Mémorial de Las Cases
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Dissaît en le compromettant. Des amis attardés de la mémoire de Napoléon, moins inconsidérés que leurs devanciers, voudraient aujourd'hui que l'histoire ne ttnt plus aucun compte des divers journaux rédigés à Sainte-Hélène , sur ses conversations de tous les jours. Que ces recueils soient pleins d'inventions mensongères, c*est ce que personne n'a mieux établi que nous, mais ces inventions sont l'œuvre de Napoléon Ini-méme et non pas celle des confidents qui les ont Jerites sous sa dictée; elles émanent irrécusablement le lui, elles contiennent une part notable de vérité, air ce n'est qu'avec des vérités dénaturées que se font es mensonges habiles; elles révèlent un des traits les dos expressifs de son caractère, et elles doivent d'au- ;aot plus être discutées qu'elles sont la source prentiëre des fictions que d'autres sont venus ensuite Dommenter, orner et embellir. Où serait d'ailleurs la justice historique si l'on devait considérer comme une simple fantaisie les faux témoignages qu'un homme a laissés sur lui-même et sur les autres ? La frappante concordance des journaux de Las Cases et dt>*Héara est pour tout esprit de bonne foi une preuve incontestable de la fidélité de leurs rédacteurs, mais h confirmation si précise qu'ils ont reçue d'une publication récente', ne laisse plus place au doute : c'est bien Napoléon lui-même qui parle dans leurs récits. La transcription est exacte quant au fond, sinon quant ila forme. Le journal du colonel Campbell, le commissaire anglais à l'Ile d'Elbe, contient exactement les
1. Napoléon al Fontain^Uau and Eîha : Sir Neil CampheWs humai.
mêmes témoignages, quelquefois formulés prescioe dans les mêmes termes. Ici encore c'est sur l'inflaenoe de Talleyrand, que Napoléon rejette rinitiative de h guerre d'Espagne et de la mort du duc d*Eogfaieo. < Talleyrand, dit-il, était disgracié par suite des représentations des rois de Bavière et de Wurtemberg auxquels il avait extorqué de grosses sommes d'argent; mais il continuait à fréquenter les soirées de l'Empereur, et c'est pour regagner ses bonnei grâcesi qu'il l'engagea à profiter des dissensions qui se manifestaient en Espagne. > Et il ajoute que lUleyrand le pressait souvent < de se débarrasser des Bourbons en les assassinant. >
Cette déposition» au moins très-suspecte à premite vue, pour ne rien dire de plus, est en définitive iitt une assertion contenue dans les mémoires inédits de Cambacérès, personnage à demi grotesque qui ne poivait pardonner à Talleyrand sa supériorité et ses railleries, la seule autorité sur laquelle on s'appuie encore aujourd'hui pour imputer à cet homme i'tbX la responsabilité de l'affaire d'Espagne. On ne broove dans les documents contemporains aucune trace de son influence active sur ces événements. Il y assistées témoin, en confident, en agent officieux, mais il o'j joue qu'un rôle secondaire et passif. Talleyrand éUit en effet tombé à cette époque dans une denU-disgito) et ce n'était nullement par suite des représentationsdes cours étrangères, mais parce que, dégoûté d'un rUe dans lequel on utilisait son habileté sans jamais suivre ses conseils, il avait insisté pour échanger son titiv de ministre des aSaires étrangères contre celui de vke ^and électeur. Il avait été remplacé au ministère par
Ghampagny, instrumentbeaucoup plusdocile. C'est par rentremise de Champagny, son ministre des affaires étrangères, et de Daroc, son homme de confiance, que Napoléon met en œuvre toutes les transactions préliaainaires qui vont aboutir à Tinyasion de TEspagne. Talleyrand, attaché à la cour par sa charge de grand diambellan, accompagne Napoléon à Fontainebleau, et Ton voit par les dépêches d'Izquierdo qu'il est initié dans une certaine mesure aux projets de FEmperenr, que l'envoyé d'Espagne s'efforce surtout d'utfliser son crédit supposé , mais il ne se mêle qvlncidemment et par des conversations à cet mesnres préparatoires. Il y a plus ; il n'en connaît pas le yrai but ; il croit qu'il ne s'agit que d'obtenir les provinces de l'Ébre ; il n'aborde jamais d'autre sujet Bvec Izquierdo*. Toutes les ouvertures décisives Boni faites par Duroc, acteur sans volonté, comme Cbampagny. Pendant toute cette période et jusqu'au lénoûment des scènes fameuses de Bayonne, il y a Bomplète interruption de correspondance entre Napoléon et Talleyrand ; la première lettre que lui écrit PEmpereur après sa sortie du ministère est du 25 Mrril 1808, époque où tout est terminé.
Ce ne sont là que des présomptions ; mais lors- ^'ensuite on réfléchit au caractère et à la nature f esprit de ces deux personnages, à leurs antécédents historiques, à leur tempérament particulier, on se demande comment une accusation si invraisemblable
1 . Les curieuses dépêches (flzquicrdo ont été publiées avec beaueoop d'autres documents précieux dans les Mémoireg pour terrir à thiti' de la rév. d'Espagne de Llorenle (Xellerto).
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a pu être accueillie sans autre preuve que TafCrma- UoD d'un homme tant de fois surpris en flagrant délit dlmposture. On se demande comment a pu s'accréditer cette légende de Talleyrand s'attachant i Napoléon comme son mauvais génie pour l'attirer pas à pas vers Tabtme. Il ne s'agit pas ici de réhabiliter cette Ame versatile et vénale, mais de rendre à chacun ce qui lui appartient, car c'est là le premiar devoir de la justice historique. Pour quiconq[ue est hmilier avec les habitudes d'esprit de Napoléon, avec sa façon d'agir et de penser, son humeur, son tempérament, les actes de toute sa vie, cette aMerto que dans une circonstance si importante, dans vm entreprise si vaste, si périlleuse, si froidement pri^ méditée, il ait pu être entraîné comme à son ima par de mauvais conseils, est une des rêveries les phs extraordinaires qui se puissent concevoir. C'est \au l'homme dissimulé par excellence, lui qui ne pnoail jamais conseil que de lui-même, qui ne démasquai ses projets que lorsqu'ils étaient consommés, c'ait lui ce connaisseur et ce maître en trahisons, c'est lai le metteur en scène de tant de perfidies d'un art achevé, qui se présente à nous comme égaré, perverti par rimmoralité de ses conseillers, qui se pose eo bon jeune homme corrompu par une mauvaise béquentation I 11 invoque cette excuse dont le béiéfioa ne s'accorde d'ordinaire qu'aux femmes et aux enfants, et on la lui octroie sans examen, sans autre garantie que sa parole 1 On s'empresse d'amnistier c^ âme innocente, comme si l'illusion était possible, comme si cette odieuse machination ne portait pas 7ue dans ses moindres détails Fempreini) de sa
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main, le sceau de son artificieux génie ; comme si de chaque péripétie de cette combinaison si savamment conduite, et de Vombre même de ces noires embûches, il ne s'élevait pas un cri, ce cri suprême de révidence : tu es ilU vir^ c'est toi qui Tas fait !
Napoléon subissait d'autant moins l'influence de Talleyrand en cette circonstance, qu'il n'avait tenu aucun compte de ses conseils dans une foule d'occasions où il avait le plus grand intérêt à les suivre. On rayait vu notamment à l'époque d'Austerlitz, lorsque la fiiveur dont Talleyrand jouissait auprès de lui allidt jusqu'à rintimité, déjouer avec une obstination imperturbable et quelque peu ironique tous les efforts vraimenttrès-méritoires qu'avaitfalts ce ministre pour le ramener à une politique plus sage et plus modelée. Les avis de Talleyrand qui avaient pour eux la raison, la force des choses, l'adhésion de tous les Jbommes sensés, n'avaient modifié sur aucun point les plans d'uue politique extravagante, et Ton veut 91e lorsqu'il s'est agi d'une entreprise si dangereuse, à contraire aux vues de cet esprit tempéré, prévoyant, omemi des partis extrêmes, ils soient devenus tout à coup la cause déterminante ! Talleyrand était peu accmible aux scrupules, c'était avant tout un courtisan et un complaisant. Mais ce qu'on ne lui a jamais contesté, c'est le tact et la mesure dans l'esprit. Depuis longtemps déjà il s'effrayait de la folle allure, des visées gigantesques de la politique de Napoléon; son bon sens Hquis en était révolté autant qu'alarmé. Quel intérêt pouvait-il avoir à le pousser contre sa conviction dans de si fprosses aventures ? Son intérêt n'était-il pas au Contraire de l'en détourner, ne fût-ce que pour cou-
rr. \o
server les avantages de sa situation privilégiée? Il n'était toutefois pas homme à se compromettre par une désapprobation inutile, et il est fort probable qu'initié un peu tard à des projets déjà en voie d'exécution et sur lesquels on ne l'avait pas consulté. Use donna le mérite d'approuver ce qu'il ne pouvait empêcher ; mais un tel assentiment n'a rien de commim avec l'influence qu'on lui attribue. Le rôle qu'oo loi prête étant contraire tout à la fois à son intérêt, à son caractère et à ses opinions connues en faveur de la modération, c'est à ceux qui l'accusent de fouitir des preuves plus concluantes que des allégations de* nuées de toute vraisemblance.
Quoiqu'on ait dit, d'après Napoléon lui-mème,pQHr obscurcir cette question de responsabilité si i]npo^ tante en histoire, plus on y regardera de près, plv on reconnaîtra que dans l'affaire d'Espagne conW dans celle du duc d'Ënghien, il n'a pris conseil qoA de ses passions effrénées; l'initiative est à lui, la peftsée est à lui, l'exécution même est à lui, car ses ageab ne font rien sans son ordre. Dès le moment où fltoiche à l'Ëtrurie, propriété de l'Espagne, on voit grandir dans son esprit cette idée funeste qui y germe depois quelque temps déjà, et on en suit pas à pas la pf^ gression. Pour prévenir les réclamations de la conr d'Espagne, il va lui offrir les dépouilles de la maison de firagance à qui il a fait signilier son ultimatnm; et ce partage du Portugal ne sera lui-même qn'nn moyen d'envahir et d'enchaf ner insensiblement YtM^ pagne. Quant à son ultimatum, il le sait tellement inacceptable qu'il n'attend pas même la réponse dn régent pour disposer du Portugal. 11 ne reçoit ceUe
I réponse que le 12 octobre, et dès le 25 septembre» il B a chargé Duroc de s'entendre avec Izquierdo pour le
■ partage du Portugal. Les représentants de ce malheu-
■ reux pays si indignement sacriGé pour avoir eu cond fiance en un traité signé par Napoléon, ont fait pour m l'apaiser toutes les concessions qu'auraient pu exiger 3 un vainqueur offensé ou un allié trahi. Non-seulement i ils ont consenti à entrer dans le blocus continental^à i confisquer les marchandises britanniques, à fermer I leurs ports aux Anglais, mais ils s'engagent à déclarer f la guerre à ce peuple auquel les lie une ancienne ali lîance, persuadés que cette mesure arrachée à leur
détresse ne leur sera pas imputée à crime. Sur un B seul point le régent oppose des représentations sup- K pliantes aux conditions dictées par Napoléon. Il con- 10 sidère comme contraire à son honneur de confisquer K les propriétés privées appartenant à des Anglais et ne ^ peut se résoudre à ratifier cet article. C'est là tout ce fc^. ^pie désire Napoléon ; il rappelle aussitôt son ambas- ^ ladeur de Lisbonne , et il ordonne à Junot d'entrer ^ en Kspagne pour marcher sur le Portugal * .
En notifiant ce fait au roi d'Espagne, le même jour, 12 octobre, Napoléon lui écrivait : < Je m'entendrai ivec Votre Majesté pour faire du Portugal ce qui lui eonviendra, et dans tous les cas, la suzeraineté lui n appartiendra comme elle a f aru le désirer. » Le loi Ôiarles IV n'avait nullement désiré ce présent incommode, il l'acceptait à contre-cœur pour slndemniser de l'Ëtrurie, mais il était loin encore de
1. Napoléon à Champagny, 12 octobre 1807; à Clarke, ministre ^t la guerre, même jour.
soupçonner le parti que Napoléon allait tirer de ce bienfait. 11 était loin de se douter qu'en se rendant solidaire de ces iniquités, il se meLtait à la merci de son puissant complice. Que le projet de s'emparer de tout ou partie des provinces espagnoles fût dés ce moment formé dans l'esprit de Napoléon, c'est ce dnl il est impossible de douter. Déjà Junot était entré es Espagne, et son maître lui envoyait, le 17 octobre, des instructions au milieu desquelles se détacbaieot ces paroles significatives :
■ Faites-moi faire la description de toutes les prfr vinces par ofi vous passez, des routes, de la Ditan du terrain; envoyez-moi des croquis. Chargei des officiers du génie de ce travail qu'il est xmporlatii^ voir. Que je puisse voir la distance des villages,!* nature du pays, les ressources qu'il présente. • U s'agissait ici, qu'on le remarque bien, de l'Ësplgitt et non pas du Portugal. Singulière façon de se présenter en pays ami! A quoi pouvaient tendre dépareilles recommandations? Dans quel but faire le«ï des plans par des officiers du génie dans des contrte qu'on traverse en alliéî Tout cela est bien ètrang»* suspect.
Mais comment s'inquiéter? Napoléon a reprîi m* négociations avec Izquierdo, et dans ce momentiDtae il rédige de concert avec lui les stipulations de et fcmeux traité de Fontainebleau qui va tout à la fois offrir à l'Kspagne l'appât qu'elle convoite, et ménagir à Napoléon son entrée en scène. Il accorde au négociateur les avantages les plus inespérés. Il »eut qal , tout le monde soit rassuré et satisfait. Le prince de h Paii, en butte ù la haine de l'iiéritiar prismpttf, ,
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redoute les éventualités de l'avenir; on lui constitue, dans le Portugal méridional, une principauté indépendante d'où il pourra plus tard braver ses ennemis; la reine d'Ëtrurie est mécontente et spoliée, on lui donne pour elle et ses enfants une autre principauté au nord sous le titre de Lusitanie septentrionale. Le roi d'Espagne désire aussi une fiche de consola* Uon, on lui promet la moitié des colonies portugaises, et on lui donne le titre pompeux à* Empereur des deux Amériques. Dans ce partage d'une si riche proie, Napoléon n'oublie que lui-même. Il lui suffit d'avoir fait le bonheur de ses alliés, et s'il garde en dépôt les provinces de Beira, Tras os Hontes, Estrémadure, le centre et le cœur du Portugal, c'est uniquement « pour en disposer à la 'paix générale ^ > et dans ce cas, leur possesseur, quel qu'il soit, devra reconnaître la suzeraineté du roi d'Espagne. Cependant, au milieu de ces clauses si rassurantes, il s'en glisse une jetée négligemment à la fin d'un annexe qui, aux yeux d'un observateur moins confiant qulzquierdo, n'eût présagé rien de bon pour la monarchie espagnole. C'est l'article qui stipule « qu'un nouveau corps de 40,000 hommes de troupes françaises sera réuni à Bayonne, poar être prêt à entrer en Espagne et à se porter en Fortagal dans le cas où les Anglais enverraient des renforts et menaceraient de l'attaquer '. > C'est en eflet prévoir un malheur de bien loin. Junot est entré avec 95,000 hommes; l'Espagne en envoie autant. Com ment supposer que ces 50,000 hommes, auxquels
]. Traité de Fontainebletu^ articles III et VIII. 3. Aonexe : article VI
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l'Espagne peut envoyer si facilement des renforts, vont se trouver mis en péril par un débarquement iort hypothétique des Anglais et seront insuffisanls pour le repousser î
Après tout pourtant l'hypothèse n'est pas abolumeot inadmissible, bien que le chiffre de tiO.OûO honucei soit exorbitant, et que le renfort se trouve ainsi plus nombreux que le corps d'expédition. Le négociitoir espagnol a d'ailleurs pris la précaution de faire «joD< 1er à l'article a que le nouveau corps n'entrera en 1> pagne que du comenlement des deux parties coDtnctantes. > Il ne lui vient pas à l'esprit que ce carp» d'armée une fois sur cette frontière dégarnie, poBfi» bien entrer sans demander la permission. Napcâèn est sans doute incapable d'une pareille intracticB^ sa parole; on sait quel respect lui inspirent les frontières! Si le ministre inconsidéré du roi d'Cspagoe pouvait lire certains passages des nouvelles inatnictions que Napoléon adresse à Junot le 31 octobre, trtùf jours après la signature du traité de Pontainebleau,a serait moins convaincu de ses bonnes intentions et commencerait même à concevoir quelques souptODt. Dans cette lettre il recommande à son lieutenant de se présenter en ami, ■ d'entrer sur le territoire do Portugal comme sur le tciriloire espagnol, • assimtblion qui n'a rien de rassurant pour ce dernier, poit il ajoute un peu plus bas : ■ Je vous ai déjà fait coO' < naître qu'en vous autorisant à entrer comme auxiliain, J c'était pour que vous puissiez vous rendre m&ttre de 1
la flotte, MAIS QUE MON PARTI ÉTAIT DEJA PRIS DE m'EM- I
parbr du Portugal. • De s'en emparer pour ITispo" gnej dira-t-on sans doute î Nullement, car il termine
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en loi disant : « Aussitôt que vous aurez en vos mains les différentes places fortes , vous y mettrez des commandants français, et vous vous assurerez de ces places. Je n'ai pas besoin de vous dire qu*il ne faut mettre au pouvoir des Espagnols aucune place fortCj surtout du pays qui doit rester dans mes mains. » (D'après les termes du traité).
Ces prescriptions si explicites, envoyées à Junot aussitAt après la conclusion du traité, rapprochées de la recommandation relative à la levée de plans dans les localités espagnoles par les officiers du génie, et de la concentration du corps de quarante mille hommes sur la frontière d'Espagne, ces trois circonstances, disons-nous, indiquent suffisamment que le traité de Fontainebleau, loin d'avoir été un seul instant pris au sérieux par son auteur, ainsi qu'on Ta prétendu, n'a été à ses yeux qu'un moyen de tromper plus aisément l'Espagne, un prétexte pour s'introduire sur son territoire, et une entrée en matière pour des projets plus vastes. Un dernier indice non moins significatif des projets de Napoléon, c'est le secret absolu qu'il impose au roi Charles vis-à-vis de tous ceux qui pourraient l'éclairer. Le traité de Fontainebleau reste un mystère pour tous les ministres*. Entre ce faible* d'esprit et l'Empereur, il n'y aura plus d'intermé^ diaire. Un traité à interpréter, des dépouilles à partager, une occupation militaire à entretenir de concert, que d'accidents, que de conQits, que d'opportunités
1. Ce fait atancé d'abord par M. de Cerallos dans son célèbre Exposé (1808), contesté ensuite par Escoiquiz, a été confirmé d'une façon in^cusable par les Mémoires d'Azanza et d'O-Farrill, tous deux tnciens ministres du roi Charles oomme Cevallos lui-mèm^.
HISTOIRE DE HAPOLéOH I",
imprévues peuvent sortir de U, surtout dans un pays aflaibli, dévoré par les factions, et pour un homme si babile à faire naître et à exploiter l'occasion ! C'eit tout ce qu'il lui faut quant à présent, tous les éléments d'un immense incendie sont rassemblés, il n'; manque plus que l'étincelle ; il n'a donc qu'à attendre, son astuce et sa fortune fer : reste !