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Hawkesbury à Whitworth, février

498 HISTOIRE DE WAPOLÉOW I*.

, cordialité, et après quelques paroles insignifiantesy 'il aborda l'éternelle récapitulation de ses griefs contre l'Angleterre, la non-évacuation de Malte et d'Alexandrie, l'impunité de la presse, la protection accordée à Georges et aux autres émigrés. Chaque vent qui soufflait d'Angleterre ne lui apportait, disait-il, que des inimitiés, n ne youlait pas la guerre, mais il ne consentirait à aucun prix à voir les Anglais rester à Malte; il préférait les voir en possession du faubourg Saii^ Antoine. Quant à l'Egypte il aurait pu facilement s'en emparer, mais cela ne valait pas la peine de risquer uae guerre, puisque tôt ou tard elie appartiendrait à ta France, soit parla chute de l'empire ottoman, soit pasr quelque arrangement conclu avec lui. Il se livra ensuite à un de ces longs mondlogoes qui Im étai^ familiers, sur les dangers d'une guerre avec l'Aigleterre, sur les difficultés d'une descente, sur la iorœ naturelle des deux pays; il recoamït qu'il y avait c(mtre ce projet cent chance pour «ne ; mais il était prêt à le tenter néanmoins si on l'y contraignait. Si an contraire l'Angleterre voulait s'unir àJui quelle fortune pour elle 1 il Fassocierait au gouvernement du monde; partage dans les indemnités, partage d'influence, traités de commerce, elle aurait tout ce qui pourrait tenter son ambition. Pour réaliser ce rêve 4mx choses suffisaient : réprimer sinon la presse anglaise, du moins les journaux français qui s'imprimaient à Londres ; retirer à Georges et à ses adhérents la fNrotection du gouvernement britannique * !

1. Telle est l'analyse fidcle du compte rendu que lord Whitworth écrivit le jour même et envoya à son gouvernement le surlendemain. Omcara et Us relations de Sainte-Hélène imt-canlesté

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Lord Whitworth qui jusque là avait à peine pu placer xm mot Tpendeaoit cette fougueuae et éloquente divagation, répondit alors que quant aux avantages et aux agrandissements dont le Premier Consul venait de parler, il pouvait l'afisurer que racmèition de Sa Majesté britannique tendait à conserver plutôt qu'à acquérir; il réfuta quelques-uns de se& reproches, rappela les motifs de défiance et de mécontentement de son cabinet, et comme il allait parler de notre récente augmentation de territoire, le Premier Consul l'interrompit en lui disant : « Je sv/ppose que vous voulez parler ébi PièmovO^et de la Suisse ? Ce sont des bagatelles ! Il fallait prévoir icela pendarU les négociations ; vous n'avez pas le dardtde vous plaindre à cette heur£! » Ces mots redoutâmes, âérnoignage de l'aveugle obstination de celui qui ks prononçait, étaient reproduits en français dans la dépêche de kwdWi^fcworth^.etils s'en détachaient en traits .de feu. G'est.qu'en -effet tout Je reste de la conversation n'rétait plus qu'un vainparlage : il n'en restait qu'une dhose, c'est qtfen appelant l'Angleterre à une conciliation, Bonaparte commençait par établir que pour son compte àl entendait ne rien céder de ses prétenlâons. U en résultait encore que ces deux faits si gTAves n'étaient à ses yeux que des bagatelles I Que méditait-il donc pour l'avenir? Quelle sécurité était possible avec lui ? Ce mot « ce sont des bagatelles ! » fut répété à plusieurs reprises dans le cours des discussions du parlement anglais, et chaque fois il y produisit une sensation nouvelle.

cun succès, Texactitude de ce curieux récit, doiit chaque mot porte au plus haut point l'empreinte delà vérité.

Deux j ours après cet entretien une nouvelle suiprise, beaucoup plus grave que tout ce qui avait précédé, vint fondre sur l'ambassadeur anglais*. Le Moniteur publiait l'exposé annuel de la situation de la République au Corps législatif. Bonaparte s'y applaudissait comme à l'ordinaire de toutes les choses glorieuses qu'il avait accomplies dans le cours de l'année, puis passant à l'état de nos relations extérieures il annonçait le terme de notre médiation en Allemagne et le règlement des indemnités conclu à la satisfaction de tout le monde; il s'arrêtait ensuite à l'Angleterre :

« En Angleterre, disait-il, deux partis se disputentle pouvoir. L'un a conclu la paix et paraît décidé à la maintenir; l'autre a juré à la Fralice une haine im^ placable. De là cette fluctuation dans les opinions et dans les conseils, cette attitude à la fois pacifique et menaçante. Tant que durera cette lutte' des partis, il est des mesures que la prudence commande au gouverne^ ment de la Répu^liqus; cinq cent mille hommes doivent être et seront prêts à la défendre et à la venger! Étrange nécessité que de misérables passions imposent à deux nations qu'un intérêt égal et qu'une égale volonté attachent à la paix 1 Quel que soit à Londres le succès de l'intrigue, elle n'entraînera pas d'autres peuples dans des ligues nouvelles; et le Gouvernement le dit avec un juste orgueil : seule^ l'Angleterre ne saurait aujourd'hui huter contre la France. » (20 février 1803.)

Jamais coup de tocsin donnant le signal de Tappel

1. M. Tliiers assure qu'à la fin de sa conversation avec Whitworth le Premier Consul Tavait prévenu de ce qui allait suivre. H n'y a pas trace de ce fait si essentiel dans la relation si minutievse et circon« ttanciéo de l'ambassadeur.

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aux armes ne souleva une émotion comparable à Teffet que produisirent en Angleterre ces présomptueuses et insolentes paroles. Ici ce n'était plus le gouvernement britannique qui était mis en cause, c'était la nation anglaise elle-même qui se sentait frappée au visage. Il était inouï qu'en pleine paix un chef d'État eût pris un pareil ton dans un acte public et solennel à l'égard d'une grande nation européenne, à l'égard de celle qui passait pour la plus fière et la plus susceptible. Bonaparte la traitait déjà comme une de ces malheureuses républiques que leur faiblesse avait mises à sa merci; il censurait son gouvernement, son organisation, ses luttes, ses glorieuses luttes de parti qui faisaient son orgueil, sa grandeur, sa vie I Enfin il osait la menacer ouvertement, lui faire peur de ses cinq cent mille hommes! la défier de recommencer la lutte, et ce défi formulé sous cette forme grossière et barbare qui consiste à faire étalage de ses forces, c'était au peuple anglais lui-même qu'il l'adressait!

A partir de ce moment la guerre devint inévitable. Le cabinet anglais répliqua aux menaces de l'Exposé par un message du roi Georges, en date du 8 mars 1803, informant la chambre des Communes « que vu les préparatifs militaires qui se faisaient dans les ports de France et de Hollande, il avait cru devoir adopter de nouvelles mesures de précaution pour la sûreté de ses Ëtats. Ces préparatifs étaient, il est vraî, présentés par la France comme ayant pour but des expéditions coloniales, mais comme il existait entre Sa Majesté et le gouvernement français des discussions d'une grande importance et dont le résultat demeurait incertain, Sa Majesté s'était déterminée à s'adresser a

ses fidèles communes^ et comptait sur leur concours pour remploi de toutes les mesures qu'exigeraient riKmneur et l'intérêt du peuple anglais* »

On voit par là que le miaist^ Addiogtoa conservait enoNre un faible espoir de maint^iûr la paix dont la nation ne voulait déjà plus, car au lieu d'aborder le vrai fond du débat, il s'en tenait à un prétexte et prenait une position défensive. Les armements dont il parlait étaient réels, il y avait dans le port d'Helvoetluis «n Hollande, une expédition prête' à partir pour la Louisiane, et il est incontestable que Bonaparte pouvait s'en servir contre l'Angleterre ; il avait en outre vingt vaisseaux en construdXtra dans ses ports de guerre^* Mais il n'en est pas moins vrai que ce n'était là qu'une question ac-cessoire auprès des griefs qui divisaient les deux pays. On peut toutefois ji^er d'après le ton de ce message s'il est vrai, ainsi qu'on l'a tant de fois répété après Bonaparte, que ce manifeste fut une provocation. Il annonçait la nécessité de prendre des c mesures de précaution > et de se tenir en garde contre certaines éventualités, mais on ne doit pas oublier que c'était là une réplique, et qu'étaitce qu'un pareil langage auprès du manifeste consulaire déclarant que cinq cent nUMe hommes devaient et allaient être prêts à défendre et à venger la Mptibligue f Qui avait rendu nécessaires de pareiUes démonstraticms? De quel c6té étaient la réserx^ et la prudence dans la conduite, la modération et la idignité dai» le langage! Si nne semblable question doit ^re déddée non d'après les principes d'une raison impartiale et

t. Boxu^iaite au soi d'Espaicne, 11 mars IfiOâ.

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éclairée^ mais d'après Tabjecte routine des passions populaires et despréjugés nationaux, il &ut se taire et renoncer à émettre un jugement hii^rique.

Le surlendemain du jour où le message fut connu à Paris, le dimanche 13 mars 1803, lord Whitworth s'étant rendu à l'audience des Tuileries, le Premier Consul l'aborda avec tous les signes extérieurs d'une violente agitation : « Ainsi, lui dit-il, vous voilà déterminés à nous déclarer la guerre! — Non, répondit l'ambassadeur, nous sommes trop sensibles aux avantages de la paix. — Nous avons déjà fait la guerre dix ans, reprit Bonaparte avec une animation croissante, vous voulezkfaire encore quinze ans, vousm'y forcez I > Et s'adressant à Markoff et à Azara : < Les Anglais veulent la guerre, mais s'ils sont les premiers à tirer l'épée, je serai le dernier à la remettre dans le fourreau. Us ne respectent pas les traités, il faut les couvrir d'un crêpe noir 1 » Il revint alors à Whitworth : « Pourquoi des armements ! Contre qui des mesures de précaution ? Je n'ai pas un seul vaisseau de ligne dans mes ports î Vous voulez vous battre , je me battrai aussi ! Vous pouvez tuer la France, mais jamais l'intimider ! — On ne voudrait ni l'un ni l'autre, dit l'ambassadeur; on voudrait vivre en bonne intelligence avec elle. — Il faut donc respecter les traités, s'écria4-il , inalfuwr à ceux qui ne respectent pas les êraités^ ! »

On est confondu de surprise lorsqu'on songe à tout ce qu'avait fait jusque-là l'homme qui en appelait

1. Dépêche de lord Whitworth du 14 mars 1803. Toutes les pire les de Bonaparte sont rapportées en français.

avec tant d'assurance à la foi des traités 1 C'était lui qui osait les invoquer, lui, qui les violait d'une main pendant qu'il les signait de l'autre I On ne pouvait crier plus audacieusement : malheur à moi-même I Cette inconvenante sortie qiii frappa tout le monde de stupeur, avait pour témoins deux cents personnes. L'attitude du gouvernement anglais avait été jusque-là cxpectante et passive; le 15 mars, résumant ses not6« antérieures, il formulait encore sa politique dans le principe de l'état des possessions à l'époque du traité, mais sans en faire toutefois une loi absolue, et il ne prétendait nullement garder Malte, mais seulement le conserver jusqu'à ce qu'on lui eût donné des explications satisfaisantes ^ De son côté Andréossy répondait (le 28 mars) « que loin de $*être accrue en puissance depuis le traité d* Amiens, la France avait évacué beaucoup de pays, et n^avait reçu aucun degré d'augmentation. » Il donnait ensuite l'explication demandée au sujet du rapport de Sébastiani, et cette explication se réduisait à dire que la publication de ce rapport avait été une réponse « à un livre rempli de calomnies atroces contre l'armée française ; que Sébastiani avait dû penser que l'Angleterre voulait déclarer la guerre puisqu'elle n'exécutait pas les conditions du traité. » Les communications diplomatiques des deux puissances se maintinrent pendant quelque temps dans ce cercle de redites, de récriminations et d'explications vaines ou dérisoires qui ne pouvaient rien changer à un dénoûment devenu fatal. Aussitôt qu'il avait eu connaissa::<*e du message, Bonaparte avait vu que la

]^. Lord Ha\(-kesbury à Andréossy, 15 mars )803»

guerre était imminente et il avait pris ses mesures en conséquence. Dès le 11 mars il écrivait à tous les souverains pour les intéresser à sa querelle ; il envoyait ses aides de camp Duroc et Golbert à Alexandre et au roi de Prusse pour les engager à faire cause commune avec lui ; il décrétait la formation d'une flottille de cinq cents bateaux et chaloupes canonnières, il offrait et peu après vendait la Louisiane aux États-Unis au prix de quatre-vingts millions. Il eût voulu soulever le monde entier contre l'Angleterre, ce qui ne Tempéchait pas de dénoncer incessamment les efforts du cabinet britannique pour gagner les puissances continentales. Témoin du peu de succès des invectives insultantes du Moniteur et de sa presse soudoyée, il forçait les États faibles, censés indépendants, à fournir leur contingent d'imprécations contre le peuple anglais afin que Tinjure fût moins suspecte venant de gens inoffensifs. C'est ainsi que sur la réquisition de son agent Rheinard, le Sénat de Hambourg dut consentir, par ordre, à l'insertion dans la gazette de cette ville d'un article envoyé de Paris et rempli des récriminations les plus outrageantes, à l'occasion du message du roi d'Angleterre et de l'adresse du parlement: c On ne pouvait dire si un pareil acte était l'ouvrage de la folie, de la faiblesse ou de la trahison.... On était tenté , de se demander si le message du roi d'Angleterre n'était pas une plaisanterie; si une pareille farce était digne de la majesté d'un gouvernement; enfin on ne voyait aucun motif raisonnable auquel on pût rapporter un pareil acte, si ce n'est à la mauvaise foi, à une inimitié jurée envers la France, à la perfidie, au désir de violer ouvertement un traité solennel. En lisant ce

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message on se croyait transporté dans le temps où les Vandales traitaient avec les Romains d^énérés« lorsque la force usurpait la place du droit et que par un appel subit aux armes on insultait ceux qu'on avait envie d'attaquer ! »

L'effet produit par ce morceau de riiétorique fut encore plus grand que ne l'espérait Bonaparte, car tout le monde sut presque aussitôt qu'il avait été imprimé de force dans la Gazette de Hambourg et qu'il émanait directement du Gouvernement français. Une diplomatie qui se signalait presque chaque jour par de pareils procédés était faite pour abréger les délais et réduire considérablement les temporisations. Le cabinet anglais, jusque-là hésitant, sentit enGn la nécessité de substituer à ses vagues demandes d'explication auxquelles on ne répondait que par des fins de non-recevoir, quelque chose de plus précis et de plus catégorique. Il résuma dans les six points suivants les satisfactions qu'il exigeait : 1* la cession de rtle de Lampédouse qu'il se chargeait d'obtenir du roi des Deux-Siciles ; S*» l'occupation de Halte pendant dix ans à titre de garantie ; 3** l'évacuation de la république batave; 4® celle de la Suisse; 5® une indemnité pour le roi de Sardaigne ; 6® à ces conditions l'Angleterre reconnaîtrait le royaume d'Étrurie et la république Cisalpine.

Tel était le résultat des intimidations du Gouvernement français. Cet ultimatum fut signifié le 26 avril avec une fermeté tout à fait inattendue après les preuves multipliées de longanimité qu'avait données le mii^istèie Addiogton ; il n'avait pris cette résolution qu'après avoir épuisé tous les moyens dilatoires et

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dépensé toute la somme de patience permise à des hommes soucieux de Thonneur de leur pays. Il ne pouvait pas garder le pouvoir une heure de plus sans donner satisfaction au sentiment national. L'ambassadeur avait ordre de quitter la France si au bout de sept jours ces conditions n'étaient pas acceptées.

Ce brusque changement de ton produisit la plus soudaine et la plus complète interversion des rôles. Le Premier Consul qui voulait à tout prix gagner du temps se mit à protester « de ses intentions pacifiques ». 11 assurait « n'avoir aucune difficulté à évacuer la Hollande aussitôt que les conditions du traité d'Amiens seraient remplies > . Quant à Lampédouse^ elle n'appartenait pas à la France, et il ne dépendait pas de lui de la céder ^ Mais comme il ne parlait pas des autres points de l'ultimatum, Whitworth répondit en demandant ses passe-ports. Cette circonstance aggravante adoucit encore plus le Gouvernement français jusque-là si irritable. « On conçoit moins que jamais, lui écrit aussitôt Talleyrand en feignant de ne voir que Malte dans toute cette contestation, comment une nation grande, puissante et sensée pourrait vouloir entreprendre une guerre dont les résultats entraîneraient des malheurs si grands et dont la cause serait si petite, puisqu'il s'agit d'un misérable rocher.... Le Premier Consul accoutumé depuis deux mois à faire des sacrifices de toute espèce pour le maintien de la paix, ne repousserait pas un terme moyen qui serait de nature à couvrir les intérêts et la dignité des deux pays ^ »

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