Mimoirti de ConMlfi. Tome II
210 HISTOIRS DB H^POLÉON l*'.
marche solennelle et irrévocaUe k cet acte qu'il déplorait si amèrement? La crainte de perdre tous les avantages temporels acquis ju6qu64à? L-espoir d'en gagner de nouveaux? Il eut bientôt lieu de reconnattre combien cet espoir était chimérique. Quant aux disgrâces qu'il redoutait, sa complaisance ne l'en préserva point; mais combien son autorité morale n'eût-elle pas gagné aux yeux du monde s'il les avait méritées par une noble résistance, au lieu de les en courir pour des minuties de disciptine eodésiastiqiie ou des querelles de territoire ? Au reste, il avait Bi bien conscience de la gravité de la démarche qu'on lui demandait qu'il n'osa pas en {irendre sur lui muI toute la responsabilité, et ne se décida pour l'affir^ mative quapràs avoir consulté une commisstoD de \in$i cardinaux. Écoutons encore sur ce point ie té^ moif:nag« du cardinal Gonsalvi : « Mais, iûoiite4»tl, on sd rendant à Paris, le pape donnait à Napoléon une si grande preuve de lendrtsst patemeUe et d'entme st?\no\ui^, Rome dérogeait si pleinement A «es droits et ù ses usages, que nous ne doutâmes pas que l'fimporeur saurait gré au Sahit-Siége d'une oondesoendance si marquée. Kous fumes Unopésdans nos pré* visions rtligiextscs! »
Le moment étiit singulièrement choisi pour donner à Napoléon cette grande marque de tendresse et d^cstime! Mais quelles étaient ces prévisions «religieuses » qui portaient le pape et ses conseillers non- seulement à surmonter des répugnances si na* turelies, mais à étouffer la voix du devoir le plus impérieux? Il est facile de voir qu'elles n'étaient au fond que des espérances pour la plupart d'une na-
HiGOCIATiONS. SU
tore kmte temporella. Les conditions que la coar de Borne mit au voyage du Pape à Paris, étaient i la Tenté empruntées à Tordre spirituel, mais bien qu'elle hs eût présamtées d'abord comme nécessaires et abseluea, elle laissa peu à peu mettre de côté les plus asieutielles ; œ qui prouve qu'elle avait en vue des inléréts d^un antre genre qui exerçaient sur sa (volante une influenee prépondérante. Par tes ooudi- UooB, énoméréas minutieusement dans un mémoire im cardinal FeschS on stipulait en substance que la lettre d'invitation de l'Empereur au Pape mentionnerait comme motif déterminant de sa démarche c le bieii et l'utilité de la religion. » On ne voulait pas laisser dire que le pontife ne s'était décidé que par complaisance pour le souverain , bien que ce fût la vArité; il était convenu en outre qu'on reviendrait d'un commun accord sur les articles oi^aniques du concordat ; qu'on exigerait la rétractation ou la démission des évéques constitutionnels. Venaient ensuite d*autres clauses assez insigniQantes parmi lesqnallesse trouvait celle-ci, qui peint l'esprit sacerdotal et qui produit un singulier effet au milieu de ces graves négociations : « le Pape proteste quHl ne permettr4Ût pas qu'on lui présentât Mme de Talleyrand. • Sur tout le reste on pouvait transiger, mais sur ce point on ne veut rien écouter ! Bonaparte avait un moyen sûr de calmer les scrupules de la cour romaine , c'était d'exciter ses convoitises» Personne ne posséda ja-
1. Il m été publié par ArUud daDS sod Bittoirê d€ Pii VU, Ce méiBoire est confirmé par une note de Consalvi à la date du 6 juin, naf Im meation Tdatire à Vme de TaHejrand, d'HatvsonriUe : fiéui jmtîipêatifÊet.
mais plus que lui l'art de faire espérer ce qu'il ne voulait pas céder, et il en usa largement dans cette circonstance. Tout semblait arrangé lorsqu'on souleva à Rome une nouvelle difficulté au sujet du serment que devait prêter l'Empereur : de respecter et de faire respecter les lois du concordat et la liberté des cultes. c Un catholique, écrivit Consalvi, ne peut protéger Terreur des faux cultes.... II est de l'essence de la religion catholique d'être intolérante. Il ne faut pas se bercer de tourner cette difficulté en présence du Pape. Pie YII ne s'y prêtera pas : si on l'essayait, il n'hésiterait pas à se lever de son siège et à sortir de l'église à l'instant même! » Rien de plus conforme à l'esprit et aux traditions du catholicisme que de pareilles maximes, mais du moment où on les mettait en avant il fallait les soutenir, et c'est ce qu'on ne fit pas ; nouvelle preuve que toutes ces objections n'étaient que des prétextes, et qu'on voulait se faire prier pour obtenir de plus grands avantages. Il fallut parlementer, ergoter, distinguer entre « la tolérance civile et la tolérance religieuse » dans une série de notes où M. de Talleyrand, soufflé par Tévêque Bemier, se montra un théologien accompli : mais son argument le plus décisif consista à rassembler en^ un faisceau toutes les mesures que Bonaparte avait décrétées en faveur de l'Église et de la papauté depuis la première campagne d'Italie, et à les présenter comme le véritable gage de ses intentions pour l'avenir. C'est en faisant ce tableau qu'il toucha juste, car il répondait à des préoccupations sans cesse présentes à l'esprit de la cour de Rome, mais à des préoccupations qu'elle ne pouvait avouer explicitement sans se reconnaître
coupable du crime de simonie. Cette pensée qui la bar tait et qu'elle n'osait exprimer, cette pensée quVUe était condamnée à taire par prudence autant que par pudeur, c'était la même qui lui avait dicté ses concessions à l'époque du concordat, c'était l'espoir de recouvrer les Légations, et même Avignon et Carpentras. Embarrassée par sa fausse situation, obligée alors comme aujourd'hui de se contenter de demipromesses, et de procéder par insinuations, elle avait éîé complétj^ment jouée par Bonaparte, faute d'avoir pu stipuler franchement les conditions qui lui tenaient à cœur ; elle se disait maintenant qu'il n'oserait pas la tromper une seconde fois, tandis que lui, encouragé par son premier succès, ayant de son cAté d'immenses avantages, jouait hardiment le même jeu, profitait d'un sous-entendu forcé qui lui permettait de mettre beaucoup de vague dans ses engagements, et donnait à la cour de Rome des espérances qu'il entendait bien ne pas satisfaire. C'est ainsi qu'elle fut dupe une seconde fois, mais dupe de sa propre avidité aussi bien que de la ruse de son adversaire. Malgré tout le bruit qu'elle fit plus tard de ses déceptions, il est certain qu'elle n'eut de Bonaparte que des assuracces indéfinies qui n'ont jamais constitué une promesse formelle.
Napoléon était si loin de songer alors à une restitution même partielle des Légations au Saint-Siège, que dans le moment où il la lui faisait espérer, il préparait tout pour une transformation de la république Cisalpine en un royaume italien dont les Légations devaient former une des plus belles provinces. Il se faisait adresser à cet effet, par la Consulte de Milan, des
214 HISTOIRE DE If<4POL£0N 1*.
vœux encore moins sincères que ceux qni avaient servi de prétexte à soii élévation à la fnrésidence, sans se mettre en peine de Timpression ftcbeuse que cette nouvelle usurpation allait produire sur rSurope. B avait résolu, écrivait-il à H. de Mdzi, t d*y établir un ordre de choses phis conforme à Fesprit du nMeS » ee qui signiQait un despotisme semblable à cetui qui pesait sur la France. Sachant combien les patriotes italiens étaient faciles à Tiltusion et prompts à s'enflammer pour tout ce qui semblait leur promettre Tnnitédeleur patrie, il leur jetait en p&ture le grand mot de patrie itaUenne. M. de Melzi, plus froid et plus clairvoyant que ses compatriotes, en raison des ntp* ports intimes qu'il avait eus avec le Premier Consuli ne craignit pas de s'exposer à son ressentiment en lui faisant observer que Tltalie n'avait connu jusque-là les bienfaits de la domination française que par l'aocroissement d'impôts qui en était résulté pour elle : « Melzii écrivit à ce sujet Bonaparte à Marescalcbi^ avait une attaque de goutte lorsqu'il m'a écrit oela.... C'est mal connaître le genre humain et Tesprit des na* tions même les plus lâches et les plus dépravées que de croire qu'elles puissent considérer leur existence politique d'après le plus ou moins de charges '. »
Si les Italiens éclairés voyaient avec fort peu d'enthousiasme le changement prcyeté, les puissances n'y pouvaient trouver qu'un nouveau sojet d'alarmes Km de plainte, selon qu'il les menaçait directem^it dns leur existence déjà compromise par notre poUtiqae an-