LA RÉVOLUTION D*ARANJUEZ
encore assez aux yeux de Napoléon, et il accélérait vers les Pyrénées la marche de plusieurs corps d'élite et de sa garde commandée par Bessières. Pour combler d'un seul coup tous ces vides sans avoir à rappeler en France Tarmée d'occupation d'Allemagne, il fit à la conscription de 1809 un appel anticipé comme tous ceux des années précédentes, et le Sénat le lui vota avec sa complaisance accoutumée. 11 poussait tout le monde à armer autour de lui. Il vou'ait que Jérôme, avec son petit royaume de Westphalie, levât une armée de 40,000 hommes sur deux millions d'habitants : < J*ai 800,000 hommes sous les armes, lui écrivait-il, et je viens d'en lever encore 80,C00. >• (30 janvier.) Un rapport deChampagny, inséré au Moniteur à la date du 24 janvier, expliquait toutes ces levées et tous ces mouvements de troupes par la nécessité de défendre la Péninsule contre les débarquements projetés des Anglais aux environs de Cadix. Sollicitude bien méritoire s'il fallait en estimer la valeur d'après le nombre de soldats qu'elle déployait! Le rapport de Champagny se terminait par ces paroles fatidiques : « Toute la presquîle mérite donc de fixer l'attention de V. M. »
Mais la reconnaissance devenait de plus en plus difficile aux infortunés sur qui s'étendait la généreuse protection de Napoléon. Quelque disposés qu'ils fussent à s'étourdir eux-mêmes, à accusillir les illusions len plus invraisemblables, ils ne pouvaient plus douter qu'il ne se préparât une machination des plus dangereuses contre l'Espagne et contre son souverain. Le réseau qui les enveloppait allait chaque jour se resserrant davantage; et n'osant songer à le rompre,
ils ne s'étudiaient déjà plus qu'à ne donner aucviTi^xvi^V*