‹ Histoire de Napoléon Ier (volume 2)Chapitre 226 sur 310 · AOUT-OCTOBRE 1S · texte numérisé non relu

AOUT-OCTOBRE 1S

Pendant que Napoléon prépare tout sur tant de points dillérents, pour rallumer la guerre, la France, conlianleen 9f.'S promesses, célèbre à l'envi les douceurs de la paix. C'en est fait, il l'a dit, on le sait, il va donner enfin quelque repos à ce pays épuisé ; il va s'occuper de la prospérité intérieure. Il veut être à lui-même son premier ministre et renouveler dans l'ordre économique toutes les merveilles qui ont fait sa gloire militaire. Il a assez fait le général, il va maintenant appliquer son génie à développer les richesses de la France; il veut centupler ses ressources industrielles et commerciales. L'Angleterre résista encore, il est vrai, mais qu'importe, depuis que le coptinent tout entier est soumis t On n'a pour la réduire qu'à la laisser dépérir dans son isolement. Tels sont les rêves que Napoléon encourage par des déclarations qu'on recueille avec avidité.

Il avait été reçu, lors de son retour à Paris, par des adulations dont la bassesse dépassait encore tout CA

i7ê HISTOIRE DE HAPOLiO!! I*.

qu^cm âTût entendu josqne-li, et qui seront dtées dus b postérité la pins recolée, tontes les fois qn'oD vendra mirqner le point extrême de Tabaissonent où p»rres4 descendre des Imes flétries par la servitude. « S&IY. lui dit le président du sénat, Lacépède, après aTcnr épuisé le vocabulaire de l'hyperbole en rappelant les exploits de la dernière campagne, tels soot ks prodi£es pyur lesquels la vraisemblance aurait cx^ ôes ^<c!es, et pour lesquels peu de mois ont sqS à T<y:r« Hajesté.... On ne peut louer dignement T.ccn» Xijieste. Toire gloire est trop haute. Il faudrait ^crv p&jiœ à la distance de la postulé pour déoourrir son immense èiéTation! * El Sêeuier au nom de b cour d appel : - Napoléon est au-delà de Thistoire humaine. Il est au-dessus de Fadmiration ; U n'y ^ que r amour qui puisse s'élevtr jusqu^à lui ! > Uarcbevtque do Paris essaya, mais vainement, de lutter contre Séguier; il déclara « que les annales du inonde n'oflraient aucun exemple aussi merveilleux et aussi mémorable b, ce qui parut pâle et d'une froideur presque suspecte. Mais Frochot, préfet de la Sàne, mérita la palme par la façon ingénieuse dont il sot humilier ses concurrents tout en exaltant le maître : « Joules as choses^ s'écria-t-il abimé dans une sorte d'extase, soni véritahkmenl au-dessus de notre porta. le silence d*étonnement que l'admiration impose semble être le seul moyen de les exprimer^ ! »

La session du Corps législatif fut ouverte le 16aoAt par un discours dans lequel Napoléon exposait luimême à grands traits les événements qui vemdent de

i. Moniteur du 29 juillet 1807.

changer la face de l'Europe. Dans tout ce qu'il avait fait, disait-il, il n'avait eu en vue que le bonheur de tes peuples t plus cher à ses yeux que sa propre gloire. Il s'adressait ensuite à la nation elle-même pour lui témoigner sa satisfaction : « Français, disait-il, votre conduite dans ces derniers temps où votre empereur était éloigné de plus de 500 lieues, a augmenté mon estime et Vopinion que f avais conçue de votre caractère. Je me suis senti fier d'être le premier parmi vous, vous êtes un bon et grand peuple !» Ce qui prouvait péremptoirement qu'il jugeait surtout ce peuple bon, c'est que pour lui témoigner sa reconnaissance, il lui annonçait « qu'afin d'empêcher le retour de tout titre féodal incompatible avec les constitutions de l'Empire, > il venait de créer différents titres impériaux pour donner un nouvel éclat aux principaux de ses sujets. Instituer une nouvelle noblesse afin d'empêcher le retour de la féodalité I il fallait, en effet, bien compter sur la bonté des Français pour leur octroyer un pareil bienlEût dans des termes si pleins de franchise ! C'est par un trait tout semblable de cette phraséologie ingénieuse» que dans le décret qui rétablit les prisons d'État, Napoléon fit introduire un considérant fondé sur la nécessité de « garantir la liberté et l'égalité. « Ce don si précieux était accompagné d'une promesse beaucoup moins facile à réaliser : < Je veux, disait Napoléon, que dans toutes les parties de mon empire, mime dans le plus petit hameau, l'aisance des citoyens et la valeur des terres se trouvent augmentées par l'effet du système général d'améliorations que j'ai conçu. » L'Empereur se résumait enfin en annonçant à ses fidèles sujets <c qu'il avait médité diverses disço-

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sitions pour simplifier et perfectionner les institutioDS. » Le perfectionnement, c'était la noblesse; la simplification, c'était la suppression du Tribunal.

La création des grands fiefs et de quelques-unes des opulentes dotations qui y étaient jointes datait déjà de Tannée 1806. Napoléon voulut l'étendre et la généraliser par un système complet, et bien que le statut relatif à la noblesse impériale n'ait été promulgué que le 11 mars 1808» j'en parlerai maintenant parce que la plupart des mesures préparatoires de ce statut en devancèrent de plusieurs mois h promulgation. Le rétablissement de la noblesse est on des actes sur lesquels Napoléon à Sainte-Hélène passait le plus volontiers condamnation. Il découvTÛtil est vrai après coup dans cette institution une foole d'avantages auxquels il n'avait jamais songé, entre autres celui de réconcilier la France avec VBurcfe^ objet qui ne semble pas l'avoir beaucoup préoccupé pendant son règne. Mais il reconnaissait qu'en définitive elle avait choqué les goûts égalitaires de la nation, et lui avait à lui-même nui plutôt que profité. Considérée au point de vue du succès, la meiore ne fut en effet jamais populaire, même auprès de beaucoup de ceux dont elle était censée combler tous les vœux. Elle n'était ni dans les idées, ni dans i^ intérêts, ni dans les mœurs. Les privilégiés d'aviBi la Révolution regrettaient leurs anciens titres; personne ne songeait à en réclamer de nouveaux. O0 voit par la correspondance de Napoléon qn'il était par exemple forcé d'intimer l'ordre à Bernadette de

t. Mémorial de Las Cases.

porter son titre de prince de Ponte Corvo. La Légion d'honneur qu'on représentait aujourd'hui comme rinstitution mère de la nouvelle noblesse, après avoir établi autrefois qu'elle était destinée à prévenir le retour de ces vaines distinctions, avait acquis une grande popularité, bien qu'elle eût été d*abord repoussée par tous les hommes éclairés ; mais la noblesse impériale, sans avoir mérité ni haine ni amour dans le cours de son éphémère existence, garda toujours aux yeux des classes populaires un certain vernis de ridicule. Pourquoi ? Elles eussent été probablement fort embarrassées d'en déduire les motifs ; en cela cependant leur instinct était plus clairvoyant que les calculs soi-disant profonds du créateur de cette œuvre artificielle.

. Ge que le peuple sentait confusément, c'est que cette aristocratie, improvisée en quelques heures par nn caprice de cette volonté qui se figurait suppléer an travail des siècles, et ouverte comme un refuge aux débris usés d'un fonctionnarisme servile, était tout ce qu'on voulait, excepté une aristocratie. Son organisation évitait à la vérité la plupart des inconvénients qu'on reproche aux oligarchies, mais elle n'offrait aucun des avantages d'une noblesse et n'était par conséquent qu'une onéreuse superfétation. Les institntions aristocratiques ont eu leur raison d'être dans l'histoire; elles y ont tenu une place souvent glorieuse, elles ont, malgré leurs vices, développé de grands caractères, de mâles vertus, formé de rares exemplaires de Tétre humain ; mais dans tous les temps et dans tous les pays, ce qui fait l'essence môme d'une aristocratie, c'est le pouvoir, parce ou'il

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