Napoléon à Decrès, 18 novembre
2. Tliicrs . « Tout le monde se préparait ta part de tort dans un grand désastre : Napoléon celle de la colère , Decrès celle des rétieeaces^ VilkneuTe celle du désespoir. »
356 HISTOIRE DE NAPOLÉON l*.
il lui en afait rendu un second plus grand encore, en faisant échouer cette folle expédition d'Angleterre, qoi allait nous priver de notre seule armée dans un BMHBeot où les troupes de la Russie et de rAutriche ■laTtlMient contre nous. Mais cette conduite prudente c( cMforme i l'infériorité alors si -connue de notre vanne» avait blessé dans ses plus chères illusions un jiiMitible orgueil, qui rêvait déjà la conquête du (Mode et qui ne pouvait souffrir qu'on lui montrât Ws bornes de son pouvoir. Aussi, tout en revenant MX vrais principes de la guerre maritime, au moins 4ans les conditions où nous étions placés, c'est-à-dire «a renonçant aux grandes concentrations pour agir par escadres séparées, ainsi que Decrès et Ganteaume et tous ses amiraux n'avaient jamais cessé de le lui conseiller, Napoléon en voulait mortellement à rhomme qui lui avait imposé ce pai ti comme une loi mj^oie de la nécessité. Il détestait en Villeneuve la <kiiH>nstration vivante de sa loDgue erreur, de sa pré- «vst^^ion obstinée, de l'inanité de ses plans tant van- UMk Villeneuve personniflait en quelque sorte Téchec W vU^^ sensible que lui eût infligé jusqu'alors la forl^ve^ U feignit de croire qu'un manque de courage, H*^ ivi^me U trahison, avaient seuls empêché de remyilir Ml mission un officier dont la bravoure personnelle était au-dessus de tout soupçon : « Villeneuve, ^ri -ait-il à Decrès, le 4 septembre, est un misérabk quil faut cliasser ignominieusement. Sans combinaison, sans courage, sans intérêt général, il sacnfierait tout pourvu quil sauve sa peau, » Decrès ayant essayé de justiûer son ami, reçut lui-même les éclaboussures do lu colère du maître : « Je me dispense de vous dire
YRAFALGAP. 357
tout ee qae je pense de la lettre que vous m'écrivez... Jusqu'à ee que vous ayez trouvé quelque chose de pUosibley je vous prie de ne point me parler d'une afihire aussi humiliante et de ne pas me rappeler le souvenir ddm homme si lâche*! • Il joignait à ces injures d'amëres récriminations sur tous les actes de Villeneuve, sans tenir aucun compte des circonstances qui les lui avaient dictés.
Ce qui prouve pourtant que cette colère était en partie jouée, et qu*au fond il savait à quoi s'en tenir sur la valeur de ces accusations, c'est que malgré des griefs dont le moindre étiit suffisant pour conduire Villeneuve devant un conseil de guerre, il le maintint dans son commandement. Le 14 septembre, il lui expédia l'ordre direct et formel de sortir de Cadix avec l'escadre combinée, de toucher à Carthagène pour rallier les vaisseaux espagnols qui s*y trouvaient, de se rendre ensuite à Naples pour appuyer le corps de Saint-C)r et faire aux croisières anglaises de Malte le plus de mal qu'il se pourrait, et enfin, de se retirer sur Toulon. Afin de prévenir chez Villeneuve toute tentation d'éluder ces ordres, il ajoutait ces paroles significatives : < Notre intention est que partout où vous trouverez Fennemi en forces inférieures, vous Vattaquiez tam hésiter et ayez avec lui une affaire décisive '. » Le lendemain, 15 septembre, voulant, non pas retirer, comme on l'a dit, son commandement à Villeneuve, maïs rendre cet ordre plus impératif et plus pressant encore, il écrivit à Decrès : « d'envoyer un courrier