‹ Histoire de Napoléon Ier (volume 2)Chapitre 255 sur 310 · INSURRECTION^ D ESPAGNE · texte numérisé non relu

INSURRECTION^ D ESPAGNE

était ce même Solano qui avait fait campagne en Portugal comme auxiliaire de Junot. Mécontent d'abord de son triste rôle dans cette aventure, mais gagné depuis par les flatteries de Hurat, Solano s'était résigné à accepter le nouveau régime. Après avoir tout fait pour arrêter le mouvement, il se soumit d'assez mauvaise grâce lorsqu'il en eut reconnu la force irrésistible 9 et promit d'obéir à la volonté populaire.

Mais il n'était plus en son pouvoir de dissiper la défiance et les ressentiments que ses tergiversations avaient excités dans l'Ame d'un peuple dont quelques jours auparavant il était l'idole. Saisi dans la maison d'un ami où il avait cherché un refuge, Solano fut massacré sur une place de Cadix et mourut avec un courage qui aurait fait sa gloire s'il l'avait employé contre les ennemis de son pays. Don Thomas de Morla fat nommé capitaine général à sa place. La junte lui intima l'ordre d'attaquer la flotte française qui, depuis la catastrophe de Trafalgar, était bloquée dans le port de Cadix. Il adressa des sommations menaçantes à l'amiral Rosily qui la commandait, et fit les préparatiis nécessaires pour bombarder Tescadre en cas de résistance. Rosily gagna quelques jours par des négociations, puis il prit position au milieu de la rade, hors de portée des feux de la ville, convaincu qu'il ne tarderait pas à être dégagé par le corps de Dupont qui devait occuper l'Andalousie.

Jaên et Cordoue s'étaient promptement ralliées au mouvement de Séville. Grenade se prononça en armant toute sa population valide; elle entraîna dans la révolte les troupes suisses que Théodore Reding

3U HISTOIRE DB rJAPOLEOH I'.

commandait à Malaga. A Tladajoz, capitale de madure, le peuple atlendit, comme dans beau( d'autres villes, le jour de la Saint-Ferdinand (30 mai) pour s'insurger. Il TU sa révolution presque sous le canon des Français qui occupaient Elvas, i peu de distance de là, et se mit sur-le-cliamp à relever iei fortifications de la ville qui tomliaient en ruines. L'Eslré madure eut en peu de temps une armée de vingt mille hommes, qui rendit de grands servieei en interceptant les communications de Junot arec l'armée Irançaise d'Andalousie.

On voit par ce rapide coup d'a-il jeté sur ^iDS1l^ rection d'Espas^ne, avec quel ensemble et qn^ spontanéité éclata cette grande commotion. Il est aussi puéril de l'expliquer par rinfluence d'nw certaine classe ou d'une superstition particulièn, monarchique ou religieuse, que d'attribuer à un robseau la formation de l'Océan. Ce n'était pas le sentiment monarchique qai était irrité contre Napoléon, car ce n'était certes pas la république qu'il apportait à l'Espagne ; ce n'était pas non plus le sentiment religieux, car, sans parler de l'alfaibllssement dws idée) religieuses qui s'était 0[)érê partout, même en Espagne, à la suite des luttes philosophiques du dix-buitième siècle, Napoléon était encore aux yeux du clerfK espagnol le restaurateur des autels, le grand soulin du catholicisme. On ne savait rien ou presque rieo encore de ses démêlés avec le pape. Ce qu'il inil blessé et révolté par d'irréparables outrages, c'étaJenl d'abord ces sentiments d'honneur et de justice élémentaires que tout homme porte dans sa propre conscience, c'était ensuite ce grand sentiment é It

fois individuel et collectif qui embrasse tous les autres, et qu'on nomme le patriotisme.

Pendant que se déclarait cette grande crise nationale, dans laquelle l'Espagne devait se retremper ou périr. Napoléon, toujours à Bayonne, pressait à la fois l'arrivée de son frère Joseph qu'il voulait fiure régner sur les Espagnols , celle des députes récalcitrants qui devaient bon gré ou malgré offrir cette couronne au nom du peuple, enfin ce qu'il lui plaisait d'ap> peler la réarganisatian d'un royaume qui déjà n'était plus à lui. 11 avait signifié ses intentions à Joseph par une lettre brève et péremptoire qui n'admettait pas d'objections : « C'est à vous, lui disait-il« que je destine cette couronne.... à Madrid, vous êtes en France, Naples est le bout du monde. Je désire donc qu'immédiatement* après avoir reçu cette lettre, vous laissiez la régence à qui vous voudrez, le commandement des troupes au maréchal Jourdan et que TOUS partiez pour vous rendre à Bayonne.... Vous recevrez cette lettre le 19, vous partirez le 20 et vous serez ici le 1^ juin. > (10 mai.) Ce ton impératif était calculé en raison des répugnances connues de Joseph à abandonner un royaume où il se considérait comme affermi, et aussi en raison de son caractère facile et complaisant. Il est fort probable, en effet, que lors de son voyage en Italie, Napoléon avait parlé à Joseph de son élévation au trône d'Espagne comme d'une éventualité possible. Si plus tard il avait offert cette couronne à Louis, c'était, selon toute apparence, par égard pour le peu d'empressement que lui avait témoigné son frère atné. Ce qui est certain, c'est que Joseph quitta à contre cœur le royaume de Na\^l^%^

et partit, sinon disposé à désobéir, du moins peu sa* tisfait du changement qu'on lui imposait et avec Tespoir secret d'y échapper*. Mais Napoléon prenait d'avance tontes ses précautions pour que Tacceptation de Joseph fût pour ainsi dire forcée, et qu'il se trouvât engagé avant d'avoir eu le temps de rien voir par luimême. Dès le commencement du mois de mai, il s'était efforcé d'obtenir de la junte suprême de Madrid ei du conseil de Castille une déclaration appelant Joseph au trône d'Espagne. L*empereur espérait donner au guet-apens deBayonne la couleur d'une déférence pour le vœa national. Ces deux assemblées ne lui ayant envoyé, après s'être fait beaucoup prier, qu'une décision mêlée de beaucoup de réserves, il se flatta de tirer un meilleur parti d'un simulacre d'assemblée de cortès. Il les convoqua à Bayonne, comme ces députés de la Cisalpine qu'il avait, quelques années auparavant réunis à Lyon, et qui, venus pour assurer la liberté de leur pays, étaient repartis après la lai avoir livrée. Cette junte extraordinaire, chargée de donner en même temps un roi et une constitution i l'Espagne, était convoquée pour le 15 juin; elle devait réunir dans son sein les représentants de la grandesse, du c'ergé, des ordres religieux, des universités, de l'armée, du haut commerce, des colonies, et même de l'inquisition.

Elle fut composée en réalité, partie des grands d'Espagne qui avaient accompagné les princes à Rayonne et que Napoléon avait retenus en France,

1. Voir Miot de Meiilo, un peu en désacconl sur ce point ivec les Souvenirs de S\ai\\s\^s 0\T^Tà\\i, elles Jfemoire* du roi Joseph.

partie de hauts fonctionnaires empressés de sauvegarder leur position sous tous les régimes, partie enfin de tous les personnages qu'on parvint à en* traîner à grand renfort de promesses, de menaces ou de flatteries. Elle devait comprendre cent cinquante députés, et n'en réunit qu*un peu plus de la moitié.

Cette solennelle parodie des formes études principes de la souveraineté nationale ne devait être que la préface des combinaisons de Napoléon. En se consacrant à la régénération de l'Espagne, il avait eu surtout en vue de s'emparer de ses ressources. C'est ce qu'il avait fait dans tous les pays dont il avait entrepris de faire le bonheur, c'est ce qu'il , venait de faire dans le malheureux Portugal, et Ton ne doit pas laisser attribuer à une conception bienfaisante et civilisatrice des projets uniquement inspirés par des convoitises d'ambitieux. L'impatience fiévreuse avec laquelle Napoléon s'occupa des finances, de la marine et surtout des colonies de l'Espagne, tenait tout entière à l'illusion qui lui faisait supposer qu'il allait y trouver des moyens immenses pour réaliser ses projets sur le reste du monde ; c'est se moquer du bon lecteur que de la représenter comme une noble et généreuse ambition de faire oublier l'usurpation à force de bienfaits. Certes, s'il avait été capable d'éprouver ces vertueux sentiments, ce n'était pas l'occasion qui lui avait manqué pour les mettre en pratique. Parmi les peuples qu'il tenait courbés sous sa verge de fer, il n'aurait eu que l'embarras du choix s'il avait voulu déployer cette philanthropie expiatoire. Malheut^xxsement chaque page de sa correspotidaT\ee èsV \\ v^^i^'^

prouTer qo en s'oocopant de l'Espagne, il ne pense qn'à lui-même.

Au premier moment, il éprouve une sorte d'éblouissonent à Tidée qu'il Ta mettre la main sur tant de riches possessions. Il fait le calcul des piastres que va loi rapporter le Mexique ; il lance dans toutes les directions des avisos qui vont porter aax colonies espagnoles ie roman de l'abdication de Bayonne, arrangé de façon à les flétoumer d'une rupture. D compte sur ses doigts les vaisseaux, l'appoint redoutable que la marine espagnole et les nombreux ports de la Péninsule vont lui permettre d'ajouter à ses escadres. Avant la fin de septembre 1808, il veut avoir 35 vaisseaux neufs. Ces 35 bâtiments ajoutés aux 42 qall possède déjà, aux 54 vaisseaux qu'il lève sur les puissances alliées et jusque sur la Russie, va lui consUtoer un armement total de 131 vaisseaux de guerre*. A cette pensée son imagination s'exalte et il s'écrieraR volontiers conmie à Boulogne : < L'Angleterre est i moi 1 ' Il écrit au pauvre Decrès jusqu'à six lettres dans la même journée sur les magnifiques plans qu'il médite. Mais à l'heure où il développe ces vuesâiitastiques qui n'existèrent jamais que sur le papier et que par une singulière aberration on a décorées do nom de réorganisation de la marine espagnole, tous les ports de la Péninsule sont déjà aux mains de l'insurrection. Pour donner une idée du prétendu profit que l'Espagne aurait reçu de l'impulsion imprimée à ses ressources maritimes, il suffît de dire qu'il destine tous ces armements à une gigantesque expédition

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