Moniteur du 23 et du 29 février
COflSPlRATIOR J>X GSOBGB8 ET DE PICHFGRU. 123
gaioÎTM te multipliaieDt, il n'était plut ponible de se oiépreiidre sur le vrai caractère de la conjuration, et la police oonsolaire savait à n'en pas douter que le complot devait avoir pour but un mouvement insurrectionnel et non un assassinat. Par les nouvelles dédarationa de Bouvet, de Picot, de Lajolais et des autres détenus, elle connaissait la complicité du comte d'Artois, du doc de Berry et des principaux membres de la noblesse francaise,le8 uns déjà arrivés àParis,les antres sur le point de s'y rendre, et il n'était admissible pour pemnne que tant de personnages d'une si baiite distinction se fussent avancés à ce point pour eomproniettre leur cause dans un assassinat. Quant à Moreau , le fait de ses entrevues avec Picfaegru subsistait, mais aussi celui de son refus de prendre part au complot. D avait en effet vu à deux ou trois reprises différentes son ancien compagnon d'armes , il n'avait pas fait mystère de sa haine contre le despotisme de Bonaparte et de son désir de le renverser s'il en voyait la possibilité ; mais il avait énergiquement témoigné à Pichegru son regret de le voir engagé avec les Bourbons, son invincible répugnance à travailler pour eux ; enfln s'il avait vu Georges, ce qui n'était nullement prouvé, il ne l'avait vu qu'à son corps défendant, comme un homme qu'on prend à l'improviste. Mais d'après l'odieux qu'on jetait sur ses dteiarches les plus simples , il lui était facile de prévoir le parti qu'on tirerait contre lui de cette circonstance, et dans ses premiers interrogatoire^ il nia tout; détermination qui ne lui fut pas moins fatale qu'un aveu dans une situation où aucun parti ne pouvait le sauver.
12Î HISTOIRE OS NAPOLÉON l*'.
Cependant ni Pichegru ni Georges n'étaient encore arrêtés, et Savary, toujours à son poste d'observation à la falaise de Biville, s'efforçait en vain d'attirer par ses signaux les grands personnages désignés pour le quatrième débarquement. Dès le 13 février Bonaparte, écrivant à Soult au sujet de Georges et de Pichegru, lui disait : « Nous les aurons ce soir! » Depuis lors quinze jours s'étaient écoulés; sa police les avait poursuivis d'asile en asile , traqués dans Paris comme des bêtes fauves mais sans parvenir à s'emparer d'eux ; ce mécompte avait porté au paroxysme son impatience et son irritation, et comme dans toutes les occasions où sa volonté était tenue en échec par quelque grand obstacle, on vit reparaître en loi Tâme effrénée des Césars de la décadence. Il présenta et fit voter au Corps législatif une loi atroce qui punissait de la peine de mort quiconque donnerait asile soit à Pichegru I soit à ses complices, et de sir ans de travaux forcés quiconque ayant seulement connu leur retraite ne les aurait pas dénoncés. Cette mesure fut adoptée sur-le-champ, et l'on décida qu'elle aurait force de loi dès le jour même de son adoption. En même temps les barrières de Paris furent fermées, la rivière fut gardée par des lignes de bateaux , et des sentinelles à vue furent placées le long des murailles afin qu'on ne pût les escalader. Paris livré à la police» plongé dans de continuelles alarmes, vit renaître les dénonciations, les violations de domiciles, les arrestations nocturnes et toutes les turpitudes de la terreur, sans aucun des dangers publics qui servaient d'excuse à ces temps de malheur, car un seul homme était en cause, et dans le même moment où pour
QDe satisfaction de vengeance et d'orgueil il jetait le trouble dans tant d'existences, cet bomme écrivait à M. de Helzi, son représentant dans la Cisalpine, ces paroles qui resteront comme le dernier mot de Thistoire sur cette conspiration factice : « Je ri ai couru mtcun danger réel^ car la police avait les yeux sur toutes cet macKnoHons K »
Pichegru, livré par Tami auquel il avait demandé asile, fut arrêté le 28 février, le jour même où cette loi de salut public avait été votée. Georges ne fut pris que le 9 mars. Reconnu au moment où il montait en c^riolet en sortant d'une maison cernée par la police, non loin du Panthéon, il fut poursuivi par les agents Jusqu'à la rue Monsieur-le-Prince, où Tun d'eux put se jeter à la tête du cheval. Georges retendit mort d'un coup de pistolet, il mit hors de combat d'un second coup un autre agent qui voulait Tarrêter, mais des passants s'étant alors jetés sur lui il fut saisi et garrotté. Peu de jours auparavant avaient été arrêtés les deux Polignac et le marquis de Rivière. Tous les principaux conspirateurs se trouvèrent ainsi dans les mains du gouvernement; Paris commença à respirer, mais les barrières furent encore fermées et les mesures de terreur maintenues pendant plusieurs jours. Fidèle à son système de calomnie et de mensonge, le gouvernement publia que Georges interrogé « avait dédaré sans hésitation qu'il se trouvait à Paris depuis plusieurs mois el que sa mission était d'assassiner le Premier Consul^. » C'était justement le contraire de la