‹ Histoire de Napoléon Ier (volume 2)Chapitre 65 sur 310 · DE MOREAU · texte numérisé non relu

DE MOREAU

Si le motif des facilités et des encouragements de toute sorte que le gouvernement avait prodigués à une conspiration qui sans lui n'aurait peutr-étre jamais eu un commencement d'existence, était un seul instant douteux pour rhistoire, l'empressement éhonté qu'on mit à tirer de cette noire combinaison les résultats qu'on en attendait, suffirait à lui seul pour donner une clarté parfaite aux intentions de ceux qui la favorisèrent. L*art avec lequel on exploita le complot explique merveilleusement la coopération qu'on lui avait prêtée. Ce sont deux coups montés en même temps , deux parties liées qui n'ont qu'un seul et même enjeu, deux entreprises qui visent au même but. Ce but si ardemment et si perfidement poursuivi , ce n'était pas seulement la perte de Moreau et de tous ses amis qui allaient être enveloppés dans sa disgrâce, ce n'était pas seulement la mort de Pichegru, de Georges, du duc d'Ënghien, la suppression violente de tout ce qui restait d'éléments énergiques au sein du parti royaliste, c'éUdt encore le

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coufDnoement de ces espérances depuis si longtemps ajournées, dont le pamphlet de Fontanes avait été la première manifestation, dont la conspiration de Ceracchl avait été le prétexte savamment préparé, dont le Consulat à vie avait été l'avortement passager, par suite de la dissimulation obstinée de Bonaparte, c'était le rêve dont on ne voulait pas attendre la réalisation des triomphes devenus un peu problématiques de l'expédition d'Angleterre; c'était en un mot l'Empire. La commotion produite par les derniers événements, l'ébranlement communiqué à tant de têtes faibles et légères^ si promptes à se jeter d'un extrême à l'autre, les protestations de dévouement provoquées au sein de tous les corps officiels, de toutes les assemblées administratives à l'occasion des dangers auxquels le Premier Consul disait avoir échappé, rendaient facile l'introduction de l'objet déjà connu de ses désirs sous forme d'adresse ou de pétition, et la question, une fois introduite, était d'avance résolue.

Depuis longtemps les mots d'Empire (f Occident, d'Empire da Gaules, avaient été mis en avant par des hommes zélés, jaloux de prendre date, et sûrs de plaire au maître en prononçant tout haut le nom qui ne quittait plus sa pensée. Mais ces mots n'avaient pas trouvé d'échos, ils n'avaient été accueillis que par l'indifiërence publique. Dès la rupture de la paix d'Amiens, Fox écrivait à son neveu que le bruit courait que Bonaparte allait se faire proclamer empereur da Gaules^. L'annonce était prématurée, mais l'événe-

1. Mewïorifils and correspmdenu, published by lord Russell. VoL III.

U8 HISTOIRE DS îfAPOLÉON V^.

pent était résolu. Il avait d'abord fallu faire irïtftre roccasion; aujourd'hui on la tenait : choisir, pour opérer cette transformation, Téchec d'une conspiration était un procédé indiqué et devenu banal depuis Machiavel. Pendant nrkéxne qu'on fusillait le duc d*Enghien à Vincennes, des adresses signées par des ionctionnaires, des conseils électoraux et des conseils municipaux, demandaient qoe Bonaparte mit fia aux inquiétudes de la nation et consolidât les inetitutionSy en rétablissant Thérédiié. Le si^al avait éîé doniné au fond d'une province éloignée par un collège obacur que présidait Ganteaume. Cette requête ne répondait en rien an sentiment général, c'(!'tait le gouvernement qui se l'adressait à lui-même, par la main de ses créatures. La France était imssive et subjuguée, elle n'avait plus ni volonté ni opinion, elle était surtout crédule, ignorante, et n'avait presque aucun moyen de connaître la vérité sur les faits qui venaient de se passer; elle se laissa pousser avec résignaUon dans la voie où l'on voulait l'entraîner. Jamais révolution ne fut moins spontanée, moins motivée, moins appelée par le vœu public; jamais crise n'a été provoqaée avec plus de mépris pour les droits du peuple; jamais on n'a plus audacieusement insulté au bon sens et k la vérité qu'en affirmant que l'Empire était soBhaité parla nation. Dans l'entourage m4me de Bonaparte, les personnages les plus éclairés étaient pour la plupart opposés au nouveau changement; ils 6*^frayaient pour eux-mêmes d'une ambition qui semblait devenir plus insatiable en raison môme des satisfactions qu'on lui prodiguait afin deTapaisenAinsi pensait Cambacérès lui-même, le grand meneur du

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Consalat à vie, derenu hostile am projets tnaéneé» noD par flaupiile on par principe, mais par préfoyanoé et pir crainte de rayenir si improdemment escompié. Bonaparte n'avait pour lui qoe ceux qui spécnlaîent d'avance sor lea faveors d'un régiaw nouveau. A leur t^ s'était placé Foncfaé, fatigué de sa longue inertie, et impatient de reconquérir sa place dans le gouver* nemenl. Fouché fut, k défaut de Cambacérès, rinstrument prindpal de cette translbrination ; ouvrier digne d'une telle tâche. Les service» qu'il rendait ici n'étaient d'ailleurs que la coiittnuation de ceux qu'il avait rendas dans la trame ourdie contre Moreau. U y déploya si vieille expérience de roué politique, et toute sa science de l'intrigue . Le meurtre du due d'Enghien produisit un mouvement d'horreur, mais n'arrêta pas des manifestations organisées, dans les* quelles Topinion publique n'était pour rien. Il ne s'agit bientôt plus que d'y faire participer les grands corps d'Étjit, plus dociles encore que tous les autres : ils n'attendaient que le mot d'ordre pour obéir.

On trouva un moyen très*simple d'engager le Sénat Dans le but de faire diversion à la (&cheuse impression produite en Burope par la violation du territoire germanique, le Pr^fuier Consul avait fait rédiger par le Grand Juge un rapport concernant les intrigues de Drake, de Spencer Smith en Ailemagne et la duperie dont ils avaient élé l'objet de la part de Méhée et du capitaine Roaey. On joignit à ce rapport comme pièce de conviction la correspondance de ces agents diplomatiques avec les deux agents provocateurs, et pour donner le plus grand éclat possible à ces lettres foft insignifiantes, on les appuya par une circulaire des

plus broyantes et des plus déclamatoires, que Talleytand adressa à toutes les cours européennes, pour flétrir une fois de plus les abominables menées du cabinet britannique. (Tétait tirer doublement parti de cette médiocre production, que de la communiquer au Sénat dans la circonstance présente. La commission nommée pour examiner le rapport au nom de cette assemblée, ignorant ce qu'on allait exiger d'elle, ne proposa qu'un projet d'adresse contenant les félicitations obligées ; mais Fouché avait reçu mission d'éclairer le Sénat. Bonaparte jugeait inutile de recommencer cette fois la comédie du Consulat à vie, car il en avait été le premier puni ; il s'était expliqué nettement au sujet de ses intentions. Fouché fit connaître aux sénateurs un désir qui était pour eux un ordre. Il n'eut pas de peine à les convaincre de l'avantage qu'il y aurait pour le Sénat à devancer une volonté à laquelle il ne pouvait faire obstacle : l'adresse projetée se changea aussitôt en une invitation à s'emparer de la couronne. I^e 27 mars, alors que le corps de la victime de Yincennes était à peine refroidi, et que l'impression était encore toute vive dans les esprits, les personnages les plus considérables de l'fitat, au milieu de la stupeur universelle, s'empressèrent d'offrir au meurtrier la récompense du ciime. < Vous fondez, lui disaient-ils, une ère nouvelle, mais vous devez l'éterniser; l'éclat n'est rien sans la durée. Ne différez pas, grand homme, achevez votre ouvrage en le rendant immortel comme votre gloire. Vous nous avez tirés du chaos du passé, vous nous faites bénir les bienfaits du présent, garantissez-nous Tavenir^ I >

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