‹ Histoire de Napoléon d'après lui-même, publiéeChapitre 39 sur 54 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Campagne de Wagram. — Paix de Vienne.

En voyant les embarras qui allaient assaillir Napoléon en Espagne, l’Autriche, déjà ulcérée par l’établissement de la confédération du Rhin , et piquée de ne pas avoir été appelée aux conférences d’Erfurt, se prépara silencieusement à une rupture avec la France. Toutes ses forces furent réunies, sous prétexte d’une guerre avec les Turcs, et lorsque Napoléon voulut faire expliquer le cabinet devienne, cinq cent cinquante mille Autrichiens, y compris la landwehr, étaient déjà sous les armes. L’empereur François fit alors une proclamation à son peuple, et l’archiduc Charles en fit une à son armée.

Le () avril i8og, l’armée autrichienne avait passé l’Inn, et envahi la Bavière pour la seconde fois. L’Autriche se trouvait prête avant la France , et l’était sur tous les points.

L’activité de Napoléon sembla plus grande

encore dans cette circonstance. Son armée arriva, à marches forcées, sur la rive droite du Rhin : elle était beaucoupmoins nombreuse que celle du prince Charles , mais c’étaient les soldats d’Austerlitz, d’Iena, de Friedland.

Le 17 avril, le quartier-général des Fran- ’9”riIçais était à Donawert. Le 19, la campagne kotuuu*. s’ouvrit par le combat de Tann , où le maréchal Davoust et les généraux Gudin et Morand enlevèrent toutes les positions d’un ennemi bien plus fort en nombre , lui tuèrent beaucoup de monde , et lui firent douze à quinze cents prisonniers.

Le lendemain , l’Empereur résolut de battre “ et de détruire le corps de l’archiduc Louis, d’Ab«n.i*r*. et celui du général Ililler, forts ensemble de soixante mille hommes. En conséquence, il dpnna ordre au maréchal Davoust de tenir en respect trois corps autrichiens, pendant que, avec les divisions Morand, Gudin, les Bavarois et les Wurtembergeois, il attaquerait de front l’armée de l’archiduc Louis, et qu’il ferait couper les communications de l’ennemi par Masséna, en le faisant passer sur les derrières des Autrichiens. L’ennemi, déconcerté par ces dispositions, ne combattit qu’une heure, et se retira aussitôt, laissant huit drapeaux,

ftf an il.

Combat de Land»hut.

22 avril.

Batailla d'Eckmubl

douze canons, et dix-huit cents prisonniers au pouvoir des Français.

Le combat d’Abensberg ayant découvert le flanc de l’armée autrichienne, dès la pointe du jour, l’Empereur marcha sur Landshuf. Les Autrichiens, d’abord culbutés dans la plaine, le furent ensuite sur le pont. Us abandonnèrent la ville, trente pièces de canon, neuf mille prisonniers, six cents caissons de parc attelés, trois mille voitures et trois équipages de pon t.

Le aaau matin, l’Empereur se mit en marche vers Landshut avec les deux divisions du maréchal Lannes, le corps de Masséna, la cavalerie de Nansouty et Saint-Sulpice, et la division wurtembergeoise; à deux heures après midi, il arriva devant Eckmuhl, où les quatre corps de l’armée autrichienne, formant cent dix mille hommes, étaient eu position , sous le commandement de l’archiduc Charles. Lannes déborda l’ennemi par la gauche. Au premier signal, les maréchaux Davoust et Lefebvre, et la division du général Montbrun, qui, jusqu’alors, avaient tenu en échec les corps de Rosemberg, de Hohenzollern et de Lichtenstein, débouchèrent. On vit alors un des plus beaux spectacles qu’ait offert la guerre : cent dix mille ennemis attaqués sur tous les points,

tournés par leur gauche, et successivement dépostés de toutes leurs positions. Les Autrichiens furent bientôt en pleine déroute. Leur cavalerie, forte et nombreuse, se présenta pour protéger la retraite de l’infanterie; mais elle fut abordée par les divisions Saint-Sulpice et Saint-Hilaire, qui la culbutèrent. La nuit commençait , et lacavalerie française continuait à marcher sur Ratisbonne; mais l’obscurité l’obligea enfin à s’arrêter. Poussée l’épée dans les reins, l’armée autrichienne continua de défiler toute la nuit par morceaux, et dans la plus épouvantable déroute. Tous ses blessés, la plus grande partie de son artillerie, quinze drapeaux; vingt mille prisonniers, tombèrent au pouvoir des Français : la bataille d’Eckmulh décida de toute une guerre.

Le lendemain , l'Empereur s’avança sur Ra- *3 tisbonne, que les Autrichiens eurent la bar-j.,.^" barie de vouloir défendre. On ne tarda pas à apercevoir la cavalerie autrichienne , qui prétendait couvrir la ville. Chargés et mis en pièces, huit mille hommes de cette cavalerie repassèrent précipitamment le Danube. La ville fut attaquée et prise d’assaut : tout ce qui fit résistance fut passé au fil de l’épée. Le nombre de prisonniers s’éleva à huit mille. Les Autrichiens n’eurent pas le temps de cou-

il mai.

Entrée i Vienne.

per le pont, et les Français passèrent pêle-mêle avec eux sur la rive gauche. La ville souffrit beaucoup : le feu y fut une partie de la nuit. C’est au combat de Ratisbonne que Napoléon fut blessé au talon droit d’une balle amortie : on le pansa presque malgré lui, et il remonta aussitôt à cheval.

Après la bataille d’Eckmuhl et la prise de Ratisbonne, l’armée française marcha sur Vienne, et arriva devant cette capitale le io mai. L’archiduc Maximilien commandait la place qui avait été mise en état de défense. Le général d’artillerie Lariboissière plaça trente obusiers en batterie derrière une maison du faubourg , et mit le feu dans la ville, qui ouvrit ses portes.

Cependant l’archiduc Charles s’approchait par la rive gauche du Danube. Napoléon résolut de le prévenir et de passer ce grand fleuve; la position, sur la rive droite, n’étant bonne qu’autant que l’armée aurait une tète de pont sur la rive gauche, parce que sans cela l’ennemi restait maître de l’initiative de ses mouvemens. Cette considération était d’une telle importance que Napoléon se fût reployé sur l’Ens , s’il lui eût été impossible de s’établir sur la rive gauche. L’opération du passage était fort difficile; le Danube a cinq

cents toises de large, quinze, vingt, trente pieds de profondeur, une grande rapidité. Passer une telle rivière près d’une armée, exigeait beaucoup d’art , d’autant plus qu’on ue pouvait pas s’éloigner , de peur que l'ennemi, qui avait deux équipages de pont, ne passât lui-même le Danube, et ne se portàtsur Vienne.

Napoléon se porta à deux lieues au-dessous de Vienne, vis-à-vis de lile de Lobau, qui a dix-huit cents toises d’étendue. Elle est séparée de la rive droite par le grand bras du Danube, qui a cinq cents toises, et de la rive gauche par un petit bras de soixante toises. Il résolut de s’établir dans cette île. Une fois là il se trouvait dans un camp retranché sur la gauche , il avait barre sur l’archiduc , et si ce prince se portait sur Krembs , ou tel autre point pour passer le Danube et couper sa ligne d’opérations, partant de l’ile de Lobau, les Français tombaient sur ses derrières , et le prenaient en flagrant délit.

Le général Bertrand eut ordre de jeter un pont de bateaux et de pontons sur le Danube le 19 mai; une avant-garde y passa et s’empara de l’ile. Le pont était terminé dès le matin du ao; l’armée française commença à passer; dans l’après-midi, le Danube grossit de trois pieds, les ancres des bateaux chassé-

19 mai.

J'aaiage lu Danube.

rent, le pont fut rompu; mais en peu d’heures il fut raccommodé ; l’armée continua à passer dans l’ile. Vers les six heures , Napoléon fit jeter un pont dans un rentrant sur le petit bras ; le général Lasalle s’avança avec trois mille chevaux sur Essling, battit la plaine dans tous les sens, et eut nouvelle d’une division de cavalerie autrichienne avec laquelle il escarmoucha. Il s’établit la nuit entre Essling et Gros-Arpen. Napoléon bivouaqua sur ai m>i. la rive gauche , à la tète du petit pont. Le a i , a« poDu. à la pointe du jour, il se porta sur Essling ;

P"a“tun bataillon fut posté dans une espèce de réduit crénelé au village d’Enzersdorf. Une partie des cuirassiers d’Espagne et de Nansouty passèrent; mais, à midi, le Danube grossit encore de quatre pieds; le grand pont fut emporté de nouveau; le reste de la cavalerie et les réserves du parc ne purent passer. Deux fois pendant ce jour, le général Bertrand rétablit les ponts , et deux fois ils furent rompus. Au moment de l’évacuation de Vienne, les Autrichiens avaient incendié beaucoup de bateaux qui, soulevés par la crue du fleuve, allaient frapper contre les pontons. A quatre heures de l’après-midi , le général Lasalle fit prévenir l’Empereur que l’armée de l’archiduc était en marche. Le prince de Neufchàtel monta sur

le clocher d’Essling , et fit le croquis des mouvemens de l’armée autrichienne. L’archiduc voulut attaquer par sa droite Gros-Arpen, par son centre Essling, par sa gauche En zersdorf, formant ainsi une demi-circonférence autour d’Essling. Napoléon donna l’ordre de se reployer et de rentrer dans l’ile de Lobau, en laissant dix mille hommes dans le bois en avant du petit pont; mais, dans ce moment, le général Bertrand fit dire que le Danube baissait ; qu’il avait rétabli les ponts , et que les parcs passaient. Il était tard, Napoléon résolut de rester en position ; car, si l’ennemi occupait le village d’Essling, il serait bien difficile de le reprendre , et cela coûterait bien du sang. À cinq heures, les tirailleurs s’engagèrent, la fusillade et la canonnade devinrent bientôt vives ; les cuirassiers firent plusieurs belles et brillantes charges : l’ennemi fut repoussé dans toutes ses attaques sur Gros- Arpen et Essling, et vingt-cinq mille hommes attaqués par cent mille, conservèrent réunis, pendant trois heures, leur champ de bataille. A la nuit , le placement des feux de bivouac des deux armées annonçait une journée définitive pour le lendemain.

L’armée française sur les deux rives était de vingt mille hommes supérieure à celle de

11 mai.

Bataille d'Eiiling.

l’archiduc. I>a victoire ne pouvait être douteuse ; mais , à minuit , le Danube grossit d’une manière effroyable. Le passage sur le pont fut encore interrompu, il ne put être rétabli qu’à la pointe du jour. La garde et le corps du duc de lleggio commencèrent alors leur passage; il s’opérait à pas accélérés. L’Empereur monta à cheval plein d’espoir : les destins de la maison d’Autriche allaient être fixés! Arrivé à Essling, il ordonna au maréchal Lannes de percer le centre de l’armée autrichienne, et à la jeune garde de déboucher d’Essling, pour se jeter au moment décisif sur le flanc gauche de l’ennemi, qui s’appuyait à Enzersdorf, petite ville sur la branche du Danube qui forme l’île de Lobau. Les Autrichiens sentirent l’importance de ne pas laisser percer leur ligne de bataille; mais elle était trop étendue, elle avait plus- de trois lieues, tous leurs efforts furent vains. Déjà la jeune garde marchait sur le flanc de la gauche des ennemis, lorsqu’il fallut arrêter les troupes victorieuses; les ponts étaient de nouveau rompus , tous les bateaux étaient emportés par la force du courant à une et deux lieues : il n’était plus possible de les rétablir avant plusieurs jours. La moitié des cuirassiers, le corps du maréchal Davoust , toutes les réserves d’artillerie se trou-

vaient encore sur la rive droite. Ce contretemps était affreux; mais le plan d’opération était si sage, si profondément calculé, que l’armée ne courait aucun danger, et elle pouvait toujours, au pis-aller, reprendre sa position dans l’ile de Lobau, où elle eût été inattaquable; jamais camp retranché ne fut plus fort : il était couvert par un fossé profond de soixante toises de large. Cette fâcheuse nouvelle arriva à sept heures du matin; l’Empereur envoya l’ordre aux maréchaux Masséna et Lannes de s’arrêter, et de reprendre insensiblement leurs positions. Le premier appuya sur sa gauche au milieu du village de Gros- Àrpen ( ce village a plus d’une lieue de long) ; le second entre Gros-Arpen et Essling, appuyant sa droite à ce village; ce mouvement se fit comme au Champ de Mars. L’ennemi désespéré et en retraite, s’arrêta stupéfait, ne comprenant rien à ce mouvement rétrograde des Français; mais bientôt il apprit que leurs ponts étaient emportés; son centre reprit sa première position : il était alors dix heures du matin , depuis cette heure jusqu’à quatre heures de l’après-midi, c’est-à-dire pendant six heures , cent mille Autrichiens et cinq cents pièces de canon attaquèrent vainement et sans succès cinquante mille Français n’ayant que

cent pièces de canon en position, et obligés de ménager leur feu, parce qu’ils manquaient de munitions.

Le succès de la bataille était dans la possession du village d’Essling; l’archiduc fit tout ce qu’il fallait faire, il l’attaqua cinq fois avec des troupes fraîches, le prit deux fois, mais il en fut chassé cinq fois. Enfin , à trois heures de l'après-midi, l’Empereur ordonna au général llapp et au courageux comte de Lobau , ses aides de camp , de se mettre à la tête de la jeune garde, de déboucher par trois colonnes, et de tomber au pas de charge sur les réserves de l’ennemi , qui se préparait à faire une sixième attaque. Elles furent mises en déroute, et la victoire fut décidée. L’archiduc n’avait plus de troupes fraîches, il prit position; le feu cessa à quatre heures précises, dans une saison où l’on peut se battre jusqu’à dix heures. Ainsi, pendant six heures de jour, les Français restèrent maîtres du champ de bataille.

La vieille garde, joù était l’Empereur, se tint constamment en bataille J» une portée de fusil d’Essling, la droite au Danube, la gauche du côté de Gros-Arpen.

Le soir l’Empereur se porta dans file de Lobau , et alla visiter les points où étaient les ponts. Tout avait disparu, pas un bateau n’é-

tait en place : le Danube s’était élevé à vingthuit pieds depuis trois jours. Il ordonna alors à l’armée de repasser le petit pont et de se camper dans l’ile de Lobau : le mouvement Commença à minuit ; mais le corps de Masséna coucha sur le champ de bataille, et ne passa que le lendemain à sept heures du matin. Telle fut la sanglante bataille d’Essling, dans laquelle périrent deux héros, les meilleurs amis de Napoléon, Lannes et Saint-IIilaire : il en versa des larmes. Ceux-là n’eussen t pas manqué de constance dans ses malheurs, ils n’eussent pas été infidèles à la gloire dif peuple français.

Le général Bertrand fit, en vingt jours , établir trois ponts sur pilotis, ouvrage qui fut dix fois plus difficile, plus coûteux que celui de César sur le Rhin.

Pendant ce temps, le prince Eugène, vice-roi d’Italie, qui .avait déjà battu l’archiduc Jean sur laPiave, gagna la bataille de Raab, et fit sa jonction avec la Grande-Armée.

Enfin, le icr juillet, après quarante jours de repos et de nouveaux préparatifs, pendant lesquels les deux armées se renforcèrent considérablement , Napoléon résolut de réunir toutes ses forces dans l’ile de Lobau, de déboucher sur l’armée autrichienne, et de lui livrer une bataille générale. Les généraux autrichiens

i#r juillet.

Reprise des Uo.ùlile'*.

4 juillet.

Pauage du Danube.

avaient établi des ouvrages de campagne dont la droite était appuyée à Cros-Arpen, et la gauche à Enzersdorf; les villages d’Arpen, d’Essling et d’Enzersdorf, et les intervalles qui les séparaient, étaient couverts de redoutes palissadées, fraisées et armées de cent cinquante pièces de canon de position. O11 ne concevait pas comment il était possible qu’avec son expérience de la guerre, l’Empereur voulût attaquer des ouvrages si puissamment défendus, soutenus par une armée qu’on évaluait à deux cent mille hommes, appuyée par huit à neuf cents pièces de canon. Napoléon était tranquille; plusieurs petites îles , qui battaient Enzersdorf, avaient été armées de pièces de position, d'obus et de mortiers; ces arméniens avaient tous le même but, et devaient en deux heures de temps , raser la petite ville d’Enzersdorf, en chasser l’ennemi, et détruire les ouvrages.

Le à onze heures du soir, les batteries dirigées contre Enzersdorf reçurent l’ordre de commencer leur feu; les obus brûlèrent cette infortunée petite ville , et en moins d’une demiheure , les batteries ennemies furent éteintes. A deux heures après minuit, l’armée avait qflatre ponts; elle déboucha dans l’obscurité; un violent orage et une pluie qui tombait par

torrens, rendit cette nuit aussi affreuse qu’elle était propice à l’armée française, et quelle devait lui être glorieuse.

Le 5, aux premiers rayons du soleil, tout le monde reconnut quel avait été le projet de Napoléon, qui se trouvait alors avec son armée en bataille sur l’extrémité de la gauche de l’ennemi, ayant tourné tous ses camps retranchés, ayant rendu tous ses ouvrages inutiles, et obligeant ainsi les Autrichiens à sortir de leurs positions et à venir lui livrer bataille dans le terrain qui lui convenait.

A huit heures, Masséna fit marcher une division sur Enzersdorf, qui n’éprouva pas une grande résistance, et fit prisonniers quatre bataillons autrichiens qui s’y trouvaient. Le général Oudinol enleva un château où s’étaient enfermés neufcents hommes, qui capitulèrent.

Napoléon fit alors déployer toute l’armée dans l’immense plaine d’Enzersdorf. Depuis midi jusqu’à dix heures du soir, les Français manœuvrèrent dans cette plaine, en occupant tous les villages, et à mesure qu’ils arrivaient à la hauteur des camps retranchés des Autrichiens, ils les occupaient sans résistance : ainsi, un travail de quarante jours ne fut d’aucune utilité au prince Charles. Les Autrichiens furent partout menés battant et écrasés par

Combat

['Eoiersdorf.

( 4oo )

la supériorité du feu des Français; cet immense champ de bataille resta couvert des débris de l’ennemi, qui cessa le feu, et prit position : on devait s’attendre à voir le lendemain une grande bataille.

6 juillet. L’Empereur passa toute la nuit à rassembler

Balaillo r , . . «

d# Wa6ram. ses forces sur son centre, ou il était de sa personne.

Le G, à la pointe du jour, le maréchal Bernadotte occupa la gauche, ayant en seconde ligne Masséna; le vice-roi le liait au centre, formé de sept à huit lignes. Le maréchal Davoust marcha de la droite pour arriver au centre. Son corps d’armée et celui du général autrichien Rosemberg se rencontrèrent aux premiers rayons du soleil et donnèrent le signal de la bataille; en moins de trois quarts d’heure , le beau corps du maréchal Davoust avait eu raison du corps de Rosemberg , le culbuta et le rejeta au-delà de Neusiedel, après lui avoir fait beaucoup de mal. Pendant ce temps , la canonnade s’engagea sur toute la ligne; les Autrichiens se développèrent : toute leur gauche se garnissait d’artillerie. Napoléon ordonna à Masséna de faire une attaque sur le village qu’occupaient les Autrichiens. Il ordonna en même temps au maréchal Davoust de tourner la position de Neusiedel , et de

pousser de là sur Wagram ; il fit aussi former en colonnes le général Marmont et le général Macdonald pour enlever Wagram au moment où déboucherait le maréchal Davoust.

Sur ces entrefaites, l’ennemi attaqua avec fureur le village qu’avait enlevé Masséna , et déborda la droite des Français de trois mille toises : ce fut une grande faute dont Napoléon s’empressa de profiter. Il fit marcher aussitôt le général Macdonald avec plusieurs divisions en colonnes , soutenues par la garde à cheval et par une batterie de cent bouches à feu , presque toutes de la garde : cette batterie arriva au trot à demi-portée de canon , et commença un feu qui éteignit celui des Autrichiens et porta la mort dans leurs rangs. Le général Macdonald marcha alors au pas de charge. Dans un clin d’œil , le centre des Autrichiens perdit une lieue de terrain ; sa droite , épouvantée , sentit le danger de la position où elle s’était placée, et rétrograda en grande hâte. Massénal’attaqua alorsen tête; en même temps, la gauche du prince Charles était attaquée et débordée par le maréchal Davoust qui marchait sur Wagram. Le général Odinot se dirigea aussi sur Wagram pour aider l’attaque de Davoust : cette position importante fut enlevée.

Dès dix heures , les Autrichiens ne se bat-

aG

I* juillet* Armutice de Zuaint.

\\ octobre.

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de Vienne.

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de Napoléon aprè* Wagram.

tirent plus que pour leur retraite; dès midi, elle était prononcée et se faisait en désordre ; et beaucoup avant la nuit cette armée était en pleine déroute, bien loin du champ de

La journée de Wagram à jamais célèbre, fut décisive : dix trapeaux, quarante pièces de canon , vingt mille prisonniers et treize mille blessés restèrent au pouvoir des Français. Les Autrichiens, poursuivis l’épée dans les reins, perdirent encore beaucoup de monde les jours suivons. Enfin, le 1 1 juillet, l’empereur François envoya le prince de Lichtenstein au quartier-général pour implorer un armistice : il fut conclu dans la nuit, et signé le lendemain à Znaïm. Napoléon retourna à Schtfertbrunn , où, quelques jours après, un fanatique faillit l’assassiner pendant qu’il passait une revue.

La paix fut enfin signée à Vienne le 1 4 octobre 1809. La France acquit l’illyrie et l’Istrie , et imposa à l’Autriche de nouvelles concessions de territoire en faveur de ses alliés et de l’Italie.

Toutefois, Napoléon fit une grande faute après Wagram, celle de ne pas abattre l’Autriche davantage : elle demeurait trop forte pour la sûreté de la France : c’est elle qui a

perdu cet Empire. Le lendemain de la bataille, Napoléon aurait dû faire connaître par une proclamation qu’il ne traiterait avec l’Autriche que sous la séparation préalable des trois couronnes , d’Autriche, de Bohème et de Hongrie. Et, le croira-t-on? un prince de la maison d’Autriche lui fit insinuer plusieurs fois de lui en faire passer une sur sa tète , ou même de le mettre sur le trône de sa maison, alléguant que ce ne serait qu’alors que cette puissance marcherait de bonne foi avec Napoléon : il offrait de lui donner des otages , et en outre toutes les garanties imaginables.

Napoléon s’était occupé de cette proposition; il avait même balancé quelque temps avant son mariage; mais depuis il se seütit incapable d’un pareil coup de politique : il avait des sentiraens trop bourgeois sur l’article des alliances de famille : il croyait l’Autriche devenue la sienne; il posa le pied sur un abîme recouvert de fleurs !

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