‹ Histoire de Napoléon IerChapitre 111 sur 112 · Le môme au même, 4 mai t · texte numérisé non relu

Le môme au même, 4 mai t

Ainsi cette lie de Malte qui naguère équivalait aux yeux de Bonaparte à la possession du faubourg Saint- Antoine, n'était plus aujoprd'hui qu'un misérabh rocher! Le terme moyen proposé était une transaction au sujet de Halte, à laquelle l'ambassadeur répondit en reproduisant imperturbablement ses six points (à la date du 10 mai), et en réclamant de nouveau ses passe-ports. Il quitta Paris le 12 mai et s'éloigna à petites journées pour laisser une dernière chance à une réconciliation qu'il n'espérait plus. Le Premier Consul s'efforçait encore le 13 mai de trouver un expédient qui lui permit de traîner les choses en longueur; il chargeait Andréossy de proposer une occupation simultanée de Malte par l'Angleterre et de Tarente par la France pendant dix années : « Il est important, lui faisait-il écrire, que si cette proposition ne peut réussir, Andréossy n'en fasse aucune commu* nication qui en laisse des traces, afin qu'on puisse toujours nier ici que le Gouvernement ait pu adhérer à cette proposition *. »

Artifices inutiles I Bonaparte ne voulait pas entendre parler des seules conditions qui eussent pu prévenir la rupture. 11 repoussait comme un déshonneur la politique généreuse, équitable, modérée, qui eût affranchi au lieu d'opprimer, substitué le respect du droit au système des conquêtes, et régné par l'influence au lieu de gouverner par la force. Pour satisfaire de mesquines rancunes contre des écrivains obscurs que protégeait la noble hospitalité de la nation anglaise i avait seul rallumé la guerre; il l'avait rallumée mal-

1 Bonaparte à Talleyrand, 13 mai.

RUPTURE DU TRAITÉ D'aMIENS. 509

gré les avis de ses conseillers, malgré le souvenir de tant de maux non encore réparés, malgré la volonté d*une nation affamée des bienfaits de la paix; et pour venger sa misérable injure des millions d'hommes allaient pendant plus de dix années lutter, se déchirer, mourir de tous les genres de mort, sur tous les continents, sur toutes les mers, à toute heure du jour et de la nuit, dans les déserts, sur les monts, dans les glaces, dans les cités incendiées comme dans les plus humbles villages, du Tage à la Neva, de la Baltique au golfe de Tarante, en Espagne, en Russie, et jusque dans rinde I Et cette guerre qu'il commençait pour forcer l'Angleterre à violer les lois de l'hospitalité envers des proscrits, elle devait se poursuivre sans relâche jusqu'au jour où vaincu lui-même et proscrit à son tour, il implorerait, sans l'obtenir, cette hospitalité tant insultée I

L'Angleterre commença les hostilités aussitôt que les ambassadeurs eurent quitté le territoire des deux nations, et s'empara, au dire du Moniteur lui-même, de deux bâtiments chargés l'un de bois, l'autre de sel*. Le Premier Consul s'autorisa de ces faits de guerre pour décréter immédiatement l'arrestation et la détention de tous les Anglais âgés de plus de dix-huit ans et de moins de soixante qui se trouvaient en France. Ils y furent retenus jusqu'à la fin de la guerre. Le prétexte allégué pour justifier cette infraction inouïe au droit des gens n'est pas moins caractéristique que tout ce qui venait de s'accomplir. Les actes d'hostilité dont le Premier Consul se plaignait en accusant

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