‹ Histoire de Napoléon d'après lui-même, publiéeChapitre 51 sur 54 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Retraite de Waterloo. ■ — Situation et ressources de la France. — Conduite des Chambres. — Nouvelle abdication de Napoléon. — Capitulation de Paris.

Indépendamment du pont sur la Dyle, au village de Genape, il y en avait plusieurs autres dans les villages voisins; mais, au milieu de l’extrême confusion où était l’armée, tous les fuyards se dirigèrent sur Genape, qui, en un moment, en fut encombré. Tous les corps, toutes les armes étaient confondus ; soldats d’infanterie, de cavalerie, d’artillerie, tous se pressaient, s’écartaient mutuellement. Beaucoup de chariots et de caissons étaient renversés, tant sur le pont que dans les rues : plusieurs étaient fixés entre eux , ce qui était un nouvel indice de la malveillance. Napoléon s’arrêta quelques instans pour essayer encore de rétablir un peu d’ordre; mais le tumulte , augmenté par l’obscurité de la nuit, rendit de nouveau toutes ses tentatives inutiles. 11 continua donc sa route , et arriva , à

Retraite de Waterloo.

cinq heures du matin , à Charleroi. Il donna ordre aux équipages des ponts et à ceux des vivres, qui étaient restés en arrière de la ville, de pat-tir sur-le-champ pour Philippeville et Avesne, et de là se rendre à Laon.

Napoléon se rendit lui -même à Philippeville , d’où il expédia de nouveau des ordres au maréchal Grouchy pour faire sa retraite par Rhetel , sur Laon. Entre ce temps, les débris de l’armée repassaient la Sambre aux ponts de Marchiennes, de Charleroi, et du Châtelet, faisant ainsi la retraite sur plusieurs points, ce qui rendit le ralliement encore plus difficile.

Après avoir expédié tous les ordres que les circonstances rendaient nécessaires, Napoléon quitta Philippeville à deux heures après midi, y laissant le maréchal Soult pour rallier le grand quartier- général, et les corps qui se porteraient sur cette place. Il se mit en marche sur Laon, d’où il expédia plusieurs de ses aides de camp ; il se rendit ensuite en toute hâte à Paris, pour y passer quarantehuit heures, prévenir la commotion politique que la nouvelle du désastre pouvait occasioner, prendre les mesures les plus promptes pour hâter et terminer tous les préparatifs de défense de la capitale, préparer les esprits à

la grande crise dans laquelle la France allait se trouver, faire diriger sur Laon toutes les troupes, tous les renforts que l’on pourrait tirer des dépôts et des places ; en un mot , prendre toutes les mesures pour l’exécution du second plan d’opérations, auquel on se trouvait réduit. L’intention de Napoléon était de rejoindre, immédiatement après, son armée sous Laon.

On avait eu des nouvelles du corps de Grouchy; ce maréchal n’avait reçu, le 18, l’ordre de marcher sur Saint-Lambert, qu’à 7 heures du soir; il était alors fortement engagé. Maître d’une partie de Wavres, il n’avait pas encore pu en déboucher. Dans ces circonstances, le maréchal avait envoyé, sur Limale, le corps de cavalerie du général Pajol, et trois divisions d’infanterie, pour y passer la Dyle, et marcher contre Bulow. Ce mouvement avait réussi, et les hauteurs opposées avaient été enlevées; mais il était nuit, et la grande bataille était terminée. Le 19 à la pointe du jour, les Prussiens attaquèrent à leur tour, mais ils furent repoussés partout. Les hauteurs de Wavres furent emportées, et le maréchal Grouchy se disposait à marcher sur Bruxelles, lorsqu’il reçut la nouvelle de la perte de la bataille de Waterloo, et l’ordre de battre en

Retraite] du corps de Grouchy.

Retiourcr* d# la France.

retraite, ce que ce maréchal exécuta aussitôt en deux colonnes, l’une se dirigeant directement de Temploux à Namur, et l’autre par Ja grande route de Charlcroi à Namur.

Les Prussiens voulurent attaquer les queues de ces colonnes, mais ils furent vigoureusement repoussés et perdirent quelques canons. Le maréchal arriva ainsi à Namur, d’où il prit la route de Dinant, laissant le corps du général Yandamme , tant pour détruire le pont de Namur (ce qu’on ne put exécuter), que pour faire l’arrière-garde, et contenir l’ennemi. Les Prussiens essayèrent de forcer le passage du pont; mais, après avoir perdu beaucoup de monde, ils renoncèrent à cet espoir. Le corps de Vandamme se maintint dans la ville jusqu’à huit heures du soir, qu’il dut l’abandonner pour continuer le mouvement de retraite. Le a4, tout le corps du maréchal Grouchy arriva à Retliel, et le 26, il se réunit à l’armée, sous Laon.

La perte de la bataille de Waterloo mettait la France dans une position bien critique; mais les mesures de prévoyance que Napoléon avait prises avant l’ouverture de la campagne offraient encore des ressources en tous genres. Les débris de l’armée française, rassemblés sous Laon , se montaient , après l’ar-

rivée du corps de Grouchy, au-delà de soixantecinq mille hommes. Sans doute que la perte des Français était considérable, mais leurs ennemis avaient encore plus perdu. Tous les dépôts des régimens étaient arrivés dans les environs de Paris , et ils avaient assez d’hommes pour remplacer les pertes. Les seuls dépôts de la garde en avaient six mille. On réunissait à La Fère les soldats du train, qui, presque tous, s’étaient sauvés avec leurs chevaux. 11 y avait, dans cette place, et à Vincenncs, cinq cents pièces de canon de campagne; en outre, d’autres parcs considérables étaient sur la Loire. On pouvait facilement organiser deux cents bouches à feu; ce qui remettait le matériel de l’armée française dans le même état où il était avant le désastre. Napoléon calculait avec raison avoir, dans les premiers jours de juillet , une armée de cent trente mille hommes sur l’Aisne, entre Soissons et Laon. Blucher, Wellington ne pouvaient s’avancer qu’avec environ soixante mille hommes; les Russes et les Autrichiens n’avaient pas encore passé le Rhin , le juin- On aurait pu gagner un mois; pendant ce temps, les fortifications de Paris, sur la rive gauche, eussent été terminées et armées; la garde nationale eût été augmentée ; on aurait pu y réunir

ai juin.

Retour ôe Napoléon à Pari*.

Conduite des Chambres.

celles de la Bretagne, de la Normandie, de la rive gauche de la Loire, et de tout l’Empire; et même faire venir les vingt régimens de marine qui avaient été organisés. Napoléon aurait pu manœuvrer avec cent cinquante mille hommes autour d’un point d’appui comme Paris, bien fortifié, armé de cinq à six cents bouches à feu, et contenant plus de cent vingt mille hommes armés et organisés. Tels étaient encore les moyens militaires avec égalité de chances, lorsque les événemens politiques, qu’on n’avait pu prévoir, paralysèrent tout.

Peu après son arrivée au palais de l’Élisée, le a i juin-, Napoléon convoqua un conseil des ministres : on y discuta les mesures à prendre dans les circonstances où l’onse trouvait. On fut d’opinion de déclarer Paris en état de siège, de convoquer les Chambres à Tours , et de porter dans cette ville le centre du/ gouvernement ; de donner le commandement de Paris au maréchal Davoust, et le ministère de la guerre au général Clauzel. Tous ces différens actes se rédigeaient à la secrétairerie d’État, et déjà les ordres étaient expédiés pour doubler le nombre des tirailleurs de la garde nationale, et leur donner des armes dans la journée.

On discutait s’il convenait que Napoléon

DigifatK

portât lui-méme, en habit de voyage, et sans appareil, ces décisions aux Chambres, et l’on minutait même les discours, lorsqu’on fut instruit que la plus vive fermentation se manifestait dans la Chambre des Députés. Peu après midi , l’on reçut un message de cette Chambre, par lequel elle se déclarait en permanence, méconnaissait l’autorité de l’Empereur, et déclarait traître à la patrie quiconque voudrait suspendre sa permanence. Quelques momens après, on apprit que la Chambre des Pairs venait de suivre l’exemple de celle des Députés, et se mettre en insurrection contre l’Empereur. Ces deux événemens suspendirent tout; on ne jugea plus qu’il fût convenable que l’Empereur se transportât au milieu des députés de la nation, puisqu’ils s’étaient déclarés en insurrection. Les ministres seulement s’y rendirent, et annoncèrent l’arrivée de l’Empereur à Paris , et l’état des affaires. Bientôt les nouvelles les plus désastreuses circulèrent partout. Les ennemis de Napoléon les amis du Roi , les partisans de l’étranger se remuaient de tous côtés, et tâchaient d’accroître dans la garde nationale le nombre de leurs prosélytes.

La nuit , il y eut une conférence des ministres avec une commission de chacune des

Parta è prendra per Napoléon.

Chambres. L’esprit des Chambres se déploya tout entier ; le danger de la patrie n’était pas seulement dans ses ennemis extérieurs, il consistait surtout dans les divisions de l’intérieur. Il ne restait plus à Napoléon que trois partis à prendre.

Le premier était de se rendre, le aa, au point du jour, au palais des Tuileries, d’y convoquer toutes les troupes de ligne qui se trouvaient dans la capitale , les six mille hommes delà garde impériale , les fédérés, la garde nationale, le Conseil-d’État, les ministres, et d’ajourner les Chambres.

Le deuxième parti était de caresser la faction qui menait les Chambres, de laisser celle-ci s’emparer de l’autorité, et négocier directement avec les puissances étrangères sans l’intervention de l’Empereur.

Le troisième parti qui restait à Napoléon était d’abdiquer en faveur de son fils , de livrer aux Chambres toute l’autorité, et, par une abnégation complète de tous ses intérêts, de leur ôter la pensée qu’il pût un jour ressaisir le sceptre qu’il aurait déposé, et employer contre elles son pouvoir. Les Chambres, rassurées sur ce point, pouvaient dès lors seconder de tous leurs efforts la réorganisation des

Dgle

forces nationales, enfin se dévouer en. entier au salut de l’Empire.

Napoléon délibéra entre le premier et le troisième parti , et adopta ce dernier. Il n’offrait guère plus de probabilité pour la cause nationale : l’Empereur abdiquant, l’armée, mécontente, perdrait tout son ressort, et le conservât-elle, elle serait trop peu secondée pour sortir d’une si terrible situation. Le maréchal Davoust et les autres chefs n’avaient pas assez d’habitude de la grande guerre , ni assez la confiance des soldats et du peuple, pour trouver des ressources proportionnées à de telles circonstances. Il était même probable que les armées anglo-hollandaise et prussienne marcheraient à tire-d’aile sur Paris , sans faire attention à l’armée française réunie à Laon , aussitôt qu’elles seraient assurées que Napoléon n’était plus à sa tête.

Si, par le parti que choisit Napoléon , il ne pouvait rien faire pour la patrie , il cessait du moins d’être un obstacle à sa délivrance. En proclamant «ce que les Chambres paraissaient vouloir, il élevait un point de réunion; il rendait aux représentans de la nation le libre exercice de toute leur énergie. Peut-être sortirait-il de leur sein quelques talens extraordinaires; peut-être, comme dans les premiers

sa juin.

Nouvelle •bd ica lion,

temps de la révolution, verrait-on la France répondrç à la voix du patriotisme, qui, du haut de la tribune, l’appelait aux armes.

Enfin , dût ce parti ne laisser pas plus d’espérance que les précédens. Napoléon devait à sa gloire, devait à la nation, qui deux fois lui avait confié ses destinées, de mettre dans tout son jour la pureté de ses intentions, et de constater aux yeux de la postérité que, si la France périssait, ce n’était pas au moins aux intérêts d’un seul homme qu’elle avait été sacrifiée. Il dicta donc au prince Lucien, son frère, la déclaration suivante, adressée au peuple français :

« En commençant la guerre , pour soutenir 9 l’indépendance nationale, je comptais sur la 9 réunion de tous les efforts , de toutes les vo- » lontés , et le concours de toutes les autorités 9 nationales. J’étais fondé à en espérer le suc- 9 cès , et j’avais bravé toutes les déclamations 9 des puissances contre moi.

9 Les circonstances me paraissent changées; 9 je m’offre en sacrifice à la haine des ennemis 9 de la France. Puissent-ils être sincères dans 9 leurs déclarations, et n’en avoir voulu réel- 9 lement qu’à ma personne! Ma vie politique » est terminée, et je proclame mon fils sous

» le titre de Napoléon II, Empereur desFran- » çais.

» Les ministres actuels formeront provisoi- » rement le conseil du Gouvernement. L’in- » térèt que je porte à mon fils , m’engage à » inviter les Chambres à organiser sans délai » la régence par une loi.

» Unissez-vous tous pour le salut public, et » pour rester une nation indépendante.

» Napoléon.

» Au Palaii de l'Elisée, ce aa juin i8i5. «

Aussitôt que la nouvelle de l’abdication de Napoléon fut répandue dans l’armée, elle y porta la consternation et le désespoir, et l’effet qu’elle produisit dans les armées ennemies fut encore plus funeste , par l’audace qu’elle donna à leurs chefs. Blucher et Wellington paraissaient, dans leurs premiers projets, être convenus de ne pas dépasser les frontières de la France avant l’arrivée des armées russe et autrichienne; et , en attendant, de s’emparer d’Àvesne, Maubeuge, et des autres places de cette frontière; de couvrir de leurs troupes légères tout le pays jusqu’à la Somme , et de le faire insurger. Ils préféraient ce plan, à marcher sur Paris avec une armée considé. rablement réduite, par le grand nombre de

Marche

de» allies •ur Paris,

troupes qu’il leur faudrait laisser en arrière pour masquer et contenir les garnisons ; marche qui , d’ailleurs , les aurait exposés à être pris en flanc et battus comme à Champ- Aubert , Montmirail , etc.

Mais dès que ces deux généraux apprirent que Napoléon avait abdiqué , et qu’il n’était plus à la tète des armées françaises , ils changèrent de résolution: Ne tenant donc aucun compte de l’armée française, déjà forte de soixante-quinze mille hommes, réunie entre Laon et Soissons , ils pénétrèrent par La Fère et Compiègne , et marchèrent en toute hâte sur Paris. L’armée française , entièrement découragée par les nouvelles de Paris , ne pensa plus qu’à se reployer en toute diligence sous les murs de la capitale; on regarda même comme un succès obtenu que, le 28 juin, élle eut pu arriver à Saint - Denis avant les ennemis.

Cette armée rassemblée sous Paris, le maréchal Davoust se mit à sa tête; mais il ne prit aucune résolution. Les alliés s’enhardirent au point de marcher par la vallée de Montmorency, et d’arriver à Saint-Germain et àVersailles , laissant, pendant tout ce mouvenjent, leur flanc gauche entièrement à découvert , et exposé à l’armée française.

Napoléon qui, dès le a5 juin, s’était retiré à la Malmaison, y apprit le mouvement imprudent des ennemis : il envoya aussitôt le général Becker proposer au gouvernement provisoire de se mettre, comme général, à la tête de l’armée française , de tomber avec toutes ses forces sur le flanc et les derrières de l’ennemi, d’en causer la ruine, et, sauvant pour le moment la capitale, d’obtenir le temps et les moyens de négocier avec plus d’avantage. Cet objet rempli, Napoléon aurait résigné son commandement.

Le gouvernement provisoire refusa cette offre. On ne sut pas profiter d’une aussi imprudente manœuvre ; et , au lieu d’écraser l’ennemi, en attaquant vigoureusement son flanc et ses derrières, le général français fit repasser la Seine à la plus grande partie de l’armée, et la rangea en bataille dans la plaine de Grenelle.

Bientôt les armées furent en présence, et capitulation le gouvernement provisoire signa une capitu- J' p,r“' lation où rien ne fut stipulé, tant pour les droits de la nation que pour les intérêts de l’armée; elle dut évacuer Paris, et se retirer derrière la Loire, abandonnant ainsi, sans livrer bataille , la capitale à une armée égale en force. Ce fut sans doute une des plus hon-

(5go)

teuses transactions dont l’histoire fasse mention. Ce gouvernement et les Chambres continuèrent à être trahis par Fouché , et par le parti qui s’était entendu avec l’ennemi. Carnot agissait de bonne foi, mais il se laissa facilement tromper.

Les vertiges des Chambres étaient tels que, dans ces momens iraportans, elles s’amusaient à de vaines discussions de principes de constitution. La postérité ne croira pas qu’elles poussèrent l’aveuglement au point d'imaginer que des bataillons prussiens viendraient garantir et assurer l’exécution de leurs décrets. La garde nationale, ayant la même confiance, déclarait, de son côté, qu’elle voulait conserver les couleurs nationales; et les alliés entraient dans Paris !

Toutes les illusions ne tardèrent pas à être détruites. Le Roi ordonna, le lendemain de cette déclaration , la dissolution des deux Chambres, déjà cernées par les baïonnettes prussiennes; et le 8 juillet, il fit son entrée à Paris. Les membres de la Chambre des Députés, chassés du lieu de leur assemblée, se réunirent alors chez leur président Lanjuinais, et tout se termina par de vaines et impuissantes protestations.

Ici Napoléon s’est arrêté. Tout ce qu’il a écrit, dicté, rectifié, commenté, tout ce qui a été recueilli de sa bouche pour servir à son histoire , n’arrive que jusqu’à l’époque où il termina sa vie politique. A dater de ce jour , Napoléon n’est plus le narrateur des événe*mens dont il fut l’âme; il a fini de raconter ce qu’il a fait de grand , de glorieux , et les revers sous lesquels il a succombé.

La tâche que je me suis imposée de coordonner l’histoire de cet homme extraordinaire, telle qu’il l’a dictée ou racontée luimême, est donc terminée. C’est maintenant des généreux compagnons d’exil de Napoléon àut obtenir le complément authentique de î'f^Lsioii» de l’illustre patient de Sainteéjà , le comte de Las-Gases , les docteurs O’jVIéara et Antomarchi ont fourni à la ostérité des matériaux précieux pour cette lernière période; mais il existe des lacunes que les fidèles (/géîîl;rau\ Bertrand, Montholon, Gourgaud peuvent seuls remplir : c’est à ceux qui n’ont cesse de partager la longue et cruelle captivité de Napoléon, qu’il appartient de publier l'hospitalité du Bellérophon, la

prévoyance des ministres du roi d’Angleterre, et la sollicitude constante du gouverneur Hudson Lowe. Les tribulations d’un grand homme, les insultes qu’il a pu recevoir sont aussi du domaine de l’histoire, et l’histoire attend les six années deSaiute-Hélène.

Toutefois , j’ai cru devoir compléter l’Histoire de Napoléon d’après lui-mème , par un résumé succinct des principales circonstances de son départ de France, de sa déportation à Sainte-Hélène, de sa longue agonie sur ce rocher assassin , et de sa mort prématurée.

Voici comment Napoléon avait résumé luimême sa vie politique :

« Après tout, disait-il à Sainte-Hélène, en » rejetant le livre d’un historien anglais, ils » auront beau retrancher, supprimer, mutjg, » 1er, il leur sera bien difficile de » disparaître tout-à-fait Un historien » sera pourtant bien obligé d’abor » pire; s’il a du cœur , il faudra bienlqu’il me^ » restitue quelque chose , qu’il me fasse m » part; et sa tâche sera aisée, car les faits par » lent, ils brillent comme*ïè soleil.

» J’ai refermé le gouffre* anarchique, et » débrouillé le chaos; j’ai dessouillé la révo- » lution , ennobli les peuples , et raffermi les » rois. J’ai excité toutes les émulations , ré-

er, mutL

,-jt

» compensé tous les mérites, et reculé les » limites de la gloire. Tout cela est bien quel- » que chose. Et puis, sur quoi pourrait-on » m’attaquer, qu’un historien ne puisse me » défendre? Serait-ce sur mesintentionsPmais » il est en fonds pour m’absoudre. Mon des- » potismePmais il démontrera que la dictature » était de toute nécessité. Dira-t-on que j’ai » gêné la liberté? mais il prouvera que la » licence, l’anarchie, les grands désordres » étaient encore au seuil de la porte. M’accu- » sera-t-on d’avoir trop aimé la guerre ? mais » il montrera que j’ai toujours été attaqué; » d’avoir voulu la monarchie universelle ? » mais il fera voir qu’elle ne fut que l’œuvre » fortuite des circonstances, que ce furent » nos ennemis eux-mêmes qui m’y conduisi- » rent pas à pas. Enfin, sera-ce mon ambi- » tion ? ah ! sans doute, il m’en trouvera, et » beaucoup; mais de la plus grande et de la » plus haute qui fût peut-être jamais : celle » d’établir, de consacrer enfin l’empire de la » raison , et le plein exercice , l’entière jouis- » sance de toutes les facultés humaines ! et ici » l’historien peut-être se trouvera-t-il réduit » à devoir regretter qu’une telle ambition b n’ait pas été accomplie, satisfaite ! »

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