RÉSUMÉ COMPLÉMENTAIRE
Dès l’abdication de Napoléon , le Gouvernement provisoire avait fait mettre deux frégates à sa disposition: elles l’attendaient dans la rade de Rochefort . Napoléon , pressé de partir par les intrigues de Fouché , se mit en route de la ftlalmaison le 39 juin : il arriva le 3 juillet ù Rochefort. Beaucoup de propositions lui furent faites par des généraux: il persista à quitter la France.
Un lieutenant de vaisseau de la marine française , commandant un bâtiment de commerce danois, s'offrit généreusement pour le sauver; mais le 8 juillet, Napoléon gagna Fourras, et coucha à bord de la frégate la Saal. Le lendemaiu , il débarqua à File d'Aix. La croisière anglaise était devant la rade : elle n’avait pas reçu le sauf-conduit pour laisser passer Napoléon. Toutes les passes étaient bloquées; de jeunes aspirans s’offrirent pour conduire Napoléon aux États-Unis, sur des chasse-marées ; il refusa , parce qu’on aurait été obligé de prendre des vivres sur les côtes de Portugal. Les frégates avaient refusé de sortir par la faiblesse de caractère du commandant.
Le 14, le capitaine Mailland, commandant le vaisseau anglais le Bellérophon , Ct offrir à Napoléon de l’embarquer pour l’Angletrre. Napoléon accepta , ne pouvant soupçonner l’indigne Iraitementqu’on lui ménageait. Il écrivit aussitôt au prince-régent:
« Altesse Royale, en butte aux factions qui divisent mqn pays, a et à l'inimitié des plus grauJcs puissances de l'Europe , j'ai con«
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» sommé ma carrière politique. Je viens, comme Thémistoclc , m’as » seoir sur le foyer du j>eaple britannique; je me mets sou* la protection de ses lois, que je réclame de Votre Altesse Royale, n comme celle dn plus puissant, du plus constant, du plus généreux » de mes ennemis. » Napoléov.
Le géhéral Gourgaud partit sur-le-champ, sur la corvette anglaise le Slar.y , pour aller porter cette lettre au prince-régent.
Le i5 juillet, Napoléon se rendit A bord du Bellirophon; en montant sur ce vaisseau, il dit au capitaine Mailland : ° Je viens ù votre bord me mettre sous la protection de lois de l’Angleterre. »
Le lendemain , on lit voile pour l’Angleterre , et le 24 , le Bellârophon mouilla ù Torbay. Napoléon y apprit que le général Gourgaud n’avait pu communiquer avec la terre, et qu’il avait été obligé de se dessaisir de la lettre de l’Empereur. La rade de Torbay se couvrit de bateaux remplis de curieux.
Le 26, le BeUcrophon appareilla de nouveau pour se rendre à Plymouth , où il arriva le soir. Des bruits commencèrent à circuler sur la déportation de Napoléon & Sainte-Hélène; mais la magnanimité de Napoléon lui faisait repousser ces craintes. Pourtant les papiers publics ministériels de l’Angleterre se déchaînaient contre lui , et c'élait le cri des ministres préparant un coup d’Etat. Toute l’Angleterre se portait à Plymouth : des milliers de bateaux étaient réunis autour du Bellérophon; la rade ressemblait à une vaste place publique ; et lorsque Napoléon paraissait sur le pont , il était accueilli par des acclamations. Des femmes , des jeunes gens commençaient à se montrer parés d’œillets rouges. Toutes ces circonstances tournaient au détriment de Napoléon, aux yeux des ministres anglais.
Le 3o juillet , un commissaire ministériel notifia à Napoléon la résolution relative à sa déportation à Sainte -Hélène : les généraux Savary et Lallemand y étaient personnellement exclus de la suite de l'Empereur. Napoléon protesta contre cette décision dans les termes suivans.
« Je proteste solennellement ici , à la face da ciel et des hommes, contre la violence qui m'est faite; contre la violation de mes droits les plus sacrés, en disposant, par la force, de ma personne et de ma liberté. Je sais venu librement à bord da Bellérophon ; je ne sais pas prisonnier, je sais l’hôte de l’Angleterre. J’y sais venu à l’instigation même da capitaine qni a dit avoir des ordres da Gouvernement de me recevoir , et de me conduire en Angleterre avec ma suite, si cela m’était agréable. Je me sois présenté de bonne foi pour venir me mettre sous U protection des lois de l’Angleterre. Aussitôt assis à bord da Bellérophon , je fus sar le foyer da peuple britannique. Si le Gouvernement, en donnant ordre au capitaine du Bellérophon , de me recevoir, ainsi que ma suite, n’a voulu que tendre une embûche, il a forfait à 1 honneur, et flétri son pavillon.
»» Si cet acte se consommait, ce serait en vain que les Anglais voudraient désormais parler de leur loyauté, de leurs lois; la foi britannique se trouvera perdue dans l'hospitalité du Bellérophon .
» J’en appelle à l’Histoire. Elle dira qu'nn ennemi , qui fit longtemps la guerre au peuple anglais, vint librement, dans son infortune, chercher un asile sous ses lois. Quelle plus éclatante preuve pouvait-il lai donner de son estime et de sa confiance? Mais comment répondit-on, en Angleterre, à une telle magnanimité? On feignit de tendre nn main hospitalière à cet ennemi, et, quand il se fut livre de bonne foi , on l’immola. » ^apoi.éojt.
•« A bord da Bellérophon , à la iner. »
Le 4 août » ie Bellérophon appareilla spontanément de Plymoulh : on disait qu’un officier public était parti de Londres , avec tin ordre d 'habeas corpus , pour réclamer la personne de Napoléon, au nom des lois.
Le 7 août, Napoléon quitta le Bellérophon, pour passer à bord du tiorlhumhcrland , commandé par l’a-
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mirai Cockburn. Ses effets furent visités, son argent séquestré : les personnes de sasuite furent désarmées : l’ordre ministériel portait aussi d’ôter l’épée à Napoléon , mais l’amiral Keith ne roulut pas le faire exécuter.
Le lundi, 7 août i8i5, le Northumbcrland appareilla de la baie de Start pour Sainte-Hélène ; et le grand homme qui avait rempli le monde de son nom, pendant vingt ans, fut conduit sur ce rocher homicide, à deux mille lieues de l’Europe. Le ministère anglais avait réduit sa suite ù quatre seules personnes : les généraux Bertrand, Montholon, Gourgaud, le comte de Las-Cases, et les domestiques. Tous ceux qui ne purent suivre Napoléon au lieu de son exil furent ceux qui pleurèrent lors de son départ.
Le 16 octobre, soixante et dix jours après avoir quitté l’Angleterre, et cent dix jours après son départ de Paris , Napoléon posa le pied sur le rocher africain , qu’il ne devait plus quitter. Il fut d’abord logé dans la petite maison de Briars , appartenant à un négociant, et deux mois après, il fut installé è Longwood. L’horreur et les misères qu’il trouva à Sainte-Hélène, l’indignèrent: il s’en plaignit au gouvernement anglais; mais ce fut vainement. L’exercice , si nécessaire à la santé de Napoléon , devint une chose très-humiliante , par lu surveillance dont il était l’objet dans toutes ses promenades ; il fut obligé d’y renoncer , sans toutefois être délivré de ses gardiens, qui poussèrent leur insolente audace jusqu'il vouloir forcer la porte de sa chambre. Napoléon ne vécut que de privations de toutes les sortes durant sa longue agonie à Sainte-Hélène : les provisions qu’on lui envoyait étaient souvent mauvaises , et toujours exiguës. Il fut obligé de faire vendre sa vaisselle, et d’accepter quatre mille louis que U. de
Las-Cases avait à Londres, pour no pas manquer du nécessaire, lui et ses compagnons d’exil. Toute communication avec l’Europe lui avait été interdite par le ministère anglais; le gouverneur de Sainte-Hélène, sieur Hudson Lowc, semblait avoir prisé tâche de se rendre odieux par les vexations journalières qu’il faisait supporter à son illustre prisonnier.
Bientôt les souffrances physiques vinrent s’unir aux souffrances morales de Napoléon. Il fut attaqué de la maladie de foie, endémique et mortelle à Sainte-Hélène. Dès le mois d’août 1818 , le général Gourgaud fut obligé d’ccrire â la princesse Borghèse: « Napoléon » se meurt dans les tourmens de la plus affreuse et la » plus longue agonie.» Quelques mois après, le docteur O’Méara, épouvanté des progrès que faisait le mal chex son illustre malade, s’empressait d’annoncer au secrétaire de l’amirauté, • que la vie de Napoléon était en » danger s’il résidait plus long-temps dans un climat » tel que celui de Sainte-Hélène ; surtout , si les périls » de ce séjour étaient aggravés par la continuité de ces • contrariétés et de ces violations auxquelles il avait » été jusqu’alors assujetti. »
Quelques voix généreuses adressèrent les plus vives réclamations en faveur du patient de Sainte-Hélène, aux ministres réunis en congrès à Aix-la-Chapelle. D’autres osèrent intercéder auprès des empereurs de Russie et d’Autriche. Le congrès et les monarques restèrent sourds aux cris de l’humanité.
En juin 1 8a 1 , le docteur O’Méara écrivit de nouveau à lord Balhurst, • que la crise qu’il avait prévue » était arrivée , que la mort prématurée de Napoléon » était certaine, si le même traitement était continué » i son égard. •
Le 17 mars i8ai , le comte Montholon annonça A la princesse Borghèsc que la maladie de Napoléon avait fait, depuis six mois, des progrès effrayons. Le comte Bertrand avait précédemment écrit A lord Liverpool, pour lui faire connaître la situation de Napoléon, et demander qu'il fût transporté dans un autre climat; mais le gouverneur Hudson Lowe s’était refusé A faire passer cette lettre A son Gouvernement , sous te vain prétexte que le titre d’ Empereur était donné à Napoléon. line politique barbare rendit insensibles et les souverains alliés et leurs ministres.
Dès le 7 mars. Napoléon s’était trouvé en danger imminent; ses forces l’avaient abandonné; il ne se levait plus qu’avec peine. A la fin d’avril, la maladie fit de nouveaux progrès. Le 1" mai, il s’était levé ; mais une faiblesse l’obligea A se faire remettre au lit. Il avait fait placer devant sou lit le buste de son fils, sur lequel il avait constamment les yeux fixés. Le 3 , les symptômes devinrent plus alarmans. Le lendemain, on eut quelque espoir ; il fallut y renoncer le 5. Jamais agonie ne fut plus calme; aucun signe de douleur ne se manifesta sur son visage, aucune plainte n’échappa de sa bouche: son regard était serein, son Ame tranquille. Sa faible voix fit entendre souvent ces mots '
Nation française Rien à mon fils que mon nom I
Mon fils ! France ! France l A six heures
du soir, au moment où le soleil quittait l’horixon , Napoléon croisa les bras avec effort, prononça les mots
de tête armée jeta un dernier regard sur le buste
de son fils, et expira!
Ses dernières volontés portent : Je désire d’être enterré sur les bords de la Seine, au milieu des Français que j’ai tant aimés. Mais le congrès d’Aix-la-Chapelle
( Goo )
avait décidé, par avance , que Napoléon serait enterre à Sainte-Hélène.
Ses dépouilles mortelles furent exposées pendant deux jours ; il était revêtu de l’uniforme des chasseurs de sa garde , et cou vert , en partie , par le manteau qu’il portait à Marengo. Les honneurs funèbres les plus pompeux lui furent rendus au moment de son inhumation.
Napoléon, babillé comme il avait coutume de l’être pendant sa vie, repose au fond d’un site romantique , appelé la Vallée du Géranium, au-dessous de Hutt- Gate. Son corps fut placé dans une caisse de ferblanc garnie d’une espèce de matelas, d’un oreiller, et revêtue de satin blanc ; il a l’épée au côté , et un crucifix sur la poitrine. Le chapeau , n’ayant pu être placé sur sa tête , le fut à ses pieds ; on y mit aussi des aigles, des pièces de toutes les monnaies frappées à son effigie, son couvert, son couteau, une assiette avec ses armes , etc. Le cœur, déposé dans un vase d’argent , et les intestins , placés dans un cylindre de même métal , furent mis au pied du cercueil. La caisse de ferblanc , fermée et soudée avec soin , fut placée dans une autre caisse en acajou , qu’on mit dans une troisième en plomb , laquelle fut elle-même déposée dans une quatrième d’acajou, qu’on scella et ferma avec des vis en fer.
La tombe de Napoléon est de forme quadrangulaire , plus large dans le haut que dans le bas ; sa profondeur est d’environ douze pieds. Le cercueil est placé sur deux fortes pièces de bois, et isolé dans tout son pourtour. Ses pieds sont vers l’orient et sa tête ùl’occident...
Une garde d’officiers anglais veille sur le tombeau !...