ldéara,Las Cases
ASSASSIlfAT DU DUC D'EUGHISN. 143
trop souple, trop arîsé ponr se le permettre envers on homme comme Bonaparte* Cette anecdote ne peut Caire tort qu'à la mémoire de celai qui Ta inventée, et i Fintelligence de cenx qni Tadoptent.
A deux heures du matin ', le prince est introduit devant la commission militaire que préside le général Hanin. A la physionomie morne et impassible de ces hommes habitués à l'obéissance passive, il est facile de voir qu'ils ont une consigne, et la condamnation de Faccusé est écrite d'avance sur leur visage sévère et triste. Tout en eux et autour d'eux dénonce le rôle lugubre qu'ils ont accepté ; les ténèbres dont ils s'environnent, le mystère avec lequel ils procèient, le silence et l'isolement de cette heure nocturne, l'absence des témoins, du public, des défenseurs qu'on ne refuse pas au dernier des assassins, le déni de toutes les formes protectrices des accusés •, l'empressement furtifavec lequel ils expédient leur besogne, toutes ces choses muettes ont une voix terrible qui crie : Ce ne sont pas là des juges I En voyant leur attitude le prisonnier a deviné le sort qui l'attend. Le noble jeune honmie se redresse, il répond avec une dignité simple et virile aux questions sommaires que lui adresse Hullin. Ces questions faites pour la forme ne sont que la reproduction abrégée de celles du capitaine rapporteur : elles ne constatent d'autre fait que celui d'avoir porté les armes contre la république, fait qui
1. L'heure est constatée sur la minute originale du jugement ; mis celte date a été raturée après coup comme trop accusatrice pour
l'js juges.
2. Os TioUlions des formes judiciaires ont été relevées endétai da:.5 réloquent mémoire de Dupin : Diicus$ion des actes de la eomffatfion militaire f etc.
ikk HISTOIRE DE NAPOLÉON 1*'.
n'était pas contesté par l'accusé. On dit que lorsque HuUin lui demanda s'il avait trempé dans un complot contre la vie du Premier Consul, le sang des Condé se révolta en lui et qu'il repoussa le soupçon avec une rougeur de colère et d'indignation ; mais les dures invectives que vingt ans après Savary plaça dans la bouche de Hullin sont dépourvues de toute vraisemblance, <:ar les juges étaient plus embarrassés que le coupable. Hullin, qui est beaucoup plus digne de foi, assure au contraire s'être efforcé de suggérer au prisonnier des rélicences qui pouvaient le sauver et qu'il repoussa ^ivec une noble indignation comme indignes de lui. L'interrogatoire terminé, le prince renouvelle sa demande d*un entretien avec le Premier Consul. Alors Savary qui jusque-là s'était tenu silencieusement devant la cheminée et derrière le fauteuil du président: * Maintenant, dit-il, cela me regarde*! » Après une 4iemi-heure de huis clos nécessaire à un semblant de délibération et à la rédaction d'un arrêt signé en blancj en vient chercher le prisonnier. Harel se présente un t-.uubeau à la main, il le conduit à travers un soml r^' (>aj^$age jusqu'ù un escalier donnant sur les fossés ùu ooAt:viu*. Arrivés là, ils se trouvent en présence ^<\uw^ \vm(K\vrnio d*s gendarmes de Savary, rangés en Ktt^uUo. on lit au prince sa sentence à côté de la fosse vivuïi^V \t\iv«m^ où son corps va être jeté. Une lan- W\w \\f^\>^^t%^ près d« U foSvSo * prête sa lueur sinistre
\. \\\\\h\\ >Sf '«♦'>♦•'»»»♦* ah siijrf de lacommistsion militaire char-
^. ^W^ts^«U^M« \\\\ h\ )f«thor Aufort.
A. b^H^v %^^ï %Vk H^N^If. t*muHMlot.* (lo la lantcrnn {ilacce sur
à cette scène de meurtre. Le condamué, s*adressant alors aux assistants, leur demande si quelqu'un d'eux peut se charger du message suprême d'un mourant. Un officier sort des rangs; le duc lui confie un paquet de cheveux destinés à une personne aimée. Quelques instants après il tombe sous les balles des soldats.
Tel fut ce guet-apens, un des plus liches qui aient été commis dans tous les temps. A en croire les apologies de ceux qui ont pris part à son exécution, personne n'en serait responsable, et la fatalité seule aurait commis le crime. A tous les hasards malheureux qu'ils ont découverts après coup dans ce triste événement, il faudrait en ajouter un dernier plus lamentable encore et qui aurait seul perdu le prince. Real, chargé de l'interroger, aurait ouvert trop tard le message qui lui confiait cette mission, et il ne serait arrivé i Yincennes qu'après l'exécution. Mais si Real avait dû faire l'interrogatoire, comment Hurat qui maudissait son rôle dans cette circonstance aurait-il pris sur lui d'en charger le capitaine Dautancourt? Et si Real est accouru à Yincennes, comment écrit-il à HuUin deux lettres successives dans la matinée pour le prier de lui envoyer le jugement et les interrogatoires? Jamais plus misérables subterfuges n'ont été imaginés pour dérober des coupables au juste mépris de l'histoire. U but mettre sur la àiéme ligne le récit de Savary au sujet de l'accueil que lui fait Bonaparte lorsqu'il vient i la Malmaison rendre compte de sa mission : « Il m'écoute avec la plus grande surprise!... Il me fixe avec des yeux de lynx : « Il y a là, dit- il, quelque chose qui « me passe.... Le jugement ne devait avoir lieu qu'a- « près que Real aurait interrogé k prisonnier sur un point
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:ii inif^rte rf^c/afrcir..,. Voilà un crime etqui t ue LUcize d rien ! > Le pointa iclnircir c'était encore la v^u^^diou de Tideûtité du due avec le persoBimge mys- :<:ri«îuXt crduce, t'^ondj de tailh médiocre! Quand on Lea:^e que ie si impudentes ioTentioiis ont été accepv.cfes par toute une génération, ou se demande si le a:eL;kni^e ii a pas par lui-même une saveur et un ai- :rjit >i irrésistibles pour les appétits vulgaires que la ^c^ric.^ ue peut plus kur paraître que répulsive. Non, il u\ a tru dans la catastrophe de Vincennes ni liasard^ ui couiusion, ni méprise; tout y a été consu, prémécilë, ccmbiné avec un soin d'artiste» et il fiiut avoir peràu !e sens à force de prévention pour accepter les 'algies accréditées parle criminel lui-même. Comment i honiir.e qu'on voit dans sa Correspotuiance ai minU' t eux, si attentif aux plus imperceptibles détails, si I êiiêirant et si inquisitif lorsqu'il s'agit des agents les nliïs insignillantsde la conspiration, l'homme qui die- ^) ( iiu-niôn.e les interrogatoires et dirigeait toutes les } vv.isuttis oontiv le prévenu Querelle ou la femme i\\ ;;vton, aurait-il pu devenir du jour au lendemain !<" \>;:(l des quiproquos, des distractions et des bé- >i:,s or.onws qu'on lui prête lorsqu'il s'agit d'un I-. :k i> n i i à un (H^nde ? Gomment admettre qu'un asp: 4 Ni cWw vô\h\L un caractère si entier et si absolu n .vi )>l(>8 oie en citte circonstance ci itique qu'4in do* ri)<^ nviimiqnin dans la main de Talleyrand ? Non, en di^jMl do< f.-lsjïîc. lions et des mensonges, en dépit iriMu^ hyp<vri$ï> plu5 odieuse que le crime lui-jnéme. Il iH» Inî ^era pas donné d'échapper à la reaponsabi- M»* ilo Tai lo où il a mis le plus de calcul ; l'œuvre resli»i»i Nhnno (kvant Dieu et devant les hommes, et
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rhistoire D'admettca pss même en sa faveur ce partage ë'ignomiiiie ^p» créent les complicités aa bénéfice eu coupable, cardans le meurtre du duc d'Engliien il y a eu un auteior principal et des iustmments; il D y a pas eu de coflipliees.
La nouvelle de Teiécution du duc d'Ënghien ne fut connue à Paris que dans ta soirée du 21 mars; elle y produisit Timpreasion la plus sinistre. C'était en effet la terreur, mais la terrew au profit d'un seul homme, la terreur nwiiis le fanatisme, la terreur moins la publicité et le grand jour, car tout dans cett} ignoble tragédie s'était pasaé de nui t, l'arrestation, le j ugement^ rezécution. Cependant l'opinion publique dépourvue de tout moyen d'exprimer sa réprobation resta forcéouest OHietie, et la 8«isation fut passagère. Les hommes sont si peu capables de consistance même dans la haine, que moins de trois mois après le meurtre, ceux qu'il avait le pias iadignés pétitionnaient auprès du meurtrier pour <Aienir quelque place dans ses antichambres. Il n'y eut qu'une seule protest ition, celle de Chateaubriand, qui donna sa démission de chargé d'affaires auprès de la république du Valais. Fourcroy reçut un discours de clôture tout rédigé qu'il se hâta d*aller prononcer au Corps l^islatif ^ pour congédier cette assemblée. Bonaparte vint en personne au conseil d'ttat et s'y livra a un de ces monologues dans leiqaels il semblait prendre à partie un interlocuteur imaginaire, comme s'il eût senti tout ce que le silence général eaebait de réprobation : « La population de Paris n'était qu'un ramas de baiauds.... elle avait