‹ Histoire de Napoléon Ier (volume 2)Chapitre 243 sur 310 · IV. av · texte numérisé non relu

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de plainte à leur puissant adversaire, dans res{K)ir fort illusoire de le faire reculer par l'embarras même d'avouer ses projets. Ils regardaient, non sans apparence de raison, la résistance comme impossible. L'armée espagnole était disséminée en partie à Hambourg, en partie en Portugal, où Junot avait ordre de la suivre et de la retenir, en partie enfin vers les côtes méridionales où on Tavait envoyée sur la demande de Napoléon pour repousser le prétendu débarquement des Anglais. Le reste ainsi réduit eût été hors d'état de tenir devant un seul de nos corps d'armée. £t d*ailleurs, comment recevoir les armes à la main des soldats qui se présentaient en alliés, en frères! Dans une telle situation, ce qu*il y avait de mieux 1 faire, selon les conseillers de la cour d'Espagne, c'était d'attendre que les intentions de TEmpereur devinssent plus claires. Après tout, peut-être étaientelles moins sinistres qu'on ne le supposait. Pouvaiton admettre qu'il fût assez perfide pour vouloir détrôner un souverain qui lui avait donné tant de preuves d'amitié et de confiance? A toute éventualité n'était-on pas toujours à temps de prenire un parti désespéré et de fuir en Amérique, à l'exemple de la maison de Bragance, après avoir appelé la nation aux armes?

On enjoignit donc aux capitaines généraux des diverses provinces de faire aux troupes françaises Taccueil le plus amical. Elles en profitèrent pour s'eni* parer partout des places fortes et des citadelles qui se trouvaient à leur portée. Darmâgnac k Pampelune, Duhesme à Monjuich et à Figuières, plus tard Murât lui-même à Saint-Sébastien, agissant la

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plupart à contre-cœur, mais obligés de se conformer à leurs instructions, mirent en œuvre les plus honteuses supercheries pour s'emparer par trahison de ces places qu'ils n'auraient pu prendre de vive force. Ces actes, sur le sens desquels il était difficile de se méprendre, commencèrent à jeter l'épouvante dans rame du roi, de la reine et du favori. Jusque-là, Napoléon avait mêlé tant de démonstrations d'amitié à ses mesures les plus menaçantes que l'hésitation était permise à des esprits aveuglés par une crédulité de parti pris. Ne venait-il pas tout récemment d'envoyer en présent au roi et à son favori quatorze magnifiques chevaux choisis dans ses écuries? Mais il n'était plus possible de fermer les yeux à la lumière, tous ces gages de sympathie n'avaient été que des pièges. Et il lui convenait maintenant que la cour de Madrid comprit enfin ses desseins, car elle ne pouvait plus rien pour les déjouer. Il lui convenait qu'elle prit l'alarme, qu'elle lui épargnât la peine de jeter le masque pour frapper le dernier coup.

A l'intimidation produite par la conduite de ses troupes, il ajoute les menaces d'un langage plein d'équivoques et dont l'obscurité affectée trahit pourtant une sourde irritation. Le pauvre roi, à la suite de la lettre dans laquelle Napoléon avait montré si peu d'empressement à unir une princesse impériale à un fils déshonoré^ s'était abstenu de revenir sur cette proposition. Napoléon semblait aujourd'hui lui faire un erime de ce silence : « Votre Majesté, lui écrivait-il le 25 février 1808, m'a demandé la main d'une prin-^ cesse française pour le prince des Asturies. J'ai répondu, le 10 janvier, que j*y consentais. Votre Ma\e&V&

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ne 3Df îitr* ziîss ûe ce mariage. Tout cela laisse dans loiticizr :ô« «s^ objets importants pour l'intérêt de 3IMÎ5 }«s;«je$^ ran-ecûs de son amitié A^être éclaùrci de Miia 'Hds Â?U4V5. > En même temps quMl cherchait au m «tte incroyable querelle, il jouait au souverain edensé; il chassait de Paris Izquierdo, le négociateur do traité de Fontainebleau, non sans lui avoir fait suggérer, par Duroc et Talleyrand, un nouveau projet de traité, véritable epouvanlail diplomatique qui imposait à rtspagne la cession des provinces de TÈbre en échange du Portugal et de la main d'une princesse française. Ce projet, qui ne fut pas pris au sérieux ud seul instant, n'avait d'autre but que de porter au paroxysme le trouble et les perplexités de la cour de Madrid. Il y réussit à merveille, car Izquierdo, qui, depuis deux mois, avait essuyé mille avanies et qui avait vu de près les préparatifs dirigés contre son pays, ne pouvait porter à Madrid que Tellroi et le désespoir dont son cœur était plein. Au moment même de son arrivée, ses avis furent confirmés par un acte qui annonçait que toutes ces mesures préliminaires allaient enfin recevoir leur complément et qu'on se préparait à passer du projet à Texécution : cet acte était la nomination de Murât au commandement en chef de Farmée d'Espagne.

Murât partait avec des instructions presque exclusivement militaires. Napoléon lui recommandait de maintenir son armée dans le plus grand ordre, d'assurer soigneusement ses communications, de faire occuper tous les postes importants qu'il laissait sur ses derrières; mais il ne lui disait rien du but de l'expédition et se réservait de lui faire connaître ses

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iotentioDS ultérieures au jour le jour. Hurat devait éviter jusqu'à nouvel ordre toute commuDication avec la cour d'Espagne, et ne répondre à ses questions que par le silence. A cela se bornaient ses instructions, oiais Napoléon, qui avait besoin en Espagne d*un lieutenant dont le zèle fût stimulé par des passions un peu plus entreprenantes que le pur dévouement, sans prendre vis-à-vis de Murât aucun engagement formel, avait tout fait pour que son crédule beau* frère fût persuadé que l'Empereur pensait à lui pour le trône d'Espagne. Cette persuasion avait été encouragée par des demi-mots, des insinuations à double entente que Napoléon se réservait d'expliquer plus tard d*une manière très-inattendue. S'il ne les avait pas confiés à Murât, il avait eu soin de les laisser tomber devant des confidents qu'il savait incapables de garder un secret : « Le temps peut venir, écrivait-il à Jérôme, le 30 janvier, en lui faisant espérer le grand-duché de Berg, où Murât sera placé ailleurs.» Où pouvait être situé cet ailleurs? Évidemment ce ne pouvait élre qu'en Espagne. Murât le crut comme tout l'entourage intime de l'Empereur, et s'il déploya, pendant sa courte lieutenance, une profondeur d'astuce et une audace sans scrupules qui semblent peu compatibles avec les facultés de son âme vaniteuse et légère, on ne peut l'attribuer qu'à la surexcitation d'une ambition qui croyait travailler pour ellemême. Murât devait être trompé et mystifié dans cette affaire aussi complètement que l'ambassadeur Beautiamais, dont il se moquait si agréablement aveé ses familiers.

Murât entra en Espagne le 1'' mars*, \\ voT\;au^

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quartier général à Burgos. De là il poussait lentemeni son armée sur Madrid par un mouvement concentrique. Dupont s'avançait par Valladolid, Moncey par ^iranda, de façon k arriver le premier sur la crflf des montagnes du Guadarrama qui dominent Nadni) Une fois que Moncey aurait débouché au delà dr Somo-Sierra, Dupont devnit s'avancer, avec le pins gros de ses forces, jusqu'à Sègovie, ou même jusqn'i Sainl-lldtfonse, afin de se trouver en mesure dek soutenir', Junot avait ordre d'appuyer ce mouvemot en se portant sur Elvas et sur Badajoz, où il de«il tenir en échec le corps de Solano. Kn même ieaif beautiarnais était chargé de notifier au gouverâeioeEi espagnol la prochaine arrivée à Madrid de deux di» sions françaises su rendant à Cadi.c. Il devait répandf le bruit que Napoléon lui-l^L^me ne taiderait pas' traverser la même ville pour assiéger Gibraltar d « rendre en Afrii/ue. On lui recommandait, enfin, de rusurer à la fois les partisans du prince de la Pail ^^ ceux du prince des Asturies, el si l'un et l'autre voilaient venir à Burgos pour y voir l'Empereur à iM passage, de les y encourager'.

Par ses lettres du 14 et du 16 mars. Napoléon dODV à Murât l'ordre formel non plus seulement d'apprscher de Madrid, mais d'y entrer. U devait touter»>> éviter avec un soin extrême de commettre aucun al* d'hostilité et continuera prodiguer les assurances p*cifiques. « Continuez à tenir de bons propos, lui écnn'^ Napoléon le 1 6. Rassurez le roi, le prince de la

I. Napoléon i Muni, 6 et 9 mari 180S. 3, Napolton i Chwopsgti^ , « min

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prince des Asturies, la reine. Le principal est cCartivtr à Madrid, d'y reposer vos troupes et d'y refaire vos vivres. Dites que je vais arriver afin de concilier et d'arranger les affaires. » Hais si l'Empereur tenait à éviter à^lout prix une collision avec le peuple espagnol avant de s'être rendu maître du royaume, il ne tenait pas moins à effrayer la cour pour se débarrasser d'elle, et il comptait si bien sur les effets qu'on devait attendre d'une crainte si naturelle, qu'il avait déjà prévu à la fois le cas où elle chercherait un refuge à Séville et celui où elle s'enfuirait à Cadix. Si elle se réfugiait à Séville, comme ce ne pouvait être là qu'un expédient provisoire, Hurat avait ordre de F y laisser tran- ^lle et même de lui témoigner de bons sentiments* f afin d'augmenter son trouble et sa défiance par cette attitude si évidemment fausse et menteuse; si elle allait jusqu'à Cadix, c'était une fuite déclarée, elle était compromise vis-à-vis de la nation, et l'amiral Rosily, qui occupait ce port avec une de nos escadres, avait ordre de Tarrêter au moment de i'embarqueflient afin de prévenir par cette mesure la sécession des colonies espagnoles, suite inévitable de la fuite du roi en Amérique.

A mesure que s'accomplissait cette invasion sans exemple, cette prise de possession à main armée d'un pays ami dont les envahisseurs se présentaient avec des paroles de paix et de fraternité, les mécontentements publics, d'abord contenus par l'incertitude, la forprise, l'ignorance des événements, éclataient avec une violence proportionnée à la longue torpeur qui

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