Josopb &Kav<ïUoQ. 14 août laOB
commença à ouvrir les yeux qu'après que son armée eut été rejetée sur l'Èbre. Joseph était entré en Espagne le 9 juillet. A dater de ce moment TEmpereur reçoit jour par jour, et d*un témoin qui certes n'avait pas intérêt à déguiser la vérité, les avis les plus sages et les plus pressants. Dès son premier pas sur le territoire espagnol, le pauvre Joseph s'aperçoit qu'il n'a personne pour lui. A l'aspect des villages abandonnés, des physionomies farouches qu'il entrevoit sur son passage, à la froideur avec laquelle sont reçues ses avances, à l'embarras croissant de ceux qui ont embrassé sa cause et qui déjà en sont aux regrets, à son propre isolement, enfin, il reconnaît la haine profonde, universelle, dont la domination française est l'objet, en même temps que rinsufflsance de notre armée pour soumettre douze millions d^hommes révoltés : c Personne n'a dit jusqu'ici toute la vérité, écrit-il à Napoléon le 12 juillet. Le fait est qu'il n'y a pas un Espagnol qui se montre pour moi , excepté le petit nombre de personnes qui ont assisté à la junte et qui voyagent avec moi. Les autres, arrivés ici, se sont cachés, épouvantés par Topinion unanime de leurs compatriotes. > Et il conclut en demandant c beaucoup de troupes et d'argent. >
A côté de cette découverte, Joseph en fait une autre qui n'est pas moins pénible pour son amour-propre» c'est que les généraux et Savary lui-même ne tiennent pas plus compte de sa royauté que si elle n'existait pas, et tout en lui rendant hommage pour la forme continuent à obéir à l'empereur seul. Il réclame trèsvivement auprès de son frère; il prétend avec raison avoir la réalité du pouvoir, puisqu'il en a les cor\^^.
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Cotte fois, par exception, l'Empereur, mécontent de Savary qui a outrepassé ses instructions en envoyani des renforts à Dupont, fait mine de désivouer son lieutenant. II parle de Savary avec le plus pnrfail dfr dain, blâme son iîicopflciW. C'est, dit-il, un homme d'txicuiioii, bon pour des opérations secondaires, mais qui n'a ni assez d'expérience, ni asseï de calcul pourdiriger une si grande machine. Mais cette satisfactioD eo paroles est tout ce que Joseph peut obtenir. Tant qïiï Napob on vivra, il n'y aura en Espagne d'autre pouvoir que le sien. Joseph nourrit comme Murât la cliimèrc de s'attacher ses nouveaux sujets par la douceur et rafTabililé de ses procédés, îl veut Choisir pour ministres des hommes estimés; il veut mettre fin aux habitudes de pillage qui déshonorent l'armée française; il veut écarter des affaires un homme comme Savarj, qui, selon son expression, a rempli des fonctions péi» blés. Ses représentations sont reçues avec une dédaigneuse pitié comme les plaintes d'un enfant malads ou les visions d'une tête aflaiblie.
Mais voici que la face des choses va changer; dn moins on le prédit avec assurance ii Bayonne. 8e»siêres peut eniln livrer à la Guesta et à Blake celte bataille tant attendue qui doit décider des desUaén de l'Espagne. Ces deux généraux avaient sous Iran ordres une armée d'environ vingt -cinq mille homiBtf recrutés dans la Galice, ta Castille-Vieille et les Astif ries; mais ils étaient divisés par des sentiments de rivalité qui nuisaient à l'unité du commanJement, et leurs troupes, quoique animées du meilleur e.<pritt n'étaient guère plus expérimentées qu'au début deto campigne. Bessières n'avait k leur opposer que iea
CAPITULATIONS DE BAYLEN ET DE CINTRA. d4l5
forces inférieures de près de moitié, mais la composition de son armée, formée tout entière de troupes excellentes, lui donnait contre eux un grand avantage. De Burgos où se trouvait son quartier général, il se porta rapidement au-devant des insurgés. Il les rencontra, le 14 juillet, près de Médina de Rio Seco, entre Valladolid et Benavente. Abordée avec impétuosité, cette masse lourdement et gauchement rangée sur deux lignes qui ne se prêtaient Tune à l'autre aucun secours, resta comme pétrifiée de surprise en présence de la rapidité de nos manœuvres. Bessières concentra d'abord tous ses efforts contre le corps de Blake qui ne tarda pas à se débander. Ce fut seulement lorsqu'il fut en fuite que les troupes régulières de la Guesta intervinrent pour rétablir le combat. Dans leur premier élan elles renversent tout ce qui leur est opposé et s'emparent d'une de nos batteries; mais toutes les forces de Bessières sont maintenant tournées contre la réserve espagnole. Chargée par notre cavalerie, elle perd promptement ses avantages et bientôt elle plie à son tour. Alors toute notre ligne s'avance en même temps sur les insurgés dont la retraite se change en une effroyable déroute. C'est le moment de faire ce que Napoléon appelle un exemple et la cavalerie du général Lasalle est chargée de l'exécution. Elle s'élance dans toutes les directions à la poursuite de ces vingt-cinq mille fugitifs affolés d'épouvante. Elle en massacre quatre ou cinq mille qui restent sur le champ de bataille. Nous n'avions perdu de notre cAté que soixante-dix morts et trois cents blessés. La ville de Hedinade Rio Seco est aussitôt envahie et mise au pillage.
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L'exemple étfùt aussi complet que si Napoléon laimême avait présidé à l'exécution. Aussi considère-lril celle victoire comme un événement capital et décisif; - à ses yeux la révolte est désormais frappée au cœur: ■ Cet événement, écril-il à Joseph, est le plus impùrtM de la guerrt d'Espagne et donne une couleur décidée! toutes les afTaires'. ■ Il adresse à Bessîères desfélià' talions démesurées, lui qui en est d'ordinaire si p« prodigue : ■ Jamais biilaille, lui Ocrit-il, ne fut gagoM dans des circonstances plus importantes; elle déddt les alTaires d'Espagne'. Joseph ne demande qu'à « laisser persuader, mais en dépit de ces pronostia rassurants, il esl forcé de reconnaître que tout n'est pas fini comme il voudrait le croire. Il a fait son entrée à Burgos sous l'impression de cette victoire terrifiante, et loin d'y trouver les esprits abattus pari* revers de Rio-Seco, il y a lu sur tous les visages la môme expression de haine et de défi qui l'a frappé en pénétrant en (îspa^ne : * L,a peur ne me fait pas voir double, écrit-il à son frère... Depuis que je suisea Espajine, je me dis tous les jours : ma vie est i>ea dt chose et je vous l'abandonne.... Je ne suis point ipv^ vimti- de ma situalion, mais elle esl unique dans l'histam je n'ai pas ici un seul parlisau*. >>
Savary, plus enfoncé que Joseph au centre dr l'Espagne, est encore plus épouvanté que lui de te qu'il voit, de ce qu'il entend, et des nouveites alcrmantes qu'il reçoit de l'Andalousie. Dans sou trout>l<