CHAPITRE IIL
jipénemerU à Vempire. — Jugement de la conspiration de Pickegru. — Camp de BoU" logne, — Sacre,
(1804)* Le temps était venu {)Our Napoléon de rétablira son profit la monarchie, mais sur des bases nouvelles. Présentée le 30 avril par le citoyen Curée , membre du tribunat ^ lai proposition
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Le â
au vœu
du tribuDat;lc 18, le sénat décréta le sénatuscoDSulte organique qui deïérait le titre d'empereur au premier consul , en établissant dans sa famille l'hérédité au trône impérial. Le sénat se rendit à Saint-Gloud, ayant à sa tête le consul Gambacérës, son président , chargé de présenter à l'empereur ce sénatus-consulte. Napoléon répondit au discours de l'orateur : a Tout ce qui peut contribuer au 9 bien de la patrie est essentiellement lié à mon » bonheur ; j'accepte le titre que vous croyez » utile à la gloire de la nation. Je soumets à la » sanction du peuple la loi sur l'hérédité j j'espère » que la France ne se repentira jamais des non- » neurs dont elle environnera ma famille. Dans » tous les cas, mon esprit ne sera plus avec ma » postérité le jour où elle cesserait de mériter l'es- » time et la confiance de la grande nation, d
Ainsi le sénatus-consulte consacra le vœu des trois grands pouvoirs politiques de la nation. Le même acte comprenait dans la ligne de l'hérédité les frères de l'empereur, Joseph et Louis, nonmiés princes impériaux. On s'étonna que Lucien , qui avait contribué si puissamment au succès de la joui'née de Saint -Cloud, le 19 brumaire, en sa qualité de président du conseil des Cinq-Cents , qui depuis avait été ministre ambassadeur, ne fît pas plus que son frère Jérôme /partie de la ligne d'hérédité. Suivant le bruit public, Lucien , franchement républicain , avait refusé poif: lui-même ce qu'il ne consentait pas à reconnaître pour son frère. Quant à Jérôme, il était disgracié comme ayant contracté un mariage en Amérique sans le
consentement du preziiier consul; La proclamation Sxi sénatus-consutte annonça à la France unequabnètnè dynastie , en mém'e temps que la formation descoUe'ges électoraux, la création d'une haute cour impériale et l'institution des grandes dignités de l'empire.
Napoléon nomma grand-électeur le prince Joseph; connétable, le prince Louis; archichancelier, Cambacérës, et architrésorier, Lebrun.
Le même jour, Napoléon paya un noble tribut à Farmée , en conférant le grade de maréchal de l'empire à dix-huit généraux qui devaient leur illustration à la cause de la liberté : c'étaient Alexandre Berthier, Murât, Mopcey, Jourdan , Masséna, Augereau, Bernadotte, Soult, Brune,. Lannes, Mortier, Ney , Dayoust , Bessiëres , Kellermann, Lrfebvre, Pérignon et Seri-urier. Il regretta sans doute de ne pouvoir appeler aux mêmes honneurs ses deux compagnons a'Égypte, Kléber et Desaix^ et le vieux Dugommier^ avec lequel il avait pris Toulon.
Pendant la campagne d'Italie même , Bonaparte aTait témoigné au pape les plus grands égards. Peu de temps avant son élévation à l'empire , il lui avait fait présent du brick le Saint-Pierre. Aussi à Favénement de Napoléon à l'empire , le clergé s'empressa de le saluer de tous les titres que les uyres saints mirent fournir à sa pédantesqne adulation. Le noff\rel empereur devint le nouveau Cyrus, le nouveau Moïse rappelé des déserts d'Egypte; le nouveau Mathias envoyé par le seigneur; ^ picujc Oaias, le nouveau Josaphat , etc. LTÊ-
glise devait cette reconnaissance à l'auteur du coq* cordât de 1801 •
Le 27 mai l'empereur reçut solennellement iç serment du sénat. Le vœu des cent-huit départemens de la France arriva bientôt au pied du trône. Une déclaration faite à Varsovie, datée du 6 juin, et à laquelle les evénemens de 1814donxï^ rent seuls de F autorite 9 était adressée à tous les gouvernemens de l'Europe.
Protestation de Louis xviu, roi de France, contre Vusurpation de Bonaparte,
a En prenant le titre d'empereur, en voulant le » rendre here'ditaire dans sa famille, Bonaparte * vient de mettre le sceau à son usurpation. Ce y> nouvel acte d'une révolution où tout dans l'ori- » cine a été nul, ne peut sans doute infirmer nos )> droits; mais , comptable de ma conduite à tous » les souverains, dont les droits ne sont pas moijus » lésés que les miens , et dont les trônes sont tous D e^branlés par les principes dangereux que le se- » nat de Paris a os^ mettre en avant ; comptable » à la France , à ma famille , a mon propre honn) neur, je croirais trabir la cause commune en gar- » dant le silence en cette occasion. Je déclare donc » (après avoir au besoin renouvelé mes protestations )> contre ^tous les actes illégaux qui , depuis l'ou- » verture des états-généraux de France , ont ame* » né la crise effrayante dans laquelle se trouvent la » France et T.Europe ) , je déclare en présence de r> tous les souverains que , loin de reconnaiti^e le
1» titre impérial que Napoléon vient de se Êiire dé- » férer par an corps qui n'a pas même d'existence » légale (le sénat ) , je proteste contre ce titre et » contre tous les actes subséquens auxquels il » pourrait donner lieu. »
Napoléon fit publier cette protestation dans le Moniteur,
L'empereur signala par*un acte de clémence le commencement de son règne. Vingt des co-accnsés de Georges Gadoudal avaient été condamnés à mort le 10 juin, par le tribunal criminel de la Seine, et d'autres, notamment le général Moreau, à deux années de détention. Huit des conjurés échappèrent à l'échafaud parce que Napoléon leur pardonna.
Georges n'ayant point youlu demander sa grâce, périt avec dfouze de sts complices. Napoléon commua la détention prononcée contre Moreau en un exil aux États-Unis. .
En même temps il faisait justice, par un décret impérial, des jésuites qui , sous le nom dejrères de la foi^ di adorateurs de Jésus ^ de Paccanaristes, yenaient d'élever plusieurs établissemens. Mais ib surent bien j rentrer sous la protection du cardinal Fescb, oncle de l'empereur, et qui travaillait contre la révolution , à laquelle il devait son elé* vation.
Un des premiers actes de l'empereur fut de rétablir le ministère delà nolice générale, Supprimé depuis quelques années. 5f albeureusement il en rendit le portefeuille à Fouché, qui le trahit.
La loi du ig mai 1802 avait créé l'ordre de lftLégion<d'Honneur : l'inauguration de cette grande
institution revoit une journée chère à la France de-
Î)uis treize années, celle de la Fe'de'ration du 1 4 juilet. Cette fête a lieu au temple de Mars , dans l'église des Invalides. La cérémonie brille de tout l'éclat de la grandeur républicaine et de toute la pompe impériale. Le même jour, des croix d'honneur sont distribuées par les généraux dans toutes les garnisons de l'empii'e.
On continuait les travaux de l'invasion préparée contre l'Angleterre dans les ports de France et de la domination française. £n vfdn Nelson et Sydney Smith essayaient d'empêcher nos flottilles de se réunir, et voulaient incendier nos ports ; ils avaient le dessous dans toutes les rencontres plus ou moins fortes qui eurent lieu alors. L'Angleterre connut
Î>eut-être mieux que la France , où 1 on chansonnait a flottille, le danger de l'expédition dont la ville de Boulogne était à la fois le chantier principal , l'arsenal , le port et la citadelle. Napoléon alla visiter l'armée d'invasion ^ il visita Ambleteuse , Calais , Bunkerquc, Ostende, St-Omer, puis il revint à Boulogne , où, appelant l'armée tout entière au serment et à la récompense des braves , il fît une nouvelle distribution de croix de la légion d'honneur, le 1 6 août, jour de sa fête. — Avant de quitter Boulogne pour se rendre dans les quatre dépàrtemens du Rhm , l'Empereur inspecta encore une fois la flottille. Il reçut de son armée un noble témoignage de dévouement et de respect; elle lui vota une statue colossale en bronze, qui serait placée près de Boulogne, au milieu du camp de César. Tous les grades de l'armée offrirent une partie de leur solde
pour ce monument; mais le bron^ manquait. Le mareclial Soult , qui préside à cet imposant hom-r mage, dit à Tempereur : « Sire ; prêtez-moi du bronze; je vous le rendrai à la première bataille. » Deux mois plus tard, le marccbal acquitta sa dette dans un village de la Moravie.
Pendant son séjour à Boulogne, Napoléon donna iine nouvelle organisation toute militaire à l'école polytechnique. Nourris dans les idées républicaines , tes élèves n'avaient pais accueilli la création de Teip* pire avec une grande &veur ; dësom^ais ils eurenit des uniformes , et furent assujettis à la discipline des casernes. L' école n'en resta pas moins la pre« miëre de r£urope. Napoléon data également du camp de Boulogne le décret des prix décennaux : cette haute récompense^ pour Jaquelle doivent concourir toutes les sciences et tous les beaux-arts, cou* sacrera l'époque du 18 brumaire. Neuf grands prix, de 10,000 francs chacun, sont institués: deux appartiennent à l'inventeur de la machine la pi us utile aux arts et aux manufactures } un autre au fondateur de l'établissement le plus avantageux à l'agriculture et à l'industrie nationale; la première distribution est ûxée au 18 brumaire de l'an xvni (9nov. 1809.)— ^De là Napoléon se rendit à Aix-Ia« Chapelle, pii le comte de Cobentzel, ambassadeur d'Autriche, lui annonça que cette puissance k reconnaissait comme empereur des Français.
L'Espagne et le Saint-Siéoe , ainsi que le Portugai , n'avaient pas hésité à le reconnaître aussi , de Sorte que tous les gouvememens. catholiques le saluaient du titre impérial. Puis il visita les bordidu
Rhin 9 OÙ il reçut le$ félicitatioDs des princes ^^« maniques ; il marqua sa présence dans ces con^f trëes par d'importantes dispositions. A cette époque remontent le décret d'organisation de, Técole des ponts-et-cbaussëes, et celui qui détermina T^'tablissèment des douze écoles de droit. Après trois moiâ d'absence, Napoléon revoit Saint-Gloud leiaoctolire. Il avait été convenu que le pai)e viendrait à Paris sacrer l'empereur. Les apprêts de cette eé< réhionie sont ordonnes. Le 1 7 octobre ^ un dëcr^l convoque l^corps législatif pMonr y assister. Le
e novembre ^e saint-père a quitté Aome; le a3 ^ est reçu par l'empereur à Fontainebleau ; le t^S > les deux souverains se rendent ensemble à Paria. Le i*'^ décembre, le sénat présente à l'empcreitr le vœu du peuple en faveur de l'hérédité de l'elnpire dans sa famille. Un sénatus-consulte a pro-. clamé ce plelsiscîte., Soixante mille registre avaient été ouverts dans les cent^fauit départemens : 9ur 3,5749898 votans, 2,569 votes seulement étaient négatifs. — Le lendemain , par le froid le plus rigoureux, la cérémonie eut lieu dans l'église de Notre-Dame. La bizarrerie de la. pqmpe pontificjde contrastait singulièrement dans le cortège avec l'éclat de la pompe impériale. Le pape sacra Napoléon et Joséphine au milieu du plus magnifiqae concours. Mais à peine le pontife eut-il béni la couronne , que Napoléon la saisit , la plaça sur sa tête et couronna lui-même l'impératrice. — Le second jour des fêtes du couronnement , uii.c solen? nité militaire , la distribution des aigles, rassembla toutes les troupes au Ghamp-de-Mars. a Soldats , y> dit alors Napoléon, voici vos drapeaux^ c
» aigles TOUS serviront toujours de point de rallie- » ment : elles seront partout où votre empereur » les jugera nécessaires pour la de'fense de son » trône et de son peuple. »
Le même jour, Pitt^ rappelé au ministère à Londres ^ signait le traite' de Stockholm , et payait un subside à la Snède pour qu'elle agît hostilement contre la France. Les Anglais faisaient aussi de nouvelles et vaines tentatives pour incendier le fort Rouge de Calais et le port de la flottille de Bouliogne. Le 12 déccndbre, l'Espagne, dont, en pleine neutralité , la flotte a été attaquée et brûlée par la flotte anglaise , déclare la guerre à l'Angleterrej la cour de Vienne renforce son armée d'Italie. La guerre est imminente. ^
L'année i8o4 se termine par l'ouverture du corps législatif. On applaudit à cjes mots du dis* cours de l'empereur : m Je ne veux point accroître le territoire de Vempirè'^ mais en maintenir Vinte'grité. » Dans l'exposé de la situation de l'empire, le ministre de l'intérieur déclara que la France n^ accepterait pas d^ autres conditions que celles du traité d'Amiens.