Bonaparte ù Soult, *20 mars 180'i
Le duc d*EDghien arriva à Paris, le 20 mars, vers onze heures du matin : on le retint à la barrière jusf[u'k quatre heures du soir, évidemment pour attendre de nouveaux ordres de la Malmaison. De là il fut conduit par les boulevards extérieurs au donjon de Vincennes où Bonaparte avait placé comme gouverneur un homme de confiance tout à fait digne de la tâche à laquelle il devait présider. C'était ce même Harel qu^ lai avait livré les têtes innocentes d'Arena, Ceracchi, Topino-Lebrun et Demervflle, pour un crime dont il était le seul instigateur et le seul artisan. Le prince pot alors prendre un peu de nourriture et de repos. 11 résulte de l'enquête minutieuse qu'on flt plus tard sur ce lugubre événement, qu'à l'heure où le due d'Ënghien arriva à Vincennes pour y être jugé, sa fosse était déjà creusée *. Vers minuit il est réveillé par le ca; itaine Dautancourt qui vient procéder à un interrogatoire préliminaire, comme rapporteur de la commission. Ses réponses sont simples, pleines de noblesse et de modestie, d'une grande netteté et parfaitement véridiques. Il convient qu'il a fait toute la guerre d'abord comme volontaire, ensuite comme commandant de l'avant-garde du corps de Bourbon ; qu'il reçoit un traitement de l'Angleterre et n'a que cela pour vivre. Mais il nie avoir jamais connu Dumourier ni Pichegru. Au moment de signer le procès- Terbal il écrit de sa main sur la minute « qu'il fait avec instance la demande d'avoir une audience particulière du Premier Consul. Mon nom, mon rang, ma façon de
1. Lettre de M. Laporte Lalanne,V\xn des commissaiics chargés de de îcnquête. — Procès-verbal des commissaires. — Déposition du sieur lioauelctteri-assicr.
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penser et Vlwrreur de ma sUuaxùm^ ajoate-t-il, me fl)Dt espérer qu'il ne se refusera pas à ma demande '• » Le choix seul de i'iieure indiquait que son sort était décidé. C'est cette requête d'un mourant, renouvelée quelques instants après devant la commiasion, et nonnseulement prévue, mais rejetée à l'avance, comme l'attestent à la fois HuUin et Savary, qui se transforme dana lee relations de Sainte-Hélène en une letlrt que retient Talleyrand toujours altéré du sang des Bourbons : c Le duc, dit Napoléon, m'avait écrit une lettre dans laquelle il m'offrait ses services et me demandait le oom^ mandement dtune armée, et ce scélérat de Talleyrand ne me la remit que deux jours après la mort dn prince' !» Il y a ici une double et honteuse calomnie, l'une contre Talleyrand, l'autre contre le duc d'Ënghien, et celle-ci est particulièrement odieuse : elle est comme le soufflet dont le bourreau frappait le visage de la victime après l'avoir décapitée. Le duc n'écrivit pas de lettre ni à plus forte raison une lettre aussi déshonorante, mais Teût-il écrite soit de Strasbourg, soit de A'incennes, elle n'eût été dans aucun cas remise à H. de Talleyrand. Elle eût été comme tous ses autres par piers envoyée directement à la Halmaison, ou, dans le cas bien invraisemblable d'une confusion, au grand juge ou à Real, chargé de la police, ou encore à Murât, gouverneur de Paris. Il n'y avait aucune possibilité qu'elle fût adressée h M. de Talleyrand, alors ministre des affaires étrangères. A supposer qu'il fût le monstre de cruauté qu'un tel acte dénoterait, Talleyrand était