‹ Histoire de Napoléon d'après lui-même, publiéeChapitre 30 sur 54 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Préparatifs de guerre maritime , et négociations. — Concordat avec le Pape. — Présidence de la république cisalpine. — Traité d’Amiens. — Amnistie des émigrés. — Légion-d’Honneur.

Malgré le traité de Lunéville, il restait encore bien des ennemis à la République française; mais elle était parvenue à un si haut degré de gloire et de prospérité, qu’il était facile de prévoir que le moment, tant désiré par les nations , d’une paix générale était enfin arrivé. L’Angleterre étant la seule puissance qui pût mettre obstacle à cette paix, il fallut lui en imposer. On ne parla plus que d’un débarquement en Angleterre; une armée de deux cent mille hommes fut réunie au camp de Boulogne et dans les environs, et une immense quantité de bateaux plats, destinés à transporter cette armée aux bords de la Tamise, furent rassemblés dans tous les ports du nord de la France.

Camp

de Boulogne,

ag leplembre.

Paix »vec le Portugal , la Bavière , la Russie et la Porte.

Tenta tires de Nelson contre la flottille.

Pendant que ces préparatifs se faisaient sous les yeux des Anglais, une autre armée française se réunissait à Bayonne, pour aller forcer le Portugal à renoncer à son alliance avec l’Angleterre : cette armée avait été placée sous les ordres du général Leclerc , beau-frère du premier Consul. Le Portugal, tout-à-fait sous l’influence anglaise, se refusa d’abord aux propositions qui lui furent faites par la République; mais, dès qu’il se vit menacé d’une invasion, il changea de politique, et fit sa paix avec la France. Elle fut signée le ag septembre 1 80 1 , jour même de la ratification d’un traité entre la France et la Bavière. Quelque temps après, lurent également publiés les traités de paix que la république française venait de conclure avec la Russie et la Porte Ottomane. Il ne restait donc plus , vers la fin de l’année i 80 i , que l’Angleterre avec laquelle la France fût encore en guerre.

Nelson reçut l’ordre d’aller détruire la flottille de Boulogne, que les Anglais avaient méprisée jusqu’alors. Il se présenta avec trente vaisseaux de ligne, un grand nombre de brûlots, de canonnières et de bombardes; mais il trouva l’amiral Latouche en position devant la rade. La flottille et les batteries forcèrent bientôt Nelson à se retirer à Déal. Toutefois,

ne se rebutant pas, Nelson reparut douze jours après avec soixante et dix voiles; et, toujours fidèle à sa manœuvre d’Aboukir, il voulut tenter de détruire d’un seul coup toute l’armée navale qui restait à la France. Mais, malgré l’obscurité de la nuit, Nelson, qui croyait surprendre le port et la flotte , fut obligé de rallier à la pointe du jour , et de se retirer avec une perte de deux cents hommes.

Ce léger avantage était une véritable victoire : la France et l’Angleterre le jugèrent ainsi. La guerre continua avec plus de fureur jusqu’au moment où l’Angleterre elle-même demanda à traiter de la paix.

Pendant que d’un côté la république fran- Noo»eii.

. . . . . . rxp^dilion

çaise signait la paix avec quelques-uns de ses j'Egïrt.. ennemis , et qu’elle traitait secrètement avec le plus puissant, la sollicitude du premier Consul s’était portée sur son armée d’Égypte.

Cinq mille cinq cents hommes , sous les ordres du général Sahuguet, avaient été embarqués avec le plus grand mystère , sur sept vaisseaux de ligne commandés par Gantheaume. Cet amiral fut assez heureux pour sortir de Brest, et pour entrer dans la Méditerranée sans être aperçu par les escadres anglaises ; mais , près d’aborder en Égypte, il se crut compromis, et courut se réfugier dans le port de Toulon. Le

Concordat avec le Pape.

premier Consul, qui voulait à tout prix Conserver la colonie d’Égypte , fit repartir Gantheaume, qui ne fut pas plus heureux à sa seconde ni à sa troisième sortie des ports de France, où il revint enfin débarquer ses troupes. Ainsi, malgré tous les efforts du premier Consul, il ne put parvenir à ravitailler l’armée d’Orient; bientôt après elle dut évacuer l’Égypte.

Depuis son arrivée au pouvoir, le premier Consul avait tout fait pour réunir tous les partis; mais les prêtres étaient encore persécutés : ils étaient divisés en trois sectes, les constitutionnels, les vicaires apostoliques et les évêques émigrés, à la solde de l’Angleterre. Il fallait faire cesser ces désordres, dissiper tous les scrupules des acquéreurs de domaines nationaux , et rompre le dernier fil par lequel l’ancienne dynastie communiquait encore avec le pays. Le premier Consul crut qu’un concordat avec le Pape était nécessaire pour atteindre ce triple but. Ce concordat fut signé le 1 5 juillet 1801 ; il mit fin à toutes les divisions, et fit sortir de ses ruines l’Église catholique, apostolique et romaine. Napoléon releva ainsi les autels, prescrivit aux fidèles de prier pour la République, et destitua définitivement les évêques rebelles qui préféraient

les affaires du monde et les intérêts terrestres aux affaires du ciel et à la cause de Dieu.

Jamais Napoléon ne s’est repenti d’avoir fait le concordat de 1801, et les propos qu’on lui prête à cette occasion sont faux : il n’a jamais dit que le concordat fut la plus grande faute de son règne ; ce grand œuvre avait eu des résultats trop importans pour qu’il se repentit de l’avoir accompli: il avait consommé le vente, sans aucune indemnité, de [\oo, 000,000 de biens du clergé. Napoléon disait , au contraire, que si le Pape n’avait pas existé, il eût fallu le créer pour cette occasion. Il est vrai que le concordat reconnaissait dans l’État un pouvoir étranger, propre à le troubler un jour; mais il ne l’introduisait pas , il existait de tout temps. Maître de l’Italie , Napoléon se considérait comme maître de Rome, et cette influence italienne lui servait à détruire l’influence anglaise.

Le premir Consul n’eut pas plus tôt relevé les >8<». autels , qu’il voulut constituer définitivement la république cisalpine. En conséquence, il d* ordonna à la consulte italienne de se réunir à Lyon , où il se rendit lui-même pour faire l’ouverture de ses séances. Cette consulte ne tarda pas à émettre le vœu d’avoir pour président de la république cisalpine le fondateur

de cette même république. Napoléon accepta ce titre le a i janvier 1 8oa , en vertu de la constitution que la consulte venait de promulguer. Ainsi, le premier Consul de la république française était en même temps le premier magistrat d’une autre république, ce qui donnait à la France une influence encore plus directe sur l’Italie.

Tr»!u"lœ ' toutefois, les négociations secrètes avec l’Angleterre avaient pris une tournure favorable à la paix , et cette puissance avait envoyé lord Cornwallis à Amiens; mais les négociateurs anglais ne semblaient se douter ni du temps, ni des hommes, ni des choses. La manière de Napoléon les déconcerta tout-àfait. On n’avait prétendu qu’amuser les Français à Amiens , on y traita sérieusement. L’affaire convenue, lord Cornwallis avait promis de signer le lendemain ; quelque empêchement majeur le retint chez lui , mais il envoya sa parole. Le soir même un courrier de Londres vint lui interdire certains articles : il répondit qu’il avait signé, et vint apposer sa signature. C’est ainsi que fut conclue, le a5 mars 180a, cette paix qui devait rendre le repos à l’Europe, et qui ne fut pour la France qu’une trêve fallacieuse.

Peu de temps après, un sénatus- consulte

ïiofil.

Couulit à fit.

du 6 mai avait prorogé de dix ans le consulat de Napoléon; et, le 2 août suivant, un autre sénatus-cousulte publia le vœu de la nation sur la question de savoir si Napoléon Bonaparte serait consul à vie. Il fut établi que trois millions cinq cent soixante-dix-sept mille huit cent quatre-vingt-cinq citoyens avaient voté librement , dont trois millions trois cent soixante-huit mille deux cent cinquante-neuf pour l’affirmative. C’est une des élections les plus remarquables dans l’histoire : Napoléon fut proclamé premier Consul à vie de la république française.

Deux actes importans avaient signalé la fin de cette époque du consulat : le premier fut la loi d’amnistie pour tous les émigrés, qui ouvrit les portes de la France à un grand nombre de malheureux , auxquels on rendit les biens non-vendus. Napoléon avait eu d’abord la pensée de composer une masse, un syndicat de tous les biens des émigrés, et de le leur distribuer, à leur retour, dans une échelle proportionnelle. Non - seulement il n’accomplit pas cette pensée, mais il opéra dans un sens opposé, et fit une grande faute. Quand il se mit à rendre individuellement, il ne tarda pas à s’apercevoir qu’il en rendait de trop riches, et ne faisait que des insolens. Tel

Amnistie des émigrés.

à qui, grâces à ses sollicitations et à ses mille courbettes, on rendait cinquante mille écus, cent mille écus de rente, n’ôtait plus son chapeau le lendemain; et loin d’avoir la moindre reconnaissance, ce n’était plus qu’un impertinent qui prétendait même avoir payé sous main la faveur qu’il avait obtenue : tout le faubourg Saint-Germain allait prendre cette direction. 11 se trouva qu’on allait recréer sa fortune, et qu’il n’en fût pas moins demeuré ennemi et anti-national. Alors le premier Consul arrêta, en opposition à la loi d’amnistie, la restitution des biens non-vendus , toutes les fois qu’ils dépasseraient une certaine valeur. C’était une injustice d’après la lettre de la loi, sans doute; mais la politique le voulait impérieusement : la faute en avait été à la rédaction et à l’imprévoyance. Cette réaction de la part du premier Consul détruisit tout le bon effet du rappel des émigrés , et lui aliéna toutes les grandes familles. Le syndicat eût pourvu à cet inconvénient, ou en eût neutralisé les effets. Pour une grande famille mécontente. Napoléon se fût attachée cent nobles de la province , et satisfait au fond à la stricte justice , qui voulait que l’émigration entière, qui avait couru une même chance, embarqué sa fortune en commun sur le même vaisseau, éprouvé

le même naufrage, encouru une même peine, obtînt même résultat. Aussi tard qu’à son retour de l’ile d’Elbe, Napoléon a été sur le point d’exécuter quelque chose de semblable.

Si on lui en eût donné le temps, il allait s’occuper des pauvres émigrés de la province que la cour avait délaissés.

Le second acte marquant de cette époque fut l’institution de la Légion-d’Honneur. Cette L'»‘oo i'Ho«-

• a ^ neur.

décoration devait être la propriété de tout ce qui honorait, illustrait son pays, était à la tête de son État, et contribuait à sa prospérité et à sa gloire. Si la Légion -d’Honneur n’eût pas été la récompense des services civils, comme des services militaires, elle aurait cessé d’être conforme à son institution ; car ce serait une étrange prétention de la part des militaires que celle d’avancer qu’eux seuls ont de l’honneur. Ce qui a mécontenté quelques officiers, c’est que la décoration de la Légion-d’Honneur était la même pour l’officier et pour le soldat.

Mais si jamais elle cesse d’être la récompense de la dernière classe de la milice , et que, par un esprit d’aristocratie, on institue une médaille pour récompenser le soldat, comme si jamais on en prive l’ordre civil , ce ne sera plus la Légion-d’Honneur.

Expédition

do

St -Domiogue.

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