‹ Histoire de Napoléon Ier (volume 2)Chapitre 138 sur 310 · TRAFALGAR. — AUSTERLITZ · texte numérisé non relu

TRAFALGAR. — AUSTERLITZ

Le 18 novembre, Napoléon avait déjà quitté Vienne et il était à Znaïm en Moravie, marchant sur Brunn avec une magnifique armée au devant de celle d'Alexandre, le cœur enivré de ses prodigieux succès et la tête pleine des projets les plus grandioses, lorsque Berthier lui remit silencieusement, au moment où il se mettait à table, une dépêche qui allait lui rappeler qu'il était mortel. Celte dépêche contenait le récit sommaire du désastre de Trafalgar. Si le féroce égoïsme dont il était possédé avait laissé en lui quelque place aux remords, il en eût éprouvé de bien amers à la nouvelle de cette effroyable destruction, car il ne pouvait ignorer que lui seul en était l'auteur. Mais le seul sentiment auquel il fût accessible était la blessure de Turgueil humilié et le regret de voir brisée une arme si précieuse. Il ne manifesta aucune émotion ; il dissimula la nouvelle et se borna i écrire à Decrës : « qu'il attendait des détails ultérieurs avant de se former une opinion définitive sur la natutt de cette a/faircy et que, d'ailleurs, cela ne changeait

TRAPALO-AR. 855

rien & ses projets de croisière ^ » Ce forent là toutes les riflexions qne lui inspira une catastrophe qui lui avait été si souvent prédite par Decrès lui-même, par ses plus illustres amiraux, et dans laquelle son aveuglement et son infatuation avaient seuls précipité notre marine. Il est impossible, en eiTet, d'admettre le sÎDgalier système qui consiste à faire retomber par portions égales sar Nspoléon, Villeneuve et Decrès la responsabilité de la défaite de Traftlgar '. Napoléon ne fut ni une des causes, ni même la cause principale de ce lamentable événement, il en fut la cause unique.

Nous avons vu comment Villeneure, en apprenant la jonction des flottes de Gaïdar et de Nelson avec celle de Comwallis devant Brest, avait pris s:ir lui de le rendre à Cadix au lieu d'exposer son escadre à une destruction qu'il considérait comme inévitable en exécutant les instructions de Napoléon. Il est un fait certain qu*on ne saurait trop rappeler pour la justification d*un homme indignement calomnié, c'est que si Villeneuve avait obéi aux ordres de Napoléon en quittant le Ferrol aussi promptement qu'on le lui prescrivait, il serait venu se heurter devant Brest avec vingt-huit vaisseaux insuffisamment ravitaillés contre une flotte qui en comptait trente-cinq et qui l'eût anéanti avant que Ganteaume pût le secourir. Ge malheureux amiral avait donc rendu un premier service à la France en lui conservant sa marine;

Page 1