‹ Histoire de Napoléon Ier (volume 2)Chapitre 35 sur 310 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

COXSPIRATIOH DE GEORGES ET DE PICHEGRU. — ASSASSINAT DU DUC D'EKGBIEN. — MORT DE PI- CIIEGRU.

En dépit de tous ses efforts pour surexciter Topinion publique , le Premier Consul avait à subir un temps d'arrêt inévitable. Ses projets de transformation politique» forcément subordonnés à ses projets militaires y ne rencontraient aucune opposition dirocte , mais il leur manquait cet imperceptible complément de maturité qui fait nattre l'occasion ; la force ou plutôt rinertie des choses leur résistait. Après un premier moment d'une ivresse guerrière un peu factice, la nation retombait peu à peu dans son apathie; l'expédition d'Angleterre traînait en longueur et laissait prévoir de nouveaux ajournements ; l'Europe inquiète et hostile épiait nos mouvements et se tenait prête à profiter de nos fautes. Cette situation n'avait rien de rassurant ; elle laissait aux esprits le loisir de se calmer et de faire des réflexions, elle n'offrait surtout aucun prétexte de nature à justifier la nouvelle usurpation que Bonaparte était impatient de consommer. Pour réclamer cette couronne depuis si long-

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temps Tobjet de ses convoitises, il lui fallait ou le prestige d'un grand succès ou l'excuse d'une grande commotion intérieure. L'un et l'autre lui manquant, l'expectative à laquelle il était condamné ne pouvait lui être que contraire, car par cela seul que sa fortune cessait de grandir, elle tendait à décrottre. C'est à ce moment critique, que ses combinaisons, merveilleusement secondées par l'imprudence et la folie de ses ennemis, vinrent faire surgir le prétexte dont il avait besoin.

On peut affirmer hardiment qu'aucmie époque de notre histoire n'a été l'objet d'une falsification plus complète et plus audacieuse que celle qui est relative à la conspiration de Georges , à la fin tragique de Pichegni et du duc d'Enghien , au procès de Horeau. Jamais plus noires trames n'ont été enveloppées de plus épaisses ténèbres; et ce fait s'explique faci- * lement si l'on songe à l'intérêt qu'avaient tant de personnages puissants à atténuer leur rôle, à donner le change sur leurs intentions, à effacer les traces de leurs actes. Lorsqu'on réfléchit aux facilités dont ils ont joui pour faire disparaître les preuves qui pouvaient les accuser, au silence forcé de la presse, à l'absence de tout contrôle et de toute publicité, à la terreur qui pesait sur le public, on est encore surpris qu'ils aient laissé venir jusqu'à nous autant d'éléments d'information. Il est depuis longtemps de notoriété publique que nos archives ont été, à plusieurs reprises, fouillées par les principaux intéressés, tiue certaines pièces ont été supprimées, d'autres supposées, en sorte que nous ne pouvons juger les coupables que sur les documents qu'ils ont bien voulu

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nous livrer, et sur ceux qui ont échappé à leur clair- Yoyance. Encore ces documents nous sont-ils en partie interdits, car l'Ëtat qui en est le dépositaire pour la portion inédite, se regarde comme le maître et le dispensateur de la vérité historique; cependant il est douteux que l'interdiction soit ici bien regrettable, du moins en ce qui concerne Bonaparte. L'homme qui faisait enlever des archives toutes les pièces relatives à la bataille de Marengo, pour leur substituer un bulletin de fantaisie rédigé plusieurs années après l'événement, n'a pas dû y laisser subsister beaucoup de témoignages sur des affaires infiniment moins glorieuses pour lui.

A toutes ces causes d'obscurité sont venus s'ajouter des mensonges artificieusement élaborés pour tromper la postérité. Ces fictions ont été en quelque sorte consacrées par un long et général assentiment; elles font partie de la légende napoléonienne; elles ont été adoptées avec avidité par cet engouement sans exemple qu'aucune fable si grossière qu'elle fût, ne semblait autrefois pouvoir assouvir ni rebuter, et que nous voyons aujourd'hui mourir de satiété. Au premier rang de ces inventions il faut placer les différents récits qui ont été fabriqués à Sainte-Hélène sous l'inspiration de Napoléon et les mémoires de Savary, duc de Aovigo; nos historiens les plus autorisés semblent trop souvent n'avoir eu d'autre objet que de développer le thème qui leur a été fourni par cette double tradition. Sans doute, aucune déposition ne doit être rejetée, si ce n'est après un sérieux examen : quoique remplis de faussetés palpables et évidentes, les récits de Sainte-Hélène ne doivent pas être é:ar-

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tés d'une façon absolue, car ils contiennent des aveux précieux à recueillir, et leurs artifices eux-mêmes en disent long sur le caractère de celui qui les a imaginés. Leur parfaite concordance dans le mensonge comme dans la vérité est d'ailleurs une preuve incontestable qu'ils émanent de l'acteur principal et méritent d*étre discutés comme son témoignage sur lui-même. Hais an- dessus des systèmes arrangés après coup, il y a beoreusement un certain nombre de faits d'une vérité inattaquable; il suffit de les rétablir et de les préciser pour renverser ce laborieux échafaudage; ils ne peuvent sans doute nous donner la lumière complète, ils sont assez concluants néanmoins pour rendre à ees événements leur physionomie générale et leur vraie signification. Une critique sévère a pour premier devoir de n'admettre que des faits démontrés; mais par cela seul qu'elle dégage les points élucidés, il arrive souvent qu'elle éclaire d'un jour tout nouveau ceux qui restaient dans l'ombre. L'histoire devient alors comme une inscription à laquelle il manque quelques caractères qu'un œil exercé rétablit de fan-même.

Les nombreux ennemis du gouvernement consulaire avaient été tour à tour déconcertés par l'éclat de ses succès, et frappés de stupeur par sa marche rapide et violente; la rupture avec l'Angleterre leur rendit quelque espoir. Mais ce sentiment, contenu à Paris par Tévidente impossibilité d'une résistance quelconque, et réduit à attendre au lieu d'agir, s'exalta bientôt jusqu'à l'ivresse chez les adversaires que ce gouvernement comptait à l'étranger, particulièrement chez les émigrés qui résidaient en Angleterre. A l'in-

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térieur» les chefis de l'opposition militaire et civile, Moreau, Bemadotte, Carnot, Lafayette, les glorieux proscrits du tribunat étaient trop clairvoyants pour espérer quelque chose d'une nation indiflërente et résignée à tout; mais ils croyaient que le bien pourrait à la longue sortir de l'excès du mal; et le plus sûr était à leurs yeux de laisser ce pouvoir se perdre lui* môme par l'insupportable insolence de ses procéd(!8 et l'aveugle témérité de sa politique. A l'étranger, grâce à cette illusion d'optique qui trouble la vue des exilés et leur fait si facilement croire ce qu'ils désirent, toutes les difficultés se simplifiaient merveilleusement. Emportés par le mouvement guerrier qu'ils voyaient se produire autour d'eux, les émigrés qui résidaient en Angleterre le considéraient volontiers comme irrésistible; ils oubliaient la force de leur terrible adversaire, s'exagéraient follement ses embarras, prédisaient sa chute prochaine et demandaient une action immédiate. Le comte dWrtois, es* prit frivole et léger, aussi dépourvu d'étendue que de pénétration, entretenait leurs chimères et partageait leur impatience. On vojait autour de lui quelquesuns des princes de sa famille, le duc de Cerry, le prince de Condé, et à côté d'eux des hommes dont le dévouement, l'énergie et l'intelligence eussent mérité un plus digne emploi; des gentilshommes ardents et aventureux, restés fidèles à la cause royaliste en dépit des séductions de Bonaparte, comme MM. de Polignac, de Rivière, de Vioménil, de Durfort, de Vaudreuil; d'anciens serviteurs comme Bertrand de Mollcville, le comte d'Escars, l'évéque d'Arras ; de hardis partisans, d'une trempe de fer, comme Georges Cadoudal, enfin

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des éj^aves égarées de nos orages révolntionnaires comme Villot, Dumonrier et Pichegrn. Tous ces hommes divisés d'opinion et même d'intérêt, unis senlement par une haine commune et par le désir de revoir leur patrie, assiégeaient de leurs conseils et de kurs plans le cabinet anglais qui avait malheureusement intérêt à les encourager, dans le but de créer une diversion à rintériear.

Il y avait en Allemagne un autre centre d'émigrés dont le comte de Provence était l'âme ; mais ce dernier, !)eaucoup plus perspicace que son frère, alliant à un fonds de résignation sceptique tous les dehors de la confiance la plus sereine et la plus imperturbable, ce qui formait un singulier amalgame de noblesse et 'ie puérilité, avait à plusieurs reprises blâmé les imprudences d'une politique dont le seul résultât net anit été jusque-là le désastre de Quiberon et l'ext^rmination de la Vendée. Il attendait le salut de canses plus générales, du réveil de l'opinion publique, des fautes du Premier Consul, du travail sourd mais continu de la diplomatie européenne pour reconstituer une grande coalition. Il entretenait des intelligences avec un comité de Paris, mais ce comité discret, observant à petit bruit, écrivant beaucoup plus qu'il n'agissait, avait le caractère d'une agence d'inbrmatlons plutôt que les allures d'une conspiration. Des dissentiments politiques déjà très-marqués entre les deux frères aggravaient cette divergence de vues sur la conduite à tenir dans la lutte engagée contre Bonaparte. Le comte de Provence avait sur le rôle nouveau de la royauté et sur les concessions à faire aux principes et aux intérêts de la Révolution,

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des idées toutes différentes de celles du comte d'Artois qui en était resté sous ce rapport, au manifeste de Brunswick. Mais pour ce motif même, toute la partie militante et passionnée de Témigration s'était ralliée autour du comte d'Artois; car ce qu'il faut avant tout pour le combat^ ce sont des passions.

Des plans très-divers avaient été tour à tour débattus et rejttés dans les conseils du comte d'Artois* De tristes et sanglantes leçons avaient tout récemment démontré l'inutilité d*un mouvement en Vendée, à supposer qu'il fût encore possible de réveiller une insurrection d'un instant dans cette province épuisée. La révolte pouvait s'y maintenir quelque temps au prix d'efforts héroïques, mais elle y était fatalement circonscrite et sans aucune action sur les provinces voisines. D'autre part, les services de l'émigration comme corps auxiliaire à la suite des armées étrangères étaient encore plus inefûcaces; ils étaient surtout peu proportionnés à l'importance qu'elle s'attribuait. De nombreuses défections avaient rendu plus sensible encore une infériorité numérique qui rendait presque nulle son influence sur le sort d'une bataille. C'était d'ailleurs s'exposer à de bien longs ajournements que d'attendre sa délivrance du sort de la guerre. On s'arrêta à des expédients plus propres à satisfaire des cœurs itnpatients d'agir. Ce n'était pas aux extrémités, mais au centre qu'il fallait frapper ce pouvoir qui avait tout absorbé autour de lui, si l'on voulait l'atteindre sûrement. On savait qu'il y avait dans l'armée beaucoup de généraux mécontents, les uns pour des motifs personnels, parce que le despoti<me flnit toujours par blesser ceux qu'il a le plus

iLiérêt à ménager, les antres parce qu'ils désapprouvaient la marche' du gouvernement. 11 fallait avant tout s'assurer le concours de ces honunes d*actiony dont l'exemple et llnitiative entraînerait tdt ou tard les opposants plus timides qui se cachaient un peu partout et jusqu'au sein du Sénat. AvecTappui de ces généraux e^ les moyens dont elle croyait disposer, l'émigration se flattait d'organiser à Paris même un mouTement de force à renverser le gouvernement consulaire. Tel fut dans sa donnée primitive ce plan bmeux qui obtint tout aussitôt l'approbation du cabinet anglais.

Ce plan avait beaucoup d'inconvénients; mais le plus grave de tous c'est qu'il était une suggestion de la police française. Ce fait^ soupçonné quelquefois, {dus souvent nié, se trouve constaté officiellement dans un ouvrage imprimé et publié en avril 1804 par le gouvernement français lui-même, sous le titre i^ Alliance entre ks Jacobins français et les ministres anglais. Ce libelle était l'œuvre du fameux Méhée de la Touche, ancien septembriseur, déporté comme jacobin à l'époque de l'attentat de nivôse, évadé depuis de l'Ile d'Oléron et réfugié en Angleterre, où il avait le talent de se faire stipendier à la fois comme agent de la cause royaliste et comme espion de la police consulaire. Méhée y racontait ses rapports avec les tmigrés en se glorifiant de son infamie. Réfugié en Angleterre depuis le mois de décembre 1802, accueilli par le minisire Pelham et par Bertrand de MoUeville, il leur avait soumis un mémoire dans lequel il démonfarait que Bonaparte ne pouvait être renversé que par une coaUtion entre les émigrés et les républi-

Çk:i HISTOIRE DE IfAPOLÏON !«'.

c^mide France; il y détaillail les conditions de cettj alliance, et les moyens d'msnrrection qu'on devait employer. Son plan n'avait pas été adopté intégralement, mais il était devenu Tidée mère du projet des ronralistes; Méhée avait été récompensé, et grâce à lui, grâce à d'autres agents qu'elle entretenait à Londresi la police française était instruite de tout ce qui se tramait dans les conseils des émigrés.

Le préliminaire indispensable de ces ambitieux projets était l'adhésion du général Moreau aux vues do Témij^ation. De tous les mécontents, Moreau était non-seulement le plus illustre, le plus estimé, le plus populaire , mais le seul dont l'exemple pût entraîner dans une entreprise si hasardeuse des généraux dis^ (ingués mais qui ne pouvaient rien sans lui, tels que Bernadotte, Macdonald^ Souham, Delmas et d'autres, dont les dispositions étaient connues. On crut avoir trouvé un moyen sûr de le gagner dans l'aRiliation au complot du gt^néral Pichegrii, qui avait été son protecteur et son ami. Cet homme étrange, qui restera une des personnalités les plus énigmatiques de rhistoire, était r^^ftigié à Londres depuis sa miraculeuse évasion de Cayenne, où il avait été transporté avec les proscrits de fructidor. Exclu par Bonaparte de la mesure réparatrice qui rouvrit les portes de la France aux rares survivants de cette proscription, Pichegru, après de longs malheurs et des maux sans nombre qui auraient vaincu une âme moins forte que la sienne, se trouvait enfin parmi les hommes pour lesquels il était descendu du rôle de général patriote à celui de transfuge. Il commençait une seconde expiation qui devait être plus triste encore que la pre-

znière. A qnel molnle préds, à quelles secrètes suggestions avaitril cédé au début, lorsqu'il échangea son titre de premier soldat de la république contre les a»sarances é^tuivoques du subtil agent de Condé? Jusqu'à quel point put-il se faire illusion? Dans quelle mesure agirent sur loi Tambition, la corruption^ la découragement, l'erreur d'un patriotisme égaré, c'est ce qui restera probablement toujours un mystère ; et ce n'est pas le moindre châtiment de ces ténébreuses menées qu'on puisse toujours les attribuer sans invraîsemblance aux mobiles les plus bas et les plus pervers^ bien qu'elles aient pu être pw fois inspirées par des scrupules sincères. La seule crainte d'une pareille confusion devrait toujours suffire pour faire reculer un homme d'honneur au moment où on le sollicite de s'y engager ; car le doute même est ici une condamnation. En ce qui concerne Pichegru, le doute serait un excès d'indulgence, et sa mémoire ne saurait en invoquer le bénéfice, parce qu'il y a dans sa conduite des traits qu'aucune intention ne peut justifier. Il y avait en lui de grandes qualités que ses ennemis eux-mêmes ont reconnues; il alliait un rare sang-broid à l'énergie du caractère; il avait la suite et la volonté d'une âme profonde ; quoi qu'on ait dit de sa vénalité, il était resté pauvre après avoir con* quis la Hollande, et la simplicité de ses goûts, de ses habitudes ne permet pas d'attribuer sa défection à une basse cupidité; mais cela admis, il restera toujours à expliquer comment le protégé et le confident de Saint-Justy le général favori de la démocratie terroriste a pu devenir l'instrument de Gondé presque sans transition, et sur le premier signe que lui fit la

> » .itrOIRE DE NAPOLÉON 1".

'î< -^^i^^V Borel. La brusquerie de cette convervvv ?<\^ ; 3^ elle seule une tache indélébile, car il est p^: ,vrU:ne fidélité qu'on se doit à soi-même, indé- •v^v^r.'^niont de celle qu'on doit aux principes ; mais o^wtfjïcat justifier la longue hypocrisie qu'elle lui im- A*^? Sans doute il y avait alors dans les esprits S^ucoup de lassitude , et la révolution s*était souil- };V de tels excès qu'on commençait à ne plus croire ^n elle ; mais à supposer que ces déceptions aient eu encore plus de part à la détermination de Pichegru que les promesses à l'aide desquelles on s'efforça de stimuler son ambition , il ne tenait pas moins son mandat d'un gouvernement qu'il trahissait; il n'était pas moins le soldat d'une cause qu'il désertait en feignant de la servir; la sincérité des intentions ne sert ici de rien, et l'honneur comme la conscience protestont justement contre l'ignominie d'un tel rôle. Moreau avait eu le premier dans les mains la preuve des relations de Pichegru avec le prince de Condé : il s'était d'abord abstenu de les faire connaître, no jug^^•ïnt plus Pichegru dangereux depuis qu'il avait perdu son commandement, répugnant au rôle de dénonciateur, et retenu d'ailleurs par le souvenir d'une ancienne amitié. Mais au moment où se fil lo coup d'État de fructidor, ayant reconnu que le scorri no piMivait t^tn* gardé plus longtemps, parce que SOS prinoi|uu\ onioiers avaient tous lu cette corri'spondanoo aeousntrice, il avait non pas dénoncé Pirlîo^ru au IHrootoire, comme on le dit trop souvent, niais adrossé les papiers saisis au directeur Barthéloin) qu'il savait favorable au général, en lui laissant la i'acult(^ J'en faire l'usage qu'il jugerait convenable.

Barthélémy avait été lui-même frappé, les papiers étaient tombés dans les mains de ses coUègaes , et Moreau avait expié par une longue disgrâce noblement supportée, le tort d'une hésitation dont le prin^ dpe était honorable pour lui. Bien que les charges qu'il avait produites contre Pichegru n'eussent su'outé qu'un complément superflu à celles que Bonaparte avait déjà livrées au Directoire pour perdre ce général, son cœur naturellement bon et généreux s'était reproché la part involontaire qu'il avait prise à ce triste événement, car beaucoup d'hommes innocents avaient été enveloppés dans le crime de Pichegru. Les malheurs de ce général, le souvenir des services rendus, des dangers partagés, et de tant de glorieux travaux supportés en commun, Tamnistie étendue depuis lors à tant d'exilés moins dignes d'intérêt que le vainqueur de la Hollande, disaient désirer à Moreau qu'on rendit au proscrit sinon ses anciens honneurs, du moins un refuge dans le pays qu'il avait sanvé.

Ses sentiments étant connus à Londres, on pensa aussitôt à les utiliser pour ménager entre les deux généraux une réconciliation qui elle-même devait les amener promptement à une entente plus complète. On savait Moreau mécontent et très-opposé au régime consulaire^ on en conclut qu'il était prêt à se mettre au service d'une conspiration royaliste ; et des intermédiaires intéressés à se faire valoir ou dupes de leur propre crédulité, ne firent rien pour dissiper ce malentendu. On se trompait en effet très-gravement en prêtant à Moreau de telles dispositions. Par le fonds de ses opinions, Moreau était resté ce qu'il était au dé-

^ iwasr^iltiî OK NAPOLÉON V\

«.* t.« d' liuvuiuiLcn. Il était resté le patriote de 89 et .: VAUiMttii^ de 9). Aveuglé par ses rancunes contre j »ir«iibiOim» iï avait, comme beaucoup d'hommes iv;u4MU»6^> prêté ao 18 brumaire une coopération i.c%>u6â<Mrêe» mais il avait promptement reconnu et ùtptor^ son erreur, et depuis son admirable campar ^iio de HohenlindeDy il vivait dans une retraite prèsqut» absolue malgré tout Tintérêt qu'il avait à ménager te Premier Consul, et sans ignorer qu'on lui taisait un crime de son éloignement. Loin de rêver une restauration, les institutions qu'il avait le plus blâmées dans le nouveau régime étaient précisément celles qui se rapprochaient de l'ancien , comme le Concordat et la Légion d'honneur. On pourrait s'en rapporter sur ce point au témoignage de ceux qui ont le plus fait pour noircir sa mémoire; son ennemi Savary atteste en termes formels que Moreau c était un républicain de bonne foi^ et n'avait que de l'éloignement pour les Vendéens*. » Desmarest, l'un des directeurs de la police consulaire, lui rend le mâme ti^moignage^ avec plus de force encore. < Le rôle de Monk, dit-il> est celui pour lequel Moreau avait le moins de dispositions.... Combien il y avait loin de sa mauvaise humeur ou de sa haine à la résolution d*un n>nversoment et plus encore à l'action ellelu^iuo! » .Mciis on (>eut citer à ce sujet l'opinion d'on liommt» plus digne à lous égards d'éclairer le jugemont de l'histoin'. Lafayette raconte' que s'étant caisse le col du fémur dans le cours du mois de

L Mi-moirts Uu Juc de Hovi^.

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S. MiimfifH th UJU) tt» : mts rapporu anc le FrtwUer CoMiii.

mars 1803, îl reçut les plus touchante» marques d'intérêt du général Moreau, qui envoya prendre presque chaque jour.de ses nouvelles. 11 eut à cette époque plusieurs entrevues avec lui, et particulièrement une conversation où toutes les chances de l'avenir furent discutées. Moreau s'expliqua sans détour sur la tyrannie de Bonaparte ; puis, après avoir passé en revue les différents partis : « Les Bourbons, dit-il, 8e sont rendus trop méprisables pour être à craindre. » Et il ojouta, en forme de conclusion : « Dans tous les cas, nous sommes bien sûrs vous et moi de nous trouver et d'agir ensemble, car f ai toujours pensé et voulu les mêmes choses que vou^. »

Ces paroles étaient l'expression exacte des opinions politiques de Moreau, comme de toute la partie saine delà nation. En dépit de la réserve qu'il s'imposait, ses sentiments étaient bien connus à la cour consu* laire; ils n'avaient pas peu contribué à envenimer la haine que lui avait vouée Bonaparte depuis ses grands succès militaires de Tannée 1800. Ce que le Premier Consul détestait en lui ce n'était pas seulement son rival de gloire, c^était son successeur désigné, le seul homme que l'opinion considérât comme un chef de gouvernement possible en cas d'accident. Ne pouvant le gagner, il devait songer à se défaire de lui, car il regardait comme son ennemi quiconque n'était pas son ami. Mais Moreau vivait dans l'isolement, sans donner aucune prise contre lui, et l'on ne pouvait citer à sa charge que des propos qui ne fournissaient pas des armes suffisantes pour frapper un homme si haut placé dans l'estime publique. Il n'était cependant pas invraisemblable d'espérer qu'un personnage aussi

96 HI5TOI&K £>K SAF9L£0X i".

ea vue, et en sitoatioD de rallier bon gré, mal gré autour de lui toales les oppositions, se laisserait tAt ou tard entraîner a quelque démarche compromettante^ au moins par les apparences ; de là la surveillance eitrème dont il était Tobjet de la part de la police consulaire. A Fespionnage oftlciel, il faut jouter les inTestigations assidues de Fouché, Breton comme lui, lié arec son secrétaire Fresnière, et qui le faisait observer par des hoaimes de sa province, dans l'espoir de rentrer en grâce auprès du Premier Consul par quelque révélation importante. Grâce à tous ces moyens, la police ét^it an courant de tout ce qui se disait chez Moreau, elle se tenait prête à pro- Cter de sa première imprudence pour le perdre.

Telle était l'étroite sun eillance qui s*exerçait autour de Moreau, lorsque pour son malheur et pour celui de la cause qu'il servait, le comité royaliste de Londres eut la fâcheuse idée de spéculer sur sa générosité naturelle en opérant sa réconciliation avec PichegrUy dans l'espoir de Tentratner ensuite vers le but où Ton voudrait le conduire. Fauche Borel, le hardi et rusé tentateur, qui le premier avait abordé Pichegru au nom des Bourbons, vint à Paris, se présenta chez Moreau, obtint de lui des assurances d'intérêt et d'amitié pour un ancien frère d'armes, mais rien de plus. Il avoue lui-même dans ses très-curieux mémoires, où il y a, parmi beaucoup de choses exactes, quelques fictions dictées par la vanité, < que Moreau ne voulait point faire de conjuration et disait qu'il fallait laisser user les choses et les hommes '. »

U Mémoires de Fauche Borel, tome III.

Fauche fut arrêté très-peu de temps après cette entreTue, et ce qui prouve qu'on était bien informé au sujet de sa mission, c'est que la première question qu'on lui adressa était relative au général Morean. Le projet de réconciliation fut alors confié & l'abbé David, agent royaliste, qui connaissait personnelle-' ment les deux généraux. La police avertie pensa cette fois mettre la main sur des pièces compromettantes, et l'abbé David fut saisi à Calais avec tous ses papiers, an moment où il allait s'embarquer pour l'Angleterre. On trouva parmi ces papiers plusieurs pièces constatant le raccommodement projeté entre Horeau et Pichegru, entre antres une lettre de Moreau qui figura plus tard dans son procès, et dans laquelle il assurait i David n'avoir jamais été opposé à la rentrée de Pi- (heçruj et être prêt à faire cesser les obstacles qui la retardaient. Il s'y trouvait encore des lettres affectueuses de Macdonald et de Barthélémy pour leur ancien ami, mais rien qui ressemblât à une conspiration. «Moreau fut agité par cette nouvelle^ dit le rapport officiel où furent constatés ces faits ' ; il fit des démarches pour savoir si le gouvernement était instruit. — Toui se tut. > Et on ajoute ce mot significatif: « Vieil de la police suivait tous les pas des agents de f ennemi. »

Mais la police faisait naieuz que les suivre, elle les encourageait ; si la lumière n'est pas encore complète à cet égard, en ce qui concerne Georges et Pichegru, elle est, on peut l'affirmer, d'une clarté foudroyante en ce qui concerne Moreau, celui de ces trois hommes

1. Rapport du grand Juge Régnier, lu au Corps législalif dans li séance du 17 féfrier I8a4.

ITT.

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que Bonaparte détestait le plus, et celui surtout qu'il était de beaucoup le plus intéressé à perdre. Les indignations bruyantes de ses apologistes toutes les fois que ce fait a été entrevu ou soupçonné, seraient ridicules si elles n'étaient avant tout d'une révoltante hypocrisie. Quoi I ce procédé de perdre ses enn^nis en les impliquant dans des complots auxquels ils étaient étrangers, était donc bien nouveau chez Bonaparte If Quel homme inventi jamais de plus noires machinations pour se défaire de ceux qui lui faisaient obstacle ? Gomment avait^il agi envers le gouvernement de Venise, lorsqu'il avait résolu de détruire cette infortunée république? en lui prêtant, non en une circonstance, mais pendant toute une année, une longue série de complots dont il avait été lui-même le seul artisan. Gomment avait-il agi au 18 fructidor lorsqu'il avait voulu perdre les constitutionnels modérés, Dumolard, Garnot, Barthélémy et les autres? en leur imputant des projets d'assassinat contre lui-même, de prescription contre l'armée, d'usurpation contre la république qu'ils défendaient I Comment avait-il procédé au 18 brumaire, lorsqu'il avait voulu renverser les institutions républicaines? en inventant le grand complot jacobin dont il ne parvint pas même à créer les apparences. Comment s'y était-il pris enfin, la première fois qu'il avait rêvé le pouvoir héréditaire, lors du fameux parallèle entre Césars CromioeU et Bonaparte? en entraînant pour ainsi dire malgré eux, dans la conspiration tramée par son agent Harel, de malheureux artistes intempérants de langage, mais qui se seraient évanouis devant une êpée nue, et qui ne furent pas même capables de se rendre

CONSPIRATION DK GEORGES ET DE PICHSGRU. 99

sur le tbéfttre du crime. 11 faut être dénué de toute pénétration historique pour ne pas être frappé du penchant inné de Bonaparte pour ces perfides combi* Daisons qui répognent à toutes les âmes nobles et élevées. 11 avait un goût naturel pour les guet-apens qni éclate à toutes les époques de sa carrière, dans les petites comme dans les grandes choses. Qu'il s'agisse do commissaire de la Convention en Corse, alors que Bonaparte n'avait encore que vingt ans S ou de la république de Venise, de Toussaint-Louverture ou du roi d'Espagne, de Mourad Bey ou de sir George Rumbold, du marquis de Frotté ou de la république helvétique, du libraire Palm ou du duc d'Enghien, de Drake ou des opposants du tribunat, on le trouve toujours semblable à lui-même, toujours procédant par des pièges et des machinations souterraines, et l'on peut affirmer que personne n'a jamais excellé comme lui dans Fart de tendre des embûches à un ennemi, de l'attirer pas à pas vers rablme où on vbut le précipiter, et selon son expression favorite, de (endormir jusqu*au moment du réveil. Sa diplomatie tout entière n'est pas autre chose que l'art d'imputer les conspirations qu'il invente lui-même à tous les gouvernements qu'il veut frapper. Ce trait de caractère est si profond chez lui qu'il se retrouve jusque dans sa stratégie militaire, la plus féconde qui fui jamais en surprises, en feintes et en stratagèmes. Et l'on se récrie devant la supposition que Bonaparte aurait été fidèle aux habitudes de toute sa vie en ce qui concerne l'homme qu'il a le plus détesté comme

l. Voir !• V^ fOlumc, page 24.

HISTOIRE DE NAPOLfiON 1^.

•X ;l>Iu;s Jauginreux pour lui, envers Moreau que, jus- ^u :l;sou dernier jour, il s'est attaché à calomnier et à :ltu ir ! On se révolte à l'idée qu'il aurait pu songer à *j^t>iï^ MoreaUy lui qui avait voulu perdre jusqu'à kkl^^ibtr lui-même, et qui avait tant de fois mis à (^Hx la tète de ses adversaires ! Quel sentiment l'en 4^urait donc détourné, ou quel scrupule ? ce mot fait rire appliqué à l'homme qui dans une matinée a pu bire égorger à coups de baïonnettes les deux mille prisonniers de Jaffa I L'invraisemblance n'est pas ici chez ceux qui accusent, elle est chez ceux qui justi* fient.

Depuis l'arrestation de l'abbé David, et par la lecture de ses papiers , la police consulaire savait donc deux choses : d'abord que Moreau était disposé à une réconciliation avec Pichegru, ensuite que jusqu'à ce moment il n'y avait pas trace de conspiration dans leurs rapports et par suite aucun moyen sérieux de compromettre Horeau ; mais par ses agents de Londres, elle savait aussi les espérances que l'émigration fondait sur ce raccommodement, et le parti que Pichegm lui-même se flattait d'en tirer. Au lieu d'arrêter les entremetteurs de cette transaction, il fallait donc les laisser faire, au besoin les encourager jusqu'à l'in* stant où leurs démarches et leurs intrigues auraient créé des apparences suffisantes contre celui qu'on voulait perdre. Les deux premiers négociateurs, Fauche Borel et David, avaient été arrêtés sans résultat; il était évident que si l'on continuait ainsi, la conspiration n'aurait pas même un commencement d'existence. On changea donc de système à l'égard du troisième émissaire; on se contenta de le suivre et de

CONSPIRATIOll Dl GEORGES ET DE PICHEGRU. lOf

l'obsenrer dans ses allées et yennes de Londres à Paris*. Ce Qouyel intermédiaire choisi, malgré les répugnances de Horeau'» était le général Li^olais, ami particulier de Pichegm, compromis avec lui lors do 18 fimctidor et en disponibilité depuis cette époque. Horeau était si peu disposé à se servir de Logolai? et i entrer dans ses vues qu'il lui refusa douze louis qui lui étaient nécessaires pour son voyage è Londres; et cette somme lui fut prêtée par Gou-^ chery, ancien employé du service de la gendarmerie,» qui joua dans cette affaire un rAle assez suspecta Esprit brouillon , présomptueux, indiscret, tourmenté* de l'ambition de jouer un rôle , dévoré de besoins d'argent, Lajolais était l'homme le plus dangereux qui pût être employé dans une situation si délicate. Sa principale préoccupation dans une affaire si graveet qui pouvait compromettre tant d'illustres eiistences, parait avoir été de jouer à l'homme d'impor^ tance, et de tirer de l'argent soit du gouvernement anglais , soit des comités royalistes. Connaissant les griefs de Horeau contre le Premier Consul, sa hainecontre le nouveau despotisme, ses liaisons avec les principaux mécontents, soit dans le sénat, soit dansl'armée, Lsgolais ne craignit pas de représenter cegénéral comme disposé à se mettre lui-même à 1» tiie d'un mouvement contre le gouvernement consu--

1. Le fait est constaté officiellement par le rapport même dia Gnnd Juge cité plus haut.

2. Fauche Borel m donne plusieurs preuves concluantes. Mé^ wrim, tome III. Ce fait fut d'aiUeurs démontré jusqu'à l'évidencedaos les déhats du procès de Moreâu.

3. Opinion sur U procès de Moreau par Lecourbe^ Juge en la cour

criminelle de Justice

laire , ce que Moreau considérait comme impossible dans la circonstance actuelle; puis bientôt, il alla beaucoup plus loin encore et osa se porter caution des dispositions de Moreau en faveur de la cause royaliste, ce qui était un mensonge effronté. Tous les plans de l'émigration n'en furent pas moins échafaudés sur ce mensonge que Moreau ne pouvait ni connaître ni démentir. U eut un vague soupçon des intrigues de Lajolais, sans en connaître retendue; il lit prévenir Pichegru de se méfier de lui et de set alentours ; mais en raison de la difficulté des communicationsy cet avis ne parvint pas à son adresse.

Ce fut donc sur les fausses assurances données par Lajolais que le plan des royalistes reçut sa forme définitive. U fut convenu que Georges, accompagné des chouans les plus déterminés, viendrait à Paris pour pr6> parer le terrain et réunir les éléments d'insurrection que pouvait fournir encore l'ancienne cause vendéenne. Pichegru viendrait ensuite pour se concerter avec Moreau, avec les généraux mécontents, avec les opposants du sénat, du tribunat, des anciennes assemblées publiques ; quand tout serait prêt, le comte d'Artois, suivi du duc de Berry et des principaux membres de la noblesse française, arriverait en personne pour se mettre à la tête du mouvement destiné à renverser le Premier Consul. La participation de personnages si marquants, et dont la plupart étaient des hommes pleins d'honneur et de loyauté, excluait jusqu'à l'idée de l'assassinat qu'on a voulu leur imputer plus tard ; et Georges qui avait été impliqué sans preuves dans l'affaire de la machine infernale, tenait particulièrement à ne pas s'exposer de nouveau à nne toile accu-

sation. Il s'en expliqua à plusieurs reprises avec ses coopérateors , dont le témoignage est sur ce point unaniaie et décisiC 11 voulait un combat et, s'il était possible, une insurrection ; il repoussait avec énergie tonte idée d'attentat, et de fait, s*il en avait eu l'idéei rien ne lui aurait été plus facile que de le consommer pendant les six mois qu'il passa à Paris avant son ar* restation'. A défaut d'un mouvement, lorsqu'il en prévit l'impossibilité, il prépara une attaque de vive force à nombre égal contre l'escorte du Premier Consul , composée ordinairement de vingt gardes à cheval ^. Ici encore il est de tradition de se récrier avec horreur : c le croirait-on? ils s'imaginaient qu'en attaquant ainsi le Premier Consul entouré de ses gardes, ils livraient une sorte de bataille et n'étuent pas des assassins! apparemment qu'ils étaient les égaux du noble archiduc Charles combattant le général Bonaparte au Tagliamento ou à Wagram* ! > Non, mais ils étaient au moins les égaux du général Bonaparte altaquarjt à main armée, le 18 brumaire, les députés déf armés des Cinq cents! ils ne méritaient pas plus que lui le nom d'assassins. C'est en vain qu'un pouvoir né d'un coup de violence s'efforce de ravir i se» adversaires l'arme dont il s'est servi lui-même ;

t. C'est ce qae constate fonnellemenl Desmarest, le chef de la po- Uee de sûreté : « Georges, dit-il, animé d'une haine inTélérée contre Napoléon, s'arrête quand il tient dans ses mains la vie de son ennemi. Le chef de guérilla règle ses coups sur des convenances d'honneur et de haute pdilique. » (QuinMe ans de haute police sous Nap<h Uom.)

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