Lucchesini : Suïle eause^ elc
PLAR DE LA CAMPAGNE UARITrifE. 287
leurs très-Judlciein sont arrivés à conclnre avec beaucoup de vraisemblance que le projet de descente n'é* tait qu*nne feinte destinée à masquer des phns de conquête sur le continent. Si ce projet était sérieux, en effet, comment expliquer cette politique de cassecou ? Ciomment admettre que celui qui allait avec toutes nos forces disponibles se jeter sur TAngleterre, pour y être selon tontes les probabilités presque aussitôt cerné par les flottes britanniques, mettait en même temps par ses défis les puissances continen* taies dans un tel état d*irrftation que leur premier mouvement devait être infailliblement de profiter de son absence pour se précipiter sur la France désar* mée? Si la descente était autre chose qu'un épou vantail, la politique était d'un insensé; si la politique était calculée, la descente n'était qu'une fausse démonstration, n est impossible d'échapper à ce dilemme, et l'on conçoit que des historiens, pénétrés avant tout de la sublimité du génie de Napoléon, aient préféré résoudre la difficulté en niant la réalité du projet d'expédition, plutôt que de supposer que cet immense génie manquait de sens, et ne savait pas voir des choses qui eussent frappé l'intelligence d'un enfant. Hais il est impossible de conserver le moindre doute à cet égard en présence des milliers d'ordres, de projets et de contre-projets que nous a révélés la correspondance de Napoléon, en présence de rintérêt, de la passion , de l'obstination, des ressources incroyables qu'il déploya dans la réalisattion de son entreprise favorite, de l'anxiété profonde, haletante, avec laquelle il en suivit les phases diverses et l'échec déGnitif; et l'histoire est forcée d'admettre le
contraste extraordinaire que nous présentant chei le même homme des facultés meneiileuses dans l'action; alliées à un jugemi^nt iiiGrine et radicalement faux dans l'appréciation des Taîts généraux. Cette opinion risque fort de paraître paradoxale, ou même blasphématoire. La faculté dominante chez les hommes de notre temps, génération nerveuse et maladive à l'excès, a été l'imagination : de U la fascination singulière exercée sur elle par un homme dont la rare puissance de calcul n'ét;iit au fond gouvernée que par une fantaisie effrénée. Napoléon c'esL le romantisme dans la politique. Même dins les œuvres d'art, celte prédominance des facultés imciginalives ne produit que des créations d'un éclat éphémère, si elle n'est tempérée par le concours et la contrôle des facultés plus hautes auxquelles appartient l'empire de l'esprit', mais dans l'ordre des dioses pratiques, elle ne peut produire que des aberrations d'autant plus funestes qu'elles seront soutenues par des dons plus prodigieux. Dans le gouvernement des grandes affaires il n'y a pas de gia'ie sans le bon sens et sans la justesse d'esprit.
D'ajournements en ajournements, et de modifications en modilicationSj la grande entreprise de Boulogne sortait peu à peu de la région des chimères et développait ses colo-sales proportions. Gomme loos les plans mal mûris ou sans proportion avec le» (orces réelles dont on peut disposer, il avait fa'lu U soumettre à dos retards et à des amendements qui semblaitnt devoir toucher à leur terme, et qui nf faisaient pourtant que commencer. Remise de l'hiver au printemps, puis du printemps à l'cté comme terme