dieu , n'était qu'un homme, etdevail cire soumis
( 435 ) à Ja juridiclion de sa paroisse cl de son evêque.
Le divorce de Napoléon fit grand bniit. Son irône, le plus élevé de FEurope, fut l'objet de l'andjition de toutes les maisons régnantes. La politique y appelait trois princesses ; une de la maison de Rnssie , une de la maison d'Autriche, une de la maison de Saxe.
Des négociations furent entamées avec la Russie. Il en avait déjà été dit quelques mots par l'empereur Alexandre à Erfurt ; mais il s'éleva des difficultés : il y eut , à ce sujet , des dissenlimens d'opinion dans la famille impériale ; toutefois , il paraît que fempereur Alexandre n'hésitait pas : seulement on exigeait que la princesse qui deviendrait réponse de Napoléon , eut une chapelle russe dans l'intcrieur du palais des Tuileries , avec ses popes , son clergé , et le libre exercice de sa religion.
D'un autre côté, une letlre du comte de Narbonne avait annoncé que quelques insinuations lui avaient élé faites à Vienne , et ((u'il avait pu en conclure qu'une alliance avec une archiduchesse pourrait entrer dans les vues de l'Aufrlrhe.
■2ii.
Un conseil privé extraordinaire fut con" voqué , et la question du choix à faire y fut posée après la lecture des dépêches de Saint- Pétersbourg et de Vienne» Les opinions furent divisées entre une princesse saxonne, une princesse russe et une princesse autrichienne. Ce dernier avis fut celui de la majorité; il fut déterminé par la haute considération du maintien de la paix générale : le mariage avec l'archiduchesse fut préféré.
Le prince Eugène fit la demande formelle au prince de Schwartzemberg, ambassadeur d'Autriche à Paris, et le ministre des affaires étrangères eut les pouvoirs de signer, avec cet ambassadeur, le contrat de mariage de Napoléon avec l'archiduchesse Marie- Louise, en prenant pour modèle celui de Louis XVI avec Marie-Antoinette. Ce contrat fut signé dans la soirée. Le prince Berthier partit aussitôt pour Vienne , afin de faire îademandedans les formes solennelles, et l'archiduc Charles épousa Marie-Louise, comme représentant de l'empereur des Français.
V, ""'' Napoléon alla recevoir l'archiduchesse à
Maririge 1
tie Napoléon Compièguc. Lc mariage civil fut célébré à yhJJ-Louisf,. Saint-Clond , le mariage religieux dans le
grand salon du Musée à Pai-is : des fêles splendides furent don^nées à cette ocraiion. Le prince de Schwartzemberg en donna une au nom de son maître , durant laquelle le feu prit à la salle de bal construite dans le jardin .rien ne put arrêter les progrès dé l'incendie : plusieurs personnes périrent. L'issue malheureuse de cette fête , dans une circonstance semblable , parut un présage sinistre. Napoléon n'était pas superstitieux, néanmoins, il eut lui-même un pénible pressentiment. En effet, c'est au changement de politique de l'Autriche qu'il faut attribuer ses malheurs et sa chute.
Napoléon avait été occupé dans sa vie de deux femmes très-différentes : Joséphine était l'art et les grâces; Marie-Louise, l'innocence et la simple nature ; et chacune d'elles avait bien son prix. Dans aucun moment de la vie, la première n'avait de position ou d'attitude qui ne fût agréable, séduisante; il eût été impossible de lui surprendre ou d'en éprouver jamais aucun inconvénient; tout ce que l'art peut imaginer en faveur des attraits était employé par elle , mais avec un tel mystère qu'on n'en apercevait jamais rien. L'autre, au con-
Porirâit
des deux
impëratrico»
( 438 ) traire , ne soupçonnait même pas qu'il pût y avoir rien à gagner dans d'innocens artifices. L'une était toujours à côté de la vérité, son premier mouvement était la négative ; la seconde ignorait le mensonge, tout détour lui était éli'angcr. La première ne demandait jamais rien à son mari, mais elle devait partout ; la seconde n'hésitait pas à demander quand elle n'avait plus, ce qui était fort rare , elle n'aurait pas cru devoir rien prendre sans payer aussitôt : du reste, toutes les deux étaient bonnes , douces , fort attachées à leur mari.
Aussitôt après son mariage avec Marie- Louise , Napoléon fit avec elle un voyage dans la Belgique , et sur les côtes septentrionales de l'empire. Partout l'Empereur et la jeune Impératrice furent accueillis avec enthousiasme; les Français croyaient voir en Marie - Louise , un gage assuré de la paix conlinentale. Quant à l'Angleterre , la France lui faisait alors une guerre mortelle au moyen du système continental , auquel la Suède venait d'accéder.
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