‹ Histoire de Napoléon Ier (volume 2)Chapitre 232 sur 310 · En date du 7 octobre · texte numérisé non relu

En date du 7 octobre

saisies chez lui, constituait une véritable conspiratioD, sinon contre le roi lui-même, du moins contre son gouvernement.

Tel était le point précis auquel Napoléon avait amené les affaires d'Espagne au moment de la signature du traité de Fontainebleau. Pendant que ses troupes traversaient le territoire de la Péninsule avec Tordre formel de ne remplir aucune des conditions du traité, ou s'accumulaient sur la frontière sous* prétexte de la faire respecter, ses agents à Madrid encourageaient sous main la révolte du ûls contre le père. Tout prêt à proflter de leurs intrigues qu'il dirige, et maître désormais de ce document décisif dans lequel on implore sa justice, il épie en silence une occasion favorable ; il peut, en choisissant son heure, intenrenir,soiten chevalier protecteur de l'innocence, soit en vengeur des droits méconnus de l'autorité royale et paternelle. C'était là une situation admirablement préparée pour son entrée en scène; et si, comme le soutiennent ceux qui ne voient aucune corrélation dans ces divers événements, le hasard seul avait produit ces opportunités si ingénieusement combinées, on est forcé de convenir que le hasard y mettait non-seulement de la bonne volonté, mais un art des plus remarquables.

Napoléon se trouva pourtant mis en demeure de se prononcer un peu plus tôt qu'il ne l'avait prévu, ptf suite d'un événement d'ailleurs fort explicable dans Tétat de discorde où se trouvait la cour de Madrid. Le prince des Asturies était surveillé de très-près. On s'aperçut qu'il passait ses nuits à écrire, qu'il entretenait une correspondance secrète très-active. Le roi,

LE COMPLOT DE l'ESCURIAL. 215

dont les soupçons étaient déjà éveillés, fit saisir ses papiers à l'improviste dans la journée du 28 octobre, et le lendemain 29, lui ordonna de rendre son épée et de garder les arrêts dans ses appartements de l'Esculiai. Les papiers saisis se composaient d'abord d'un mémoire écrit de sa main, dans lequel il dénonçait au roi une conspiration supposée du prince de la Paix, qui avait conçu, selon lui, le projet d'exterminer la famille royale tout entière pour se frayer un chemin au trône ; ensuite d'un mémoire d'Escoiquiz à Tappui de la demande en mariage d'une princesse Àunçaise, enfin d'un chiffre destiné à la correspondance du prince. Le mémoire de Ferdinand contenait eo termes voilés une allusion très-claire aux rapports de la reine avec le prince de la Paix. Cette révélation si abominable de la part d'un fils, avait, il faut le dire, une analogie bien étrange avec la dénonciation que Napoléon lui-même avait faite au roi quelques années auparavant. Au reste, le roi était traité avec le plus grand respect dans ces diverses pièces, et rien n'y indiquait qu'on eu l songé à attenter à sa personne. Mais la reine y était présentée comme la complice du favori, et les aveux de Ferdinand ne tardèrent pas à faire découvrir un corps de délit beaucoup plus sérieux et qui paraissait dirigé contre le roi lui-même. C'était un décret écrit et signé de la main du prince des Asturies, mais avec la date en blanc, et dans lequel il autorisait le duc de l'Infantado à prendre le commandement de la Nouvelle-Castille, aussitôt après la mort du roi son père. Que signifiait un pareil ordre et comment l'expliquer? Le prince allégua une courte maladie que le. roi avait faite quelque temps auparav^wV^ ^\.

216 HISTOIRE DE HAPOLiOIf I^.

sa crainte de se trouver pris an dépoonm.Mais quand on se prépare si bien à nn tel malheor on n'est pas loin de le souhaiter, et cet acte était de nature à recevoir des interprétations encore plus défavorables.

Le crédule Charles lY s'exagérant encore la portée de ces intrigues criminelles, excité par la reine dont l'irritation était bien concevable puisqu'elle était outragée à la fois comme femme et comme souveraiDe. se persuada quMI venait d'échapper à un véritable complot dirigé contre sa couronne et sa vie. Il dénpDÇs publiquement le coupable dans une prodamatioo adressée au peuple espagnol ; il annonça qu'il allait le faire poursuivre ainsi que ses complices, n était si loin de soupçonner que Napoléon pût être pour qodque chose dans ces menées, qu'il lui écrivit en même temps comme à un ami, et avec une bonhomie touchante, pour lui faire part du malheur qui l'accablait. Il lui notifiait son intention de punir le prince en faisant révoquer la loi qui l'appelait à la succession ao trône. Il le priait en terminant de vouloir bien < l'aider de ses lumières et de ses conseils. »

Cette lettre était datée du 29 octobre 1807. Le lendemain le roi en écrivit une seconde qui n'a pas été publiée, mais dont Texistence est certaine, poor se plaindre de Beauharnais, dont il ne connaissait encore qu'imparfaitement les menées K Napoléon était en* core à Fontainebleau et ne dut par conséquent la recevoir avec tous les éclaircissements relatifs aux scènes de l'Escurial, que vers le 7 ou 8 novembre.

1. Voir dans le recueil de documents publié par LIorente les lettres dMzquierdo k Oodo^» en date des 16 et 17 novembre IÇO?.

LB COMPLOT DE l'eSCURIAL. 217

Il avait tout préparé pour renvahissement de l'Espagne, les troupes comme les prétextes; cependant cette brusque péripétie avait devancé ses prévisions. On voit par une de ses lettres à Clarke, le ministre de la guerre» en date du 3 novembre, que le 2« corps d'observation de la Gironde, commandé par Dupont, ne devait être prêt à entrer en action que le !•' décembre. Les lettres du roi d'Espagne et les nouvelles qui lui arrivent de Madrid changent en un instant ses résolutions. C'est du 8 au 11 novembre que se produit cette révolution dans son esprit. Il croit tout son plan démasqué, accable de menaces Masserano, l^ambassadeur officiel de la cour de Madrid ; il lui déclare que puisqu*on ose calomnier Beauharnais, il va marcher contre l'Espagne. En même temps il écrit à Clarke deux longues lettres successives. Dans la première il lui donne Tordre d'accélérer le départ de Dupont et de ses régiments en retard. Ils supprimeront les séjours et brûleront les étapes. Clarke ordonnera dans le plus grand secret Varmement immédiat des places frontières d'Espagne; il y fera réunir d'immenses approvisionnements, même dans celles des Pijrénées'- Orientales. « Ces approvisionnements qu'on verra là, dit-il, on dira que c'est pour l'armée de la Gironde. » Mais cette armée de la Gironde qui suit de si près le corps de Junot, ne suffit déjà plus à son impatience, et il expédie à Clarke une nouvelle missive encore plus pressante que la première. Il veut diriger sur la frontière espagnole une troisième armée, tirée des dépôts qui gardent les bords du Rhin et encore en formation sous le nom de corps d'observation de V Océan, Pour que ce mouvement s opère avec plus de raçv4\\.^>

Page 1