‹ Histoire de Napoléon: d'après m. de Norvins, m. le comte de Las-Cases, le général Gourgaud, etcChapitre 13 sur 21 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

C^m^firmUon de Georges. — Moreau. — PickegîW* — Mon du duc d'Enghien.

Moreau , comme on l'a vu , s'ëtait offert de luimême |i Bonaparte , afin de coopérer au succès de b rtiToIution du i8 brumaire. Il avait auti'efois dénoncé au gouvernement Pich^ru comme traître, et cependant un motif inconnu avait renoué leurs relations d'amitié, quoiqu'ils habiussent, l'un TAngleterre et l'autre la France. Pichegru > qui , par sa trahison, en 179$ , avait mérité toute la confiance des Bourbons, intriguait pour eux , et désigna aux princes français et au cabinet de Londres, pour le placer à la tête de la contre -révolution, le général Moreau , que Ton qualifiait de chef militaire de l'opposition qui s'élevait contre Bonaparte , et de représentant de la cause républicaine. Le rapprodieinent entre ces deux généraux avait âé habilement ménagé à Paris, en i8o:k , par l'ahbé David, ancien curé, ami de Pich^ru; l'abbé David ayant été arrêté à Calais , Pichegru envoya de Londres, à Moreau, le général Lajolais, fils d'un fermier de la baronne de Reich, parente des eénéraux Klinglin et Wurmser, et .attachée en Allemagne au parti anti-français. H ne s'agissait plus de réconciliation, mais de confidences contre^révolutionnaires de la part de Pichegru. Au nom des princes français et du gouvernement britannique, on arrêta un plan de

conspiration ; Lajolais en fut porteur, et repartit pour Londres après avoir confère à Paris avec Moreau. Les conjures d'outre-mer furent divisés en trois bandes, auxquelles on marqua trois lignes^ partant de la fklaïse de Beville , pour leur voyage jusqu'à Paris. Le Q. i août 1 8o3 s'opéra un premier débarquement, commandé par Georges Gadoudal; un second, dont Coster Saint-Victor faisait partie^ le 10 décembre; et un troisième , où se trouvaient Pichegru et Lajolais, le 1 6 janvier 1804. Un quatrième , plus important , devait encore avoir lieu ; les vents contraires l'empêchèrent : c'était celui qui amènerait en France un princét? français. Georges et deux de ses affidés allèrent au-devant de Pichegru à la ferme de la Poterie, dernière station de la route des conjurés. Plusieurs étaient déjà arrêtés; on apprit par leurs dépositions , et par celle de son propre frère , que Picbecru était descendu à Gbaillot , chez Georges , sous Je nom de Charles , et qu'il avait occupé divers logemens à Paris. Ceux qiii ne connaissaient pas ce général déclarè|;ent que^ quand un certain personnage arrivait chez Georges, chacun se levait et le traitait avec un respect particulier ; ces récits donnèrent à la police la crainte qu'un prince de la maison de Bourbon ne fût déjà à Paris. Le gouvernement sut bientôt que Moreau avait vu Pichegru chez lui , et qu'à une autre conférence du soir, sur le boulevard de la Madeleine , Pichegru lui avait présenté Georges Gadoudal ; deux fois encore Pichegru et Moreau avaient eu des entretiens particuliers , d'où était résulté, malgré quelque dissidence dans les moyens d'exé-

culieii y le projet de changer totalonent la (cfnnç du gouVemémeBt. Cependant, rien de plus bizarre

3' uè Tunion de ces trois personnages. Moreau, la enonciatcur de PichegrUy était Tauteur de sa perte. Pichegru avait , jusqu'au dernier moment, tente' de Csiire battre Moreau par les Autricliiens; et Georges , le plus fougueux chef de la chouannerie , se voyait à regret associe' à deux ge'ne'raux ré- Imblicains qui pouvaient se trahir encore et ruiner a conspiration. Pichegru , entièrement voué à son ftuccès f nourrissait une haine ancienne contre le premier consul. Un de Ses amis , Rolland, ancien ençr^reneur des subsistances militaires, assez courageux peur lui donner asile chez lui , l'engagea vamement , dit-on , à renoncer à son entreprise. On assure que Pichegru lui répondit qu'il agissait en vertu des plus hauts pouvoirs , qu'il avait à sa disposition les revenus de l'Angleterre , et qu'il portait deux pistolets , dont l'un serait pour celui qui voudrait l'arrêter, et l'autre pour lui-même. Il jura qu*U ne périrait jamais de la main des bourreaux de Bonaparte (i).

Les prisons renfermaient déjà presque tous les complices, au nombre de quarante-cinq. Parmi ènx étaient Armand et Jules de Polignac. Le 1 5 février, les informations ayant paru satisùisantes, Moreau fut arrêté. Le 17, l'ordre général de la garnison de Paris portait : c Cinquante brigands. . . . » ont pénétré dans la capitale } Georges et le géné- » rai richegru étaient à leur tête. Leur arrivée

(1) Il s'étrangla , dit-on , dans la tour du Temple, lorf^^^*!! TÎt près d*c*tre envoyé an supplice.

» avait ëtë provoquée par un homme crai compte » encore daus qos rangs, par le général Moreau, miî » fut remis hier aux mains de la justice nationale. » Leur projet, après avoir assassiné le premier V consul , ét^it de livrer la France aux horreurs de » la guerre civile et aux terribles convulsions de » la contre-révolution. » L'opinion , '<|Fuoiquc éclairée depuis long-temps sur réloignement inspiré par une obsession domestique à Moreau pour le premier consuL se refusa à croire de telles assertions. Les vétérans des armées du ^ord surtout étaient incrédules. Le genre de vie adopté par Moreau paraissait à beaucoup de gens et à ses anciens omciers , une retraite au moins contre l'injustice, si ce n'était contre la persécution; aussi cet ordre du jour du gouverneur de Paris reçut-il un accueil peu favorable 2 tant il choquait les opinions et cette faveur r^ublicaine dont Moreau cherchait à s'envelopper. La raison publique se révolta à l'idée d'uqc connivence avec Georges , et à celle de l'assassinat du premier consul. Ainsi le but de prouver la culpabilité de Moreau y qui , le lendemain ^ devint la matière du rapport du grand-juge , fut depassé , et par conséquent manqué. La justice eut affaire à une singulière difficulté, à l'incrédulité du public , qui jugea le ferfait impossible , à cause de son énormité. Le 28 février^ un sénatus-consulte suspendit pour deux ans la procédure par jury, et investit les tribunaux criminels de la connaissance des crimes de haute-trahison, d'attentats contre la personne du premier consul et contre la sûreté intérieure et extérieure de la république. Le même

.jour une 1m spéciale applicjoa la peine capitale aux receleurs des ccMijuréSy comme complices; le même jour encore, Pichegm fut lîyre, dans la rue de Qiabanaîs, pour une somme de 100,000 OraDcs, par. un homme cbez lequel il s'était réfugié. Il iîit arrêté, conduit au Temple, et confronté avet ses complices ; on le reconnut pour ^re le Charles à ({ui l'on témoignait chez Georges tant de respect. Le 9 mars, Georges fut arrêté à son tour par deux agens dont il blessa l'un et t!2a l'autre, de deux coups de pistolet. Il portait encore un poignard; mais la foule l'entoura et l'empêcha de se sauver. Conduit à la police, il ayoua sans hésiter : Qu'i/ était venu à Paris pour attaquer le premier consul par des moyens de vive force ^ et avec des m^ens pareils à ceux de son escorte et de sa garde; mais qu^ilattendaitpourcelaqu'unprince françaisjut arrivé à Paris. Pichegru, au contraire, se renferma constamment dans im système de dénégation absolue. Moreau débuta aussi par le même système , auquel il dut bientôt renoncer. La nature lui avait donné le courage des champs de bataille, en lui refusant cette force morale qui ennoblit tonjours l'adversité et quelquefois le cnme lui-même. Le 8 mars, il écrivit au premier consul une lettre justificative très-maladroite, qui fut jointe aux pièces de son procès.

Ce procès occupa tout Paris : le Palais de Justice et ses avenues étaient, dès la pointe du jour^. assiégés par une foule délibérante que la présence des troupes parvenait difficilement à contenir. La hardiesse et la publicité des opinions imprimaient

à cette aîSaire le caractèi'e d' un grand intérêt national . Frappé de cette étonnante expression de la pensée, qui partageait la capitale entre le chef du gouvernement et un accusé , le premier consul chargea le colonel Sébastian! d'aller confidentiellement s'informer auprès de l'un des juges, M. de la Guillaumje , ancien intendant de Corse , de l'issue que * pourraient avoir les delsats. Ce magistrat lui dit que Moreau était coupable , mais que les preuves légales manquaient pour une conviction pleine et entière ^ que d'ailleurs la force de l'opinion publique combattait leur autorité ^ et , enfin , qu'il ne prévoyait pas que Moreau pût être condamné à une autre peine qu'à une détention limitée : « La GuiU laumjre a raison ^ dit le pi^mier consul au colonel: les Parisiens sont toujours pour les accusés. Quand Bironfiit condamné à mort par le parlement, bien justement, comme traître , on fut obligé dédoubler la garde , et de le faire exécuter à huiS'Clos à V Arsenal. » Un général présent à cet entretien représenta au premier consul qu'il aurait été bien plus simple de traduire Moreau devant une commission militaire : a Je ne l'ai pas fait, répondit Bonaparte, pour sauver votre tête et la mi>7i7z^. » Quelque temps après, comme l'affaire approchait de sa conclusion , le conseiller Clavier , araént républicain , qui figurait également au nombre des juges de Moreau, fut aussi pressenti sur le .jugement. On lui assura que l'intention du premier consul , si le tribunal prononçait la peine de mort , était de faire grâce à Moreau : « Qui'me la fera à moi ? » répliqua-t-il brusquement. En effet , la

France ne l'eût absous que plus tard, quand eq i8i3 Moreau apparut dans les conseils et dans le$ armées de la sixième coalition , qui tua sa patrie et son ennemi. Les réponses des deux magistrats et les parole^ du premier consul expriment fidèlement la situation des choses et de l'esprit , à cette grande époque où la liberté' n'avait encore ni tout par-r donne', ni tout donn^' à la gloire et au génie.

Une autre machination , ourdie sur les bords du Bhin , et également conçue à Londres, attirait Tat* tcntion de Ëonaparfe. Elle était dirigée par DraliK^^ Spencer Smith et Wickam , ministres anglais à Mu« mcb, à Stuttgard et en Helyétie. La police de Paris fut saisie du secret de leurs manœuvres par l'arrestation, à Kehl, de Méhée de Latouche, déporté k Oléron à 1 occasion du 3 nivôse , auquel il était con* plétcment étranger. Échappé de l'ile , il fut-envoyé par le ministère anglais à Draine pour hâter le succès de ses trames. Drake le fit partir pour P^ris avec des instriictions* Arrêté à Kchl avec ses papiers vers la fin de septembre 1 8o3 , Méhée se vit dans l'alternative de subir la peine capitale ou de devenir l'agent du Gouvernement pour déjouer la conjuration étrangère ; il n'hésita pas à préféf er le dernier parti. On prétendit même alors qu'il appar» tenait à la police française dès son départ d' Oléron pour Londres. — La conspiration formée au milieu de la France par les délégués de Drake avait acquis une sorte de maturité, et le plan en était fort étendu. II existait, dans un grand nombre^e communes, des comités permancns et chargés d'exciter et de faire exécuter une contrc-rcvoluiion en désorgaui-

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sam l'amure, en ordonnant le pillage et Fincen^iç. des arsenaux , celui des magasins à poudre , en îiyrant soit Strasbourg, soit Huningue, soit Besançon ; enfin en opeVant , n'importe par quel moyen , la destruction de Bonaparte. Il ne s'agissait plus, depuis l'emprisonnement de Pièkegru et de Moreau^ que de trouver un cbef militaire. Telles furent sommairement les ^euyes qui résultèrent de^ instructions et des pouvoirs donnés par Drake à Mehée. — Drake ignorait complètement que Mébée s'était livré a la police de Paris y et qu'il fût arrêté. Sous l'inspiration de cette pplice , et sous la dictée du citoyen Sl^ée, préfetduJBas-Hhin à Strasbourg, Méhée commença sa correspondance avec le ministre aur glais comme si , parvenu à sa destination , il s'occupait d'accomplir les projets dont il était chargé* Drake , dans ses réponses , se livra avec le plus grand abandon , tant il se croyait certain du succès d'après les lettres qu'il recevait. Méhéç lui écrivit enfin qu'il avait découvert' un général français capable de se njettre a la tête de l'insurrection. Ou envoyait en même temps à Drake un ofCcier intelligent et qualifié d'aidc-de-camp du général conspirateur. Cet officier, appelé Rosey, se présenta cuez Drake , qui l'accueillit parfaitement , et lui parla avec la plus grande coiifiance. Il revint même rapportant des bases arrêtées pour l'exécution du complot , ainsi que dçs lettres pour le prétendu général , lequel , par prudence , n*avait pas voulq être nommé. Il résulta de cette inission , si beureusèment remplie , une nouvelle correspondance trèsactive entre Drake et le général suppose. Le capi-

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iemli^ d«i»jî l«« (owi<^ du château : c*é ^uo l\vii (U^ilUiu - Au milieu de la violcoee Utw^u \K^»l W |n^H^J| dt^ Moi'eau et de Pichcgni tl^^wwvU K\> vv\j>hU^ o« apprit avec horrew k \\\ y\ U ^w\( xlu x)m' \ri\H^hicn, et on cheidia

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^ aux personnes qui dirigeaient et

1» maûdAient de Londres l'assassinat du premier » ooniul, et qui destinaient le duc de Berri à en« » trer en France par la falaise de Béville, et le » duc d'Ëoghien par Strasbourg. Elle doit ftre » attribuée aussi à ceux qui s'efforcèrent, par des » rapports et des conjectures , à le présenter comme » clicf de la conspiration. Elle doit être e'terneileà ment reprochée enfin à ceux qui , entraînés par » un zèle criminely nattendirentpoint les ordres

* de leur souverain pour exécuter le jugement

* de la commission militaire. Le duc d'Enghien

* périt victime des intrigues d'alors ; sa mort y si » injustement reprochée à Napoléon , lui nuisit et' ift fie lui fut d'aucune utilité politique. SiNa^léon » avait étécapable d'ordonner im crime, Louis xviit » et Ferdinand ne régneraient point aujourd'hui : » leur mort lui a été proposée , conseillée même À » plusieurs reprises. » •

Il ne manquait plus aucun renseignement sur les machinations combinées dans rAllemagne électorale contre k république et le premier consul. Bonaparte résolut ae décider la conviction puMique en mettant sous les yeux de l'Europe , par la voie du Moniteur y les pièces de correspondance de Drake et de Méhée , et postérieurement celles qui concernaient la mission du capitaine Rosey. Deux rapports du grand-juge accompagnèrent la publication de ces étranges documens. Le 24 mars^ Talleyrand adressa à tous les membres du corps diplomatique une circulaire , à la suite de laquelle la diplomatie britannique fut condamnée par les réprésentans de toutes les puissances de l'Europe.

taine Rosey fît deux voyages à Municli et à Stuttgard. Drake l'adressa à son collègue Spencer Smith^ qui devait lui fournir un complément de fonds destines à solder les troubles intérieurs. De retour de ce dernier voyage , avec une somme d'environ i3o,ooo francs en or, l'officier la déposa entre les mains du preïet du Haut-tlhin.

Yoilà où en était cette seconde machination britannique, lorsqu'un rapport de gendarmerie^ remis au premier consul , lui apprit que le duc d'Enghien , résidant h Ettenheim , dans le grandduché de Bade , y avait réuni beaucoup d'émigrés, et entre autres Dumouriez. Cette dernière circonstance était fausse. Déjà divers rapports de police avaient attribué au duc d'Enghien le projet de pétiétrer en France du côté de l'Est au moment de l'explosion de la conspiration , tandis que le duc de Berri entrerait du côté de l'Ouest. Bonaparte prit à l'instant la résolution , comme il le dit depuis à Sainte-Hélène , de renvoyer la terreur à ses ennemis jusque dans Londres. Il convoc[ua le conseil des ministres , et donna ordre à celui de la guerre^ le lo mars i8o4 , de faire enlever k Ettenheim, siu" un territoire étranger et neutre , par le général Ordener, le duc d'Enghien. Cet enlèvement fut exécuté avec la plus crande rapidité. Le prince fut transféré d'al^rd à la citadelle de Strasbourg, puis au château de Yincennes , où il arriva le 20 , à neuf heures du soir. Une commission militaire, composée d'un général de brigade président , de six colonels , d'un capitaine rapporteiir et d'un capitaine greffier^ se transporta à Yincennes en vertu

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de Tordre du gouverneur de Paris , d'après Tarrêté du gouvernement du 19 ventôse , qui déclarait le duc d'Enghien prévenu d^ avoir porté les armes contre la république , d* avoir été et d*êtré encore à la solde de l* Angleterre , de faire partie de complots tramés par cette dernière puissance contre la sûreté intérieure et extérieure de la république. Interroge' à minuit par le capitaine rapporteiu*, il déclara qu^il n* avait jamais vu Pichegru, que le général avait désiré le voir y qu^ilse, louait de ne V avoir pas connu , d'après tes vils moyens dont on dit qu'il a voulu se servir, s* ils sont vrais ; quHl avait toujours commandé V avant-garde dans V armée de son grandpère (le prince de Conde') } au il n^ avait pour vivre que le traitement que lui faisait V Angleterre y c^est-à^direy cent cinquante sujnées par moiS' Avant de signer le proces-verbal de ce premier interrogatoire , le prince écrivit au bas : Je demande une audience au premier consul : mon nom, mon rang, ma façon de penser et V horreur de ma situation me font espérer qu*il ne se refusera pas à ma demande. A la commission , devant laquelle il comparut deux Heures après , il déclara quil était prêt à faire la guerre ^ et qu'il devait avoir du service dans celle que F Angleterre faisait encore à la France. Averti par le président que les commissions militaires jugeaient sans appel, le duc répondit : Je ne me dissimule pas le danger que je cours; je désire seulement avoir Une entrevue avec le premier consul. — Vers les quatre heures du matin y une explosion se fit en-

tendre dans le^ fosses du château : c'était le prince que Ton fusillait. — Au milieu de la violente agi-* tation dont le procès de Moreau et de Pichegru enflammait les esprits, on apprit avec horreur a Paris la mort du duc d'Ënghien , et on chercha vainement à en pe'ne'trer le mystère.

Lamort du duc d'Enghien n* est pas un crimCf dit alors un homme d'ëtat^ c'est bien pis , elle eU une faute. Bonaparte a pris pour lui seul cette faute tout entière dans son testament , où il s'ex* prime ainsi : « J'ai fait arrêter et juger le duc À d'Enghien , parce que cela e'tait nécessaire à la » sûreté, à l'intérêt et à l'honneur du peuple frao- » çais... Dans une semblable circonstance, j'agirais 9 de même, td — Bans ses Mémoires ^ Napoléon dit encore : « Le 4uc d'Enghien périt parce qu'il était » un des auteurs principaux de la conspiration d^ » George^, Pichegru et Moreau... « Le ducd'En-> » ghien ficurait aejà, depuis 1 796 , dai^s les in- » trigues aes agens de l'Angleterre, comme le ^ prouvent les papiers saisis dans le caisson 4e Klin- » glin et les lettres de Moreau au Directoire , 4h » 17 fructidor 1797. » — Napoléon s'explique ainsi h lui même , dans ses Mémoires , la mort 4u 4uc d'Enghien : a La commission militaire a dû » le condamner si elle l'a trouvé coupable. Inno* » cent ou coupable , Gaulincourt et Ordcner ont dA 1» obéir : coupable , la commission militaire a d& » le condamner; innocent , elle eût du l'acquitter^ » car aucun ordre ne peut justifier la consciencf; » d'un juge... La mort du duc d'Enghien doit êtie » attribuée aux personnes qui dirigeaient et

» mafidAient de Londres l'assassinat du premier » consul, et qui destinaient le duc de Berri à en- » trer en France par la falaise de Beville, et le » duc d'ËDghien par Strasbourg. Elle doit être 9 attribuée aussi à ceux qui s'efforcèrent, par des » rapports et des conjectures , à le présenter comine » clicf de la conspiration. Elle doit être éternelleà ment reprochée enfin à ceux qui , entraînes par » un zèle criminel, n^ attendirent point les ordres » de leur souverain pour exécuter le jugement t de la commission militaire. Le duc d'Enghien * périt victime des intrigues d'alors j sa mort , si » injustement reprochée à l^apoléon , lui nuisit et' t fie lui fut d'aucune utilité politique. SiNa^léon » avait étécapable d'ordonner im crime, Louis xviii » et Ferdinand ne régneraient point aujourd'hui : » leur mort lui a été proposée , conseillée même à » plusieurs reprises. » •

Il ne manquait plus aucun renseignement sur les machinations combinées dans l'Allemagne électorale coDtn k république et le premier consul. Bonaparte résolut de décider la conviction publique en mettant sous les yeux de l'Europe , par la voie du Moniteur y les pièces de correspondance de Brake et de Méhée , et postérieurement celles qui concernaient la mission du capitaine Rosey. Deux rapports du grand-juge accompagnèrent la publication de ces étranges documens. Le ^ mars^ Talleyrand adressa à tous les membres du corps diplomatique une circulaire , à la suite de laquelle la diplomatie britannique fut condanmée par les réprésentans de toutes les puissances de l'Europe.

Drakc et Spencer Smith reçurent TinvifatioD de ne plus rq)araîtrc à la cour de Bavière et k celle de Wurtemberg. Jamais l'opinion publique ne fut aussi éclairée sur aucune manœuvre politique que sur celle qui de'shonora si justement alors le cabinet de Londres.

L'empereur de Russie^ en sa qualité' de média-

. . . 'empirec __

était secondé dans cette démarche par le rçi de Suède , gendre de l'électeur de Bade, et même par le cabinet de Londres , qui osa aussi intervenir dansicette réclamation, quoique souillé encore des crimes de ses agens diplomatiques. Une troisième coalition s'annonçait , et la paix de l'Eu*, rope était encore une fois et pour long-temps compromise. ,

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