‹ Histoire de Napoléon: d'après m. de Norvins, m. le comte de Las-Cases, le général Gourgaud, etcChapitre 4 sur 21 · I. HIST. DE NAP. r · texte numérisé non relu

I. HIST. DE NAP. r

les troupéi (19 Paoli. Enfin, en 1769, le comte déYaux soumit File entière à Iaf*rance^ tandis qne Paoli s*embarquait sur un bâtiment anglais pour Liyoume. M. de Monteynard fut le premier gouverneur, français de l'île; M. de Marbœuf y resta en qualité' de commandant militaire ; les Génois, repoussés de tout temp^ par le pays , forent la dupe de leur imprudente confiance : M. de Ghoiseul ne daigna pas même les admettre à un traité de cession. La France garda la Corse, parce qu'elle Fayait conquise. Ce ne fut cependant que le 3o noyembre i<78i^, qa'en rertu d'un décret de l'Assemblée Constituante , la Corse deyint une partie intégrante du royaume.

Les ancêtres de Buonaparte ou Bokaparte , inscrits sur le livre d'or à Bologne, comptés à Florence parmi les Patrices , avaient joué un rôle important, surtout à Trévise. Les vicissitudes des guerres civiles les forcèrent à se réfugier en Corse au conunencement du quinzième siècle; ils se fixèrent à Àjaccio, et s'allièrent bientôt aux meilleures familles de Gênes et de l'île , où ils acquirent une grande influence. -^ Charles Bonaparte , père de Napoléon, e'tait plein de patriotisme et de dévouement : il avait puissamment secondé Paoli dans la guerre contre les Génois ; ses périls furent partagées par son épouse , Letizia RamoKni , l'une des pIusDdles femmes du temps, et douée d'une grande force d'ame ; elle le suivit souvent à cheval dans ses expéditions. Elle était enceinte, en 1769^ et aie approchait du terme de sa grossesse , lorsqu'elle yonlut assister à Ajaccio à la fête de TAs-

somption, mais elle n'eut que le temps de revenir chez elle pour déposer sur un tapis à fleurs un fils qu'on appela Napoléon. — Napoléon naquit le i5 AOUT 1769: son premier âge ne marqua point par CCS prodiges dont on se plaît à entourer les grands hommes. Lui-même a dit : a Je n'étais .» qu'un enfant obstiné et curieux. » Il faut ajouter

sans mesure y et cette humeur querelleuse (fvà affligeait tant la mère de Bertrand Du Guesdm, q^uand il était jeune encore ; l'archidiacre Lucien , sén onde, parut avoir deviné l'avenir de Napoléon j par ses dernières paroles aux jeunes Bonaparte , qui entoiuraient son lit de mort : <c H est 1» inutile de songer à la fortijne de Napoléon , il » la fera lui-même. Joseph , tu es Tainé de la 9 famille, mais Napoléon en est le chef^ aie soin s> de t'en souvenir. » L'événement a justifié la prédiction.

En 17799 Charles Bonaparte, envoyé à Versailles comme député de la noblesse et des états de Corse y emmena avec lui son fils Napoléon , âgé de dix ans , et sa fille Ëlisa. La politique de la France appelait aux écoles royales les enfans des famillesj nobles de la nouvelle conquête; aussi Elisa fat placée à Samt-Gyr, et Napoléon à Brienne. -^ Bonaparte entre avec joie à l'École Militaire. Dévorjé du désir d'apprendre, et déjà pressé du désir de parvenir , il se fait remarquer de ses maîtres par nne application forte et soutenue. Il est^

Saur ainsi dire, le solitaire de l'école; ou, quand se rapproche des autres élèves , leurs rapports avec lui sont d'une nature singulière. Ses égaux doivent se ployer à son caractère , dont la supe'riorite' , quelquefois chagrine , exerce sur eux un empire absolu. Lui-même, soit qu'il les domine, soit qu'il lem* reste étranger , il semblerait être sens 1 influence d'une exception morale qui lui aurait refusé le don de l'amitié, si quelques préférences auxquelles il demeura fidèle dans sa plus haute fortune, n'avaient honoré sa première jeu-< nesse. — Dans la discipline commune de Fécole , il a l'air d'obéir à part et avec un penchant réfléchi à respecter la règle 'et à.suivre ses devoirs. Rêveur, silencieux , fuyant presque toujours les amusemens et les distractions , on croirait qu'il s'attache à dompter un caractère fougueux et une susceptibilité d'ame égale à la 'pénétration de son esprit; sa vie est sévère: mais des rixes fréquentes et souvent provoquées par lui font éclater la violence de son humeur, tandis que d'aulres faits trahissent des inclinations militaires. Veut-il bien s'associer aux exercices de ses compagnons ? Les jeux qu'il leur propose, empruntés de l'antiquité, sont des actions dans lesquelles on se bat avec fu* rcur sous ses ordres. Passionné par l'étude des sciences, il ne rêve qu'aux moyens d'appliquer les théories de l'art de la fortification. Pendant un hiver, on ne voit dans la cour de l'école que des retranchemens, des forts, des bastions, des redoutes de neige. Tous les élèves concourent avec ardeur à ces ouvrages , et Bonaparte conduit les

trayons;. Sont -ils achèves? ringenieur devient général , prescrit Tordre de Fattaque et de la défense , ^ègfe les mouyemens des deux partis; et, se plaçant tantôt à la tête des assiëgeans , tantôt à la tête des assiégés, il excite l'admiration de toute l'école et des spectateurs étrangers, par la fécondité de ses ressources y et par son aptitude au commanr dément aussi bien qu à l'exécution. Dans ces momens d'éclat , Bonaparte était le héros de l'école pour les élèyes et pour leurs chefs. Pichegru était alors le répétiteur de Bonaparte. Ainsi le froc d'un moin^ cachait le conquérant de la Hollande, et l'habit d'un ûeve le dominateur de la France et de l'Ëu^ rope. — La lecture, qu'il a toujours aimée, deyient pour Bonaparte une passion qui ressemble à la fureur; mais les beaux'^arts n'ont point d'attrait pour cet esTOÎt sévère , et de la littérature il ne cultive que l'histoire; il la dévore, et range avec ordre dans sa mémoire sûre et fidèle tous les événemens remarquables de l'existence des nations et de la vie des griands hommes qui les ont conquises et gouvernées. • .

Bonaparte resta à Brienne jusqu'à l'âge de quatorze ans. En 1788, M. de Kéralio, inspecteur des douze écolesonilitaîres , lui accorda une dispense d'âge et même une faveur d'examen pour être admis à l'école de Paris ; car Napoléon n'avait fiatit de progrès que dans l'étude d!e l'histoire et des mathématiques , et les moines de Brienne voulaient le garder encoi^ une année pour le perfectionner dans la langue latine : « Non^ dit M. de Kéralio, f aperçois dans ce jeune homme une

éUnegtte mienne sauraittroptôt etM^. » Bo** Baparte obtint a l'École railitaîre de Paris la mme su^riorité originale qiii Fayait ftil distiàguer à Brienne , et fut aussi le premier mathânatîci«i parmi les ëlë?es.^ Un de ses professeurs l'arait ainsi noté : Cane de nation et de caractère y tZ ùw loin y si les circonstances le faunnisenU

Sa carrière militaire commença â seize ans^ ige où le fittccès de son examen k TÉcole militaive de Paris lui valut , le i^ s^tembre tn9& f tme liéutenanee en second an régiment d'artilloie de La Fère , qu'il quitta bientôt ponr entirer lieuts* nant en preiiûer dans un antre régiment en gamilon k ValeQce. Dans un voyage qu'il fit à Paris ^eux années après, il vit le fiuneux abbé Eaynal, auquel il avait adressé le commœccment d'une bistoire qu'il se {apposait d'écrire sur la Corse» En 17889 sur la demande de ce même ûbé Raynal, l'académie de L^n avait proposé la question suivante k l'émulation des écrivais : Quels sont les principes elles institutions àincàUitiet auxhomn mes pour les rendre le plus heureux possible? Napoléon concourut sous le voile de l'anonyme et remporta le prix.

Il avait vingt an$ et résidait à Valence , lorsque le cri de liberté se fit entendre en 1780. Le Danpbiné donna un grand exemple i cette cause si nouvelle : le premier arbre de la liberté fut

i>lanté à ViziUe. Bientôt le fatal projet de quitter eu r poste et leur pa^s s'empara aun grand nombre d'ofiGciers firançais : cette fareur se répâoidif dans la garnison de Grenoble. BoMparte préMut

jagta r^migratioii et lui prâera b tévolutiott. Pascal Paoli était venu de Londres à Paris en 1790 : soUonellement présenté à F Assemblée Constituante par La£iyette , il avait reçu dans la capitale tous les honneurs qu'à cette belle épo({ue l'amour de la yraie liberté £usait décerner aux dâenseurs de l'indépendance des nations. Paoli troBwa l'Assemblée , comme nous b verrons bien* tôt* L'année suivante , de retour dans ses foyers y il

i reçut le brevet de lieutenant-général au servitie I France , et le commandement de la Corse. Vers cette épo<{uey Bonaparte, présent oar congé dans cette île, y trouva deux partis , dont l'un tenait pour l'union avec les Français ^ et l'autre pour l'indépoidance de la Corse. Son choix ne fut pas douteux; il devait fidélité à la France. Ajaccio, sa TiU^ natale 9 était le cbef-lieu du parti opposé au nôtre ; Bonaparte , capitaine d'artulerie aepuis le 6 février fjg^y et nommé ensuite au commandement temporaire de l'un des bataillons sddés que l'on avait levés en Corse pour le maintiei) de l'ordre public 9 dut marcher contre la garde nationale d'Ajaccio. Un chef des mécontens, Peraldi , ancien dmemi delà famille de Bonaparte, osa accuser Napoléon d'avoir provoqué le désordre qu'il venait de r^rimer. Appelé dans la capitale pour rendre compte de sa conduite 9 il se justifia facilement de cette calomnieuse imputation. Il était k Paris lorsqu'eutHeu la journée du 20 juin, où, Louis XVI vit son palais envahi par les ouvriers des faubourgs Saiat-Ajiitoiae et Saint^Marceau , et fut contraitit de se ooî£Eer du bottnet rouge. Bonaparte re^inl d^*^

"•"**nite fit

.u ^ * ' ^ulicr <ft

'V ■ip^nttHi' 119- ' ''Xi9f*tttaam £r

«r-^i :rw ^ iKdiiie (& fa guerre

civile, un écrit qui ne pouvait être et n'était que l'apologie du système terrible qui régnait alors.

Toulon était en pleine insurrection contre la Convention ; la ville , le port , l'arsenal , les forts et l'escadre avaient été livrés aux amiraux anglais et espagnols. L'Anglais Hood commande en chef, et occupe au nom de son gouvernement Toulon, qui pourtant avait proclamé Louis XYIL Garteaux fut nommé général en chef d'une armée r^ublicaine qui reçut ordre de reprendre Toulon. Le cKef de bataillon Bonaparte fut envoyé par le comité de salut public pour diriger l'artillerie du siège en qualité de commandant en second. Le général Dammartin ^ qui commandait en chef l'artillerie à cette armée, était malade. Bonaparte arriva le 12 sept^nbre au Bausset, où résidait le quartier-général de Garteaux. Il trouva Tarmée absolument dépourvue de matériel et de personnel d'artillerie pour un siège aussi important. £n moins de six semaines , sa prodigieuse activité créa toutes les ressources qui manquaient. Mais il eut bienrôt à combattre l'inca-

Î)acité du général en chef, qui voulait exécuter à la ettre l'ordre arrivé de Paris , de brûler la flotte ennemie et de prendre Toulon en trois jours. Salicetti , Albitte et Gasparin étaient alors représentans du peuple à l'armée de Toulon ; celui-ci avait été capitaine de dragons : il entendait la guerre; il avait deviné la supériorité du commandant d'artillerie. Cette disposition favorable de Gasparin fut la véritable cause de la prise de Toulon , par l'accord qui régna constamment entre lui et Bonaparte , qui se louait moins d' Albitte et de Salicetti. On obtint

ToA pwMwir bkinnr IKotIto par

kom jnmtmt msmmr UfmaïkfÊtWÊÊattmaûe pai

tHn U ^^têK^tamsnài. RmrdftiJlMM ce Uocus; il pnMsa4! eilidUiir sur ItegniinntMRS de Balgoier

affUMfr» ctanquclils KfeACil-fiîliiilter. Ils SyipRleconuDandaitt jk : Sk fe Frijfaii l yw r terf ceUe batteffer« 7« WÊtfa» jacylMii^ ffiin|iiifti iw ayec laiaai qp» Toukai ^tait là^ et fae k fwt MolgraTe ^iHi le fOMrt driltouM ; il ajiMlai i|ae soixantedewoe mtcs ^^kjMÎse décelait, Fannéede mégi «nit iccovfié Tcnka. Tool le conseil de gMne se MOfta de scft sltîs ; nais Bonaparte eut coGOie à ktler contre finpmtie da g^éral en chef et de SM état-najor. Enfin , Garteanx fut destitué, et ica^bfcé par IK^^, qui ne valait pas mieux , et m ayail été niédedn. n fit presque regretter son ptâeccsseor*

Cependant, peu de jours après son arriva, il aanil pu s'emparer du fort Mulgrave. Les EspafÊsh naltraitmnt tellement les yolontaires français qu'ib emmenaient prisonniers , que le batailloD de k Cete-d*Qr, qui était de trandiée, courut aux enaes, ainsi que toute k division. Cette affaire ^ improvisée par l'indignation du soldat , devint têtkment diaude, que&naparle alk dire augûiâ-al m Ad qu'A eu ooftterait moins pour Tattuque^qae

^ It -^

ror la Retraite. Il fut akn autorisé à se pottcr & tdte des troupes et à diriger Topëration. D^à le' succès ëtait certain, lorsque le général Doppet, quoique loin du feu , voyant tomber près de lui un de ses aides-de-eamp^ eut la lâcheté de faire sonner la retraite. BcHiaparte , blessé à la tête y revint y et lui dit militairement : Z^ /.../..••• qui fait sonner la retraite y nous- a fait manquer Toulon. Chah cnn avait alors son franc» parler sur le champ de bataille ; les soldats demandaient hautement quand on se lasserait de leur envoyer des peintres et des médecins pour les commander. Doppet reçut hiest* tdt ordre de se rendre aux Pyrénées. Enfin Dugora* mier fut nommé au commandement général. Dès ce moment commencèrent les véritables travauac du sié^e. Ce fut à la construction d^me nouvelle bat* tene, qu'ayant besoin de dicter un ordre , Bona* parte demanda un homme qui sut écHre. Un s«r* geat d'un bataillon de la Côte-â*Or se présenta, et comme il écrivait sur Fépaulement de la batterie, un boulet le couvrit de terre, lui et son papier. Bon y dit le sergent, ?'« n'aurai pas besoin de sa^ ble. Ce sergent , c'était Junot. 'Bonaparte avait aussi découvert dans le train d'âirtillerie un jeune officia: qui fut son ami pendant dix-sept aus : c'était Ihiroc. Telle fut l'origine de la fortune de ces deux militaires, qui parvinrent par leurs services aux premièresdignit^derétat.— DansunerencontreBonapaltofit prisonnier le généralO'Hara, gouverneur de Toulon, et reçut lé grade de géuéral de brigade. H £illait à tout prix s'emparer dulbrt Mulgrave, du Pttit'Cibralian Une batterie parsfièle à la

lO

«lelfue» ioeeès partîds : Bonaparte prouva ^e si 1 on pouTÛt bloquer Toulon par mer comme par ten*e la place tonu)erait. Pour effectuer ce blpcus, il proposa d'établir sur les promontoires de Balguier et delEguillette deux batteries destinéesÀfoidroyer la grande et la petite rade. Les Anglais , (jui, ainsi que Bonaparte^ regardaient cette position comme très^importante , ayaient fait des ti:ayaux prodigieux au fort Miil^ave qui lui était opposé , et auquel ils avaient aussi donné le nom àe Petit-Gibraltar. Ik lejugeaient tellement imprenable, quelecommandant avait dit : Si les Français emportent cette batte^ rie y je me fais jacobin^ Bonaparte dit avec rai- «m que Toulon était là, et que le fort Mulgrave ëtait le point d'attaque ; il ajouta que soixantedouze heures après la prise de ce fort, l'armée de aiége aurait recouvré. Toulon» Tout le conseil de guerre se rangea de son avis ; mais Bonaparte eut encore à lutter contre l'impéritie du général en chef et de son état-major. Enfin, Garteaux fut destitué, et remplacé par Dopi^et, qui ne valait pas mieux , et qui avait été médecin. II fit presque regretter son prédécesseur.

Cependant, peu de jours après son arrivée, il aurait pu s'emparer du fort Mulgrave. Les Espagnols maltraitèrent tellement les yolontaires français qu'ils emmenaient prisonniers , que le bataillon de la Gdte-d'Or, qui était de tranchée, courut aux armes, ainsi que toute la division. Cette affaire , improvisée par l'indignation du soldat , devint tellement chaude , que Bonaparte alla dire au génital •a chef qu'il en coûterait moins pour T^ttaque^que

Pur la Mraiie. Il fut a!o» autorisa k se potter à tâte des troupes et à diriger Topératioii. Déjà lé succès était certain , lorsque le gënëral Doppet^ quoique loin du feu , voyant tomber près de lui un de ses aides-d^camp^ eut la lâcheté de faire sonner la retraite. Bonaparte , blessé à la tête , revint , et lui dit militairement ; Lej,,.f..... qui fait sonner la retraite, nous' a fait manquer Toulon. Gbacnn avait alors son franc* parler sur le champ de bataille ; les soldats demandaient hautemeit quand on se lasserait de leur envoyer des peintres et des médecins pour les commanaer. Doppet reçut bien* tdt ordre de se rendre aux Pyrénées. Enfin Dugom* mier fut nommé au commandement général. Dès ce moment conunencèrent les véritables travaux du si^e. Ce iîit à la construction d^e nouvelle batterie, qu'ayant besoin de dicter un ordre , Bonaparte demanda un homme qui sut écrire. Un sergent d'un bataillon de la G6te-d'0r se présenta, et comme il écrivait sur Tépaulement de la batterie, un boulet le contrit de terre, lui et son papier. Bon y dit le sergent, /e n* aurai pas besoin de sa^ ble. Ce sergent , c'était Junot. 'Bonaparte avait aussi découvert dans le train d'artillerie un jeune officier qui fut son ami pendant dix-sept ans : c'était Duroc. Telle fut l'origine de la fortune de ces deux militaires , qui parvinrent par leurs serrices aux premières dignitésderétat.—*Dans une rencontre Bonapaicte fil prisonnier le généralO'Hara, gouverneur de Toulon, et reçut le grade de général de brigade. n allait à tout prix s'emparer dâfori Mulgrsve^ ' du Ptfit'Gibraltan Une batterie paraftèle à la

redoute anglaise fut élevée k la distance de cent idngt toises seulement. On la construisit à la faveur d'un rideau d'oliviers , qui en déroba les travaux à l'ennemi. Mais à peine démasquée , elle fut foudroyée. Les canonniers effrayés refusaient de tenir cette batterie : alors Bonaparte, pénétré plus que jamais de l'idée que la prise de Toulon dépendait de celle du Petit-GibraUar ^ s^avisa d'une de ces ressources que le génie et la connaissance profonde qu'il avait déjà du caractère de ses soldats , pouvaient seuls lui inspirer. Le sergent du bataillon de la Gôte-d'Or , Junot, était resté d'ordonnance auprès de son chef; Bonaparte lui ordonne d'écrire en gros caractères sur un écriteau qu'il fait placer en ayant de U batterie : Batterie des hommes sans peur. Il avait bien jugé nos soldats ; dès ce moment tous les canonniers de l'armée voulurent y servir. Lui-même, debout sur le parapet, donna l'exemple aux hommes sans peur y et commanda le feu qui, commencé le i4 décembre 1793, dura jusque dans la nuit du 17 , et fut terrible. Dugommier n'avait résolu l'attaque que pour le lendemain ; mais Bonaparte estime que le moment est favorable pour répandre plus de désordre parmi les assiégés , et en outre les représentans insistent avec opiniâtreté sur l'attaque. Toutes les mesures sont prises , et, grâce à une manœuvre audacieuse où Bonaparte signale tout son courage, le fort Mulgrave estpris. Au.x:etotti;^.Bonar parte dit aux généraux: Demain ou aprèsréUs^ main y au plus tard y vous souperez dans Tou- Ions DDW on lui. épargna la peine d'une nouTelle

âUaqiic. Il avait tourne contre là rade les batteries du Petit-Gibraltar : cette disposition décida les allies à évacuer Toulon et à se rembarquer. Les Anglais annoncèrent leur retraite par la destruction du magasin général et de celui de la grande mâture. L'incendie de l'arsenal et celui de neuf vaisseaux de baut bord et de quatre frégates firent reconnaître au loin sur la terre et sur la mer les vengeances britanniques. Sydney Smitb fut cbargé de cette terrible exécution. L'amiral Hood n'eut pas le temps de faire sauter les bassins de construction y ni le fort la Malgue. Les Espagnols refusèrent de brûler les vaisseaux qui leur avaient été désignés. Le même jour , à dix beures du soir , le colonel Gervoni brisa une porte de Toulon et y entra avec deux cents hommes. La ville avait été bombardée par Dugommier depuis midi. Au milieu du désordre , les galériens , au nombre de neuf cents , au lieu de reprendre leur liberté et de se livrer au

Sillage et aux excès qui appartiennent à cette classe 'hommes dégradés, donnaient un exemple singulier d'héroïsme : ils parvinrent à éteindre lé feu de quatre frégates , de l'arsenal de la marine , à sau- Ter la corderie , les magasins à blé y h. poudre , à sauver leur prison , leur bagne , et ils reprirent leurs fers. Ils étaient glorieux de s'être aussi vengés des Anglais , en conservant à la république ces grands établissemen3 : une action si . belle et si neuve dans l'histoire caractérise cette époque esP tra ordinaire 9 qui enivrait aussi de la^iglpire de la liberté les hommes que la justice avait refraiiebés du nombre des citoyens. Les représeut^d9 ,peu-

fk Mminbent la victoire paf d'affirenses cruauté*

Dugemmier fut apoelé au commandement en

chef de l'annëe des Pyrënëes. Le comité de la

Sierre chargea Bonaparte de rearmer la côte de la ëditerranée et celle de Toulon y et lui donna le commandement de Tartillerie k Farmee d'Italie , dont le général Dumerbion venait d'être nommé général en chef. Dugommier demanda pour Bonaparte le grade de général de brigade ; il écrivit au edmité de salut public : Récompensez et avancez €6 jeune homme y car, si on était ingrat envers kUy il balancerait tout seul. Cepeiidant le ministre de la guerre ne lui donna ce grade aue six semaines après. L'attachement et l'estime .oe Dugommier suivirent Bonaparte à l'armée d'Italie , où il exerça bientôt le. même empire sur le général Dumerfoios. Cette époque , mu vit commencer la gloire militaire de Bonaparte , lui laissa de profonds. souvenirs; et à Sainte-Hâëne, dans un codicille de Mm testament y il les consacra par des dispositions en faveur des héritiers de Dugonunier et de Gasparin, auxquels il se plaisait à attribuer le brillant mrat de sa carrière militaire. — Dans la campagne d^Italie de 1794 9 ses service^ furent tels, que to général en cha Dumerbion écrivit au comité de là' guerre : Cest au talent du général Bonaparte fjue je dois les savantes combinaisons qui ont gssuré notre victoire.

Pendant que Bonaparte s'illustrait ainsi y la réacfîondtt g fhfetmidor renversa fiobespierre et ses partfians. Bonaparte fut sur le point d'être enveloppé oans là fMie de ceux-ci. Pendant l'hiver de 1794^

fjgSfy U était aile inspecler rarmemént iks balM* ries établies sur le littoral de la Méditerranëe. Dans ses courses, on l'avait vu plusieurs fois à Toulon, à Àlarseille , où la fjureur de la réaction était échauffîte par les passions méridionales. A Marseille , le rs^

poque de la révolution. Le général Bonaparte lui remit, alors un projet pour élever une muraille crénelée qui fermât ces îotts du côté de k ville. Ce plan, envoyé à Paris, fut qualifié de liberticide par la Convention, qui manda à sa barre le général d'artillerie de Tannée d'Italie. II était retourné su quartier-g<méral à Nice , où I^ rejurésentans en mis* sion près de l'année d'Italie le firent garder cheE lui par deux gendarmes. La situation de Bonaparte devenait d'autant plus dangereuse à cette époque, que les vainqueurs de thermidot n'avaient point ignoré les relations d'amitié qui avaient existé à l'ar* mée entre lui et Eobespierre jeune, lequel avait .péri sur l'échâfaud avec son frère. Bonaparte , en** Tojé à Paris, succombait infailliblement. Gasparin, dont l'attachement lui était assuré depuis le siège de Toulon, ne pouvait rien sans l'avis de ses deux collègues. Dans cette extrémité, le capitaine Séba»ti^ni et Junot , devenu officier, avaient formé le projet, si l'on renouvelait l'ordre de son départ pour •Paris , de débarrasser leur général de ses deux gendarmes.» de l'enlever de vive force et de le conduit» i Gènes, Heureusement les menaces du dehors vinrent au secours de Bonaparte : le crédit qu'il ava^"

dans Vsarmée , et la confiance du générai en chef et des soldats se réveillèrent hautement à la nouvelle des mouvemens de l'ennemi. Pressés par le danger dont la responsabilité' pesait sur leur tête, les représentans écrivirent au comité de salut public qu'on ne pouvait se passer du général Bonaparte à l'armée f et le décret de citation à la barre fut rapporté. Sous Dueommier à Toulon, et sous Dumeroion à l'armée d'Italie, Bonaparte était pour les soldats le véritable général en chef. — Une accusation non moins dangereuse que la première pesait encore sûr Bonaparte : dans unecoursequ'il avait £dteà Toulon peuaujparavanty il avait étéassezheureuxpour sauver de la fureur du peuple plu^eurs émigrés de la fà" mille de Ghabrîllant, pris sur un bâtiment espagnol par un corsaire français.

La révolution du 9 thermidor avait déplacé les membres des comités. Aubry, représentant du |)eufie, ancien capitaine d'artillerie, avait obtenu la direction du comité de la guerre. Par une basse jalousie, il profita de son pouvoir pour arrêter la carrière de son camarade Bonaparte , à peine alors âgé de vingt-cinq ans. Il lui ota le commandement de l'ajrtillerie de l'armée d'Italie pour lui donner une brigade dans la Vendée. Bonaparte se rend à Paris pour obtenir d'Aubry la conservation de son commandement. Aubry se montra inflexible, et lui dit qu'il était trop jeune pour commander plus longtemps en chef dans son arme. On vieUUt vite sur le champ de haùiUle , répondit Bonaparte , et/ot viens. Tout fut inutile. Bonaparte refusa alors la brigade de l'Ouest, et rentra à Paris dams la tie

privée. — Ses amis Sébastiani et Juikot l'avaient accompagne. Ils prirent ensemble un petit logement xue de la Michodière. La détresse se fit bieniâc sentir} Bonaparte futoblieé, pourvivre, de vendre une précieuse collection a ouvrages militaires qu'il avait rapportés de Marseille. Alors il eut un moment, dit-on , l'idée d'aller servir le sultan | mais il futbiientôt détourné de ce projet par les circonstances. Le parti royalbte .avait relevé la tête après le 9 thermidor , et les sections de la garde nationale semblaient annoncer des dispositions en faveur de ce parti. Bonaparte prévit alors que , dans peu de temps y il pourrait se 4aire une place au milieu des mouvemens qiui .devaiQDt éclater. — Cependant il aurait été tout-à-fait oublié à Paris, aiDôulcetdePontécoulant n'eût remplacé Aubry pour les^âairesde la guerre. Il attacha Bonaparte au comité topographique, où se décidait le plan de campagne et se préparaient les mouvemens des armées. Ce, service fut toujours présent ausouvenir de Bonaparte.- Quelr ques années après^ sa reconnaissance fut rendue publique, quand, devenu premier consul, il appela au sénat conservateur M. de Pontéooulant, le jour même où son âge lui permettait d'v être admis. Letourneur de la Manche, qui remplaça M • de Pontéçonlant à la direction de la guerre, fut peu favorabls à Bonaparte, qui depuis oublia son injustice.

On verra , dans notre Histoire de France depuis 1789, le tableau de cette année 1795, qui , selon l'expression de M. de Norvins , mériterait d'ocaiper toute la pensée d'un écrivain par^diver^ité et l'importance des événemens qui la

fftiûM. A Pârii ) le parti nopliste i«pre&ait soil Imclaee; il conspirait contre la Gmye&tion. Bientôt l'adoption d une nouvelle constitution qui don* Bait le pouvoir exécutif k un directoire de cine^ jnenbres et la légblature k deux conseils , Im irarnît un prétexte pour éclater. Les sections de la ^arde iiati(Miale , gagnées par lui , prirent les âmes. Bonapaite était caché dans la foale tandis fue la Convention délibérait sur le ciioix d'un géwnd k leur opposer. Il entendit tout , et se rendit au tiwrité ib Saint Public ; on Fy attendait. Oà donna le eommandement en chef au représentant Barras, qui n'entendait iienàla guerre, et le cmnmandettient en secohid à Bonaparte , qui eut i^Hement, dans cette circonstance, toute fautorité ittlitaire.-*-'Bonaparte envoya aussitôt le chef d'escadron Murât , avec un tmtd^chement, s'emparer de quarante pièces d^artillerie parquées à la ?'fdne des Sablons, puis, avec des forces inférieureft edte des sections , il prit tcqites les dispositions «écessaires. Dans la Convention, il y avait peu d'<^niôns généreuses. On parlait de traiter avec les i^ections , de se retirer sur les hauteurs de St- Cieud , de poser les armes. Mais Bonaparte , api^ës une faible résistance , mît les sections en déroute : avec son artillerie , il sauva le gouvernement. La Convention confirma sa nomination an grade de général en second de l'armée de l'intérieur. Dès cette époque y le nom de Bonaparte devint ilaire. Par ses nouvelles fonctions y il était jê de pomvoir à la paix et à l'ordre public, lit sans cesse au milieu du peuple , le harangua

j^Usîeiirs fois aux kalles Hàsss ta fouboarp^ et prit sur lui un graâd crédit. La ConveatiMi aidait décrété le désarmement général des sections* Gellè op^ation attatjuait tout- à-coup les habitudes et leli droits des citoyens : elle ne rencontra pasd'obsia^ <des , et son exécution derint l'occasion ràa^liëre du miffiage deBonaparte. Lcyperquisitioas ayaiett âé fitttea avec tant de tigueiPjgns les tnàisons y qu'aucune aime queleontnie i^Btait restée. U^ «Kitin , en istroduisit aan l^kaànl Bonaparte «a «n&at^ douse 4 tfeeiae ans, oni vettaît rëek^ mép.répée de son père „ général de la répubtiftie, mort sur i'édha&ud : Cet ^nt éttttEugèsae Bëati- Ibamms. Vépée lui fut rendue. Sa mère voultft remercier le gâiéral. Voilà cotimient Bonaparte çonnutBMdttie Beaufaamms , sa première , peutêtre son unique passif. *

Sur la fin de son rèigife , la don^ention ataSt diaxgé le général de V-armée de rintérietiir de rédv ganiser toute la gâorde nationale > dont quaran^e^ Irais seetions passaient ponr royalistes , saûs Tètife xdbllemènt. Il nomma les officiers , tes adjuda^s , «t créa dans Paris bette armée urbaine qui , dans quelques années , devait se montrer si fidèle à son fondateur. Chargé plus tard du même travail pour la garde directoriale et pour «selle du corps légifiktif , il les organisa également y et leur laissa le même souvenir. Deptiis ce moment , tout ce qui poitait un fusil dans là capitale appartint au général Bonaparte^ il reconnut cette vérité aux trois lépoqucs que nous allons retracer. A son reto^' w la conquête d'Itdte , à celui de la conq^

d'Egypte , et au i8] bkiimaire , il retrouya les deux armées parisiennes telles qu'il les avait laissées, en 1795. Il n'y a que l'e'tat militaire qui donne des exemples de cette singulière fidélité.

A dater du i3 vendémiaire y jour ou Bonaparte abattit les sections ,^squ'à la chute de l'empire , la capitale ne seraJSros le théâtre d'aucune insur« rectiony ni popi^U^ niiroyaHste. Bonaparte fut nommé général oRii vision peu de jours avant que la Convention se proclamât dissoute. La constitution • dite de l'an III remit le gouvernement entre les mains de cinq directeurs , et donna le pouvoir législatif à un conseil TlesxÂnciens et à un conseil des Cinq-Cents. Bonaparte reçoit le oonunândement en chef de l'armée de l'intérieur , que la nominatioa de Barras au Directoire laissait vacant. Peu de jours après, marié avec madame- de Beauhamais y ûht nommé général en chef de l'armée d'Italie. Cette armée avait deux Ibis changé de chef depuis le départ de Bonaparte. Dumerbion avait été remplacé par KeUennann , et Kellermann par Schérer. La coalition étrangère subsistait toujours : elle se composait de l'Angleteterre, de l'Autriche, du Piémont, de Naples, de la Bavière, de tous les

Eetits princes d'Allemagne , et de ceux de cette elle Italie, dont, depuis deux ans, Bonaparte rêvait la conquête. Mais ^ de toutes ces puissances, l'Autriche était la véritable puissance qu'il fdlait combattre, et sur les bords du Rhin et au-delà des Alpes. C'est aussi la seule guerre qui occupe le Directoire; et, pour précipiter le succès de cette

^ ai ^

guerre, il en donne la conduite à un gênerai de yingt^sept ans I

Page 1