‹ Histoire de Napoléon Ier (volume 2)Chapitre 56 sur 310 · Bonaparte à Réal, 19 mars · texte numérisé non relu

Bonaparte à Réal, 19 mars

ment. La fable impudente de Savary relative à la confusion « avec le personnage mystérieux » devient ici tellement insoutenable que ses continuateurs sont obligés de convenir que Bonaparte ne pouvait plus avoir cette fausse idée, mais, disent-ils, il craignit alors de « s'exposer à provoquer un rire de mépris de la part des royalistes. » Singulière raison pour immoler un innocent! Bonaparte n'avait d'ailleurs rien de semblable à craindre de la part d'un parti terrifié. Il n'avait plus ni crainte ni illusion, il agissait en parfaite connaissance de cause. Il reçoit, le 18 mars, une dépêche de M. de Massias, notre ministre à Bade, qui atteste « que la conduite du duc a toujours été innocente et mesurée. » D'après la légende consacrée, cette dépêche aurait été interceptée par M. de Talleyrand; mais cette activité dans une haine sans motifs paraît bien peu conciliable avec les passions nonchalantes de cet homme d'État. M. de Massias fit plus; il alla à Strasbourg avertir le préfet, M.-Shée, qu'il n'y avait à Ettenheim ni conspiration ni rassemblement d'émigrés*. Faut-il croire que M, Shée avait fait comme Talleyrand le serment de perdre le duc? La conduite et les intentions du duc d'Ënghien importaient foi t peu à Bonaparte ; ce qu'il voulait c'était se défaire de lui. Sur tous ces points sa conviction est si bien formée que dans le projet d'interrogatoii» qu'il envoie à Real le 20 mars au matin (et plus probablement le soir du 19'} le grief de complicité dans la conspiration n'est pas même mentionné : on ne Tac-

1. Lettre à M. de Bourrienne sur Va/faire da duc d'Ënghien, par le baron de Massias, 1829.

2. Bonaparte à Real, 20 mars : date supposée. Correspondance.

ASSAS8IJIAT DU DUC D'EHGHIEN. 189

case fiuB c qae d'avoir porté les armes oontris sa patrie, > etde dits accessoires, liés à ce fait principal; on se borne à lai faire demander en dernier lien < s'il a eu connaissance du complot, et si, es complot ay^mt réussi^ il ne devait pas entrer en Alsace. » On ne prend plus la peine d'invoquer de faux prétextes, on se con* tente du motif qui sufQt pour l'envoyer à la mort» car c'est là tout ce que l'on veut.

Pendant que tout se prépare pour un dénoûment tragique, Bonaparte reste enfermé à la Malmaison, inaccessible à tout le monde, excepté à ses familiers les plus intimes. Il leur récite, dit-on, des vers de nos grands poètes sur la démence, pour prévenir leurs supplications en faisant croire à des sentiments qui n'étaient pas dans son cœur. Ses hommes d'exécution Real et Savary, ont avec lui des communications de chaque instant ; ils règlent ensemble toutes les mesures à prendre. Aucun homme connu ne se soudant d'apposer son nom à un arrêt déshonorant, on fera juger le prince par une commission composée des colonels de la garnison de Paris, hommes tout dévoues et peu capables de discerner la gravité de Facte qu'on leur demande. Real lui-même ne se cqn^ promettra pas dans un interrogatoire fait pour la forme : il sera suppléé par un capitaine rapporteur que choisit Murât. Dans le cas où le prisonnier de- • mandera à voir Bonaparte, on ne tiendra aucun compte de sa réclamation ^ Le Premier Consul ordonne que le jugement sera exécuté sur-le-champ, for-

1. Hullin et Sa?ary reconnaissent également la réalilô de celte consigoe, et ils se rejettent mutuellement la honte de l'avoir acceptée , ce qui importe peu.

« .->Liî *ss?i li nature de ce jugement.

^ ^fi. .> rtssonges quon a entassés sur

^ ^ ^nf. :I n'y a pas trace d'un fait qui

" '''^ . ^j .AifVCTrf un seul instant d'hésitation;

"* ' :**:« :a •vcuraire que jamais meurtre n'a été

.. .joa^'-' ,va$ommé. On la dépeint se prome-

;«.iiu:izt des heures entières dans les allées

** . |.i::,j*>cc, inquiet, incertain, et Tesprit profon-

^ r:^j». « La preuve de ses agitations, a-t-on

,*ft iHLti son oisiveté même, car il ne dicta presque

«.K «rf?v pendant les huit jours de son séjour à la

Hi .*.5*t'^t. exemple d'oisiveté unique dans sa vie*! »

>tiii?Ie coup d'œil jeté sur sa correspondance, du

ia i3 mars, sufBt pour démontrer la complète

i„. vKCitude de cette allégation ; dans ce court espace

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