‹ Histoire de Napoléon Ier (volume 2)Chapitre 240 sur 310 · IV. iv · texte numérisé non relu

IV. iv

»V EISTOIHK DE 5AP0LÉ0N l*'.

nriêu^ rcTêfs r:mine ipparienant de droit à Tempe- T^w àt^ fTiîiTi^Aa^ li ^iait bien superflu d'ajouter que .^^ ..^ ramainfts 5f la couronne, des princes, des '«;r«JPf^"> erriTT:'* tt-vrcl désormais sa chose ainsi ^,1, «s rrveLiis r ./:. j.-:s, 11 allait paiement de soi jm J< -'^7« coccapAVion serait dorénavant entretenu ^ii\ trèis du peuî^le qu il aTtit mission d*opprimer, et 7t»rf rrait, en outre, des ^ratifications supplémentaires ij)X*lant à la moitié de la «olde Jart. 9). Par suite de res effroyables spoliations pesant sur un peuple de irais millions d*âmes , privé en même temps de ses ralonies, de son commerce, de toutes ses sources de richesses, le royaume se trouva en quelque sorte dévoré d'un seul coup. Mais ce qui, dans tout ce décret impérial et royal, exprimait peut-être le mieux l'esprit (lui présidait h nos conquêtes, c'était un tout petit article ainsi conçu : « A dater du l" décembre de la présente année, il sera donné à chaque homme de notrt arm^c de Portugal^ une bouteille de rin, indépendamment des vivres de campagne voulue par nos ordonnances. » (Art. 8.) Les historiens se sont extasiés à renvi sur ces paroles grandioses : « La maison de Bragance a cessé de régner! » Formule prétentieuse et déclamatoire, destinée à couvrir un acte vil et méprisable. Cette bouteille de vin est moins épique, mais elle nous met face à face avec la vérité des choses. On parlait toujours de gloire, même à propos d'exploits qui n'étaient que des actes de brigandage, mais on comptait encore plus sur le grand ressort du nouvel héroïsme, la cupidité et les convoitises.

En présence de ce qui se passait en Portugal, du mépris qu'on aîf\d\;i\t cour les engagements les plus

positifs et les plus clairs, des concentrations de trou pes qu'on opérait sur son propre territoire, la cour d'Espagne commençait à comprendre qu'il se préparait quelque surprise extraordinaire dont elle pourrait bien se trouver la victime. Elle voulut donc tout à la fois mettre en demeure Napoléon de s'expliquer sur ses intentions, et, s'il se pouvait, le désarmer en lui ofifrant un nouveau gage de sa docilité et de son empressement. Malgré les dénégations de l'Empereur au sujet de la demande en mariage du prince des Âsturies, on avait mille preuves indubitables qu'il l'avait encouragée, sinon même suggérée; on résolut en conséquence de la renouveler en la présentant cette fois au nom de la couronne elle-même et avec toutes les formalités usitées. Le roi Charles lui écrivit dans les termes les plus flatteurs en sollicitant cette alliance comme une faveur pour sa maison. Peu de temps après, il lui écrivit une seconde lettre pour réclamer l'exécution et la publication du traité de Fontainebleau dont Junot tenait si peu compte en Portugal. Cette double démarche était habile, car elle ôtait à Napoléon jusqu'à l'ombre d'un prétexte pour se plaindre de l'Espagne. Hais la cour de Madrid était à la fois trop faible, trop irrésolue, trop dupe de ses craintes comme de ses espérances pour éviter le piège. Napoléon , visiblement embarrassé, se réfugia dans le silence. C'était justement afin d'échapper à des interpellations de ce genre qu'il était venu en Italie; mais selon sa constante habitude de réserver toutes les chances qui s'ofifraient à lui de façon à pouvoir choisir le parti le plus avantageux, il voulut se mettre en mesure d'accepter la proposition âA\ xq\

232 HISTOIRE DE KAPOLSON 1''.

d'l';spagne, si la nécessité lui imposait ce dênoùmenl. Parmi les diverses combinaisons qu'il agitait dans son esprit, ii en était une à laquelle 11 s'était pins d'une fois arrêté, c'était l'idée de placer son frère Lucien sur le Irône de Portugal, si Lucien voulait coqsentir enlîn à répudier la femme à laquelle ilaïul sacrilié la faveur du Premier Consul . Lucien avait de son premier mariage une fille en âge de s'établir,el depuis quelque temps déjà Napoléon désirait b marier lui-même'. Celte lille de Lucien pourraît,s les circonstances l'exigeaient, devenir le gage d'nw nouvelle alliance entre NapLiléon et la maison d'ilpagne. Dans ce cas, le trdne de Portugal pourUcien, et selon toute probabilité, la cession à la ¥nmt des provinces espagnoles situées au nord de ]'f3>n, seraient devenus le prix de l'immense honneur i\« les Bonaparte auraient fait aux Bourbons.

L'obstination hautaine et inflexible que Lucien ap* posa aux exigeances de son frère firent prompteniw' évanouir cette velléité fugitive. 11 en serait d'ailleuP resté fort peu de chose dans i'eiéculion, car s'il élail facile de donner le trône de Portugal à Lucien, IscBsion des provinces de l'Êbre à Napoléon eût sw^ doute très-vite conduit les choses au poini oïl et!'' en vinrent plus tard. Après une entrevue de quetiju^' heures à .Mantoue, les deux frères se séparèrent irritas et mécontents l'un de l'autre '. Cependant NapolM insisia pour avoir, comm^ il le disait, la fille de Lu-

. Ce fuii résulie d'uiiP l«i:re d'Êliïa i Lucien, «

. Vfiir sur ce poinl le» Mfmoim du rot JoupA

Napoléon en italie. 233

cien < à sa dispositioDy > et Lucien consentit à l'envoyer à Paris : « Lucien, écrivit Napoléon à Joseph, m*a paru être combattu par divers sentiments et n*avoir pas assez de force pour prendre un parti. J'ai épuisé tous les moyens qui sont en mon pouvoir de le rappeler à l'emploi de ses talents pour moi et pour la patrie. S'il veut m'envoyer sa fille, il faut qu'elle parte sans délai, et qu'en réponse il m'envoie une déclaration par laquelle il la met entièrement à ma disposition, car il n*y a pas un moment à perdre, les événements se pressent et il faut que mes destinées s accomplissent. > (17 décembre.) La fille de Lucien partit en effet pour Paris; mais Lucien persistant à refuser une couronne qui devait lui coûter son bonheur domestique, cette enfant n'était plus que le pis-aller et le jouet d'une fantaisie désordonnée. Elle n'avait pas encore atteint Paris, que Napoléon avait déjà renoncé à son projet de mariage.

L'Empereur quitta l'Italie, après avoir visité Hilan, Venise. Turin, qui lui offrirent des fêtes splendides. Voulant donner un gage aux espérances patriotiques des Italiens, il adopta solennellement Eugène et le désigna comme son successeur à la couronne d'Italie. Les peuples furent invités à se réjouir d'une cérémonie qui était censée être le symbole de la future indépendance de la nation. En attendant cet avenir fort problématique il ne leur rendit pas même l'ombre de Corps législatif qu'il leur avait retirée depuis l'année 1805. 11 se contenta de la remplacer par une assemblée de commis instituée sous le nom de Sénat consultant. Il laissa sur son passage divers plans de travaux d'utilité publique dont les uns étQL\eiA>uw^

234 HISTOIRE DE VAPOLtON I*'.

vùne fantasmagorie destinëe à frapper les imagiintioDs, et les autres une réelle amélioration des routes» des canaux et surtout des fortifications des plac* s, objet quMl ne perdait jamais de me. U consacra quelques millions au port de Venise, mais il n'était plus en son pouvoir de réparer les ruines qu*il y avait faites. Venise était une ville morte, et celui qui l'avait tuée n'était pas en état de la ressusciter. Les travMZ qu'il y commanda restèrent inachevés '• 11 décréta h création d'une commune sur le plateau inhabitable di mont Cenis, et promit toute espèce de faveurs etdlBmunités aux malheureux qui consentiraient i i^ fixer. Un hospice, une caserne, une prison, tel était le centre d'attraction de la future colonie, qui devaft être traitée sur le pied d'une commune au^essia é cinq mille dtnts *. Malgré le fiât lux de cette yokmtè toute-puissante, la nature osa désobéir. La caserne est restée, la prison est restée, l'hospice est resté, mais ia vie n'est pas descendue sur ces cimes inhospitalières. Du fastueux décret de Napoléon, rien n's survécu, si ce n'est les petites maisons de refuge établies pour abriter les cantonniers.

Napoléon data également de Milan un décret qsi vint aggraver encore les rigueurs du blocus coatinental et qui était le digne complément des extraitgances du décret de Berlin. Cet acte avait d'aillMi pour excuse un ordre du Conseil de l'amirauté qui n'était guère moins arbitraire et moins inique que ks

1. Comte Sclopis : la Domination française en Italie de I80Û à 1815.

rei da ^1 décembre 1807, articles 24 et 33.

NAPOLEOH EN ITALIE. 235

mesures de Napoléon lui-même. De représailles en représailles, TAngleterre en était venue à adopter sur les mers une politique presque aussi oppressive que celle qu'il pratiquait sur le continent. Par cet ordre du 11 novembre 1807, le Cabinet britannique avait assujetti toutes les marines neutres qui commerçaient avec la France ou avec ses alliés à une station obligatoire en Angleterre pour y payer une taxe déterminée. Cette prétention tyrannique pouvait être momentanément imposée par la force, mais elle était faite pour révolter infailliblement au bout d*un certain temps toutes les puissances ayant quelque souci de leur dignité et de leurs intérêts, particulièrement les États-Unis, État jeune et ûer qui n'était pas d'humeur à abaisser longtemps son pavillon devant de pareilles avanies. Hais Napoléon répondit à cette mesure de façon à tourner contre la France tous les mécontentements dont elle était appelée à profiter. A cette provocation maladroite qui frappait ceux queFAngleterre avait intérêt à ménager pour les gagner à sa cause, il répliqua par un acte mille fois plus insensé encore en décrétant « que tout bâtiment de quelque nation qu'il fût » qui aurait seulement souffert la visite d'un vaisseau anglais serait, par ce seul fait, dénationalisé et déclaré de bonne prise. Et il chargeait de Texécution de ce décret, qu'il était plus facile de publier que de mettre en pratique, ses vaisseaux de guerre et ses corsaires. Cette bravade l'obligeait en effet à capturer tout ce qu'il y avait encore de marine neutre dans le monde. Mais il existait entre l'Angleterre et lui cette grande différence qu'elle pouvait exercer son droit de visite, tandis qu'il était Vvots ^

236 HlâTùlRE DE *AP0J.ÉOK 1^' .

d'exécuter ses menaces. Ce n'était plus là de la politique, mais de la déclamation de collège : par malheur cette déclamation pour ^tre ridicule n'en éUit pas moins désastreuse.

Napoléon était du retour à Paris le 3 janvier 1S08, Le 10 janvier seulement, il se décida à répondre à \i lettre du roi d'Ii^spagne tait du 18 novembre. Il

se déclarait aussi désir ue le roi lui-même de consolider Vs liens des !talE,et consentait v^>a-

tiers au maria^'e du prinr Astaries avec un« prin-

cesse de France. Mais ïrupules inattendus lai

étaient venus au sujet de i rince dont il se portait défenseur alors que son pë accusait; il ne semlilti' plus le considérer aujourd* i comme un hommeolomnté; il demandait à être éclairé : ■ Voire Maj«l«, disait-il, doit comprendre qu'il n'est aucun hoDM d'honneur qui voulût s'allier à un /îii ilrsho-ioré par a déclaration, sans aroir la certitude qu'il a réaequi) toutes ses bonnes grâces. * Comme si ta déniarchf qu'on faisait auprès de lui n'était pas sunisammeol significative à cet égard I Quant à la proposition df publier le '.raité de Fontainebleau, il la repousuit comme inopportune et prématurée. Elle lui eût en effet lié les mains vis-à-vis de l'Europe, car il esl vt certain degré d'impudeur qui est incoinpatibleiwc le grand jour de la publicité. Elle eût surtout éclaire le peuple esp,i;<iiol, qui dans tout le cours de 1.1 cri» nationale se montrai si supérieur à ses maîtres cnboo sens et en pers|iicacitê.

Napoléon avait évité de toucher aux affaires àe Rome pendant son séjour en Italie, mais il éUil àepuJs longtemps à<;c\d>- à en linir avec les rtsislanc»*

du pape. Il profita dfe son retour à Paris pour consommer définitivement Tenvahissement des Ëtats romains dont il avait à plusieurs reprises occupé différentes provinces. C'est le 10 janvier qu'il fit expédier aux généraux Miollis et Lemaroîs, partant l'un de Milan, l'autre de Naples, l'ordre de combiner leur marche de façon à pénétrer en même temps dans les États pontificaux. Miollis, qui était le vrai chef de l'expédition, devait marcher sur Rome « sous prétexte de tra^ verser cette ville pour se rendre à Naples\ » Une fois mattre de la ville, il devait s'emparer du château Saint-Ange, rendre au pape tous les honneurs possibles, mais déclarer qu'il avait mission d'occuper Rome pour arrêter les brigands du royaume de Naples qui y cherchaient un refuge. On voit qu'avec les faibles comme avec les forts c'était toujours la même franchise qui inspirait la politique impériale. Au moment où Miollis arriverait aux portes de Rome, l'ambassadeur Alquier devait remettre au cardinal secrétaire d'État une note où se trouvaient exposés tous les griefs vrais ou fauf de l'Empereur contre la cour de Rome. Il y était question de nouveau des brigands napolitains tout dégouttants du sang français^ des agents de la reine Caroline, des agents de l'Angleterre qui agitaient la tranquillité de lltalie, etc. On déclarait que Miollis ne sortirait de Rome que lorsque cette ville se^ rait purgée de tous les ennemis de la France*. Un paragraphe écrit en chiffres dans la dépêche ajoutait pour l'instruction d'AIquier ces paroles dictées par Napoléon:

1. Napoléon au prince Eugène, 10 janvier 1808. î. A Chtmpagny, 22 janvier.

« L'intention de TËnipereur est d'accoutumer par ces démarches le peuple de Rome et les troupes françaises à vivre ensemble, afin que si la cour de Rome continue à se montrer aussi insensée qu'elle Test, élu ait insensiblement cessé d'exister comme puissance •temporelle sans quon s'en soit aperçu. » Ce procédé ingénieux était celui même que Napoléon employait en Espagne. Miollis devait alléguer tantôt la nécessité de marcher sur Naples, tantôt celle de protéger les derrières de l'armée napolitaine, ce qui était contradictoire, de même que les généraux qui entraient chaque jour en Espagne devaient alléguer tour à tour l'ordre de marcher sur Cadix contre ud débarquement anglais, ou celui de couvrir les derrières de l'armée de Portugal. Grâce à ces stratagèmes, tous les préliminaires s*accomplissaient avec une étonnante facilité, mais il fallait beaucoup compter sur la stupidité humaine pour croire que ces deux entreprises s'achèveraient sans qu*on s'en aperçût! Il était en outre souverainement hasardeux et impolitique de vouloir les mener de front, de frapper le souverain pontife au moment où Ton s'attaquait à un peuple qui poussait jusqu'au fanatisme son attachement à TËglise catholique, de compliquer une guerre nationale d'une guerre de religion, d'ajouter à la puissance du sentiment patriotique b force terrible des passions religieuses. L*esprit qui n'a pas su voir ce danger, ou qui, l'ayant découvert, n'a pas su ajourner une mesquine satisfaction de vengeance, un tel esprit n'a jamais possédé le vrai génie politique.

iXapoIéon était alors si loin de soupçonner la gra-

vite de ces deux entreprises qui devaient être l'écueil de sa fortune, qu'il semblait impatient de se créer d'autres querelles comme si son' activité eût manqué d'aliment. La persévérance de la Russie à réclamer l'exécution des promesses de Tilsit relativement aux principautés l'avait indisposé à tel point, qu'il était presque décidé à recommencer la guerre contre cette puissance. Dans ce moment même, c'est-à-dire le 12 janvier 1808, il chargeait Champagny de posera Sébastiani la question suivante : < Si les Russes voulaient conserver la Yalachie et la Moldavie, la Porte est-elle dans l'intention de faire cause commune avec la France dans la guerre ? quels sont ses moyens de guerre? > Son décret de Milan l'avait d'autre part mis en très-mauvais termes avec les États-Unis. Il avait fait saisir ceux de leurs bâtiments qui s'étaient soumis à la visite britannique, et pour éviter une rupture, il était obligé de déclarer que ces bâtiments étaient mis sous un séquestre provisoire au lieu d'être considérés comme étant de bonne prise. Enfin il poursuivait les préparatifs de cette grande expédition de Sicile à laquelle il attachait une importance capitale; il déclarait l'Ile de Sardaigne ei^ état de blocus comme complice de l'Angleterre, il méditait une expédition pour ravitailler Corfou, une autre pour punir le dey d'Alger, une troisième pour la Martinique et le Sénégal. Il entassait en quelques mois plus de plans et de projets qu'il n'eût pu en réaliser dans le cours d'un long règne.

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