Joseph jiNapolion, ISjuiUst
il a pris sur lui d'ordonner une concentration générale sur Madrid, et d'écrire à Bayonne que tout est encore à faire en Espagne. Napoléon lui fait aussitôt intimer par Berthier Tordre de contremander ce mouvement rétrograde qui exécuté à temps eût sauvé le corps de Dupont, et il inflige un blâme formel à l'appréciation si sensée de Savary : • L'Empereur trouve, écrit Berthier, que vous avez tort de dire qu'il n'a rien été fait depuis six semaines.... Tous les hommes sensés en Espagne ont changé le fond de leur opinion et voient avec la plus grande peine l'insurrection. Les affaires sont dans la situation la plus prospère depuis la bataille de Rio-Seco ^ > En conséquence de cette opinion, Napoléon veut qu'on reprenne TofTensive sur tous les points; il consent enGn, mais le 18 juillet seulement, à ce qu'on envoie à Dupont la division Gobert. Savary l'avait fait partir depuis plusieurs jours déjà, mais ce secours même ne devait pas nous préserver de Baylen. Napoléon n'avait jamais été plus tranquille et plus confiant dans le succès de son entreprise. Le 21 juillet il juge le moment venu de quitter Bayonne pour faire un voyage dans les provinces du midi de la France, et avant de partir il dicte une longue note dans laquelle il examine à fond toutes les éventualités de notre situation militaire en indiquant à chaque général la conduite qu'il doit tenir. U étudie particulièrement la position de Dupont, « sur lequel, dit-il, doivent se tourner toutes les sollicitudes. » Il le loue de « s'être maintenu au delà
1. Berthier à Savary, 18 iuiUet. Lettre insérée dans la CorreS' pondance du roi Joseph.
3%8 HISTOIRE DK HAPOLÉOtl I*.
des moDiagnes dus les tassiiis de rAndaloode, » ee qui achère de démaatnr qa'û approonut sa halteà Andcjar; il loi prescrit de rq»reiidre rofibnsife afse sas Tiogt-cioq mille homines, car, ajoate-t-il« « fl n*y a pas de doute que mimiê aoee vingt miUe hsmmei k flnmi/ Dupont m cutbuU UM €$ çu*U a dkvani M;» pois après SToir prescrit à Mooœy de réoccoper Sn- Oemeote et de continoer à menacer Yalenoe, iTa^ dier de presser Saragosse, à Reille de faire jondiaB avec Dobesme en Catalogne» il rtsome ainsi la ât» lion :
c 11 n'y a rien à amndrt do cAt6 do maréchal Bo^ sières, ni dans le nord de la Gastille ni dans le royaiOM de Léon; i7 n*y a rien à craindre en Aragon, Sert gosse tombera un jour plus tôt un jour plus tani; il ny a rien à craindre en Catalogne; t7 n'y a rioii craindre pour les communications de Burgos i Bayonne.... Le seul point qui menace, c'est duoM du général Dupont; mais avec vingt-cinq mille hommes, i7 a beaucoup plus quUl ne faut pour avoir à ^ands rêftt/roff.... A la ri^eur avec vingt et un mfl' hommÊi seulmnent il aura pour lui plus de quatre^intifi cAoneet juraenl*. •
Cette note était dictée à Bayonne le SI juillet 1808, et ce jour-là tnéme Dupont, vaincu et cerné à Baykfl, signait la capitulation en vertu de laquelle tout sot corps d'armée était prisonnier de guerre. Il nous brt reprendre les cboses d'un peu plus haut pour bitf faire comprendre les causes de ce mémorable désastre.
]. Notes sur la position actadle de rarmée d^Espigne, 21 jdiZW
RetraDché à Andujar depuis le 18 juin, après son évacuation de Cordoue, Duf>ont occupait sur le Guadalquivir des positions pen sûres. Presqu'à sec en été, ce fleuve était guéable sur plusieurs points et ne lui offrait qu'une ligne de défense en quelque sorte idéale. Le front de son armée était donc presque à découvert; ses derrières n'étaient pas mieux protégés. La position d* Andujar était censée fermer l'entrée de ce long défilé de la Sierra- Morena qui s'étend de Baylen à Valdepefias en passant par Guarraman, la Caroline, Sainte-Hélène et Despeûa-Perros; mais elle ne remplissait pas du tout ce but, car il existait indépendamment de la grande route qui traversait ces localitéSy trois ou quatre autres petits chemins praticables pour l'infanterie et qui partant de Mengibar, de Linarès, de Baëza et d'Ubeda, allaient aboutir non-seulement à Baylen, mais à la Caroline et même à Despeôa-Perros, c'est-à-dire sur les points les plus essentiels de nos communications avec Madrid. Si Ton voulait garder efGcacement ce passage de la Sierra- Iforena, il eût fallu rétrograder jusqu'à la. Caroline qui en est la clef, car la position màme'^ Baylen pouvait être tournée facilement. Tout étant préférable à la défensive dans de mauvaises potitÎQiis» il eût encore mieux valu pour Dupont qu'il pût attaquer en choisissant son heure, surtout lorsqu'il eut reçu le renfort de six mille hommes que lui amena Vedel à la fin de juin; mais il avait l'ordre précis de tenir à Andujar. Savary» qui avait des dangers de Dupont une idée plus juste que Napoléon lui-même, voulait le rappeler en deçà des moobgnes lorsqu'il conçut son plan si vivement critiqué par l'Empereur de tout
3SiI Xm*3imK DC BAPOL<OH
npDmrfur dr JFadrtf *; auds rcAliême mécoolatte- ■HDC -çxe «tii-cî téttoî^ait de tout iiioiiTeiiWDt litoKmfe lui ôt ^■■mer ee projet, el il ne se dédli à rcsécntBr qae iHifA était trop tard.
TeCe était bi situafioade Dopoot dans les pramias Jours de julM I80S. Chaîné de défendre des poâtÛHis sans ancme force, dans on pays malsua é ftvreiEi. avec da-hnît miDe aiddats pour la plnpat très-îeoDes et fort pco agoefris, qne la rarettài livres le fo'^çait de mettre à h demi-rmti<Mi, fl anil combattre rarmée h phis solide et la plos nonAisat qui fût alors en Espagne. Les tronpes de tonte M* tnre auxquelles commandait Castafios, après la finiM des fnsar?ë$ de Grenade arec ceux de SéTilky à Jaên et de Cadix, ne s*éleTaîent pas à moins de treolicinq mille hommes, dont pins de la moitié se coofl' sait de troupes résnlières. Dnpont reçut, il est miyb 7 jniUet an noareau renfort de quatre on dnq flft hommes qne loi amenait le général G<d>ert; maiid aeconrs fut loin de rétablir la balance. Ponr gaiéff ses oommanicatioDS, toujours menacées par to p^ rillas» Dupont était obligé de disséminer ses d'Andujar an delà de la Caroline et de les tenir cesse en monvement. La tâche impossible qu'il wnà i remplir pourait se résumer ainsi : arec nne IM totale de Tingt-deux mille hommes il axait à snneilhf et i défendre sur son front la ligne du GuadaîqiDfir U dWndujar à Ubeda, de quinze lieues d'étoidue; 99 \i
l. Li ccm^^pLoiiLce de Srarr arec Dupont ne bisse doc:e i«: é^ri. Euls ue* l-*nrs da 16 juillet, il lui annonce ii9^ ■eUeaiei.1 âoa 'vL'iei^wi dft \a nççeler avinl peu ren 3fadnd.
CAPiTOLATIONS DE BAYLSM ET DE CIWTRA. 351
ses derrières, il avait à garder un défilé de \ingt lieues de longueur.
Le 15 juillet, après quelques Ulonnemcnts, Castanos commença ses opérations. Deux de ses lieutenants, Reding et le marquis de Coupigny, l'un Suisse, l'autre émigré français, prirent position sur le Guadalquivir, le premier à Mengibar, le second h Villanueva, tons deux menaçant de tourner Andujar par Baylen, pendant que Castai^os lui-même, posté à Arjonilla, menaçait de front le camp de Dupont. Co général avait prévu l'attaque. Il avait placé à Eaylen la division Vedel ; devant Mengibar, le général Liger-ltelair avec quelques troupes. A Andujar, l'action se borna à une canonnade entre Castafios et Dupont; à Meugibar, Liger-Belair, refoulé par Reding, fut secouru à temps par Vedel, qui arriva à la liÂte de Baylen et rejeta Reding au delà du Guadalquivir. Jusque-là tout «Hait bien. Il était toutefois dès tors évident que l'ennemi, grâce à sa supériorité numérique, pouvait multiplier ses démonstrations sur plus de points que nous ne pouvions en surveiller à la fois; pour en ;£arder un nous étions forcés d'en dégarnir un autre son moins essentiel à notre sûreté, et il devait rêsul- ^r de ces allées et venues une sorte de chassé-croisé extrêmement dangereux pour nous.
Dupont, prévoyant que cette attaque allait recom- ^xnencer et quelque peu alarmé de la quantité de Irou- .pes que Castanos avait déployée dans lajournée du 15, expédia k Vedel l'ordre de lui envoyer « un balnillon, ^^ dans le cas où il aurait peu d'ennemis devant lui, ■^^ne brigade. » Le lendemain 16, son lieutenant trop ^*lé, ayant entendu la canonnade se renouveler du
352 HISTOIRE pS HAPOLÉOR !*•
côté d'Andujar, y aeeouniti non pas avee irae brigade, mais avec sa division tout entière, ne laissant à Hengibar que le détachement de Liger-Belair. Mta fante fut immédiatement expiée. Aussitôt Tedel partii Rading se présente de nouveau à Hengibar, force le passage dn Guadalquivir et chasse devant lui Ligo^ Belair, qui se retire dans la direction de Baylen. Cdte position était occupée par le général Grobert, qui tj était porté la veille de la Caroline. Il accourt an bndt du canon pour soutenir Liger-Belair, mais il eit frappé à mort, et le général Dufour, qui prend k commandement, est repoussé sur Baylen. Le passigi si important de Hengibar est en la possession dei Espagnols.
Dupont, qui avait d'abord approuvé le mouvemest de Yedel, reconnut toute la gravité de la faute oodh mise en apprenant la mort de Gobert et la défaite di sa division. Dès le 16 au soir il ordonne à Yedel «de se porter rapidement sur Baylen, de s'y réunir n corps de Dufour, et alors de rejeter Tennemi sur Heogibar au delà du fleuve. » Le 17 au matin il confinas cet ordre en lui recommandant en outre de veiller wat Baéza et la Caroline, points si essentiels à nos coo* munications. Yedel était déjà arrivé à Baylen ; mab, 1 sa grande surprise, il n'y avait trouvé personne* Égaré par de faux rapports dont il lui était à peu prit impossible de contrôler la vérité, car' nous n'avioBt pas un seul espion en Espagne, même à prix d'or, Dufour était parti à minuit pour aller chercher Fefi* nemi dans la direction de la Caroline, où Redîng aval pu se porter en effet sans passer par Baylen, ayant i son choix de\xx dxemins de traverse qui y abouti»-
saient, l'un par Linarès, l'autre par Vilchès. Vedel, trompé comme Dufour et pénétré avant tout de l'importance de maintenir nos communications et de soutenir son collègue, marcha comme lui sur la liarolîne en négligeant de faire sur Mengihar une reconnaissance pendant lafjuelle on aurait eu le temps d'écraser Diifour, et Dupont, trompé à son tour, l'en approuva entièrement. Ainsi s'enchainaient l'une à l'autre des erreurs qu'on peut dire inévitables, étint donnée cette silualion complifiuée, car à défaut de ces méprises on en aurait commis d'autres tout aussi graves. Vedel rejoignit Dufour à Guarraman. Là les bruits de la marche de Reding sur la Caroline se trouvant confirmés, les deux (iénéraux s'enfoncent de plus en plus dans les délités de la Sierra-Morena et laissent inoccupés derrière eux deux postes dune importance capitale, Baylen et Mengibar, qu'ils croient à l'abri de toute attaque, puisqu'ils supposent l'ennemi engagé dans la Sierra (17 juillet).
Reding, qu'on allait chercher si loin, n'avait pas quitté les environs de Mengiltar. Il avait profilé de l'apparition de quelques guérillas dans la Sierra pour faire accréditer des bruits qui avaient pour effet de disperser ses adversaires. Aussitôt qu'il s'aperçut de leur absence, il occupa fortement Baylen de concert a«ec la division de Coupigny, et coupa ainsi au corps de Dupont sa retraite naturelle. Il effectua ce mouvement dans la journée du 18 juillet avec environ dixhuit mille hommes. Il courait à la vérité le risque d'être placé lui-même entre deux feux dans le cas d'un prompt retour de Vedel, mais à toute éventualité il avait sa retraite assurée sur Mengibar ; e\. \\ çoç.î.t-
354 HISTOIRE DE NAPOLÉOH 1"*.
dait d'ailleurs, en combinant ses mouvemeirtt Castafios, toujours posté devant Andujar, une supériorité de forces sur Dupont, qu'il pensai sans raison avoir le temps de l'écraser avant diversion. Dupont apprit avec stupeur dans la ja même du 18 juillet la présence d'un corps e à Baylen, sans en connaître toute la force. Il t d'évacuer sur-le-champ Andujar, afin de d4 Baylen et de se remettre en communication av lieutenants. m
La nuit venue, Dupont décampe furtivemeatl sit, grflce à d'habiles précautions, à trompera lance de Castafios, qui reste devant Andujar. I avait encore environ onze mille hommes, cor de la division Itarbou, de la cavalerie Frésia, dt rins de la garde, des gardes de Paris et d'un ré{ suisse. Foreé de se tenir en garde de deux côt^ fois, embarrassé d'une file interminable de à huit cents voitures qui emportent ses mal: ses bagages, il place ses équipages au centre et ses troupes en deux corps, dont le plus fail posté en tête, parce qu'il croit Reding moins i table que Castafios. Une distance d'une lieue au sépare ces deux groupes de combattants, qu avaient été réunis pour le premier choc, ax peut-être forcé le passage. Le 19, vers trois I du matin, notre tête de colonne vient heurtq Rurablar, torrent qui coule un peu en avant ; leo, les avant-postes de Reding, qui s'apprétai côté & marcher sur Andujar, L'action s'engagl tre heures, mais avec deux brigades seulol notre cûtè, ïotte ^ çevos saïïiaaote pour la d4
Le reste de nos troupes, rappelé en toute hâte de la queue à la tête, ne se présente au combat que successivement, ce qui ôte à ses efforts l'ensemble et la puissance nécessaires pour faire une trouée dans les masses ennemies. Nos soldats attaquent avec une valeur brillante, ils refoulent à plusieurs reprises la première ligne espagnole ; mais ils ne réussissent pas à entamer la seconde, et l'artillerie de Reding très-supérieure à la nôtre, démonte en peu d'instants nos batteries.
Vers dix heures du matin les Espagnols débordaient de tous côtés nos positions. Des charges de cavalerie, vigoureusement exécutées par les dragons du général Frésia et les chasseurs du général Dupré, les rejettent en désordre sur leur corps d'armée, mais elles ne nous rendent pas l'avantage. La réserve espagnole reste inébranlable. Cependant la lutte se ralentit. Nos soldats, épuisés par une marche de sept lieues et par des chaleurs intolérables, dévorés d'une soif horrible dans ce désert sans eau, se laissent aller au découragement. On se bat pour l'occupation d'une citerne, pour quelques gouttes d'eau qui sont restées dans le lit desséché du torrent. Dupont, désespéré, tente vers midi un dernier effort qui échoue comme les autres devant l'impénétrable barrière que lui oppose l'armée de Reding. Quinze cents hommes sont hors de combat, parmi lesquels un grand nombre d'officiers ; Dupont lui-même est blessé. Les hauteurs se couronnent de paysans armés qui nous fusil* lent à l'abri des rochers et des bois; les soldats suisses, mécontents de combattre contre leurs compatriotes qui se trouvent dans les rangs espagnols^ désQi\i^\&*
356 HISTOIRE DI RAFOLtOIl !*•
Bientôt le canon retentit sur nos derrières. Cest ra^ mée de Castafios qui accourt, sous la conduite de la Pefia, pour prendre part au combat et qui nous ferme toute issue. Comment résister à cette nouvelle armée^ Q*ayant pu vaincre la première ? Cest le dernier coup. Il était alors deux heures de l'après-midi. Dupont demande une suspension d'armes à Reding, qui la M accorde. Quant à la capitulation qu'il réclame en même temps, afin d'obtenir son libre passage sur Madrid, elle est renvoyée à Gasta&os, qui la lui refuse et exige que son corps d'armée se rende à discrétioii. Pendant ces pourparlers, qui durèrent toute la soirée du 19 et une partie de la matinée du 20, U général Yedel, de retour de la Caroline, où il n'avait trouvé personne à combattre, était venu, après avoir perdu beaucoup de temps, prendre position sur les derrières de l'armée de Reding. Arrivé à Baylen après la bataille, vers les cinq heures de l'après-midi, 3 avait aussitôt attaqué les Espagnols, qui se reposaient sur la foi de l'armistice; il leur avait enlevé mille prisonniers et plusieurs canons. Hais un ordre de Dupont vint mettre bientôt fin à ce combat, en faisant connaître à Yedel les négociations engagées avec les Espagnols. Le refus de Castafios offrait à Dupont une occasion de recommencer la lutte dans la journée da 20 juillet avec le concours de la division Yedel. Si sa position entre Castafios et Reding était des plus critiques, celle de Reding entre Dupont et Yedel n'était guère moins défavorable. Un coup d*audace exécuté avec cette énergie dont Dupont lui-même avait donné l'exemple à Albeck, à Halle, à Friediand et dans tant d'autres renconV.e^^YvsÀ ^xrc^^V^^v^robablement ou-
vert un passage, au prix, il est vrai, d'un grand sacrifice. Mais ses soldats étaient absolument démoralisés, vaincus par la fatigue et les privations de toute sorte qu'ils enduraient depuis l'avant-veille. Dupont lui-même était abattu, et ce qui le démontre c'est qu'au lieu de prendre sur lui l'initiative d'une résolution hardie, il assembla un conseil de guerre, auquel, selon les termes mêmes de la délibération, « il demanda son avis sur la situation du corps d'armée. > Les résolutions héroïques sont rarement collectives ; or une inspiration de ce genre pouvait seule le sauver. Dupont était capable â*éproiiYer une de ces illuminations soudaines, il Tavait proaTé en mainte occasion ; mais il était de ces mUf taires dont le ressort est plutôt dans l'imagination que dans le caractère, et dont Tâme est par conséquent sujette à passer facilement d'un extrême à l'autre. Dupont était homme de plaisir et de fantaisie; causeur aimable et recherché, il avait des goûts littéraires ; il avait concouru, étant déjà général, pour des prix de poésie. Ses écrits attestent un penchant prononcé pour Temphase et la déclamation; même dans les récits de guerre, ils n'ont rien de la rigueur et de la précision des écrits militaires. Enfin il n'avait jamais éprouvé de revers, et il était de ceux qui n'ont toute leur valeur que dans le succès; il n'avait jamais commandé en chef, et, pour la première fois qu'il ^tait livré à luimême, il se trouvait dans une position hérissée de difficultés à peu près insurmontables.
Ainsi qu'il était facile de le prévoir, le conseil fut d'avis que toute résistance était impossible. Les négociations furent donc reprises avec Castafios par Tin-
338 KISTOIKE DB SAPOLiOV I*.
iBBiwBaîre da général Qhabcfty dn général Marescot, ^id se trooioît de passage i l'année de Dupont sans c& Cure partie, et de Téaiyv de Fempereiir, TilIoiH trev^^qni anit d^k négocié Farmistioe. Castallos était wmt le point de consentir an retour de nos troupes wmt Xadrid. lorsqu'un malheureux hasard fit tomber dans ses mains une dépêche dans laquelle Saiary, de pfais en plus couTuncu de la nécessité de oonoentrer Tannée autour de la capitale, prescrîTait à Dupent dTexécuter précisément cette marche. Castafk» refiat alors a ses premières exigences; fl demanda que les dirisons cernées se rendissent à discrétion. Sur lesTé* damitions des négodatenrs français, il consentit i accorder à Dupont le retour par mer. mais à conditioo que les divisions Tedel et Dufour seraient comprises dans la capitulation. Nos négociateurs eurent la faiblesse d'accepter cette condition, dans Tespoir bien diîmérique de sauver les deux divisions en péril, es oompromettant les deux autres qui avaient le chemis libre. Ils rédigèrent en conséquence une capitulatioD en vertu de laquelle le corps entier de Dupont devait, après aToir déposé les armes, être dirigé vers la mtf par San Lucar et Rota, pour être ensuite embarqué et transporté en France. L'article II stipulait soigneusement la conservation des bagages des officiers supérieurs, « qui ne devaient être soumis à aucun examen. > et l'article 15 stipulait que les généraux « prendraient les mesures nécessaires pour retrouver et restituer les vases sacrés qu'an pouvait avoir enlevés en diverses rencontres et particulièremeni à la prise de Cordoue. »
Lorsque l'acte où se trouvaient inscrites ces stipu-
lations déshonorantes fut porté à Dupont, le 21 juillet au matin^Vedel avait disparu depuis plusieurs heures, ne laissant devant les avant*postes ennemis qu'un simple rideau de troupes. Ce général se trouvait maintenant hors de toute atteinte avec ses deux divisions; la capitulation, qui, par une insoutenable fiction, le constituait prisonnier alors qu*il était libre, n'était pas encore signée. Le devoir de Dupont était clair et inexorar ble; il ne devait la ratifier à aucun prix. Les Espagnols, furieux de voir Vedel leur échapper, menaçaient Dupont de passer son armée au fil de Tépée ; il devait en courir la chance et leur laisser la responsabilité d'un crime injustifiable. Il faiblit devant leurs menaces et envoya à Vedel Tordre de revenir sur ses pas. Tout au moins aurait-il pu lui faire donner par l'officier porteur de cet ordre le conseil verbal de désobéir ; il ne le fit pas. Vedel» qui était déjà à Sainte-Hélène, cédant à contre-cœur, d'après l'avis presque unanime de ses officiers, ramena ses troupes sur Baylen, où elles partagèrent la triste fortune du corps de Dupont ; et plus de vingt mille soldats de cette grande armée si orgueilleuse tombèrent d'un seul coup au pouvoir de l'ennemi qu'ils dédaignaient le plus ^
La capitulation fut prescjue aussitôt violée que conclue. La junte de Séville refusa de la ratifier, et les troupes de Dupont, en butte à d'affreux traitements, restèrent prisonnières de guerre jusqu'en 1814, à l'exception des officiers supérieurs, qui furent ren-
1 . D*aprcs le rapport de Regnaalt de SainWean-d'Angely tur la capitulation de Baylen^ le corps de Dupont avant le combat de Baylen comptait en présents sous Us armes 22,830 hommes, et en effectif nfm.
36D HISTOIRE DE HAPDLÊOX 1*.
Toyès eD France. Dupont s'étant p2aîDl mrtc mmertooe
et ce manque de foi, le goiiTemeur de rAndaloasie. Tbr-mas ce Morla, lui répondit par d'injurieuses licrTr.:r>al:i>n? : • Votre Eicellenoe, lui ëcriTait-U a b iLii rn 1 0 août, m'oblige à lui exprimer des Teritb ç^ doiTenî lui être amères. Quel droit a>t-elle de rtz^LTjtT l'eierution d'un traité conclu en faveur d'im annif** r::i est entrée en Espagne sous 2e roile « ri^-Lizof t\ de Tamitié, qui a emprisonné notre ni <c sa fin- Ir, saccagé ses palais^ assassine et Toléses saii;c$w nripê ses campagnes, usurpé sa couronnées Ttct- Ii^rllrnce ne veut pas s*altirer de plus en plis la .i:>:e izijinaûon des peuples, que je travaille â ir*i-5er. :u elle cherche par sa corduite à atîaiUir lu s*iE5J.:::=: :es horreurs quelle a commises à ûx^ di:ae.. 'j:-=l sùmulant pour la populace de saioi: qu U2 ïcvL. :e T 15 s-jliats était porteur de dtux niilk ceo: ;ud:r- vi-r:* i:\Tes tournois! m
V --^^ r*^:rij2::adt-ocs il y avait peu de chose à ffr.:-!crv, s: :•; nés: .:îue le crime des uns nautorisiil 7d< le jr-e itfs autres- iinsi fut perdue tout entièrf c: r- u" . :ur :^c:e année d'Andalousie, comme si elk iTil: rtr fr.çljuue par quelque con>^lsicn de lamnre. Les :r.::dez3 :iii amenèrent sa ruine avaient * à li :::5 s: 3iul::p:es et si compliques que tous te ch^'ls rurrïi: ivec vraisemblance s'en renvoyer laresloisj.:) 1::^ sins remarquer que la cause déterminante ce la cataslrophe était tout entière dans b v:l:z:e aveugle qui leur faisait une loi de se défendit dans 'jr.e rositioa intenable. Tous avaient commis des errturs tt ^uelq^ies uns des fautes, mais ils étaierl places c ans une ^\Vvi^\\<:\i q\i il était impossible de n'es
pas commettre, et ils avaient péché le plus souvent par excès de zèle. Dupont avait eu tort de rester à Andujar contre sa conviction ; chargé de la responsa* bilité d'un commandement en chef, il aurait dû désobéir, comme Moncey, et rétrograder soit jusqu'à la Caroline^ soit même, s'il ne pouvait s'y nourrir, au delà de la Sierra-Morena ; il avait eu tort de ne pas sacrifier au moins une partie de ses bagages, tort de ne pas engager le combat avec toutes ses forces réunies. Dans les négociations enfin il avait commis un acte de faiblesse déplorable en permettant que les divisions Vedel et Dufour fussent comprises dans la capitulation. Yedel, en marchant sur Andujar avec sa division tout entière lorsqu'on ne lui demandait qu'une brigade» en perdant un temps |»récieux dans son retour de la Caroline à Baylen, n'avait guère été moins répréhensible; Dufour enfin, en négligeant de faire une reconnaissance sur Hengibar avant d'aller chercher Reding à la Caroline, avait commis une méprise des plus funestes'; mais le grand coupable c*était celui qui 1 s avait jetés dans cette affreuse impasse en soulevant cor^tre eux l'exécration des peuples, c*était le capitaine infatué qui croyait pouvoir diriger de Bayonne à cinq on six journées de distance, des opérations qui exigeaient des résolutions de chaque instant. Napoléon seul fut le véritable auteur
1. Voir, sur l'afTairc de Baylen, les Obterration* du gônéral Dupont et sa Lettre sur V Espagne, en 1808; le Précis des opérations en Andalousie f par le général Vedel ; le rapport de Régna ult et les interrogatoire i de Dupont et de Vedel, publies par ce dernier ; THiftoire des guerres de la péninsule, du général Foy ; Vtiude histori" que sur la capitulation de Baylen, par Saint-JMaur ce C&bany ; To* réno, Napicr: Ifist. de la guerre de la Pén. Robert Soal^ef^ \ BuWr^i of the jeninsu'ar War.
3S2 HISTOIBI Dl KAPOLiOH I*.
du dés^lre de Baylen en empêchant rarmée d*AndftloQsie de repasser la Sierra-Morena, comme Dapont ci Saiary le demandaient. Si Savary loi av^t obéi jnsfa'aa bout, la perte de Dupont aurait été encore phs prompte qu elle ne le fut» car il n*aarait recQ ^ ra>^ fort de la division Gobert qu'après le 20 juillet. Tons ces généraux s: crjellemeot trahis par le sort des armes n'aTaient été en sonmie que malheureux ; ils s'étaient bitlus brayement, ils aTaient de glorieux états de services; et ce serait faire i leur mémoire un étrange procès que de les blâmer de ne s*étre pis fût tuer josqu an dernier plutU que de subir les couditioQs de Castanos. Un homme osa leur reprocheras n'avoir pis su mourir. Mais lui-même combien de fob ne reçut-il pas du destin cette sommation d*aToirà choisir entre la mort et la défaite? A la Bérézina^i Leipsik, à Fontainebleau, à Waterloo, et conunflBl a-t-il répondu à cette mise en demeure?
Cependant Napoléon poursuivait son voyage triomphal à travers les villes do midi par Tarbes, Agen, Tonlouse, Bordeaux, toujours persuadé que selon son expression < il n'y avait plus rien à craindre en Espagne.* Joseph était arrivé à Madrid le SO juillet avec des impressions bien diSereutes. Le Moniteur avait beau attester que son voyage en Espagne n^avait été qu'use longue ovation, que son entrée à Madrid avait ef lieu « aux acclamations (fun peuple immense*; > sol frère avait beau lui répéter dans toutes ses lettres: < Ayez courage et gaieté, ne doutez jamais d'us plein succès, > Joseph ne se rassurait pas. D ot