‹ Histoire de Napoléon Ier (volume 2)Chapitre 70 sur 310 · Jiêmoitt9$ du comie Bergnot · texte numérisé non relu

Jiêmoitt9$ du comie Bergnot

raient avec tant d'effroDterie; on ne pouvait oublier qa'ils avaient les mains encore teintes du sang de leurs prédécesseurs dans ces mêmes fonctions, qu*ils s'étaient enrichis de leurs dépouilles, que le monde avait retenti de leors serments contre Taristocratie et la royauté; on ne pouTait oublier que ces nobles ralliés, gagnés à prix d'argent^ devenus les humbles courtisans de leurs anciens prescripteurs, détestaient au fond du cœur une usurpation dont ils semblaient vouloir se venger en lui imposant tous les ridicules d'une étiquette surannée; ni le temps, ni la tradition, ni la superstition populaire ne prêtaient leur prestige à ce ramassis de renégats de tous les régimes; et c'est trop demander à l'histoire que d'exiger qu'elle prenne au sérieux une si méprisable bouffonnerie.

La seule création sincère et originale du nouveau régime était rinstitution des maréchaux, fondement rationnel d'un ordre de choses qui reposait uniquerr.ent sur la force militaire. Ces grands commandements, nés d'un sy.^tème de conquêtes et ne pouvant se maintenir que par lui, n'avaient rien de rassurant pour l'Europe. Ils revenaient de droit aux lieutenants et aux compagnons d'armes de Bonapart?, Murat, Berthier, Masséna, Lannes, Soult, Drune, Ney, Augereau, Moncey, Mortier, Davout. Jourdan. Ceux qui n'étaient plus propres au service actif comme Kellermann, Pérignon, Lefebvie, Sérurier, reçurent le titre de maréchaux honoraires. Bernadette qui avait failli un instant comme Lafayette lui-même • être enveloppé dans le sort de Moreau, car Bonaparte avait

l. M'fmoim dn Lifavette.

voulu profiter de la conspiration pour se débarrasser de tous ses ennemis à la fois, fut également fait maréchal au lieu d'être envoyé en prison, échappant, grâce à Tamitié de Joseph, à un malheur dont toute sa dextéiité n'eût pas suffi à le préserver, sans les liens de famille qui l'unissaient à l'empereur. De tous les amis et lieutenants de Moreau, pas un seul ne figurait sur la liste des maréchaux pour y représenter la noble armée du Rhin. Beaucoup d'entre eux étaient ensevelis dans les mornes de Saiut-Domingue. Aichepanse était mort obscurément à la Guadeloupe. Parmi les survivants, Decaen était aux Indes, Dessolles,Gouvion Saint-Cyr, Macdonald allaient servir en sous-ordre, malgré leur« supériorité d'intelligence et d'instruction sur la plupart des maréchaux, Sainte-Suzanne était enterré dans le Sénat, et le plus illustre de tous, Lecourbe, général incopiparable, le second de Masséna à Zurich, le bras droit de Moreau dans la double campagne de 1800, allait expier, dans l'obscurité et l'oubli d'une retraite définitive, le crime de sa lidèle et courageuse amitié pour son ancien frère d'armes.

Pendant que la nouvelle cour enivrée de son triomphe, gorgée de richesses et d'honneurs, étalait dans des fêtes bruyantes tout le luxe sinon toute l'élégance des anciennes pompes monarchiques, le général Moreau, après une longue et pénible attente, était enfin appelé à comparaitre devant ses juges. Les débats do procès s'ouvrirent le 28 mai 1804, en présence d*QD public composé de tous les hommes que pouvait émouvoir encore le spectacle d'une infortune imméritée. On voyait confondus dans l'auditoire quel-

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