PROCÈS £T PROSCRIPTION DE MOREAU
ques-uns des rieux soldats de l'armée du Rhin à câté des membres les plus illustres du barreau de Paris; les vaiDCus de la liberté, les amis politiques de Moreau à côté de ses anciens frères d'armes, tous suspects ou odieux à Bonaparte. Le rapprochement qu'on ne pouvait manquer de faire entre tant de malheur et une si insolente fortune, s'était offert à tous les esprits; jamais contraste n'avait été plus criant; et lorsqu'on Vit paraître sur le banc des criminels un homJDQe illustré par tant d'actions grandes et glorieuses, des larmes jaillirent de bien des yeux. Il était naturel, d'ailleurs, que l'iotérét du procès se concentrât tout entier sur lui seul, bien qu'on vit à ses côtés Georges, les Polignac et les autres conjurés dont on l'accusait d'avoir été le complice, car c'était surtout contre lui que cette vaste instruction avait été dirigée, et en ce qui concernait ces derniers, ni lueurs intentions, ni leur- sort ne pouvaient être douteux. En revanche, rien n'était moins démontré que la participation de Horeau à leur complot. Son attitude dans cette dure épreuve ne démentit en rien la haute opinion qu'on avait de lui, et plus d'une fois le président du tribunal fut à ce point troublé par la noblesse, le calme et la force de ses réponses que l'accusé sembla transformé en juge. Toutes les précautions avaient été prises pour que le jugement fût une condamnation. Sans doute, on n'avait pas conGé cette tâche à une commission militaire, bien qu'on eût encore sous la main celle qui avait si prompte* ment expédié le ducd'Ënghien. On avait reculé devant le mauvais effet qu'eût produit une telle récidive; mais on avait supprimé le jury, on avait repoussé
HQ HISTOIRE DE NAPOLéOM 1*^
frtr?^ 1» récusations proposées par les défenseurs
,-tf lllxiNitQ^ on avait enfin introduit dans la composi-
'i,\r. 5ï tribunal quelques Juges de choix comme
r«r»mirî le président, Thuriot le juge d'instruction,
iW^rtrdt Selves, Granger, Bourguignon. Le général
t;xi* si fort de son innocence qu'il attachait peu d'im-
Tv-^rî^Dce à la suppression du jury pourvu qu'il fût
"5¥* P^^ ^^^ hommes honnêtes : « Tâche, écrivait-il
jL $a femme peu de temps avant le procès, tâche qu'on
$*^s$ure si ceux qui doivent me juger sont de^ hom*
mt^s justes, incapables de trahir leur conscience. Si je
jssis jugé par d'honnêtes gens, je ne puis pas me
pîaindre, quoiqu'il paraisse qu'on a supprimé le
:urv*. »
Les débats du procès réduisirent singulièrement Us charges qu'on se flattait d'avoir réunies au moyen oVaveux en partie extorqués, en partie détournés de leur vrai sens. Ils ne révélèrent aucun fait nouveau, M ce n*est la violence dont quelques-uns des accusés avaient été l'objet. L'un de ceux dont les dénonciations avaient le plus d'importance, Picot, le v!omestique de Georges, déclara qu'elles lui avaient (\i arrachées par la torture et par Tappât de cinq cents louis. Il les rétracta toutes et montra au tribunal ses poignets encore meurtris. Déjà dans le procès Céracchi, et dans celui de la machine infernale des accusés s'étaient plaints d'avoir été torturés quand ils refusaient des aveux. Toutes les dépositions furent reprises, rectifiées et complétées. Il en ressortit, avec
t. Lcttic inédito le Moreau, comicuniquée par Mme la ccmte««o f}c rounral.