Nap-tléoD à Eugène, 26 janvier
D n'ttt guère de lieu commun historique plus répandu que celui qui consiste à imputer « à la folle agression de TAutriche ' la responsabilité de la guerre de 1809 ; il n*en est guère non plus de plus insoutenable et de plus faui. L'empereur Napoléon savait à menreille que, pour les esprits incapables de discernement, — ce qui forme Timmense majorité même parmi ceux qu*on appelle les gens d'esprit, — c'est toujours celui qui tire le premier coup de fusil qui est l'auteur de la rupture. Aussi n*a-t-ii rien négligé poar accréditer ce thème des provocations autrichiennes. Ses démarches diplomatiques auprès d'Alexandre ont eu surtout pour but de prouver qu'il voulait éviter la guerre; mais à ce moment il Tavait déjà rendue i^poss'ble à prévenir; et l'on peut dire en toute vérité que jamais gouvernement n'y a été poussé par une nécessité plus inexorable que le cabinet de Vienne en 1809. On n'examine d'ordinaire à cette occasion que les arguties plus ou moins subtiles qui furent échangées dans les notes diplomatiques de la dernière heure : c'est rabaisser le débat à des proportions puériles. La nécessité de la guerre de 1809 n*est pas sortie à l'improviste du choc de deux rivalités; elle remonte à la paix de Presbourg, h cette époque où, par un indigne abus de la vi.toire, Napoléon avait, contre l'avis de ses conseillers les plus sages, enltrê d'un seul coup à l'Autriche quatre de ses provinc ^ et un quart de sa population.
Après ce traité inique et imprévoyant qui faisait i TAutriche une condition de salut et une loi d'existence d'épier l'heure d'une revanche, Napoléon avaitil du m^ins essayé de regagner par de bons p'octdeî
RUPTURE AVEC L'aUTRICHE. 481
l'amitié de cette puissanœ? Il avait complété sa raine en la contraignant par des menaces peu dissimulées à entrer dans le blocus continental. Il avait affiché à Tilsit l'intention de l'exclure de toutes les grandes affaires européennes. Lui qui n'aurait pas souffert que l'Autriche touchât à un village sur le Danube, si avait, sans la consulter, disposé successivement de la Prusse» du Portugal, de l'Espagne, de la Toscane, des États du pape et enfin de la Moldavie et de la Valachie, provinces situées sur les frontières autrichiennes, comme si c'étaient là des questions qui ne la regardaient pas, comme si l'Autriche était devenue étrangère à l'Europe, comme si de semblables énormités ne compromettaient en rien ni sa st^curité, ni ses intérêts, ni son honneur! A des envahissements qui lui prédisaient si clairement le sort qui lui était réservé tôt ou tard à eile-méme on avait ajouté d'intolérables ojDTenses. Elle n'avait pas seulement été écartée d'Erfurt; on avait répondu à une démarche courtoise par d'insolentes remontrances. Enfin, lorsque, pour se mettre à Tabri de tant d'avanies, elle avait commencé ses armements, on lui avait presque intimé l'ordre de les cesser ; on lui avait demandé de sanctionner par son approbation toutes les infamies qui avaient indigné l'Europe en reconnaissant le roi Joseph. Et aujourd'hui, après l'avoir poussée à bout, après lui avoir mis l'épée à la main par tant d'affronts successifs, on l'accusait de vouloir la guerre! On ajoutait l'ironie à la mauvaise foi en lui reprochant de troubler la paix du monde. On lui promettait toutefois sa grâce pleine et entière, à condition quelle consentirait à licencier ses troupes. Si l'empereur François se résignait à su-