CHAPITRE XI
Campagne de Napoléon contre le maréchal Alviuzi.
Dfcs l’instant où Wurmser fut bloqué dans Mantoue , l’armée française n’eut plus d’ennemi devant elle; mais les soldats étaient si fatigués , qu’ils avaient besoin de prendre du repos. Les divisions furent alors cantonnées à Trente, à Bassano, à Vérone, etc. Le blocus de Mantoue resta sous le commandement du général Rilmaine. La garnison de cette place faisait d’abord de nombreuses sorties; affaiblie bientôt par les pertes qu’elle éprouvait toujours, et par les maladies, elle devint moins turbulente. On espérait que le manque de vivres ne tarderait pas à se faire sentir, et que la garnison capitulerait ; mais les secours que la place avait tirés de Modène et des lieux voisins, pendant les deux levées du siège, l’avaient mise à même de tenir plus long-temps qu’on ne le croyait. Contre toute probabilité, les Français devaient encore détruire deux autres armées autrichiennes, et remporter de nou-
velles victoires, avant que ce boulevart de l’Italie fût en leur pouvoir.
Le conseil aulique ne se découragea pas par les revers de Beaulieu et deWurinser; il avait d’ailleurs éprouvé quelques compensations en Allemagne. Il sentit donc le besoin de faire de nouveaux efforts pour rétablir les affaires d’Italie. Deux armées furent rassemblées dans le mois d’octobre ; l’une occupa le Tyrol, l’autre le Frioul; on les plaça sous les ordres du maréchal Alvinzi : ses instructions portaient de marcher pour sauver Mantoue.
L’aimée française avait aussi reçu douze bataillons de renfort ; le moral des soldats était excellent : ils étaient pleins de confiance dans leur chef; l’artillerie était nombreuse et la cavalerie bien montée. Depuis quelques mois, l’opinion était bien changée en Italie : les peuples s’étaient associés à nos succès ; leur liberté, leur indépendance s’y trouvaient attachées , et aucune considération politique ou religieuse ne pouvait plus les empêcher de faire cause commune avec la république française.
A la fin d’octobre , le maréchal Alvinzi porta son quartier-général à Conegliano , derrière la Piave. Masséna , placé à Bassano, l’observait. I)’un autre côté, Davidowich avait réuni dix-
6 novembre.
Bataille de la Brenti.
huit mille hommes dans le Tyrol, que Vaubois devait contenir de Trente. Le grand quartiergénéral de Napoléon se trouvait à Vérone. Le projet d’Àlvinzi était d’opérer dans Vérone même sa jonction avec Davidowich, et de là marcher sur Mantoue. Alvinzi ayant commencé son mouvement sur la Brenta avec quarante mille hommes, Masséna dut se retirer sur Vicence ; Napoléon l’y rejoignit avec la division Augereau et la réserve.
Le 6 novembre, à la pointe du jour, Napoléon marcha pour livrer bataille à Alvinzi. Masséna attaqua l’avant-garde, et, après un combat de plusieurs heures, il la rejeta sur la rive gauche de la Brenta , lui tua beaucoup de monde et lui fit des prisonniers. Napoléon, à la tète de la division Augereau, rejeta sur Bassano tout ce qui lui était opposé; mais il fallait passer le pont ce même jour, et s’emparer de la ville. On éprouva un retard de deux heures pour enlever un village; et lorsque enfin les troupes françaises arrivèrent au pont , la nuit était close, il fallut remettre au lendemain à en forcer le passage.
A deux heures du matin , Napoléon reçut des nouvelles de la division Vaubois: elle avait été repoussée et débordée ; sa position était critique, et pouvait en outre compromettre
toute l’armée. Il n’y avait pas à hésiter : Napoléon dut aussitôt abandonner son projet de rejeter Alvinzi au-delà de la Piave, pour courir sur Vérone si vivement menacée. Il ordonna aussitôt de réunir tous les corps qu’on trouverait sur les positions de laCorona et de Rivoli. L’armée rétrograda , au grand étonnement des habitans qui venaient d’être témoins de ses succès; Alvinzi se retirait aussi de son côté ; mais dès qu’il fut instruit de la retraite des Français , il revint sur la Ërenta. Napoléon arriva sur le plateau de Rivoli , et maltraita les troupes de Vaubois qui demandèrent à aller à l’avant-garde.
Le maréchal Alvinzi, battu sur la Brenta, se trouvait cependant maître de tout le Tyrol, et de tout le pays entre la Brenta et l’Adige. Il ne lui restait plus qu’à passer l’Adige pour faire sa jonction avec Davidowich : mais l’armée française s’était concentrée à Vérone, et ce passage devenait bien difficile à opérer. Les Autrichiens s’étaient mis en opposition, leur gauche aux marais d’Arcole , et leur droite au mont Olivetto; leur général semblait disposé à y recevoir la bataille.
Le 1 1 novembre, l’armée française passa les ponts deVérone, et culbuta l’avant-garde ennemie. La nuit, on prit position au pied de
ix novemi>r*. Caldiero. Alvinzi s’était couvert par des re-
Bataille ‘
lit Caldiero. doutes formidables , sa gauche était inexpugnable, mais sa droite parut mal appuyée. Elle fut attaquée par Masséna ; le feu s’engagea sur toute la ligne et se soutint toute la journée malgré la pluie qui tombait par torrens. L’artillerie française ne pouvait faire aucun mouveement, tant les terres étaient trempées. Çette bataille n’eut aucun résultat : les deux années bivouaquèrent dans leurs positions respectives. la pluie continua toute la nuit. Napoléon jugea convenable de rentrer dans son camp en avant de Vérone; les avantpostes autrichiens s’avancèrent alors , et la situation de l’armée française devint vraiment critique. Vaubois avait fait des pertes considérables ; les autres corps qui s’étaient battus sur la Brenta et à Caldiero, ne comptaient plus que treize mille hommes; le sentiment de la supériorité des forces de l’ennemi était dans toutes les tètes. Alvinzi ne doutait plus de la délivrance de Mantoue et de la conquête de l’Italie. Napoléon releva , par des ordres du jour, le moral des troupes, et les prépara ainsi aux grandes choses qu’elles (levaient encore faire.
o iG *"7 L’armée française semblait réduite partout
b«i>; i» à la défensive. Tout à coup , dans la soirée du
d'Arcoie.
>4 novembre, le camp de Vérone prend les armes; trois colonnes traversent la ville en silence, et vont se former sur la rive droite de l’Adige. L’beure du départ, la direction, le silence, tout fait présager une retraite. L'anxiété se peint sur toutes les figures; les habitans suivent , le cœur séri é , les mouvemens de cette armée qui emporte toutes leurs espérances. Quinze cents hommes seulement restent dans Vérone, sous les ordres du général Kilmaine, en fermant les portes et interdisent toute communication avec la rive gauche de l’Adige, afin de laisser l’ennemi dans l’ignorance des mouvemens de l’armée.
Napoléon, au lieu de prendre la route de Peschiera , comme tout semblait l’annoncer , longe l’Adige et arrive avant le jour au village de Ronco , où le général Andréossi venait de faire jeter un pont. Par un simple à gauche, l’armée se trouve sur l’autre rive. Officiers et soldats commencent à deviner les intentions du général en chef: il veut tourner Caldiero, et ne pouvant lutter en plaine, il porte son champ de bataille sur des chaussées où le nombre ne pourra rien contre le courage : l’espoir de la victoire ranime tous les cœurs.
Trois colonnes s’engagèrent sur les trois chaussées qui partent du pont de Ronco.
( uG )
L’une remonta l’Adige; celle du centreseporta sur Arcole. Les Français se trouvèrent ainsi sur les derrières des Autrichiens. Alvinzi, apprenant que tout était tranquille à Vérone, crut que ce mouvement n’avait été fait que par des troupes légères, et se contenta d’envoyer deux divisions pour les chasser. Ces deux divisions furent enfoncées, et presque entièrement détruites dans les marais par Masséna et Augereau. Il fallait alors s’emparer d’Arcole , défendu par des Cf oates , aûn d’occuper le pont de Villanova, qui était la seule retraite d’ Alvinzi; mais Arcole résista à plusieurs attaques. Napoléon voulut essayer un dernier effort; il saisit un drapeau, s’élance sur le pont et l’y place. La colonne qu’il conduisait était déjà à moitié du pont , lorsque l’arrivée d’une division ennemie et un feu de flanc firent manquer l’attaque. Les grenadiers de la tête se trouvèrent abandonnés par ceux de la queue ; mais , ne voulant pas laisser leur général , ils l’entraînèrent avec eux au milieu des morts et des mourans ; il fut précipité dans un marais , où il se trouvait au milieu des ennemis; les grenadiers s’aperçurent du danger de Napoléon, un cri spontané se fit entendre : En avant pour sauver le général ! Ces braves revinrent au pas de course sur
l’ennemi, le repoussèrent au-delà du pont, et Napoléon fut sauvé. Cette journée est considérée comme celle du dévouement. Lannes , blessé, accourut se placer entre l’ennemi et Napoléon , et reçut trois nouvelles blessures, sans vouloir le quitter. Muiron, aide-de-camp du général en chef, le même qui s’était tant distingué au siège de Toulon , fut tué en couvrant le corps de son général : plusieurs autres généraux se firent tuer sur le pont en ramenant les troupes en avant.
Quelques instans après ceterrible moment, une brigade française ayant passé l’Adige à Albaredo, prit Arcole à revers; mais déjà Alvinzi , instruit du véritable état des choses, et sentant le danger de sa position , avait abandonné Caldiero, détruit ses batteries, et fait passer le pont à son artillerie et à ses parcs. Les soldats français virent avec douleur cette proie leur échapper : ils jugèrent alors toute l’étendue du plan de Napoléon , et sentirent quels auraient pu être les résultats d’une combinaison si profonde et si hardie.
Arcole fut pris sans coup férir , mais alors il n’avait plus la même importance : Caldiero était évacué, et Vérone ne courait plus aucun danger. On avait fait un grand nombre de prisonniers , qui , en défilant au milieu
du camp , remplirent les soldats d’enthousiasme et de confiance.
Cependant, Napoléon n’était passanscrainte sur la situation de Vaubois; il sentait que si ce général avait été battu par Davidowich , le blocus de Mantoue et la retraite de l'armée pouvaient à la fois être compromis, s’il ne prenait des dispositions analogues. Dans l'ignorance de ce qui s’était passé, il fit évacuer Arcole , et replia l’armée sur la rive droite de l’Adige, ne laissant qu’une brigade de l’autre côté. Alvinzi, apprenant la marche rétrograde des Français, fit occuper Arcole, et dirigea deux colonnes sur les digues. Napoléon apprit , à quatre heures du matin , que Vaubois était en position , et que Davidowich n’avait pas bougé. L’année prit alors les armes , repassa le pont de Ronco au pas de charge, tomba sur les deux divisions ennemies , les rompit, et les poursuivit jusqu’aux marais. Ainsi , deux nouvelles divisions d’Alvinzi furent défaites dans cette seconde journée. Le soir , par les mêmes motifs de la veille , Napoléon fit encore une marche rétrograde , et concentra son armée sur la rive droite de l’Adige.
Le lendemain , Alvinzi croyant que les Français avaient marché sur Mantoue , dé-
boucha de son camp sur Ronco. Au même instant , Napoléon apprenait que Davidowich n’avait point fait de mouvement, ce qui le mettait à même d’agir sans crainte contre Âlvinzi. L’armée repassa , pour la troisième fois , le pont de Ronco; les colonnes se rencontrèrent à moitié des digues : le combat fut long-temps opiniâtre et indécis; mais une brigade, placée par Napoléon en embuscade, ventre à terre, se releva si à propos , qu’elle culbuta toute une colonne de Croates darts les marais , où ils périrent tous. Masséna,qui venait d’éprouver des vicissitudes , marcha alors à la tète de ses troupes, son chapeau au bout de son épée, et fit un horrible carnage de la division qui lui était opposée. A midi , le général en chef jugea que le moment d’en finir était arrivé ; il ordonna de sortir des marais , et d’aller attaquer en plaine Alvinzi affaibli. Ces trois journées avaient tellement relevé le moral des soldats français , que la victoire était alors assurée. A deux heures , les armées étaient en présence; la canonnade fut vive sur toute la ligne. Qùelques troupes arrivèrent alors sur les derrières de l’ennemi; il fut mené battant toute la soirée. Alvinzi avait perdu dix-huit mille hommes dans les trois journées d’Arcole, dont six mille prison-
niers , quarante-huit drapeaux , et dix-huit pièces de canon étaient aussi restés en notre pouvoir. Les débris de son armée ne tenaient plus nulle part, et son arrière-garde avait déjà évacué Montebello , au moment où les derniers rapports arrivaient au quartier-général. Napoléon , jugeant dès lors qu’il n’aurait rien à faire de quelques jours sur la rive gauche de l’Adige, se porta vers Vérone, pour aller attaquer l’armée du Tyrol. L’armée française rentra triomphante dans cette ville, par la porte de Venise, trois jours après en être sortie mystérieusement par celle de Milan. L’étonnement et l’enthousiasme des habitans furent au comble. Us firent un accueil attendrissant aux soldats français; mais Napoléon ne s’arrêta que quelques instans à Vérone. L’armée passa l’Adige , joignit Vaubois à Rivoli; Augereau lit quinze cents prisonniers , et Davidowicli fut rejeté dans le Tyrol. On ne l’y suivit pas , parce que l’armée était accablée de fatigue.
Après les journées d’Arcole , le maréchal Alvinzi s’était retiré sur la Brenta, où il recevait journellement des renforts du Rhin et de l’intérieur de l’Autriche. Au commencement de janvier 1 797 , son armée se composait de soixante et dix mille combattans , non
compris la garnison de Mantouc. Wurmser avait l’assurance d’être bientôt secouru : dans tous les cas, il avait ordre de ne pas se rendre, et de se retirer sur la Romagne, lorsqu’il serait obligé d’évacuer la place.
L’armée française avait aussi reçu quelques légers renforts ; mais ils compensaient à peine les pertes d’Arcole et du blocus de Mantoue. On comptait en tout quarante-trois mille hommes , dont trente et un mille seulement à l’armée d’observation sur l’Adige. Cette fois , l’armée autrichienne devait opérer sur deux points bien distincts : le premier était celui de Vérone ; l’autre , le Bas-Adige. Alvinzi , avec quarante-cinq mille hommes , avait établi son quartier à Roveredo : le général autrichien Provera, commandant une autre armée de vingt mille hommes, était à Padoue.
Napoléon avait organisé plusieurs bataillons d’Italiens , qu’à la première nouvelle des mouvemens de l’ennemi , il fit camper sur les frontièresde laTranspadane, avec trois mille Français tirés de Bologne. Ces troupes étaient destinées à tenir en échec celles du Pape, avec qui les négociations étaient rompues.
Après avoir fait ses dispositions , Napoléon se rendit à Vérone. Il y arriva pendant le combat de Saint-Michel , où Masséna avait
l4 j«nti«r.
Bataille de Rivoli.
rompu l'ennemi , et fait quelques prisonniers.
Suivant son système , le général en chef fit concentrer dans la nuit toutes ses troupes, afin de pouvoir les porter là où aurait lieu la véritable attaque de l’ennemi. Les rapports firent croire que cette attaque se ferait du côté de Montebaldo, et que le plus grand danger était de ce côté. Toutes les troupes françaises se mirent alors en marche pour Rivoli, à l’exception de la division Augereau, qui fut envoyée sur le Bas-Adige, pour disputer le passage de ce fleuve au général Provera.
Napoléon arriva à deux heures du matin à Rivoli, d’où il put observer la ligne des feux ennemis : il paraissait avoir placé cinq divisions, de manière à attaquer par divers points. Joubert reçut aussitôt l’ordre de reprendre l’offensive; la fusillade s’engagea avec une des colonnes ennemies; au point du jour, elle était repoussée. Une autre colonne autrichienne pressa alors sa marche sur le plateau de Rivoli; en moins d’une heure, cette seconde colonne fut battue et rompue par Masséna. Une troisième colonne courut au secours de celle maltraitée par Masséna, et voulut déboucher sur le plateau; mais l’artillerie française mitrailla tout ce qui se présenta. La cavalerie chargea alors avec la plus grande in-
trépidité, et l’ennemi fut culbuté dans lé ravin. Tout ce qui avait débouché, infanterie, cavalerie, fut pris. Pendant ce temps, Une quatrième colonne ennemie arrivait à la position qui lui avait été indiquée : elle se déploya sur les hauteurs de Pipolo, croyant avoir tourné l’armée française : il était trop tard : cette colonne n’arriva que pour voir la déroute des trois autres divisions, et pour pressentir le sort qui l’attendait; mitraillée long-temps, et bientôt après débordée, elle fut dispersée et détruite.
Le reste de l’armée d’Alvinzi, n'ayant prt arriver à temps, se rendit inutile. La retraite devint pénible à exécuter ; il l’opéra par l’escalier , non sans peine, et sans éprouver de nouvelles pertes. Sept mille prisonniers, douze pièces de canon, et des drapeaux, furent le résultat de la bataille de Rivoli; l’armée d’Alviuzi se trouvait réduite à la moitié, et dans un désordre épouvantable. Durant cette journée, Napoléon fut souvent entouré par les ennemis , et eut plusieurs chevaux tués sous lui.
Cependant, le même jour, le général Provera avait passé l’Adige près Legnago, et marchait sur Mantoue. Augereau ne put l’attaquer que 1» 1 5 : il prit les pontons et la garde ; mais
Provera avait une marche sur lui, et le blocus de Mantoue se trouvait compromis. Napoléon apprit , sur le plateau de Rivoli , les dispositions que faisait le général Provera pour passer l’Adige ; il prévit dès lors ce qui arriverait. Laissant aussitôt à Masséna , à Murat et à Joubert, le soin de poursuivre Alvinzi , il partit avec une seule division pour se rendre devant Mantoue. Il arrivait à Roverbello au moment où Provera faillit surprendre Saint -Georges. Heureusement les Autrichiens furent reconnus, et Miollis se défendit toute la journée , ce qui donna le temps aux renforts de Rivoli d’arriver.
Le général Provera était parvenu , dans la journée du 1 5 , à communiquer avec le maréchal Wurmser; ils avaient ensemble concerté leurs opérations du lendemain.
Le 1 6 janvier, au jour, Wurmser sortit avec la garnison de Mantoue, et prit position à la Favorite. Napoléon avait , dans la nuit , placé sa division de manière à empêcher la jonction de cette garnison avec le corps de Provera. Serrurier, avec les troupes du blocus, attaqua la garnison; et Napoléon ordonna «au général Victor de marcher sur l’armée de secours La 55e, qui acquit à cette bataille le nom de Terrible , aborda la ligne autrichienne et renversa tout ce qui voulut lui résister. Ay bout
de quelques heures la garnison fut rejetée dans la place. Provera fut alors obligé de capituler et de poser les armes ; tout resla au pouvoir du vainqueur. L’arrière -garde de Provera fut en même temps battue et prise par Augereau. Enfin , des vingt mille hommesque le général autrichien avait sous ses ordres, deuxmilleseulemen t restés derrière l’Adige, purents’échapper.
Du côté de Rivoli , le maréchal Alvinzi fut poussé si vivement, qu’on lui coupa et prit encore six à sept mille hommes. Trente, Bassano et Trévise furent occupés par les troupes françaises. Les débris de l’armée autrichienne ne trouvèrent de salut que derrière la Piave, ou derrière les neiges qui couvraient le Tyrol autrichien.
Mantoue, le constant objet de tous les efforts des Français , le boulevart de l’Italie , ne pouvait tenir long-temps après cette campagne: on savait que la garnison était à la demi-ration. Wurmscr tint pourtant encore tout le mois de janvier; mais lorsqu’il n’eut plus que trois jours de vivres, il envoya le général Klénau au quartier-général pour connaître les conditions qu’on lui ferait. Napoléon , voulant honorer l’âge , la bravoure et les malheurs de Wurmser, eut pour lui les procédés les plus généreux , et lui accorda au-delà de tout ce
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qu’il pouvait espérer. La capitulation fut si- >797- gnée le a lévrier : vingt raille hommes , dont Capitulation douze raille combattons , et trente-quatre gé- ,lc néraux ainsi que tout l’état-major du maréchal,
Mantoue. , 1 ■*
défilèrent devant le général Serrurier. Napoléon ne voulut point assister à un spectacle aussi flatteur : il s’était mis en marche pour la Romagne. Wurmser lui écrivit pour lui exprimer toute sa reconnaissance , et , quelques jours après , ce fut ce vieux maréchal qui l’instruisit d’une trame d’empoisonnement ourdie contre sesjours. Napoléon dut peut-être la vie à celui qu'il avait vaincu tant de fois, et dont il s’était fait un ami par la générosité de ses procédés.
Ce fut après la reddition de Mantoue que le général en chef de l’armée d’Italie envoya au Directoire les drapeaux pris sur les ennemis de la France dans ces mémorables campagnes. Le général Bessières en présenta soixante et onze pris dans les diverses batailles livrées par les Français, et le général Augereau fut chargé d’en apporter soixante autres trouvés dans Mantoue. La vue de ces trophées excita en France des transports d’admiration pour l’armée qui les avait si vaillamment conquis, et pour le jeune général qui était à la tète de ces braves.
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