‹ Histoire de Napoléon d'après lui-memeChapitre 47 sur 52 · CHAPITRE XVIÎ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIÎ

Campagne de France. — Congrès de Châ- Lillon. — Entrée des alliés à Paris. — Première abdication de Napoléon.

JNapoléon partit de Paris le 25 janvier ''janvier pour aller se mettre à la tête de ses armées : ,i„ ^^y,^^ déjà, le t" du même mois, Farmée russe eni-rance. et prussienne de Silésie avait passé le Rhin sur plusieurs points : elle se composait de quatre divisions, formant ensemble un total de soixante-dix mille hommes. Le duc de Raguse avait dû se retirer devant cette armée, mais sans éprouver aucune perte. D'un autre coté, une armée sous les ordres du prince Sch^vartzemberg , composée d'Autrichiens , de Russes, de Ravarois, de Wurtembergeois et de Radois , et forte de cent vingt mille hommes , était entrée en France par la Suisse; Tavanl-garde s'était avancée sur Lyon. Le maréchal Augereau rallia alors

en Dauphiiic loulcs les troupes sous ses ordres pour protéger Lyon. Quelques villes n'ayant pour garnison qu'un poignée de soldats et la garde nationale, s'étaient bien défendues, d'autres avaient ouvert leurs portes sans coup térir. Le moment était venu où , de tous les points du vaste empire français , ceux qui voulaient promptement délivrer le territoire de la patrie et conserver l'honneur national, devaient prendre les armes, et marcher vers les camps, rendez-vous des braves et des vrais Français. Napoléon arriva le 27 devant Saint-Dizier, que les alliés occupaient depuis deux jours : ils en furent chassés, ainsi que de la ville de Bar, où l'Einpereur entra aux acclamations de toute la population.

Le 29, l'armée de Blucher, forte de quacombais rante mille hommes, fut rencontrée entre

<lc Briennc. , . > . i r-

Mezieres et Brienne par le !)" corps de cavalerie , sous les ordres du général Milhaud. La ville de Brienne fut attaquée par cette cavalerie ; en même temps , le maréchal Ney 1 l'attaqua à la tèle de six bataillons : Napo-

léon dirigea aussi une colonne sur la route de Bar-sur- Aube', qui paraissait être la rc- | traite de l'ennemi. L'atta(pie fui vive et la

29 janvier.

résistance opiniâtre; l.i nuit ne mil pas (in nu ronibat. Vers les liuit heures , îes alliés , voyant (ju'ils ne pouvaient plus se maintenir dans la ville , y mirent le feu, et, après une tentative infructueuse contre le château, dont les Français s'étaient emparés, ils se retirèrent à la faveur de l'incendie.

Le i" février, Blucher, renforcé, déboucha sur la Kothière et Dienville, que Tarrière-garde française défendit toute la journ('e , malgré l'énorme disproportion des forces engagées de part et d'autres ; mais dans la nuit une batterie d'artillerie de la garde, tomba dans une embuscade, et fui prise par les alliés. Les combats de Brienne coûtèrent plus de trois mille hommes à l'armée française , et furent sans aucun résultat avantageux: toutefois, le 3 février, Napoléon entra à Troyes.

A cette époque , le comte de Stadion , le 4 février. comte Razumowski , lord Castelreagh , et p"^eriure le baron de Humboldt arrivèrent à Châtillon-sur-Seine, oii seirouvait déjà le duc de Vicencc.

Napoléon voulait la paix, puisque immédiatement après la bataille de Brienne, au moment même où les conférences allaient

du congrès de Chàdllon.

s'ouvrir» il écrivit de Troyes à son plénipotentiaire à Cliâtillon , qu'il lui donnait tous les pouvoirs . toute l'autorité nécessaire , carte blanche enfin , pour conclure , afin d'arrêter les progrès des alliés , si funestes aux provinces , de sauver la capitale, et d'éviter une grande bataille dont la perte aurait ruiné toutes les espérances de la nation. Ces pleins pouvoirs absolus, ce blancseing , Napoléon les donna le 4 ^^ 1^ ^ février, et ne les a révoqués qu'après ses victoires. Ainsi pendant plus de quinze jours , si les alliés l'eussent voulu , la paix aurait été conclue et signée à Châtillon , sans que le plénipotentiaire français eût été dans le cas de prendre de nouveau les ordres de l'Empereur, qui n'aurait pas été alors assez fortcontre la situation des choses et contre l'opinion pour refuser de ratifier un traité signé. Mais le but des alliés n'était pas la paix: ils voulaient se venger des triomphes de la France ; ils se rappelaient ces jours de deuil pour eux , où l'aigle française planait sur leurs capitales. Les propositions de Châtillon , comme <elics de Dresde, comme celles de Francfort n'étaient cju'im leurre (juils luellnient en avant pour irompei-

( ^^7 ) leurs peuples , et semer \a division en Fraace.

Le plénipotentiaire fiançais désira (!es instructions précises sur les sacrifices qu'il pouvait consentir. Napoléon alors avait été forcé de se retirer sur la Seine: il était à No^ gent, où se trouvaient le grand maréchal Bertrand et le duc de Bassano, qui le pressèrent d'accéder à la demande du duc de Vicence , en le laissant toutefois libre de s'écarter de ces instructions, et d'user de la carte blanche qui lui avait été donnée. 11 fut décidé qu'on ne devait pas hésiter à abandonner la Belgique , et même la rive gauche du Rhin, si l'on ne pouvait avoir la paix qu'à ce prix. Les instructions du plénipotentiaire furent rédigées dans ce sens: l'Italie, le Piémont, Gènes , l'état de possession à établir en Allemagne , même les Colonies étaient âes sacrifices faits d'avance. Napoléon devait signer cette dépêche à sept heures du matin : il reçut à cinq heures un rapport sur les raouvemens de l armée russe et prussienne , qui lui fit juger que des évcnemcns glorieux allaient changer la face des choses: il ajourna sa réponse au duc de Vicence, et partit poui- Champ -Aubert. La

lo février.

Bataille de

Champ-Auberl

marche de flanc de rarmée de Blucher, que ^Napoléon epiail en secret, avait enfin lieu; le moment était devenu favorable pour Fatîaquer.

Le 10 février, à la pointe du jour, Napoléon se porta sur les hauteurs de Saint-Prix, pour couper en deux Tarmée alliée. Le duc de Reggio passa les étangs de Saint-Gond , et attaqua le village de Baye. Deux divisions françaises tournèrent les positions des alliés, qui furent chassés de Baye. La garde impériale se déplova alors dans les plaines de Ghamp-Aubert : le maréchal Marmont fit enlever Champ-Aubert. Au même instant les cuirassiers chargèrent à droite , et acculèrent les Russes à un bois et à un lac : les alliés se voyant sans retraite, leurs masses se mêlèrent ; artillerie, infanterie, cavalerie, tout s'enfuit pêle-mêle dans les bois. Deux mille hommes se noyèrent dans le lac : trente pièces de canon , deux cents voilures, des généraux, des colonels et beaucoup de prisonniers restèrent au pouvoir des Français.

11 fdyrier Lc 1 1 , ISapoléou arriva en avant de Mont-

mirail. Le général Nansouty était en posi-

Bataille de Monlmirail

lion avec la cavalerie de la garde, et conte-

de dragons de la garde , s'élança sur leurs flancs. Toute celle arrière-garde fut enveloppée ; on en fit un horrible carnage : deux mille hommes furent fails prisonniers. En ce moment , le prince Guillaume de Prusse, qui était resté à Chaleau-Thierry avec deux mille hommes, s'avança à la tête des faubourgs pour protéger les fuyards. Deux bataillons de la garde impériale arrivèrent au pas de course , et les faubourgs furent nettoyés. Alors , la réserve des alliés brûla ses ponts, et s'établit sur la rive droite de la Marne, où elle démasqua une batterie. Les alliés, ne pouvant se retirer ni sur la route d'Epernay, ni sur celle de Soissons, qui leur étaient coupées, furent obligés de prendre la traverse dans la direction de Reims.

Pendant ces trois journées, le général ,3 février Blucher était constamment resté aux Ver- Bauiiie

, . . , . de Vauchamp.

tus, sans pouvoir secourir son armée. Le i3 février, il fut rejoint par le corps prussien du général Kleist : il réunit alors les débris des autres corps, et marcha avec vingt mille hommes contre le duc de Raguse, qui occupait Etoles. Ce maréchal, n'élant pas en forces suffisantes, se retira sur Montmirail. Napoléon partit le même jour

de Château-Thierry, et arriva à huit heures du matin à Montmirail. II fit sur-le-champ attaquer les troupes de Bluclier, qui venaient de prendre position à Vauchamp.

Le mare'chal Marmont attaqua ce village ; la cavalerie du général Grouchy tourna la droite des alliés, et se porta à une lieue audelà de leur position , et pendant que Vauchamp était attaqué vigoureusement et défendu de même , ce général arriva avec sa cavalerie sur les derrières de Blucher. Toute celle de la garde arriva aussi au grand trot : plusieurs carrés de Prussiens furent enfoncés , sabrés ou pris. A deux heures les Français étaient au village de Fromentières , et avaient fait six mille prisonniers. Blucher, en déroule, arriva à la nuit à Champ-Aubert ; mais le général Grouchy y était avant lui. Toute l'armée de Blucher aurait été prise si le mauvais état des chemins n'eût pas retardé la marche de farlillerie. Toutefois , malgré l'obscurité de la nuit, la cavalerie française enfonça et sabra trois carrés de troupes russes , et poursuivit les autres jusqu'à Etoles. Dans la journée de Vauchamp, les alliés firent de grandes pertes : dix mille prisonniers, dix

( 529 ) nait l'armée du général Sacken , qui était accouru , pendant la nuit , en apprenant l'échec de Champ-Aubert. Le général Yorck avait également quitté Château-Thierry. A onze heures, les alliés se formèrent en bataille : les divisions françaises arrivaient successivement. Napcléon aurait voulu les attendre toutes , mais à trois heures , la nuit approchant , il fit débaucher le duc de Trévise sur Montmirail, Le général Friant , avec quatre bataillons de la vieille garde , reçut ordre d'attaquer la ferme de l'Epineaux-Bois , position d'où dépendait le succès de la journée , et que les alliés défendaient avec quarante pièces <3e canon. Pour rendre cette attaque plus facile , Napoléon ordonna au général Nansouty de s'étendre sur la droite , afin d'obliger les alliés à dégarnir leur centre. Au même instant, et dans le même but. Napoléon ordonna de céder une partie du village de Marchais. Alors les troupes russes et prussiennes du centre furent abordées au pas de course par la vieille garde, ayant le maréchal Ney à sa tête. Les tirailleurs se retirèrent épouvantés sur les masses ; l'artillerie ne put plus jouer, mais la fusillade devint effroyable : le succès était

encore balance lorsque les lacuciers , les vieux dragons, les ^ieux grenadiers de la garde arrivèrent au ^rand trol sur les derrières des niasses d'infanterie , les rompirent, les mirent en desordre, et tuèrent tout (,e qui ne fut pis fait prisonnier. Le duc de Trévise s'emp»ra du village de Fontenelle ; celui de Marchais fut mis entre deux feux : tout ce qii s'y trouvait fut pris ou tue. En moins d'îiu quarl- d'heure, le plus profond silence succéda à la fusillade. IjCS alliés ne cherchèrent plus leur salut que dans la fuite. Cette journée leur coûta encore huit mille hommes tués ou prisonniers : les Français n'éprouvèrent qu'une perte bien légère comparativement.

Le lendemain matin , Napoléon fit poursuivre les alliés sur la route de Château- Thierry Thierry : ils soutenaient leur retraite avec huit bataillons qui n'avaient pas donné la Teille, étant arrivés trop tard : ces bataillons étaient appuyés par quelques escadrons el par trois pièces d'artillerie. Le général Nansouty, avec deux divisions de cavalerie , se porta , par un mouvement à droite , entre Château - Thierry el l'arrière - garde des alliés. Le général Letort, avec une division

T a février.

Comba!

de Châleaii

L'armée du prince de Schvvarizcinberg se trouva aussi entamée par la défaite du corps du général Kleist, et par celle des généraux Wittgenstien et Bianchi , qui en faisaient partie.

Cette série de triomphes inattendus releva les espérances de Napoléon : au lieu de la grande bataille qu'il avait voulu éviter, il venait de ren}porter cinq victoires mémorables; l'armée des a'îiés avait perdu plus de quatre-vingt-dix mille hommes en dix jours. Au lieu d'avoir à sauver la capitale par la paix, il croyait l'avoir sauvée par les armes. L'état des affaires avait changé; il changea de résolution. Il écrivit de Nangis à son plénipotentiaire pour lui cetirer ses pouvoirs absolus, et lui ordonner de prendre désormais ses ordres sur tous les points de la négociation : elle se suivit dès lors dans les formes ordinaires. Il ne s'agissait plus pour Napoléon d'aller au- devant des concessions qu'on pouvait exiger de lui , mais de savoir, au moyen des négociations qui se suivaient à Chalillon, quelles étaient les véritables intentions des alliés, et les sacrifices que, à la faveur des événemens qui venaient de se passer, on pouvait éviter.

Suite

«les ne'gucialiuns

(le Cli.îllllun

réTollanles des allie

Proposîiions A la fin de février, Napoléon reçut le projet du traité préliminaire remis par les alliés à Châtillon. On ne pouvait reconnaître un ultimatum dans un assemblage de propositions révoltantes. Abandonner tout ce que Napoléon avait conquis, il avait le droit d'en faire le sacrifice ; abandonner ce que la France républicaine avait conquis , il ne se croyait pas le droit de le faire : il l'aurait fait cependant, car le salut de la patrie impose des devoirs qui passent avant tout, si un traité de paix définitif eût été le résultat immédiat de tant et de si douloureux sacrifices ; mais ce n'était pas un traité définitif qu'on lui proposait , c'étaient des préliminaires de paix, c'était un armistice les armes à la main ; ou plutôt c'était un armistice par lequel la France aurait mis bas les armes, tandis que ses ennemis auraient occupe les parties de son territoire qu'ils avaient envahies, et les forteresses d'Huningue, Béfort et Besançon, dont ils exigeaient la remise, quoiqu'elles fussent situées dans les pays qu'ils n'occupaient pas. Un tel traité n'était aux yeux de Napoléon qu'une capitulation déshonorante.

llps instructions furent expédiées au duc

pièces de canon et dix drapeaux restèrent au pouvoir des vainqueurs. Ainsi, Tarniée de Silésie , forte de quatre-vingt mille hommes , fut, en quatre jours, battue, dispersée, anéantie.

Lorsque Napoléon partit de Nogent, le 9 février, pour manœuvrer sur l'armée de Silésie, il avait laissé les corps du maréchal Victor et du général Gérard en avant de Nogent , et celui du luarcchal Oudinot à Provins, chargé de la défense des ponts de Bray et de Montereau. Le maréchal Victor, ayant appris que plusieurs divisions defarmée autrichienne s'avançaient sur Nogent, fit repasser la Seine à son corps d'armée , il ne laissa que douze cents hommes dans Nogent, qui s'y défendirent pendant deux jours entiers. Les divisions autrichiennes ayant passé à Bray, le maréchal Oudinot se retira sur la rivière d' Yères , et le maréchal Victor se porta à Nangis.

Napoléon arriva le 16 février sur l' Yères, et s'arrêta à Guignes. Le lendemain, à la '7^"""

. . Bataille

pointe du jour , il marcha sur Nangis. Les de Nangis. alliés furent attaqués aussitôt. Le général Gérard déboucha sur le village deMormant; les dragons du général Treilhard, arrivant

i8 février.

( -^34 ) d'E&pagiie, le lournèrenl par sa gauche; le général Milhaud le tourna par sa droite ; le comte Drouot, s'avança avec de nombreuses batteries : dans un instant^ tout fut décidé ; les carrés formés par les divisions russes furent enfoncés ; tout fut pris , généraux, officiers : six mille prisonniers, dix mille fusils, seize pièces de canon et quarante caissons restèrent au pouvoir des Français. Le i8, le général Bianchi avait pris pocombat sition avec deux divisions autrichiennes, et

Je Monlereau.

deux divisions wurtembergeoises , sur les hauteurs en avant de Montereau, couvrant les ponts de la ville. Le général Château l'attaqua vainement, il dut se retirer : les troupes du général Gérard soutinrent le combat toute la matinée. Napoléon arriva au galop sur le champ de bataille , et fit aussitôt attaquer le plateau. Le général Pajol arriva , chargea les alliés , et les jeta dans la Seine et dans l'Yonne. Les ponts furent passés au pas de charge. Le général Bianchi fut poussé dans toutes les directions, et perdit neuf mille hommes, dont quatre mille prisonniers , quatre drapeaux , et six canons. L'armée française défila sur les ponts que les alliés n'avaient pu faire sauter.

même instant, leraaréclial Ney passa le ravin de gauche, et déboucha sur la droite des alliés. Pendant une heure la canonnade fut très-forte. Le général Grouchy déboucha alors avec sa cavalerie, et le général Nansouty passa le ravin de droite. Une fois le défdé franchi, et les alliés forcés dans leur position, iis furent poursuivis pendant quatre lieues , et canonnés par quatre-vingts pièces de canon à mitraille, ce qui leur causa une très-grande perte; mais les ravins dont ils étaient entourés pendant leur retraite, furent cause que la cavalerie française ne put les déborder, ni les entamer.

Le lendemain de la bataille de Craonne , le maréchal Ney poursuivit les alliés jusqu'au village d'Etouvelle. Le 9 , les Russes s'ëtant réunis aux Prussiens , prirent position sur les hauteurs de Laon ; Napoléon jugea qu'ils y étaient inexpugnables, et ne crut pas devoir les attaquer. Ses intentions étaient de manœuvrer sur l'Aisne.

Le 1 3 il arriva sur les hauteurs du Moulinà-vent , à une lieue de Reims , que le corps ^■'"^^"^ russe du général Saint-Priest venait d'occuper. Ce corps couronnait les hauteurs en avant de Reims. Le maréchal Marniont ,

I i mari:.

Combat Je Reims.

formant l'avant-garde française, l'atlaqua , et la division du général Merlin cerna et prit plusieurs bataillons de Landwehr prussienne. Le général Sébasliani attaqua la ville : les gardes d honneur chargèrent entre la ville et les Russes, qu'elles jetèrent dans le faubourg. Le généml Krasinski , ayant coupé la route de Keims à Bery-aubac , les alliés abandonnèrent la ville, et se retirèrent en désordre partie sur Châlons , partie sur Réthel , et sur Laon. Les Français firent à celte bataille, cinq mille prisonniers , et prirent en outre vingt-deux pièces de c^non et cent voitures.

19 mars. jNapoléou, qui n'avait pu encore parvenir

à connaîlre le véritable viltimatum des alliés, envoya de Reims, quelques jours après la bataille de Craonne, de nouveaux pouvoirs à son plénipotentiaire pour terminer, avec cette seule restriction, qu'il ne signerait aucun traité dont l'évacuation du territoire et le renvoi des prisonniers faits de part et d'autre ne seraient pas le résultat immédiat. Son courrier rencontra leduc de Vicence à quelques lieues de Châtillon. Les alliés, avaient fixé , comme à Prague, un terme fatal pour la durée des négociations : elles étaient rompues.

«lu congrès de Chàtillun

(537 ) de Vicence pour la rédaction d'un contreprojet. Le projet des alliés fut envoyé à Vimpératrice avec ordre de le soumettre à un conseil extraordinaire convoqué à cet effet, et composé principalement des hommes qui avaient exercé de l'influence aux différentes époques de la révolution, et qui avaient été élevés anx grandes fonctions de l'Empire. Un seul repoussa le projet avec indignation , comme la proposition la plus déshonorante dont l'histoire de France eût jamais fait mention , et connue une loi honteuse à laquelle l'honneur même ne permettrait pas aux Français de rester soumis ; les autres furent d'avis d'obéir à la nécessité.

Cependant , les hostilités continuaient toujours , et ce fut vainement que des commissaires nommés par toutes les parties belligérantes furent réunis à Lusigny pour traiter des conditions d'une suspension d'armes : ils ne purent s'accorder sur la ligne de démarcation. Il fallut se battre tous les jours.

Les débris de l'armée de Blucher s'étaient réunis à Châlons -sur-Marne , où les cadres furent reformés au moyen des réserves et des recrues arrivées de Mayence ; ces

8 mai ;■.

Balaiile

lie Craoïinc.

( 538 ) nouvelles Iroupes avaient passé T Aube à Arris , et l'armée alliée dite du nord, compoposée de quatre divisions russes et d'une division prussienne , était venue remplacer à Reims et à Châlons , l'armée de Silésie. Napoléon était rentré à Troyes; mais il dut bientôt se porter d'un autre côté , où l'armée alliée du nord faisait des progrès. Les alliés s'étaient divisés en deux corps d'armée ; les huit divisions russes de Sacken et Witzingerode avaient pris position sur les hauteurs de Graonne , et les corps prussiens sur les hauteurs de Laon. Napoléon arriva le 6 mars devant les Russes : les hauteurs de Craonne furent attaquées et enlevées. Les Russes se retirèrent, et prirent position, le 7, sur une autre hauleur, ayant leur droite et leur gauche appuyée à des ravins, et un troisième ravin devant eux. Un seul passage d'une centaine de toises joignait cette posilion au plateau de Craonne, mais il était défendu par soixante pièces de canon. Le maréchal Victor avec deux divisions de la jeune garde chassa les Russes de l'abbaye de Vaucler, à laquelle ils avaient mis le feu, et passa le défilé. Le général Drouot le franchit aussitôt avec plusieurs batteries. Au

lionalc, et < elle jeunesse si brillaiile cJe.s écoles, se coiivrirenl de gloire; les alliés ciireni plus de douze mille hommes hors de combat ; mais ils étaient trop nombreux pour qu'on put espérer de les contenir avec les faibles ressources réunies pour couvrir Paris, A 5 heures du soir, le maréchal Marmont demanda un armistice pour traiter de l'évacuation delà capitale, elles troupes alliées y entrèrent le lendemain matin.

Napoléon n'était plus , de sa personne , qu'à quelques lieues de Paris , lorsqu'il apprit cet événement. Il voulut marcher en avant, mais il en fut empêché par le maréchal Berthier, le duc de Vicence et le général Belliard.

Dans cette extrémité, Napoléon médita long-temps sur ce qu'il devait faire. Il lui restait de quarante à cinquante mille soldats, les meilleurs, les plus dévoués de l'univers; il pouvait à son gré maîtriser les généraux infidèles, ou les expulser sans inconvénient. Trois partis se présentaient à son esprit : le premier était de rentrer à Paris ; car il ne pensait pas qu'il existât un général assez hardi sur la terre pour oser le (ombattre avec cette immense capitale

Résoliilloiis

de

Nnpoleoii.

sur ses derrières. Il ne doutait pas que toute la population ne s'insurgeât à sa voix; il espe'rait se recruter de cent ou deux cents raille hommes ; mais les alliés , en se retirant, eussent pu brûler Paris, et ce désastre eût été considéré comme son ouvrage. Ce n'est pas que l'incendie de Paris n'eût pu devenir au fond le salut de la France, comme l'incendie de Moscou avait été celui de la Russie ; mais Wapoléon pensait qu'il est de tels sacrifices qu'il n'appartient qu'aux intéressés seuls de les exécuter.

Le second parti était de gagner l'Italie , en ralliant les vingt-cinq mille hommes de l'armée de Lyon , les dix-huit mille que le général Grenier ramenait de ce royaume , les quinze mille du maréchal Suchet, et les quarante mille du maréchal Soult ; mais ce parti était celui du désespoir, sans un résultat analogue. Ce théâtre était si éloigné que les esprits eussent eu le temps de se refroidir; et puis ce n'était plus la France, or, ce sol sacré pouvait seul porter les Français aux prodiges devenus indispensables.

Aucun de ces deux premiers partis ne

Napoléon marcha alors sur Plancy, par Epernay et la Fère-Champenoisc ; le 19, il passa l'Aube à Plancy , la Seine à un gué , et fit tourner Mery , qui était occupé par les alliés. Dès ce jour, cette partie de l'armée alliée fut en pleine retraite. Napoléon arriva le 20 à Arcis-sur-Aube ; les souverains alliés évacuèrent Troyes, et se retirèrent à Bar.

Le duc de Vicence écrivit alors au prince de Metlernich , pour lui annoncer que Napoléon venait de le metlre à même de renouer les négociations de la manière la plus franche et la plus positive , et réclama les facilités nécessaires pour arriver jusqu'auprès de ce ministre. Le duc de Yicence se flattait que la paix pourrait être conclue dans moins de quatre jours. Il se rendit aux avantpostes ; mais ce fut inutilement qu'il y attendit le laissez-passer qu'il avait demandé. Il ne restait donc plus aucun espoir de négociation.

Le 26 mars Napoléon attaqua à Saint-Dizier le corps de cavalerie du général russe W^itzingerode, qui y avait été laissé, afin de maintenir la ligne d'opérations des alliés , et de faciliter l'arrivée de l'artillerie et des munitions. Les dragons du général Milhaud,

25 mars.

Dernières tentatives

«le paix.

26 mars.

Combat

de Saint- Dixier.

des alliés sur Paris,

( 54^ ) el la cavalerie de la garde, commandée par le général Sébastian!, atlaquèrenl le corps russe, et, après plusieurs belles charges, le mirent en déroute, et lui prirent dix-huit pièces de canon et deux mille chevaux.

Mar.he Napoléou, coutinuaut de poursuivre les

alliés , arriva à Troyes le 29 mars ; mais le même jour il apprit que les Russes et les Prussiens accouraient, à marches forcées, sur Paris, et qu'il n'y avait pas un instant à perdre pour sauver la capitale. L'Empereur et son armée quittèrent Troyes à l'instant même, et se dirigèrent, avec toute la rapidité possible, au secours de Paris.

jo mars Mais déjà , le même jour , les alliés étaient

arrivés devant Paris, après avoir acculé sous les murs de cette capitale les corps des maréchaux Mortier et Marmont. Le 3o , les troupes composant ces deux corps , quelques milliers de soldats des dépôts réunis par le général Belliard , huit à dix mille hommes delà garde nationale de Paris sous les ordres du maréchal Moncey, et les compagnies d'artilleries formées spontanément par les élèves de l'école polytechnique, furent attaqués par les masses des armées alliées. Les troupes do ligne, la garde na-

Combat •le Paris

( 545 ) parut praticable : res( ait le troisième, qui consistait à dispiiler le terrain pied à pied. Il était maître de toutes les places fortes de France et d'Italie; il aurait long-temps encore entretenu la guerre , et bien des chances de succès s'offraient aux calculs ; mais ses ennemis de'claraient à l'Europe qu'il était le seul obstacle à la paix, il n'hésita pas sur le sacrifice qui semblait lui être demandé dans l'intérêt de la France. Après avoir tout fait pendant vingt ans pour le bonheur et la gloire du peuple français , il se décida à remettre à la nation la couronne qu'il avait reçue d'elle.

Toutefois, il dépêcha, à l'empereur Alexan- 4 avril. dre, le duc de Vicence et une députation de ^'"i'"''» maréchaux dans laquelle il comprit le ma- Napoléon réchal Marmont , un de ceux qu'il chérissait davanlage. Ils étaient chargés d'offrir l'abdication de TEmpereur en faveur de son fds. Napoléon espérait par là faire encore quelque chose pour la France ; ménager son indépendance, et assurer la durée de ses institutions actuelles. Alexandre , qui déjà depuis plusieurs jours avait donné une déclaration publique par laquelle il annonçait ne vouloir plus traiter avec Na-

( 546 ) poléon ni aucun des membres de sa famille, fit ne'anmoins débattre la chose contradictoirement avec le parti du Sénat, qui avait prononcé la déchéance. Les maréchaux parlaient vivement et au nom de toute l'armée. Alexandre en était ébranlé, et le parti de la régence semblait devoir l'emporter, quand arriva la nouvelle de la défection du duc de Raguse, qui raffermit aussitôt Alexandre dans sa détermination antérieure. Cette circonstance nouvelle devint un trait de lumière à ses yeux , il crut y trouver la preuve que la volonté de l'armée n'était pas unanime, et, dès lors, écartant tout ménagement , il se prononça inflexible. Ainsi , les malheurs de cette époque sont dus aux défections des chefs du sixième corps et de l'armée de Lyon, et aux intrigues qui se tramaient dans le Sénat.

N'ayant pu rien obtenir de l'empereur Alexandre , on revint alors auprès de Napoléon, on l'entoura, on le pressa , on le harassa pour son abdication pure et simple. Il céda, non sans de grands combats intérieurs, et la dicta en ces termes :

« Les puissances alliées ayant proclamé

( 547 ) que l'empereur Napoléon était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe , l'empereur Napoléon , iîdèle à son serment , déclare qu'il renonce, pour lui et ses héritiers , aux trônes de France et d'Italie, parce qu'il n'est aucun sacrifice personnel , même celui de la vie , qu'il ne soit prêt à faire à l'intérêt de la France. »

Napoléon.

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